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plus mystérieuse des distraits. Or un nerveux est, en somme, un déséquilibré à différents degrés. L’attention, à la lumière de ces nouveaux faits, apparaît de plus en plus comme conditionnée essentiellement par un état d'équilibre physiologique normal permettant l'effort psychique maximum. Cet état d'équilibre suppose nécessairement un dynamisme constant, inconscient et organique, d'actions et réactions biochimiques qui intéressent probablement le système neuro-glandulaire. La catégorie des lymphatiques a fourni un contingent appréciable de recrues aux distraits-types (un peu plus du quart).
La forme « passive » domine .dans presque tous ces derniers cas. Cependant l’insouciance complète ne se manifeste que chez trois sujets. Un petit garçon de 6 ans, chétif et sujet à des syncopes spasmodiques; une jeune fille de 15 ans, fatiguée par des troubles pubertaires; un garçon de 14 ans, mal développé physiquement (37 kg) et inintelligent. Or, la plupart des distractions de ce groupe se produisent par affaissement, avant la fin des leçons, même chez les enfants, assez nombreux dans cette catégorie, qui s'intéressent au travail scolaire et font preuve de bonne volonté. Ces distraits sont des déficients.
On sait que l’effort intellectuel est particulièrement pénible et qu’il exige une dépense considérable d’énergie vitale. Le dynamisme ou potentiel de base, inconscient et organique, qui manque dans cette catégorie de sujets (par lymphatisme, asthénie nerveuse ou toute autre cause physiologique) paraît donc indispensable. L’examen approfondi de cette catégorie de notices montre clairement, en effet, que la pauvreté sanguine et l'insuffisance fonctionnelle ont une répercussion très marquée sur le travail cérébral et en particulier sur la capacité d’attention. Pour nous borner à un exemple, citons le cas d’un garçon du C. E. (10 ans, 1 m. 20, 23 kilos). De l’avis du médecininspecteur, il est atteint de « lymphatisme et ganglions cer- vicaux », à l’exclusion de toute autre affection organique. Ses quatre distractions, portant sur quatre ordres d’enseignement (calcul, histoire, sciences, orthographe), sont d’allure identique. Au début des leçons, le sujet est vivement intéressé et son attitude est correcte. Mais après 20, 25 ou 80 minutes, une agitation se produit. L'enfant remue, crayonne, déplace des objets. Sa tenue devient nonchalante et la distraction se mani-
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feste. Ni les rappels à l’ordre, ni l’insistance du maître ne parviennent à réagir. Il semble donc que l'on se trouve ici en présence d’un défaut de potentiel neuro-glandulaire de base tout autant que d’une impossibilité d'effort volontaire pour soutenir l'attention. Celle-ci semble encore étroitement conditionnée par une certaine énergie physio-psychique dès sa naissance et pendant toute sa durée. La déficience caractéristique des lymphatiques est très intéressante à étudier de près à ce point de vue.
Le nombre relativement élevé d’adénoïdiens parmi nos distraits chroniques mérite aussi considération. Comme les Iymphatiques, ces derniers se caractérisent par un fléchissement marqué de l'attention volontaire. Intéressés au début, ils ne peuvent soutenir longtemps l'effort intellectuel dans la mème voie. Leurs distractions sont du type « actif »; mais ce sont des instables-types qui restent à la merci des moindres circonstances. Ils pèchent surtout par insuffisance d’inhibition consciente.
L'un néglige son travail pour suivre la leçon faite au C. M. voisin et dans la même salle d’école rurale; un autre admire un rayon de soleil qu’il trouve « très joli »; un troisième observe des mouvements de mouches ou d'oiseaux; d’autres encore pensent aux joies ou aux peines qu'ils vont éprouver (cas d’émotivité); d’autres enfin examinent ou évoquent les gravures, les fleurs ou les objets qui les ont intéressés. En somme, chacun « divague » selon sa dominante sensorielle ou son orientation psychique, encore une fois, par défaut d’inhibition.
Ajoutons que, d’après plusieurs enquêteurs, les troubles de la mémoire s’observent fréquernment chez ces adénoïdiens. Ce point particulier, un peu en dehors de notre étude actuelle, mériterait peut-être un examen spécial dans l’avenir.
Les distraits atteints de troubles digestifs, circulatoires ou pulmonaires, sont proportionnellement peu nombreux. Mais dans les cas signalés, les distractions suivent curieusement le rythme des malaises éprouvés. Il est difficile cependant d’en tirer encore une indication psychologique quelconque.
