ARTICLE VI
Du sang dans les hydropisies.
11 est aujourd’hui généralement reconnu que, si plusieurs hydropisies ont leur cause dans un cer-
» apporté aucun soulagement ; l’oppression , les soupirs , les défail- » lances et l’anxiété continuant aussi fortes que devant , et même » augmentant ; il lui prit encore un violent saignement du nez, que » l’on crut devoir combattre en tirant de nouveau dix onces de M sang, douze heures environ après la première saignée ; il n’en fut )) pas plus soulagé ; au contraire , sa faiblesse augmentait considé- » rabiement ; l’anxiété , le manque de repos et l’oppression conti- » nuaient toujours sans qu’il eût le moindre sommeil ; de plus, du
» sang lui sortait toujours des gencives et du nez et ce qu’il y a
» de surprenant , c’est qu’il s’en écoulait aussi , en petite quantité , » d’une des paupières. En outre , on vit apparaître à la langue et » sur les lèvres plusieurs pustules livides qui s’ouvrirent , et d’où » sortit une matière sanguine claire.
» Ces hémorrhagies s’étant un peu arrêtées , il lui survint une » dysenterie avec de violentes tranchées, et une excessive faiblesse, » toujours sans aucun repos et avec fièvre : son pouls s’arrêtait après » six ou huit battements , puis recommençait en désordre et plus » vite ; il avait un tremblement et des soubresauts continuels. L’hé- » morrhagie, pendant tout ce temps , continuait de part ou d’autre, « et lorsqu’on l’arrêtait dans un endroit , elle se montrait dans un » autre ; l’urine sortit à son tour teinte de sang.
» Aussitôt après sa seconde saignée , continue Huxham , on » m’envoya chercher. Je le trouvai dans un accablement inexprima- » ble, sans délire et sans sommeil depuis plusieurs jours et plu- » sieurs nuits : sa langue était noire , son haleine et ses selles d’une M fétidité insupportable. Le sang des deux saignées n’était pas sé- » paré comme de coutume en caillot et en sérum ; il n’était qu’à » demi coagulé, d’un bleu livide à sa surface; il se divisait très »> aisément pour peu qu’on le touchât , et ressemblait plus à du
tain nombre craltérations des solides , il en est aussi d’autres dont il faut placer le point de départ dans une altération du sang. On a dit d’une manière assez vague que les épanchements séreux pouvaient être la conséquence d’un appauvrissement du sang, ou de ce qu’on a appelé une liydroémie. Je vais examiner cette opinion.
Et d’abord par l’expression d’appauvrissement du sang on peut entendre des états fort différents de ce liquide. Le sang peut effectivement avoir perdu de sa richesse accoutumée , parce qu’il contient ou moins de fibrine , ou moins de globules , ou moins d’albumine que de coutume. Dans ces trois cas, le sang doit être également regardé comme appauvri ; tous trois produisent-ils l’hydropisie?
La diminution delà fibrine , quelque loin qu’elle soit portée, n’entraîne certainement pas , comme une de ses conséquences , la formation de cette maladie. Dans les états morbides où le sang n’a perdu d’autres principes que sa matière spontanément coagulable , on ne voit pas survenir, comme phénomène ordinaire , d’épanchements dans les aréoles du tissu cellulaire, non plus que dans les cavités
» pus qu’à du sang , avec une espèce de poudre de suie à son fond. » Son hémorrhagie continuait toujours, surtout par la langue, les
)) lèvres, les gencives et le nez Il tremblait, et avait des soubre-
» sauts détendons, et des défaillances presque continuelles.
Huxham soumit ce malade à l’usage du quinquina à doses faibles et répétées, et de diverses substances aromatiques et astringentes ; il chercha à le nourrir légèrement, et finit parle ramener lentement à la santé.
des membranes séreuses. Si ces épanchements se produisent alors , c’est une exception ; et il faut par conséquent leur chercher une autre cause que l’abaissement du chiffre de la fibrine.
La diminution des globules , qui , pour peu qu’el le soit considérable, amène, comme résultat nécessaire , l’état hydroémique , est-elle davantage une cause de production d’hydropisie? On le croit généralement, et cependant il ne me semble pas qu’une observation un peu rigoureuse permette d’adopter cette croyance.
S’il était vrai que l’hydropisie fût la conséquence ordinaire de la diminution des globules du sang , il s’ensuivrait que la plupart des chlorotiques, celles surtout qui le sont d’une manière très prononcée, devraient tôt ou tard devenir hydropiques. Or, il n’en est certainement point ainsi. Dans les cas de chloroses simples, je n’ai jamais vu les cavités séreuses se remplir de liquide , et je n’ai jamais non plus observé de véritable anasarque; tout au plus peut-on constater chez quelques chlorotiques un léger œdème au pourtour des malléoles , ou un peu de bouffissure des paupières , et voilà tout !
Chez des hommes atteints d’anémie spontanée, et qui n’avaient plus dans leur sang, comme les filles chlorotiques , qu’une très faible proportion de globules , je n’ai pas vu davantage l’hydropisie survenir. J’ai dit ailleurs qu’il y a une espèce de cachexie produite par l’influence prolongée des émanations saturnines, cachexie qui se caractérise
aussi dans le sang par uné grande- diminution des globules. — J’ai traité à la Charité bien des malades de ce genre; je n’ai observé d’hydropisie chez aucun d’entre eux.
Les phthisiques , chez lesquels existe généralement un chiffre assez bas des globules , ne deviennent hydropiques, que si les tubercules pulmonaires coïncident avec quelqu’une des affections , qui ont pour effet de donner naissance à des épanchements séreux , comme serait une maladie du cœur, du foie , ou des reins.
