NS
seuil du conscient par les processus de la douleur. Cela pourrait expliquer aussi le déclenchement attentionnel’. |
Toutes ces considérations ajoutées aux observations constantes de jeunes enfants, depuis une vingtaine d’années, nous ont incité à faire étudier méthodiquement l’activité manuelle, en 1926-1927, au Cercle de Luchon. Quand la preuve nous a paru faite de l’existence comme de la grande importance de cette synergie spéciale du tact et de la kinesthésie conjugués, affinés et multipliés dans cet admirable appareil d’investigation qu'est la main humaine”, nous avons cru devoir lui donner un nom : celui de dactylésie.
La méthode de travail en collaboration progressive, déjà connue de nos lecteurs, a été encore appliquée ici : exposé préalable de nos observations, réflexions, hypothèses; discussion libre du tout; élaboration commune d’une première série de tests; expérimentation conjuguée, adaptée et comparée dans quatorze classes luchonnaises; analyse et discussion en commun des premiers résultats ainsi obtenus; essais personnels de discrimination de la dactylésie avec ou sans vision; reprise et perfectionnement des premiers tests; enfin analyse, par lle même jury mixte et autorisé, des résultats : telles sont nos références de méthode.
l° Test François Sarrieu.
Nous avons donné le nom de notre secrétaire au premier test de dactylésie parce que cet expérimentateur habile a imaginé le premier objet à faire palper et modeler. On comprend que, si l'enfant a les yeux bandés quand on lui présente l’objet à reproduire et peut simplement le palper, le rôle de la dacty-
1. V. surtout au début de la p. 184, l'étude très complète de G. Dumas, sur La douleur et le plaisir (Rev. phil., 1929), où les recherches de Piéron, en particulier, sont remarquablement interprétées. ,
3. La main des singes les plus évolués est moins parfaite. Ainsi le pouce du gorille s’oppose mal aux autres doigts, comme chez le tout jeune bébé.
La
lésie dans l'observation peut fort bien s’analyser. De même, en laissant voir sans palper ou voir en palpant, il est facile d'étudier le rôle particulier ou synergique de chaque ‘sens, toujours dans la perception. Mais comment vérifier celle-ci autrement que par son objectivation réalisatrice? Le modelage vient compléter le dessin et remplace l’explication verbale dont le tout jeune écolier est incapable. Même dans ce deuxième acte, il est possible de pousser assez loin l'analyse des éléments physio-psychiques en faisant modeler tantôt les yeux ouverts, en synergie complète VKD et tantôt avec les yeux bandés, à l’aveugle, afin de mieux étudier encore la dactylésie. La kinesthésie est ici constante.
M. François Sarrieu fit remarquer qu'il importait de faire palper aux enfants, yeux bandés, un objet inconnu afin d’éviter l’intervention automatique de l’image visuelle qui conditionnerait fatalement la dactylésie. C’est pourquoi il fit une planchette de bois, d’un décimètre carré environ, dont le recto présentait quatre silhouettes en relief : un poisson, un oiseau, un homme et une poire, sans proportions réciproques, avec un trou au centre et une petite couronne de caoutchouc dans chaque coin. Cette face principale est reproduite en tête de la planche F. Le verso offrait quelques clous à tête ronde, placés symétriquement.
Comme d'habitude, le test fut présenté sous l’aspect d’un exercice ordinaire de modelage avec des variantes de préparation qui amusèrent les enfants. D'ailleurs, à l’école maternelle, des exercices de palpation à l’aveugle sont classiques; ils ne surprirent donc pas nos sujets, élèves ou anciens élèves de ces écoles. Pour la première épreuve, la planchette ne fut pas montrée. Les enfants la palpèrent seulement à loisir, les yeux bandés soigneusement avec des rondelles d’ouate maintenues par un mouchoir.
Il y,eut donc deux sortes de modelage : la première après
ce mode exclusivement dactylésique de perception; la seconde après observation complète de l’objet, les yeux ouverts.
Voici le plan commun d’analyse et de questionnement qui servit de base aux tableaux suivants. M. Abadie voulut bien s’en charger et y apporta le plus grand soin.