Selon l'expression heureuse de M. François Sarrieu, ces distraits sont excusables physiologiquement et curables par des
soins inédicaux appropriés. Nous sommes donc obligés de les abandonner, au moins momentanément, au médecin. Celui-ci, à notre avis, devrait s'occuper surtout et d’abord de l'examen endocrinien et neurologique de tous ces déficients.
Sans données médicales précises, les observations psychologiques ne sauraient jamais être interprétées comme il convient. Réciproquement, sans renseignements précis sur l'hérédité, le tempérament, les réflexes habituels, les attitudes coutumières, pas de diagnostic certain des maladies de l’enfance et pas de traitement rationnel. Des efforts bien coordonnés, au contraire, produiraient, comme l’a clairèment montré le docteur Molinéry, dans sa conférence de Luchon, de très heureux effets au double point de vue de la santé de nos écoliers et de leur développement intellectuel. Pour cela, chaque enfant devrait avoir, à l’école, une sorte d'état signalétique fait d'observations fréquentes, tant au sujet de la vie organique qu'à celui des attitudes mentales. Cette dernière préoccupation, aussi importante que la première, manque totalement dans le livret scolaire qu’impose délibérément le syndicat des médecins de France. Ce double tableau, que nous demandons, scrupuleusement établi, donnerait une suite de croquis physiopsychiques de l’enfant à ses différents âges. Il montrerait l’étroite corrélation du progrès intellectuel et du développement physiologique intégral. Il est enfin indispensable à l'orientation professionnelle sérieuse.
Tel fut le résumé des conclusions de notre deuxième enquête sur la distraction chez les écoliers.
vi. — TROISIÈME ENQUÊTE SUR LA DISTRACTION
(Année scolaire 1924-1925)
Nos collaborateurs furent priés de continuer l'étude des distraits en profitant des directions qui leur avaient été données au cours des conférences pédagogiques d’automne 1924. Cent cinq notices nouvelles furent reçues et étudiées comme les précédentes. Elles confirmèrent les résultats des deux autres enquêtes. Les distraits chroniques observés furent encore des déficients physiologiques dans la proportion de 85 %. Les « bien portants » étaient en légère augmentation : 1/7 au lieu de 1/10. De nouveau, nous constations que ces derniers manifestaient {oujours des distractions « actives » caractérisées par une surabondance d'énergie intellectuelle qui les faisait aller de l’avant. franchir les limites de l’exercice et tendre toujours, fait digne de remarque, à « des fins logiques et constructives » (François Sarrieu). Ce « logisme » subconscient de base a été remarqué par nous, dans d’autres observations (Enquête sur le rêve). Il est très important.
Examinons de nouveau, comme précédemment, les diffé. rents types. Les nerveux sont encore au preinier rang des distraits déficients (28 sujets sur 90). Les distractions de ce groupe sont encore de différents ordres, de caractère nettement individuel et nécessitent une thérapeutique spéciale à chaque individu.
Les distractions des lÿmphatiques (22 sujets) sont plus homogènes. Presque toutes sont passives et se traduisent encore par F’aifaissement plus ou moins rapide au cours des leçons. L'’at-
titude mentale se révèle donc, de nouveau, en rapport étroit avec l’état physiologique dont elle est une résultante. Les adénoïdiens sont encore assez nombreux (12) et confirment, d'une manière frappante, nos remarques antérieures. Ce sont tous, en effet, de vrais instables, incapables de s’astreindre à une discipline intellectuelle; par suite, ils font preuve d’une carence complète de la volonté. Un fait nouveau apparaît pour corroborer ceci : ces distraits sont très suggestibles; leur esprit semble flotter, en quelque sorte, au gré des impressions immédiates. Les troubles profonds de la mémoire (que nous avions déjà indiqués dans cette catégorie) sont signalés de nouveau. Il conviendrait donc de rechercher, dans les laboratoires, si l’oxygénation et l’épuration du sang ne sont pas facteurs de la cérébration.
Les autres affections mentionnées ne se prêtent pas à une interprétation d'ensemble,
Pour la classification des distraits, par âge et par sexe, le graphique comparatif n° 9 montre dans quelle mesure les
D Mermopnate: Ceres DRALXALKKEX XX X
résultats de l’an dernier se trouvent confirmés. Le parallélisme des courbes est assez frappant pour dispenser de commentaires.
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En revanche, des faits nouveaux et importants doivent être examinés à présent.
On a constaté que de nombreuses distractions actives (50) peuvent se rattacher à des phénomènes de suggestion. L'influence du maître se manifeste à cet égard par l’attitude générale, l'expression du visage, l'égalité comme les inégalités d'humeur, enfin toute la gamme des sanctions : encouragements, reproches, punitions, félicitations, etc.