Hors les cas de chlorose , j’ai rarement vu les globules descendus à un chiffre aussi bas , et l’anémie être aussi prononcée que chez quelques individus épuisés par une ancienne affection organique de l’estomac. Il y avait chez eux , par suite de cette diminution considérable des globules , une hydroéraie bien établie , et cependant ces malades ne m’ont présenté aucune trace d’hydropisie. Chez les femmes atteintes de cancer de l’utérus, le sang arrive insensiblement à ne plus contenir que très peu de globules, par suite des hémorrhagies que plusieurs de ces femmes éprouvent d’une manière presque continuelle ; dans ce cas , pas plus que dans les précédents , on ne voit d’hydropisie survenir ; il n’y en avait , par exemple , aucune trace chez une de ces femmes , dont j’ai ailleurs cité le cas , et qui n’avait plus dans son sang que 21 en globules (1).
(1) Je n’ignore pas que , chez plusieurs femmes qui ont des cancers de Tutériis, on trouve assez souvent ou un œdème des mem-
Voilà donc bien des 'cas divers dans lesquels, quelque appauvrissement qu’ait subi le sang par suite de la diminution de ses globules , l’hydropisie n’en est pas la conséquence. Mais , dans tous ces cas, le sang ne s’est dépouillé de ses globules que d’une manière lente et graduelle. J’ai maintenant à examiner un autre cas , celui où cette diminution de globules aura eu lieu d’une manière brusque et presque instantanée : c’est ce qui arrive chez les individus qui perdent subitement une très grande quantité de sang. Voit-on alors plus facilement une hydropisie s’établir? Je ne crains pas d’affirmer que , même dans ce cas , les épanchements séreux ne surviennent que d’une manière tout-à-fait exceptionnelle ; on les observe beaucoup moins fré-
bres inférieurs , ou un épanchement séreux dans Tabdomen ; quelques unes même ont une anasarque. Mais, d’une part, ces hydropisies diverses ne sont pas chez elles en rapport avec l’abondance ou la fréquence des hémorrhagies utérines ; et d’autre part, toutes les fois que je les ai rencontrées, j’ai pu m’en rendre compte par l’existence d’altérations diverses dans les solides. Ainsi l’œdème des membres inférieurs m’était expliqué par des tumeurs développées dans l’excavation pelvienne, et qui comprimaient les veines crurales, ou par des caillots formés pendant la vie dans ces veines. Des masses cancéreuses, formées au devant delà colonne vertébrale, une maladie du foie, une péritonite chronique , des tumeurs qui gênaient la circulation dans la veine cave supérieure , ou dans les veines axillaires , me rendaient compte , soit de l’ascite , soit de l’infiltration séreuse d’un ou des deux membres supérieurs. De même dans les cas où un cancer d’estomac s’accompagne d’ascite, on peut affirmer que la maladie n’est pas simple; et, si des tumeurs cancéreuses n’existent pas dans le péritoine , on peut être presque certain que le foiea'participé à la dégénération de l’estomac.
quemment qu on ne l’a dit à la suite des saignées même très abondantes ; disons toutefois que cette cause les produit un peu moins rarement chez les enfants que chez les adultes. Les grandes hémorrhagies spontanées ne donnent pas non plus nécessairement naissance aux hydropisies : j’en citerai pour preuve l’observation d’une jeune femme qui, peu de jours avant d’entrer à la Charité , et bien portante jusque là , avait eu , par suite d’une fausse couche , une métrorrhagie tellement abondante qu’elle ressemblait, lorsque je l’observai, à une chlorotique des plus avancées ; un bruit de souffle très fort se faisait entendre au cœur et aux deux carotides. Cette femme était si faible et si épuisée qu’on pouvait croire qu’elle expirerait au milieu d’une des syncopes continuelles dans lesquelles elle tombait. Les jours suivants , les forces se relevèrent un peu ; elle restait toutefois d’une pâleur de cadavre , et elle ne pouvait encore faire un mouvement sans être menacée de défaillance. Il fallut que deux mois au moins s’écoulassent pour qu’elle pût commencer à sortir de son lit , et néanmoins au bout de ce temps elle conservait encore un bruit de souffle aux carotides et au cœur. Pendant ces deux mois, et ultérieurement, je recherchai avec soin chez elle les moindres traces d’hydropisie; je n’en découvris aucune ; la pression du doigt ne se marquait même pas légèrement autour des malléoles. Elle avait seulement, comme l’ont plusieurs chlorotiques , une certaine bouffissure de la face ,
qui n'esl point de l’œdème , car la peau ne garde pas en pareil cas l’impression du doigt.
J’ai observé trop de cas semblables au précédent pour que j’hésite à établir que, lorsque l’appauvrissement du sang tient à la seule diminution de ses globules 5 il n’en résulte pas généralement d’hydropisie. Par conséquent, lorsqu’elle a lieu , on doit raisonnablement supposer qu’il faut que le sang, en même temps qu’il a perdu de ses globules , se soit encore appauvri d’une autre façon ; et comme ce n’est point la diminution de sa fîÈrine qui peut amener ce résultat , on peut se demander s’il ne serait pas dû à une diminution qui serait survenue dans l’albumine du sérum. Voyons à cet égard ce que les faits vont nous apprendre.
