EN IIUMIS1IA1 IQUE
rencontra l’opposition la plus vive de la part des premiers d'entre les Grecs par le rang, par l'intelligence.
Aux yeux de Platon, ce génie immense, l’immutabilité de l'art égyptien, c’était la perfection; et en exprimant celle idée le philosophe ne faisait t| ne confirmer les règles établies par les législateurs de sa patrie. A Thèbes aussi la loi enjoignait aux artistes, sous peine d’amende, l’exacte observation des anciens types. On ne s'étonnera donc point de voir le plus inconstant des peuples anciens conserver pendant huit siècles le même type. Alors que les symboles des autres villes disparaissaient de la monnaie, la vierge d’Athènes ne céda pas sa place aux mailres du monde. Cet attachement des peuples pour le type de leurs monnaies ne s’explique que par la valeur religieuse de ces représentations; ainsi se trouve exclus le système de quelques antiquaires, qui ne vi ienl dans certains types, très certainement mythologiques, tels que des animaux, des plantes, qu’une allusion à la fertilité de la contrée, qu’un échantillon des productions du pays. C’est méconnaître le génie de l'antiquité que de s’arrêter à un sens aussi étroit. On conçoit facilement que chaque peuple ait souvent exprimé ses idées au moyen des objets qui se trouvaient le plus à sa portée; que, suivant sa position, l’un ail vu dans un poisson, l’autre dans un épi, un symbole de la génération; mais encore une fois il est impossible de croire qu’au-
API-ltéclATIONS CÉRÉIULI'S
cunc ville ait voulu enseigner à la postérité que son territoire était fertile en céréales, que son port regorgeait de poisson.
J’insiste sur ce point , parce que je regarde comme une erreur déplorable l'opinion qui tendrait à transformer les médailles antiques en autant d’enseignes de marchands, en autant de mercuriales tarifant la disette et l’abondance.
D’ailleurs, en suivant celle manière de raisonner, que fera-t-on du lion des monnaies deCapoue, de Vélie, de Marseille, de Reims, toutes villes où cet animal n’a pu exister que par importation ? Voudra-t-on y voir un emblème du courage, de la force des habitants de ces villes? Autre erreur; si telle eût été la signification de ce type, toutes les villes ne l’eussent-elles pas adopté avec empressement; et que devrait-on penser de celles qui en avaient choisi de nature à réveiller une idée tout opposée? Dira-t-on «pie les habitants d’Argos étaient des lâches et des pillards parce que leur monnaie a pour type un loup.
Lorsque l'animal, la plante, l’objet que représente une médaille n’est pas l’attribut d'une divinité, il faut examiner si ce n’est pas par sa forme ou par son nom qu’il est significatif; certaines plantes, par exemple, étaient prises comme symboles de l’idée que leur forme faisait naître*. Bien
(ï) Je no rappellerai ici que le grain il’orge était un symbole féminin de la générai ion que parce que je trouve par là l'oct asion de consigucr un exemple curieux de la perpétuation des
r.w NUMISMATIQUE.
plus souvent encore le type n'était qu’une expression phonétique du nom du peuple, de la ville qui lavait adopté; j’en citerai plusieurs exemples. Les monnaies des Phocéens de l’Ionie et de la (iaule portent un phoque, y&ot; celle des Phéniciens de Tyr un palmier, ç«î»tî, ou la coquille de pourpre, «otvixr; ; celles de Crilbotc des épis d’orge, xoiW;; on trouve une chèvre, ai?, gén. «90;, sur les monnaies d’Ægée, d’Ægine, d’Ægos-Polanios, d’Ægira; un coeur, ta, sur celles de Cardia ; une clef, xXttinv, sur celles de Clides; une grenade, itâiov, sur celles de Side; une pomme, ur./.cv, sur celles de Melos; une rose, ôiiov, sur celles de Rhoda et de Rhodanusia; un coude, éryxt uv, sur celles d’Ancona; une feuille de persil , cihvov, sur celles de Selinonle; un renard, àXamrJ, sur celles d’Alopeconesus. l>es savantes recherches de M. J. de YVitte ont prouvé que le lion des médailles de Milet et de Vélie était encore un type parlant >.
C'est ici le lieu de citer les types obscènes que l’on voit sur quelques médailles antiques. Les pièces frappées dans le mont Pangée, à Lione, à Amphipolis, dans l’ile deThasos,à Lampsaquc,
idées antiques, io tiens de <uon ami AU ben Hamdan, d’Alger, que dans les moDlagnea des lîrni Djénad, où l'on fait encore des sacrifices de moutons à la manière des anciens, les cheiks prononcent des paroles sur des grains d’oige que les femmes portent ensuite à leur cou dans le but de devenir fécondes.