Dans certains cas, les camarades aussi ont exercé une influence qui doit être notée. La réponse ou l'observation d'un voisin ont suffi à détourner l'attention de quelques sujets. Dans nos écoles rurales à un seul maître, où quatre sections se livrent simultanément à des exercices différents, de tels faits sont malheureusement inévitables. Ils ont fait l’objet d’observations et d’études de M. François Sarrieu dans son école mixte à classe unique. Enfin, les circirconstances extérieures (incidents de classe, bruits, impressions visuelles vives et inattendues, objets en mouvement surtout) ont joué un rôle à ce point de vue. Pour préciser, disons que les leçons et exercices aux autres cours ont été mentionnés vingt-cinq fois comme cas de distraction. Il convient de remarquer, avant de clore ce paragraphe, que les distraits actifs réagissent aux suggestions extérieures diverses que nous avons indiquées et que leur comportement est caractérisé par une autosuggestion qui les anime et les soutient. Au contraire, les passifs, quoique momentanément suggestibles à un plus haut degré, n’ont pas de constance et glissent à la rêverie vague et sans but.
On constatait encore que des causes affectives étaient nettement intervenues dans dix-huit cas de distraction. Le rôle de ta cénesthésie doit donc être considéré également dans cette troisième discrimination. Les distractions qu’elle provoque ont un caractère très particulier : d’abord elles sont essentiellement actives malgré quelques apparences contraires de rèverie et de passivité. Elles sont surtout, selon notre secrétaire, « subites et totales »; l’activité psychique est entièrement détournée de la leçon par une sorte de réflexe qui domine la volonté et que le sujet est impuissant à réprimer.
Ce réflexe ne résulterait-il pas des oscillations de l'attention dont nous nous sommes déjà préoccupés? Les caractères phy-
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siologiques du processus parasitaire inconscient se manifestent par des phénomènes vaso-moteurs (rougeur, pâleur) ou syncinésiques (frémissements, rictus, clignements convulsifs des paupières), — tout cela depuis longtemps signalé par Binet, — quelques larmes même parfois qui rappellent l'existence du dynamisme cénesthésique. Tous ces phénomènes ont une grande importance et doivent être soigneusement notés sur le carnet individuel. On n’a pas oublié qu'ils décèlent des seuils.
La nouvelle enquête révélait encore l'influence de l'hérédité sur la distraction. Loin d'atteindre la proportion un peu stupéfiante de certaines statistiques psychologiques qui nous rappellent trop le fatum irrémissible du péché originel, elle accuse cependant 30 %. Elle comprend surtout des « nerveux », dégénérés alcooliques ou prétuberculeux. Ces derniers sont des affaissés., Quant aux excités incohérents ou aux prostrés, ils se trouvent issus de parents ou de grands-parents atteints de troubles mentaux caractérisés. Nos petits montagnards sont souvent victimes d’une endogamie traditionnelle.
Nous répéterons donc encore : pas d'œuvre éducative complète sans collaboration médicale sérieuse.
vi. — RECHERCHES SUR L’ATTENTION SUGGÉRÉE
On a vu combien les deux enquêtes précédentes avaient mis en lumière le rôle inattendu de la suggestion dans l’attention et la distraction. Le cercle de psychologie expérimentale de Luchon entreprenait, en conséquence, des recherches complémenfaires et plus délicates pendant que le nombre de ses collaborateurs ruraux augmentait, pour continuer l'observation persévérante et toujours progressive des distraits.
Dans la séance du 25 janvier 1924, plusieurs cas particulièrement curieux furent étudiés en commun. Une série d’observations faites par M®° Abadie (alors chargée du C. P. des garcons) nous amenèrent à choisir un nouveau champ de recherches sur « l'attention suggérée ». Les travaux de Binet, Rouma et Thomas sur la suggestion, ses caractères et son rôle peutêtre primordial en éducation, nous y incitaient d’ailleurs personnellement depuis longtemps.
On décida d'organiser, à ce sujet, un test uniforme dans toutes les classes de garçons et de filles de Luchon. Une dictéefut faite dans les conditions habituelles. Mais avant la correction, on insista auprès des élèves pour leur faire relire attentivement leur travail. Ils corrigèrent alors, à l'encre ou au crayon de couleur, les fautes qu'ils avaient laissées tout d’abord, de manière à permettre le relevé ultérieur de ces corrections suggérées.