ïl est une maladie qui , en même temps qu’elle ajoute aux matériaux ordinaires de l’urine une certaine quantité d’albumine, abaisse plus notablement qu’aucune autre le chiffre de l’albumine dans le sang. Or, dans cette maladie, qui a le rein pour siège, un phénomène constant apparaît tôt ou tard: c’est une hydropisie qui, d’abord partielle et légère, finit par être générale et très considérable. Cette hydropisie augmente d’autant plus , qu’il s’échappe des reins une plus grande quantité d’albumine , et qu’on en trouve moins dans le sang. Voilà donc trois faits qui coïncident , une maladie du parenchyme rénal , une diminution de l’albumine dans le sang , une hydropisie. Est-ce la maladie des reins qui produit directement l’hydropisié , comme la produit
une affection du cœur ou du foie ? On ne saurait l’admettre , et il est manifeste que le rein n’exerce ici quelque influence sur la formation de l’hydropisie que d’une manière indirecte , et en tant seulement qu’une modification survenue dans sa texture lui permet d’enlever au sang son albumine. C’est donc la diminution de celle-ci , dans le sérum du sang , qu’il faut regarder comme la cause véritable de l’hydropisie. Quelle que soit donc la cause qui fasse diminuer cette albumine , l’hydropisie en sera la conséquence. Et d’ailleurs il n’est pas besoin , pour que cet effet se produise , que les globules diminuent en même temps que l’albumine. Dans la maladie de Bright , il y a d’abord abaissement isolé du chiffre de l’albumine , et les globules ne commencent à diminuer que plus tard , et lorsque déjà l’hydropisie existe.
La diminution de l’albumine dans le sang n’a été jusqu’à présent trouvée chez l’homme que dans le cas où le sang a perdu d’abord de son albumine par les reins. J’ai montré, dans un autre travail (i), que , chez les individus de l’espèce ovine , la diminution de l’albumine peut avoir lieu dans le sang , indépendamment de l’écoulement préliminaire de ce principe par l’urine; des infiltrations séreuses en résultent aussi chez ces animaux , ce qui vient prouver encore que leur production n’est pas sous la dépendance immédiate de la maladie du paren-
(1) Mémoire sur la composition du sang chez quelques animaux domestiques.
chyme rénal ; mais les moutons ont toujours alors des douves dans les voies biliaires. Est-ce là, pour le sang de ces animaux , une cause de déperdition d’albumdne ? On ne possède donc encore aucun cas bien net qui prouve que l’albumine peut diminuer spontanément dans le sang , d’une manière assez considérable pour produire une maladie , comme diminuent spontanément les globules et la fibrine. Mais toujours est-il qu’on est en droit d’affirmer qu’il n’y a qu’une seule sorte d’altération de composition du sang qui entraîne nécessairement à sa suite l’hydropisie; et cette altération, c’est la diminution de l’albumine; par conséquent , toutes les fois que l’on verra survenir une hydropisie que l’on croira devoir rapporter à quelque modification éprouvée par le sang , on devra tout naturellement rechercher si le sang n’a pas perdu de son albumine. Par conséquent encore , ce n’est pas seulement parce que l’eau vient à prédominer dans le sang d’une manière considérable , que des épanchements séreux se formeront; car alors, comme je l’ai dit plus haut, toute chlorotique deviendrait hydropique, et, au contraire , nous voyons l’hydropisie liée à une autre sorte d’altération de composition du sang , dans laquelle celui-ci ne contient pas une grande surabondance d’eau.
L’hydropisie qui survient vers la fin d’un certain nombre de scarlatines, me paraît également reconnaître pour cause prochaine une diminution dans l’albumine du sang ; car toujours dans cette sorte
d’hydropisie j’ai constaté queTurine était devenue albumineuse.
On voit parfois des individus qui sont pris en quelques heures d’anasarque , après avoir été exposés à une cause subite de refroidissement. Cet accident , assez rare dans nos climats , est commun au contraire dans les pays équatoriaux. D’où dépend cette espèce d’hydropisie? Je m’en suis longtemps rendu compte en supposant que la suppression brusque du travail perspiratoire de la peau entraînait rapidement une exhalation surabondante de sérum dans les aréoles du tissu cellulaire et dans les cavités séreuses. Mais un fait que j’ai récemment observé m’a permis d’expliquer autrement la formation de cette sorte d’hydropisie. Ce fait est le suivant.
Un jeune homme , bien portant jusque là et fortement constitué, entre à l’hôpital delà Charité avec une anasarque considérable et un commencement d’ascite. 11 me raconte que , peu de jours auparavant , étant couché et endormi, des camarades l’ont inondé d’un pot d’urine froide , pendant qu’il était en sueur. Il s’est levé nu pour les poursuivre , et s’est beaucoup refroidi ; il est resté , dit-il , comme glacé. Dès le lendemain de cet événement , il a commencé à s’apercevoir d’un peu d’enflure , qui a rapidement augmenté- J’examinail’urine de ce malade; elle était albumineuse. Je dus en conclure que le sang avait été dépouillé par les reins d’une certaine quantité de son albumine , et me rendre compte ainsi de la formation de l’hydropisie. C’est donc sur
les reins qu’avait été portée l’action du froid. Cette hydropisie ne fut pas , du reste , de longue durée ; au bout d’une quinzaine de jours , la guérison était complète.
