‹ Essai d'analyse psycho-sensorielle et de psychogénie scolaireChapitre 96 sur 139 · D PS · texte numérisé non relu

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tiennent bien au courant de nos expériences, n’avons-nous pas entendu les mêmes questions. Elles s'expliquent fort bien puisqu'il s’agit, non pas seulement d’un nouveau test, mais encore d’un procédé inédit de notation analytique. C’est très simple cependant; la meilleure preuve en est fournie par un personnel de plus de {oo maîtres ou maîtresses déjà entraînés, comme par cette institutrice suisse qui, dès la première tentative, obtient des résultats intéressants et suffisamment exacts dans l’ensemble.

Nous ne nous dissimulons pas cependant que des progrès sont encore possibles et souhaitables; on peut les espérer d’une collaboration de plus en plus large. Il faut préciser notamment, autant que possible, la terminologie. Ce travail de vocabulaire n’est pas inutile, car le nouveau dictionnaire d'André Lalande, bien que précieux au philosophe, ne donne encore que demi-satisfaction aux psychologues scientifiques. Précisons donc :

Oui, il faut classer dans la kinesthésie tout verbe exprimant une action. Dans les descriptions d’enfants et même d’auteurs connus, la différence est très sensible et visible entre les contemplatifs et les êtres d'action. Le style de ceux-ci est beaucoup plus riche en verbes. S'il est vrai que la doctrine de l’inaction boudhique ait pour conséquences, selon certains, de rendre l’emploi du verbe de plus en plus rare dans les langues d’Extrême-Orient, ce fait viendrait appuyer notre opinion. La psychologie comparée surtout par les idiomes, devrait être beaucoup plus étendue et suivie.

Exprimer une sensation de fatigue ou un désir de repos, c’est simplement de la cénesthésie prévue dans notre nomenclature. Il est donc tout à fait inutile d’ajouter une rubrique de « sensations organiques », encore une fois.

La question posée pour le jugement est importante et délicate. Nous comprenons fort bien que l’enfant jeune se heurte, même après avoir bien senti, observé, compris peut-être même, à la difficulté de s'exprimer. C’est précisément pour essayer d'éliminer ce facteur verbal, surtout dans le jeune âge, que nous avons fait intervenir le dessin libre qui complète utilement les comptes rendus, ainsi que celle du modelage qui précise la valeur de cette synergie sensorielle que nous proposons

de nommer « dactylésie » et qui fera l’objet du chapitre suivant. Mais ceci dit, il paraît impossible, du moins actuellement dans notre test, d’annoter autre chose que ce qu'a dit ou écrit l'enfant. Une expression fausse doit normalement déceler une erreur de jugement ou une confusion de mots équivalente. Il importe donc de la noter comme telle. Cependant n'oublions pas les conseils de Binet sur l’interprétation introspective qui doit accompagner et compléter tout examen de test. Il sera souvent facile, en interrogeant l'enfant, de voir à quoi se réduit exactement son erreur. Analyser souvent le compte rendu en présence de son auteur, et en tête à tête avec lui, reste le procédé particulièrement fécond.

L'étude du vocabulaire enfantin semble absolument indispensable à une psychogénie scientifique et complète. Indépendamment de sa nécessité presque inévitable comme moyen subjectif d’expression et objectif d'investigation, le vocabulaire permet, croyons-nous, de mieux analyser la progression de la schématisation psychique, substrat de l’abstraction et de l’idéation supérieure, ainsi que nous essayerons de le montrer, plus tard, en nous aidant d’un très consciencieux relevé de M. Jean Sarrieu, instituteur au C.C. de Luchon.

Considérons maintenant les manifestations de la volonté. Dans un travail écrit, l’enfant ne peut que rappeler des actions ou des actes passés, des désirs et de virtualités d’actions à venir. Toutes ces expressions comptent à la rubrique « volonté). Elles sont importantes pour le troisième cycle, si déf-

cient, même après la puberté, comme on vient de le voir dans

les diagrammes d’après Lasoursky.

On a suffisamment insisté, dans cet essai, sur les difficultés de la notation et la nécessité de la confier, autant que possible, au même correcteur, pour se dispenser d’insister de nouveau sur ce point. N’exagérons pas cette difficulté d’ailleurs. Les nombreuses expériences et enquêtes faites, avec nous, par des personnes très différentes et sans contact, permettent d’affirmer que la méthode d’analyse psycho-sensorielle est des plus sûres. Si elle évolue encore loin de la perfection que nous souhaitons nous-mêmes, elle offre l'avantage de ne pas rompre avec les procédés scolaires, ce qui importe pour les novices, maîtres ou élèves. Avec elle, le temps de préparation ou d’initiation est des plus réduits.

Son annotation ressemble aux corrections habituelles de style; elle se lit et se décompte facilement, sans intervention compliquée de pourcentages, de percentiles, de médians, etc., qu’il est préférable d'abandonner aux spécialistes. Enfin, la terminologie que nous avons adoptée, tout en étant assez complète et conforme aux données les plus récentes de la psychologie qui se fait, nous paraît assez sobre et simple. Elle a été vite acquise par de nombreux adeptes qui n’avaient étudié que l’ancienne psychologie.

C’est de tous les éducateurs que nous espérons son progrès; c'est pour eux surtout qu’elle est faite.

xvi — LA DACTYLÉSIE

Tous ceux qui sont au courant des progrès réalisés dans les écoles maternelles, grâce surtout à M”*° Pauline Kergomard, inspectrice générale et plus encore animatrice, à la fin du siècle dernier comme au début de celui-ci, sont convaincus de l'influence considérable du travail manuel bien compris sur la première éducation puérile. Si J.-J. Rousseau insiste pour que son Emile apprenne un métier, c’est pour qu'il soit capable, le cas échéant, de gagner son pain. Alfred Binet, vers la fin de sa vie, alla beaucoup plus loin, puisqu'il put, grâce au travail manuel, rendre plusieurs enfants anormaux capables d'attention et, par conséquent, d'apprendre à lire et à écrire. La valeur primordiale de l’activité manuelle en éducation est donc suffisamment démontrée actuellement. Maria Montessori, dans sa Pédagogie scientifique, insiste aussi, avec preuves à l'appui, sur l’importance, voire l’indispensabilité de l’occupation manuelle spontanée et librement choisie par le tout petit, pour la genèse de l'attention, condition absolue de tout développement intellectuel. Enfin, l’exemple extraordinaire de l’Américaine sourde-aveugle-muette, Helen Keller, qui, grâce à ses doigts seuls, est parvenue à tout comprendre et à subir les examens les plus difficiles, réalise le beau titre d’'Edouard Estaunié : L’infirme aux mains de lumière. Ce mystère s’éclaircit quand on songe que des régions du cortex correspondent spécialement à chaque partie de nos mains, Comprendre a bien pour véritable racine : prendre; le symbolisme de certains mots est une preuve de l'intuition subconsciente des observateurs du passé qui les ont créés. Ajoutons enfin que des travaux lout récents révèlent aux personnes averties, le rôle important de la sensibilité cutanée dans le franchissement du

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