En réalité, ce test procédait indirectement de la méthode d’auto:correction que nous recommandons depuis dix-huit ans après l'avoir essayée, dès 1904, sur des élèves de tout âge, notamment pour la composition française où elle donne
d'excellents résultats constatés déjà en 1905 (Aiguillon) par M. Félix Martel, inspecteur général. De plus, nos collaborateurs de Luchon étaient au courant d’une expérience récente sur ma filleule âgée de 9 ans, et alors assez distraite par intermittences. Invitée à revoir un brouillon de lettre du 1° janvier, où elle avait laissé dix fautes d'orthographe, après avoir pleurniché (syndrome lacrymal qui disparut définitivement deux ans après), elle rapporta son brouillon au bout de dix minutes. [l n’y restait qu’une seule faute. Celle-ci (faute d’accord de participe) était fort excusable à son âge. Très souvent, en inspection, nous faisons corriger ainsi des fautes d’orthographe par des enfants de tout Âge, sans dire un mot, uniquement en désignant du doigt la place exacte de la faute.
Une expérience déjà longue, dans le domaine de l'éducation enfantine à tous les âges, nous permet d'affirmer que, en général, nous ne savons pas guider l’élève dans l'effort dont il est physiologiquement et psychologiquement capable. Soit par ignorance de la psychogénie, — chose encore très commune à tous les degrés de l’Université, — soit par impatience d’obtenir plus rapidement un résultat quelconque et qui nous leurre, soit encore par insuffisance d’énergie suggestive et indispensable, nous remplaçons fâcheusement la réflexion salutaire par un mimétisme qui asservit l’enfant et retarde son évolution au lieu de l’aider. Pourquoi notre époque est-elle parfois si décevante pour le philosophe sociologue? Pourquoi le progrès, vraiment positif dans le domaine facile et superficiel, somme toute, de l'instruction scolaire, paraît-il presque négatif bien souvent pour l'éducation générale et sociale? Pourquoi fuit-on de plus en plus le travail modeste et fécond pour chercher les situations brillantes et faciles? Parce que l'enfant
n’a pas été assez habitué, de bonne heure, à la joie sereine et profonde de l'effort total et prolongé. Aïnsi les habitudes sociales s’acquièrent, bonnes ou mauvaises, en grande partie, dès l’enfance, C’est pourquoi nous y insistons.
Ce fut, parmi tant d’horreurs de la dernière guerre, un bien physique et moral pour certains privilégiés de la fortune, que de découvrir la véritable vie : celle du travail fraternel et du sacrifice. Nous sommes fermement persuadés que la base même de toute éducation scientifique et moderne se trouve dans cet
éveil de l’énergie chez l’enfant. Que l’on nous permette de profiter de cette digression nécessaire pour appeler l'attention de tous les éducateurs sur le danger très grave d’utopies séduisantes qui s'efforcent de nous démontrer que l’on peut et que l’on doit laisser toujours une complète liberté à l'élève afin de lui permettre de ne faire que ce qui lui plaît. La vie sera bien dure aux modernes hédonistes élevés de la sorte; et, comme tout enfant gâté, ils maudiront peut-être plus tard ceux qui les auront ainsi induits en erreur. Après avoir vu le célèbre pédagogue tchèque Bakulé, dont l’effort philanthropique est admirable mais qui n’est qu’un pédagogue intuitif très surfait par des admirateurs parfois peu réfléchis, on doit se demander si la musique suffit à la vie humaine et si l’art, pour respectable et désirable qu’il soit, constitue une fin unique d'éducation.
Nous désirons, nous, que l’enfant, dans le cadre bien déterminé de son âge psychologique, ne se contente jamais, même au début de sa scolarité, d’un seul effort immédiat. Celui-ci est trop facile et naît souvent d’un caprice, réflexe cénesthésique. Tout en respectant et favorisant son initiative, nous l’accoutumons, de très bonne heure, à reprendre toujours son premier travail afin de l’améliorer, peu à peu, grâce à nos conseils et nos indications qui le guident en le laissant faire effort par lui-même. C’est ainsi que, par suggestion libératrice, — comme l’a fort bien vu Binet, — se formera chez lui : la réflexion, le retour sur soi et, oserons-nous ajouter : la conscience elle-même. Dans L'enfant turbulent (p. 812), M. H. Waillon dit fort bien que le psychisme consiste, en somme, à séparer, par des intermédiaires, l'excitation des réactions immédiates .qui caractérisent le réflexe primitif. C’est à quoi nous travaillons en cela.
Notre enquête de janvier 1924 sur l’attention suggérée, dans tous les cours, mème avec les jeunes gens du C. C., et pour les deux sexes, révéla un fait nouveau : certains élèves avaient ajouté, en relisant, des fautes qui n'’existaient pas dans leur premier travail.
Le tableau ci-après donne le détail de ce fait inattendu, tou- Jours par cours et par sexe, comme d'habitude :