On a cité des cas d’hydropisie survenus à la suite d’une alimentation' insuffisante , et M. le docteur Gaspard a même fait connaître une véritable épidémie de ce genre qui se manifesta, en 1816, dans plusieurs départements du centre de la France , à la suite d’une grande disette qui avait affligé ces pays (1). Les habitants avaient été réduits à chercher leur nourriture dans des racines et dans des herbes des champs , qu’ils faisaient cuire , etc. Un grand nombre d’entre eux devinrent hydropiques. L’histoire nous apprend que le même fait s’est reproduit à d’autres époques sous l’influence des mêmes circonstances. Il est bien vraisemblable que , dans ces singulières épidémies , l’insuffisance de l’alimentation a dû modifier la composition du sang; que là était le point de départ de l’hydropisie , et , d’après tout ce que j’ai dit précédemment, il est permis de conjecturer que le sang éprouve, sous l’empire de cette influence , une diminution de son albumine. Ce qui peut encore donner quelque poids à cette conjecture, c’est ce qui a lieu chez les moutons qui se sont nourris, pendant quelque temps, dans des lieux humides , avec des pâturages de qualité insuffisante pour fournir à leur sang une bonne
(1) Journal de physiologie expérimentale , par M. Magendie , tome II.
réparation ; chez eux aussi , le sang perd une partie de son albumine , et ils deviennent hydropiques.
Je ne chercherai point à discuter la question de savoir pourquoi un sang, devenu moins riche en albumine , entraîne facilement la formation d’épanchements séreux, et pourquoi la diminution des globules dans ce même sang n’entraîne pas un effet semblable. Est-ce la modification produite par la diminution de l’albumine dans les qualités physiques du sérum , qui favorise l’issue de celuici à travers les parois vasculaires? Est-ce là un cas d’exosmose favorisée par la diminution de densité du liquide , ou bien encore l’eau du sang s’écoule-telle moins facilement dans les réseaux capillaires , alors que, moins chargée d’albumine, elle est devenue moins onctueuse , et qu’elle glisse peut-être moins facilement à la surface interne des vaisseaux ? S’il en est ainsi , la diminution de l’albumine dans le sérum du sang aurait , pour l'un de ses effets , de rendre le passage de ce liquide plus difficile à travers les petits vaisseaux, et par conséquent, relativement à sa cause immédiate , il n’y aurait pas si loin de l’hydropisie qui suit une maladie organique du cœur ou du foie , à celle qui suit l’abaissement du chiffre de l’albumine dans le sang.
Qu’on ne croie pas d’ailleurs que , dans les cas d’hydropisies, il s’opère simplement une séparation du sérum tel qu’il existait dans le sang: il n’en est ainsi dans aucun cas de pure hydropisie , et la règle constante , c’est qu’alors la sérosité qui s’est épan-
chée , bien que restant composée des mêmes matériaux que le sérum du sang , contient proportionnellement plus d'eau que celui-ci, et beaucoup moins de principes organiques , et en particulier d’albumine. Ainsi, dans seize analyses que j’ai faites des liquides de diverses hydropisies, j’ai trouvé pour maximum en albumine le chiffre , et pour minimum le chiffre 4- f^ans aucun cas, par conséquent, la quantité d’albumine n’était même égale à la quantité de celle que contient le sérum du sang. On peut voir d’ailleurs , par ces chiffres extrêmes, combien peut différer la proportion d’albumine contenue dans le liquide des hydropisies. Dans ces seize analyses , j’ai trouvé la quantité d’albumine, représentée pour mille parties , par les chiffres 48, 47? 40) 3o, 28, 19, i5, i4, 12, 12,
11, 10, 8, 6, 4‘ Dans six autres analyses de sérosités extraites par la ponction de la tunique vaginale du testicule (cas d’hydrocèle), j’ai trouvé l’albumine généralement plus abondante que dans les autres sérosités épanchées : ainsi , dans ces six cas, il y avait en albumine 69 , 55 , deux fois 5i , 49? 35. Le chiffre le plus élevé de ces six cas est loin d’égaler la moyenne de l’albumine dans le sérum du sang. Je n’ai pas vu dans ces cas divers que le siège de l’hydropisie , non plus que sa cause, exerçassent quelque influence sur l’élévation plus ou moins grande du chiffre de l’albumine ; mais il n’en a pas été de même de l’état plus ou moins grand d’intégrité de la constitution: plus celle-ci était
encore entière et forte , et plus en général les sérosités épanchées contenaient d’albumine. Voilà pourquoi très vraisemblablement le liquide qui provenait de la tunique vaginale était en général plus riche en albumine que celui des autres hydropisies; c’est que, dans tous ces cas d’hydrocèle, les individus opérés étaient encore pleins de santé et de vigueur. Dans les cas, au contraire, où j’ai eu occasion d’examiner la sérosité retirée du ventre d’un même individu par plusieurs ponctions successives , j’ai constamment vu , que plus les ponctions se répétaient , moins était abondante la quantité d’albumine contenue dans la sérosité, ce qui me paraissait dépendre de l’affaiblissement progressivement croissant de la constitution.
Quant à l’eau , je l’ai trouvée dans toutes ces sérosités beaucoup plus abondante que dans le sérum du sang ; son chiffre le plus élevé a été 986, et le plus bas 980 : par conséquent la sérosité épanchée qui avait le minimum d’eau , en contenait encore plus que le sérum du sang le plus chargé de ce principe : dans ce sérum , en effet , nous avons trouvé chez l’homme pour maximum en eau 916 ; le minimum était 7^5 , et la moyenne 790. C’est d’ailleurs dans les sérosités d’hydrocèles que nous avons rencontré le moins d’eau ; c’est dans un de ces cas qu’existait notre minimum 980 , tandis que le maximum d’eau, pour ces mêmes cas, était 947. Au contraire, dans les seize autres cas relatifs à des épanchements séreux soit du tissu cellulaire , soit du péricarde, de
la plèvre et du péritoine , ce maximum 947 devient presque le minimum ; dans tous ces cas , sauf deux, on trouve plus de gSo en eau , 4 fois de 960 à 960 , et 10 fois de 960 à 986.
