V.— PREMIÈRES RECHERCHES SUR LA DISTRACTION
Souci de documentation médicale et scientifique.
Depuis un demi-siècle, la psychiâtrie a rendu de tels services à la psychologie qu’elle à, la première, rénovée, qu'il semble désormais indiqué, dans toute expérimentation psychologique, de reprendre l’expérience aux fins de recoupement ou de la compléter en la transportant sur le plan pathologique. Aïnsi l’anormal explique mieux le normal; application nouvelle de l’éternelle antithèse de l’être et du non-être, principe hégélien de toute connaissance sûre. Il parut donc utile, vers 1922, de donner à nos recherches sur l’attention une orientation nouvelle et de proposer une enquête scolaire sur la distraction, à tous les cours. Sous cet aspect plus familier aux maîtres, l'étude expérimentale de l'attention parut plus facile. Une cinquantaine d’instituteurs et d’institutrices, parfois très éloignés de Luchon, se joignirent aux premiers chercheurs. Ce fut donc une investigation assez générale.
Depuis longtemps d’ailleurs, nous ne perdions jamais l’occasion, dans chaque visite annuelle de 200 classes, de montrer à chaque maître ou maîtresse comment ils pouvaient observer d’assez près le comportement et le développement mental des élèves. Soit grâce aux remarques suggérées par les leçons et les exercices auxquels nous assistons sans intervenir tout d’abord, et pendant lesquels nous étudions le maître et ses auditeurs; soit dans la partie active de l’inspection qui consiste à faire lire, à interroger en plusieurs matières, notamment en calcul mental, excellent critérium attentionnel, tout en observant de très près les enfants, on peut initier chacun à son rôle d’éducateur.
On nous permettra de signaler aussi, dans l'unique but de montrer toutes les modalités de notre effort de documentation, une première organisation d'inspection médicale à Saint-Bertrand-de-Comminges, en 1923, avec le concours du docteur Soulé, maire, et de l’instituteur, M. Sapène, connu par ses fouilles archéologiques. Quelques médecins voulurent bien suivre ce même exemple et s'intéresser à ces nouveaux travaux. Mais après l’organisation syndicale de l'inspection médicale dans le département de la Haute-Garonne (organisation très imparfaite parfois), il devint malheureusement impossible de continuer une collaboration médico-pédagogique sérieuse. Les carnets individuels en usage, trop brièvement garnis presque toujours, ne peuvent être d'aucune utilité. Cependant, les crédits affectés à ce service par le Conseil général sont importants et devraient permettre d’obtenir mieux, d'autant plus que les médecins sont très nombreux dans ce Conseil. Mais il faut d’abord les convaincre de l'utilité, de la nécessité d’une collaboration avec les éducateurs.
À cette époque, il nous fut possible d'observer, à Labroquère, tout près de Saint-Bertrand, une fillette du cours élémentaire qui présentait des caractères physiologiques tout à fait symptomatiques de l’effort attentionnel. Originaire d’une famille espagnole illettrée, âgée de 9 ans, elle avait, quand on l’interrogeait, des contractions et dilatations pupillaires très sensibles. Afin de mieux l’observer, nous la placions face à une fenêtre. À chaque question de calcul mental, elle manifestait uve dilatation ou mydriase. Puis l'iris se contractait (myosis) au moment de la réponse. Quand il était impossible à cette enfant de répondre, ses pupilles ne se contractaient que faiblement ou pas du tout. Un essai de photographie fut tenté par M. Sapène. Mais il ne fut pas probant. Nous persistons à croire que, dans un laboratoire bien installé, de pareils clichés pourraient s’obtenir facilement et seraient fort utiles’.
Le même phénomène fut remarqué ailleurs, à plusieurs reprises, et de préférence chez les fillettes de 9 à 13 ans : à Barbazan et à Lez, près de Saint-Béat, notamment. On pourra peut-être, plus tard, lorsque le rôle de l’ortho et du para-sym-
1. On trouvera cependant deux clichés assez intéressants d planches hors-texte de la fin du volume. FR