( 1 } Annales de F Institut arckSot, , t. VI, p. 3 V** Revue numismatique, t III, p. 8.
IO APPRÉCIA T IOHS GÉNlÎHM.KS
présentent des sujets que nos idées modernes ont peine à reconnaître pour des images religieuses et qui pourtant n’avaient pas d’autre si* gnificalion
Outre le type principal, qui occupe le centre et pour ainsi dire la première place du champ des médailles, on y remarque souvent de petits types accessoires, très finement gravés, et qui sont placés là comme différents monétaires; ils étaient probablement laissés au choix du magistrat préposé à la fabrication de la monnaie, et faisait sans doute allusion à son nom ou à quelque circonstance particulière à l’histoire fabuleuse de sa famille.
Sur les léiradrachmes d’Athènes, trois femmes suppliantes à genoux (lio-Tiifrai) font allusion au nom de l’archonte Hicesius. La massue d’Hercule (IfoaxX*.) accompagne le nom de l’archonte lléraclides. Les rois empruntèrent cet usage aux magistrats; le revers d’un létradrachme de Démétrius Soter de Syrie nous montre la figure de Cérès, en grec Ajifuiup.
On voit donc par ce que je viens de dire que le type des médailles des temps grecs était purement
(l)Plua lard, «Rome, on fabriquait des I csa ères obscènes que Ton distribuait dans les théâtres. Là il ne faut voir aucune intention religieuse, les pièces cllc-roèmcs le démontrent, car leurs types ne présentent que l’idée d’une débauche recherchée et n’ont rien de la gravité que conservent toujours les types archaïques, même lorsqu'ils non» montrent les actions les plus matérielles-
mythologique; et si nous ajoutons que les rois ne parurent sur la monnaie que comme divinités, et que les types qui expriment le nom des peuples et des villes rappelaient aussi très certainement les mythes inhérents à l’origine de ces noms 1 , on pourra poser en principe que, jusqu’à la prépondérance de Rome, la totalité des monnaies ne porte que des types religieux sans exception.
Rome, en adoptant les divinités de la Grèce, semble n'y avoir vu que des statues douées, malgré leur inanimalion, d’une puissance supérieure. Il y a loin de là au symbolisme oriental qui reposait sur les idées les plus profondes. Les villes avaient adopté chacune une forme de la divinité ; Rome se les appropria toutes, et, pour augmenter cette collection, elle créa de nouveaux dieux, parmi lesquels elle se plaça elle-même, ainsi que son sénat. La Grèce déchue, répudiant ses vieilles divinités protectrices, célébrait sur ses monuments, sur sa monnaie, le sénat et le peuple par excellence. Les ligures caractérisées par les inscriptions 1 ipi Ivvxhi rot, hç,i; A/ôuo;, devinrent les types de toutes les monnaies. Bientôt après la bassesse, la déjection de la Grèce amenèrent une nouvelle sorte de type sur sa monnaie, l’edfigie des empereurs, non pas, comme celle des anciens rois, cachée sous les traits des dieux, mais lm-
(i) Ce ion! des chèvres qui sauvèrent le ville d'Egire lorsqu'elle «11*11 tomber *u pouvoir de« habitant* de Sicjroac. Pautan VII, s6.
I 3 AVPlléci ATIOXS nélilliLEt
marne, vivante et accompagnée du nom du personnage. Toutefois, et comme si Jcs villes grecques avaient voulu atténuer la honte de leur soumission par le souvenir de leur gloire passée, le revers des médailles impériales représente les temples, les statues les plus fameuses, les acropoles, tous ces vestiges d'une époque de génie et de liberté qui ne devait plus revenir.
A Home, vers la fin de la république, apparaît un type d’un caractère tout nouveau, le type historique; l’enlèvement des Sabincs, la mort de Tarpeîa, l’alliance avec Gabes, le serment des chefs de la guerre sociale, la soumission du roi Arélas rentrent dans cette catégorie. Nous verrons plus tard quel développement le type historique prit sons les empereurs. r.es types parlants se retrouvent aussi fréquemment sur les monnaies consulaires : la tète de Pan sur les médailles de Pansa; les Muses sur celles de Pom.Musa; un veau sur celles de Voc. Vilnius; un marteau sur celles de Val. Acisculus; les étoiles de la Graude-Ourse ; Trioncs sur les deniers qui portent le nom de Lucr.Trio; la tête du roi Philippe sur les monnaies frappées par un magistrat romain de ce nom; le masque de Silène sur celles de Silanus; un maillet sur celles de Mallcolus;une fleur sur celles de FIorus. M. Ch. Lcnormant a reconnu sur les deniers delà famille Titia la télé du dieu .Mutinus Tiiinus*.
(i l Relue mimismatii/ur, 1 818 , |i. il.