Du reste , toutes ces sérosités nous ont offert , comme le sérum du sang , des matières organiques grasses et extractives, un alcali, des sels alcalins et calcaires. La quantité des matières salines nous a paru à peu près semblable à celle de ces mêmes matières dans le sérum du sang.
Hors nos six analyses de liquides d'hydrocèle , toutes les autres sont relatives à des cas où l’hydropisie fut le résultat' d’un obstacle apporté au libre retour du sang veineux vers le cœur : je regrette beaucoup qu’aucune n’ait rapport à la maladie de Bright. Dans ces cas donc, ainsi que dans ceux d’hydrocèles, il se sépare proportionnellement du sang plus d’eau que d’albumine.
J’ai dit plus haut que la proportion d’albumine qui se sépare du sang, devient plus considérable lorsque c’est un travail phlegmasique qui a provoqué l’épanchement de sérosité. On peut le prouver par l’analyse du liquide des vésicatoires.
Il peut , par contre , se présenter des cas où un liquide, semblable au sérum par son aspect, et alcalin comme lui , ne décèle plus par les réactifs aucune trace d’albumine. C’est ce que j’ai vu dans le liquide, clair et limpide comme de l’eau de roche, qui est contenu à l’intérieur d’hydatides de foie. Ce liquide , légèrement alcalin , n’était sensiblement
troublé ni par la chaleur, ni par l’alcool , ni par l’acide nitrique. Il contenait des chlorures alcalins , et des sulfates , et beaucoup de matières grasses ( i ). L’albumine qui manquait à ce liquide existait-elle dans les parois mêmes de la poche vivante où il était emprisonné ?
Il est digne de remarque que , dans le cas où , chez un même individu, il existe à la fois en des lieux divers plusieurs épanchements séreux , les liquides qui les constituent peuvent différer beaucoup les uns des autres, relativement à la quantité d’albumine qu’ils contiennent. Ainsi , chez une femme atteinte d’une affection organique du cœur , il y avait 3o parties en albumine dans la sérosité du péricarde , et il n’y en avait que 4 tlans la sérosité du tissu cellulaire des extrémités inférieures.
(1) Les matières grasses que l’on trouve dans les sérosités ont parfois une nature différente de celle de ces mêmes matières que l’on rencontre ordinairement dans le sérum du sang. C’est ainsi qu’en examinant au microscope un liquide d’hydrocèle fourni par une ponction , j’y ai trouvé des cristaux de cholestérine affectant la forme parallélogrammique la plus pure. A l’œil nu le liquide nous présenta, au moment où il sortit de la tunique vaginale, un aspect louche dû à une infinité de petites paillettes micacées qu’il tenait en suspension , et dont une grande partie se précipita au fond du vase par le repos.
ARTICLE Vil.
l>u sang dans quelques maladies vulgairement appelées organiques.
J’ai étudié la composition du sang dans cinq cas d’hypertrophie du cœur; dans tous , la quantité des globules était restée normale; il en était de même de l’albumine du sérum. Quant à la fibrine, elle offrit une seule fois une augmentation légère , donnant le chiffre 4- Dans les quatre autres cas , elle avait conservé sa quantité physiologique , représentée par les chiffres 2,6; 2,7; 3,0; 3 J 7. Ces différences, trouvées dans le chiffre de la fibrine , furent ici parfaitement en rapport avec la différence observée dans les symptômes eux-mêmes.
En effet , dans les cas qui donnèrent 2,6 ; 2,7 ; 3,0 en fibrine, l’affection du cœur avait suivi une marche chronique , et le pouls était sans fréquence. Dans le cas , au contraire , où le sang contenait 4 de fibrine , la maladie eut un aspect tout différent. Les symptômes d’affection du cœur n’avaient paru que depuis deux mois. Ils étaient survenus d’une manière aiguë pendant le cours d’un rhumatisme articulaire , et avaient persisté après lui. Indépendamment des signes d’hypertrophie, l’on entendait à chaque contraction des ventricules , un bruit de souffle des plus marqués.
Dans le cas , où nous trouvâmes dans le sang 3,7 en fibrine , c’est-à-dire un des maxima les plus élevés
de l’état physiologique , la saignée fut encore pratiquée au milieu de circonstances toutes particulières; ici aucun rhumatisme n’avait existé: mais la maladie du cœur s’était tout-à-coup exaspérée ; un grand trouble était survenu dans les mouvements de cet organe ; à chacun de ses deux temps, l’on entendait un bruit de frottement des plus forts ; la suffocation était extrême ; le pouls battait 108 fois par minute. La saignée fut suivie d’une grande amélioration, et, au bout de quelques jours , les bruits de frottement étaient devenus beaucoup moins intenses.
Nous voyons , par ces faits , que l’altération de nutrition, qui produit l’hypertrophie dégagée de toute complication , n’entraîne aucun changement dans le chiffre de la fibrine du sang. Nous voyons en outre que l’augmentation de ce chiffre a lieu seulement dans des cas particuliers , et au milieu des symptômes qui rappellent ceux des maladies inflammatoires.
La fibrine n augmente pas non plus par le fait seul du dépôt , au sein des tissus de ces matières morbides connues sous le nom de matières tuberculeuse , squirreuse , encéphaloïde , non plus que dans les cas de développement d’hydatides. Il peut arriver cependant qu’à certaines périodes de l’existence de ces produits divers , on trouve dans le sang un excès de fibrine ; mais c’est qu’alors un autre état morbide est intervenu. A cet égard , les règles suivantes peuvent être posées.
Tant que le tubercule ou le cancer se montrent sous forme de masses encore dures , sans signe d’état plilegmasique autour d’eux , le sang présente constamment à l’analyse sa quantité normale de fibrine ; mais , à mesure que ces masses, dures se ramollissent , et qu’un travail d’élimination , semblable par ses caractères au travail phlegmasique , s’établit autour d’elles, le sang se charge d’une quantité de plus en plus grande de fibrine ; de telle sorte que la formation en excès de ce principe ne dépend pas du développement du produit accidentel , mais bien de l’inflammation qui vient se joindre à lui à une certaine période de son existence ; c’est là une nouvelle preuve à ajouter à beaucoup d’autres qui démontrent que le travail qui crée les différents produits accidentels , comme tubercule , cancer, mélanose, hydatide, etc. , n’est pas de même nature que celui qui fait Tinflammation.
Pour justifier les principes que je viens d’établir, je citerai d’abord un cas fort remarquable où des tubercules développés dans la pie-mère simulèrent une méningite aiguë ; mais les qualités du sang purent , avant l’autopsie , faire douter de la réalité de celle-ci.
Ce cas a pour sujet une couturière , âgée de vingtquatreans,qui entra à la Charité le 27 mai i84i, se plaignant de tousser et d’avoir la respiration courte depuis un certain temps; elle accusait en outre une céphalalgie habituelle ; elle avait éprouvé , le mai, une vive contrariété, et, peu de jours après, sacé-
phalalgie avait augmenté ; dès ce moment , elle avait ressenti des frissons vagues. A dater du 28 mai , elle était devenue plus sérieusement malade ; son mal de tête avait pris ce jour-là une intensité inaccoutumée , et en même temps étaient survenus des bourdonnements d’oreille , de la photophobie , des vomissements bilieux. Du 27 au 3o mai, les symptômes d’une affection cérébrale aiguë se dessinèrent de plus en plus. Du 3o mai au 5 juin, jour de la mort , cris aigus , semblables à ceux qu'on appelle hydrocéphaliques ; délire , strabisme , contracture des membres , plaintes vives et mouvements convulsifs , dès qu'on touche un peu fortement la peau du tronc et des membres , qui semble avoir acquis une extrême sensibilité ; vers la fin , roideur tétanique du cou.
A l'autopsie , on trouve la pie-mère parsemée de nombreuses granulations tuberculeuses ; elles sont surtout agglomérées vers les scissures de Sylvius. Nulle part ailleurs on ne rencontre, dans l'encéphale, non plus que dans ses membranes , d’altération appréciable. Les mêmes granulations tuberculeuses qui remplissaient la pie-mère se retrouvent dans les deux plèvres et dans le péritoine ; ces membranes en sont couvertes ; les deux poumons sont remplis d’un grand nom.bre de tubercules à l’état miliaire.
Ainsi , dans ce cas , la seule altération constatable par l'autopsie , ce fut le développement simultané de tubercules , tous petits , durs , sans trace
crinflammation autour d’eux , dans toutes les grandes membranes séreuses et dans les poumons. Les caractères anatomiques de la méningite manquaient complètement.
Voyons maintenant ce que nous montra, dans ce cas , l’analyse du sang.
Dans une première saignée , nous trouvâmes 3,o en fibrine , et dans une seconde 3,4- La fibrine était par conséquent restée dans les limites de sa quantité physiologique. Pendant la vie, nous fûmes étonnés de ce résultat ; il nous semblait étrange que, dans une maladie qui nous paraissait être une méningite aiguë , le chiffre de la fibrine ne se fût pas élevé; l’autopsie nous expliqua cette anomalie, ou plutôt elle nous fit voir que l’anomalie n’était ici qu’apparente. Quel fait peut d’ailleurs mieux prouver qu’à son début, etquelles que soientet sa rapidité et son étendue , la tuberculisation n’entraîne pas dans le sang une augmentation de fibrine? L’étude de l’état du sang dans le tubercule pulmonaire m’avait déjà conduit à établir la même proposition dans le premier mémoire que j’ai publié avec M. Gavarret. Depuis la publication de ce mémoire , nous avons recueilli de nouveaux faits qui sont encore venus la confirmer; en voici le résumé.
Nous avons pesé la fibrine extraite du sang de trente-trois saignées pratiquées à trente individus atteints de tubercules pulmonaires. Chez sept d’entre eux, les tubercules étaient encore à l’état de crudité ; chez neuf autres , ils étaient envoie de ramollisse-
ment, et enfin chez les quatorze derniers, le poumon était creusé de cavernes.
Dans neuf saignées pratiquées aux six malades de la première série , nous avons trouvé sept fois la fibrine en quantité normale , variant de 2,7 à 3,5. Deux autres fois , à la vérité , la fibrine avait dépassé ses limites physiologiques , donnant les chiffres 4^8 et 5,1. Mais , dans ces deux cas , il existait une complication phlegmasique , dans l’un une entéro-colite sub-aiguë, et dans l’autre une bronchite beaucoup plus intense que celle qui accompagne ordinairement le premier degré de la phthisie.
Dans dix saignées pratiquées aux neuf malades de la deuxième série , nous arrivons déjà à des résultats différents. Ici, en effet, neuf fois sur dix le chiffre physiologique de la fibrine est dépassé, tantôt très légèrement et atteignant à peine 4? tantôt dépassant ce dernier chiffre et oscillant entre 4 et 5. Dans un dixième cas , il n’y avait que 3 en fibrine.
Enfin , dans quatorze saignées pratiquées aux quatorze malades de la troisième série, nous trouvons douze fois sur quatorze le chiffre de la fibrine élevé au-dessus de son état normal , mais d’une manière plus considérable que chez les malades de la seconde série. Ici , en effet , le minimum trouvé (et il n’existe qu’une seule fois) est 4)0. Dans trois autres cas , le chiffre de la fibrine oscille de 4,4 ^ 4,6 ; dans tous les autres, il se maintient entre 5,o et 5,9.
Quant aux deux seuls cas qui, dans cette troi-
sième série , ne suivirent pas la loi de l’ascension de la fibrine , ils doivent former une catégorie à part ; les individus auxquels ils sont relatifs étaient en effet dans un degré très avancé de marasme , lorsque nous essayâmes de diminuer par une petite saignée l’état de demi-asphyxie qu’ils présentaient ; ils furent en effet momentanément soulagés par elle. Chez l’un d’eux , la fibrine avait conservé sa moyenne physiologique ; chez l’autre, elle était descendue à 2,0.
Ainsi , dans cette troisième période de la phthisie pulmonaire où la fibrine se montre ordinairement en excès, il y a cependant quelques cas dans lesquels l’épuisement qui suit la fonte des tubercules se traduit dans le sang par une nouvelle modification dans la quantité de la fibrine ; elle avait augmenté pendant le travail d’élimination , et voilà que maintenant elle peut s’abaisser jusqu’à descendre plus ou moins au-dessous de la limite inférieure de son état physiologique.
Voyons maintenant ce que deviennent les globules du sang dans la phthisie pulmonaire relativement à leur quantité. Cette étude va nous conduire à des résultats dignes de quelque attention.
En effet , dès le début de la tuberculisation pulmonaire , et alors que l’auscultation peut encore à peine en signaler l’existence , on trouve déjà les globules peu abondants ; dans aucun cas de ce genre je ne les ai vus atteindre même leur moyenne physiologique 127 ; leur chiffre le plus élevé a été 122 ,
leur minimum 99 (i), et ils oscillaient généralement entre 120 et 100, étant généralement plus près de ce dernier chiffre que du premier.
Les individus chez lesquels les poumons commencent à se tuberculiser, présentent donc dans leur sang cette modification particulière de composition qui appartient aux constitutions faibles ; ils sont véritablement dans un commencement d’anémie , et leur sang est devenu semblable à celui des malades auxquels on a pratiqué quelques saignées. Ainsi la condition du sang qui coïncide avec le commencement de la phthisie pulmonaire, et qui , vraisemblablement la précède, c’est cette condition générale que l’on retrouve dans tous les cas où, par une cause quelconque , les forces vitales ont perdu de leur énergie. Qu’est-il besoin de dire que ces résultats de l’analyse sont parfaitement d’accord avec l’observation clinique? Qui ne connaît l’étiolement, la décoloration , l’affaiblissement que présentent la plupart des phthisiques, dès les premiers temps de leur maladie? Dans l’imminence de la tuberculisation pulmonaire , il y a des jeunes filles qui deviennent si débiles et si pâles , et qui en même temps ont encore si peu de symptômes locaux, qu’il arrive qu’on se méprend parfois sur la nature de leur maladie, et qu’on les prend pour des chlorotiques; réciproquement il y a des cas de chloroses qui, se
(1) Ce minimum a été trouvé chez le malade dont j’ai parlé un peu plus haut, et dont les différentes séreuses étaient parsemées, ainsi que le poumon , de nombreux tubercules.
compliquant ou de bronchite ou d’une simple toux nerveuse, ont pu jeter les observateurs les plus consommés dans une grande incertitude , et leur faire craindre un développement de tubercules.
Ainsi donc , dans toute phthisie pulmonaire qui débute, il existe un certain degré d’anémie; mais est' ce à dire qu’il suffît que le sang s’appauvrisse , pour qu’il se produise des tubercules ? Non sans doute; car, dans ce cas, on trouverait, parmi les chlorotiques, un plus grand nombre de phthisiques qu’on n’en rencontre , et je ne crois pas que les jeunes filles atteintes de chloroses deviennent , plus souvent que d’autres , tuberculeuses. La diminution de la quantité des globules du sang, dès les premiers temps de la phthisie , n’est donc pas la cause de la tuberculisation , mais elle est pour nous un signe certain que cette maladie prend naissance au milieu d’un notable affaiblissement de la constitution , et, s’ajoutant à ceux fournis par l’observation clinique de tous les temps , ce signe vient encore nous éclairer dans le choix et dans la direction des méthodes thérapeutiques.
Cependant , à mesure que les tubercules pulmonaires font des progrès, l’abaissement du chiffre des globules devient lui-même de plus en plus considérable, et c’est enfin lorsque les poumons sont creusés de cavernes que les globules sont à leur minimum. Ce minimum toutefois n’est pas ce que la théorie pourrait le faire supposer; il semblerait en effet que , dans une maladie où l’organe essentiel de
rhématose est si gravement compromis , et est devenu si peu propre à remplir ses fonctions , les globules devraient diminuer à peu près autant que dans la chlorose ; mais il s’en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi ; dans la seconde et dans la troisième période de la phthisie pulmonaire , je n’ai encore vu qu’un seul cas où les globules se soient abaissés audessous du chiffre 8o. Dans ce cas , il n’y avait plus en globules que 72 ; et il y avait en même temps 5,5 en fibrine. Dans tous les autres cas, les chiffres oscillaient entre 80 et loo. N’est-il pas singulier de voir, sans aucune autre altération appréciable du poumon ni d’aucun autre solide , les globules descendre spontanément dans la chlorose jusqu’au-dessous de 3o , tandis que leur minimum reste à 72 dans une maladie où il semblerait que l’état du poumon dût à peine permettre au sang de se former encore. Et cependant , non seulement les globules ne diminuent point alors autant qu’on aurait pu le supposer; mais, lorsque déjà le poumon est en grande partie détruit , la fibrine augmente de quantité, et latempératuredu corps peut s’élever, comme dans la fièvre typhoïde , ou dans une pneumonie aiguë; j’ai vu cette température monter à Sg et 4o degrés dans la fièvre hectique qui accompagne ordinairement le dernier degré de la phthisie.
Parmi les trente phthisiques dont j’ai analysé le sang, il n’y en a qu’un seul chez lequel j’aie entendu un bruit de souffle aux artères carotides : c’est celui qui n’avait plus dans son sang que 72
en globules ; le sujet de cette observation était un homme d'une trentaine d’années. L’apparition du souffle carotidien fut chez lui parfaitement expliquée par la diminution des globules , plus considérable que chez aucun autre , et l’existence du bruit des artères, dans ce cas isolé, vient très bien justifier les principes que nous avons déjà posés sur le rapport qui lie la manifestation de ce bruit avec un certain degré de diminution des globules.
L’aspect que présente le sang dans les différentes périodes de la phthisie pulmonaire s’explique aussi très bien par les changements qui surviennent alors dans sa composition.
En effet , dans la première période de la maladie, le sang n’offre rien de particulier, si ce n’est que le caillot est généralement assez petit et assez dense, ce qui s’explique par la médiocre quantité des globules et par la conservation du chiffre normal de la fibrine.
Mais à mesure que la maladie avance, et que les tubercules se ramollissent d’abord , puis se creusent en cavernes , le caillot, tout en devenant de moins en moins volumineux, se recouvre d’une couenne qui se montre d’autant plus épaisse et d’autant mieux formée que la désorganisation pulmonaire est plus avancée. Deux circonstances contribuent évidemment ici à la production de cette couenne ; la première c’est l’augmentation de la fibrine qui a lieu si fréquemment dans le dernier degré de la phthisie , et la seconde , c’est la diminution déplus
en plus grande que subissent alors les globules ; il y a donc alors , par une double cause, excès de la fibrine par rapport aux globules , et , si le sang coule convenablement, une couenne doit nécessairement se former. C’est effectivement ce qui arrive, et l’existence de la couenne à la surface du caillot est un phénomène presque aussi constant dans les périodes avancées de la phthisie pulmonaire, que dans la pneumonie ou dans le rhumatisme articulaire aigu. Relativement aux causes qui président à sa formation , elle tient comme le milieu entre la couenne de la chlorose et la couenne des phlegrnasies.
Poursuivons maintenant l’examen du sang dans les cas de cancer.
Des faits que j’ai recueillis sur ce point, il résulte que , dans le cancer comme dans le tubercule , la fibrine du sang n’augmente que lorsque la matière squirreuse ou encéphaloïde s’avance ou est déjà parvenue à sa période de ramollissement ou de destruction. Si toutefois , par son siège, le cancer compromet les fonctions d’un organe qui sert à la réparation du sang , on peut trouver dans ce liquide une diminution de la fibrine. Mais c’est là un cas tout particulier.
Ainsi , dans quatre cas de cancers de l’estomac , nous avons vu trois fois la fibrine conserver son chiffre normal, et une autre fois rester au-dessous, n’étant plus représentée, dans ce quatrième cas, que par le chiffre 1,9.
Dans deuK cas de cancers du foie , nous avons au contraire trouvé dans le sang un certain excès de fibrine: 3,7 dans un de ces cas, et 5,o dans Fautre.
Dans le premier de ces cas, la tumeur dont l’hypochondre droit était le siège , semblait être dans le passage de la période de crudité à la période de ramollissement ; habituellement indolente , elle devenait parfois douloureuse , et alors une fièvre passagère prenait naissance.
Le second cas avait une tout autre physionomie: le malade auquel il est relatif portait vers la région du foie une tumeur volumineuse, très douloureuse, comme fluctuante, qui s’était très rapidement développée, et une fièvre continuelle avait lieu; le foie , dans toute son étendue , et hors du lieu occupé par la tumeur , avait pris lui-même un grand développement. Ce malade présentait si bien tous les traits d’une affection inflammatoire , que nous pensâmes à un abcès du foie. îl succomba tout-àcoup, sans que, très peu d’heures avant cette mort inopinée, rien pût faire prévoir une fin aussi rapide. Elle nous fut expliquée à l’autopsie par l’existence d’un vaste épanchement de sang dans la cavité du péritoine. Ce sang était sorti d’un champignon cancéreux complètement ramolli et ulcéré qui occupait le bord libre du foie ; c’était par ce champignon qu’était constituée la tumeur reconnue pendant la vie. Des masses encéphaloïdes nombreuses et toutes en détritus remplissaient le pa-
renchyme hépatique , ainsi que plusieurs des ramifications de la veine porte.
Dans un cas de cancer de Tovaire , constaté par l’autopsie, accompagné de fièvre et de douleurs assez vives, la fibrine s’éleva au chiffre La masse cancéreuse était en partie ramollie, et d’innombrables vaisseaux la parcouraient en mille sens divers. Autour d’elle , il y avait quelques traces d’une légère péritonite.
Enfin, dans deux cas de cancers de Futérus , nous trouvâmes en fibrine , dans le sang , les chiffres très différents 5,6 et i,8. Mais le premier cas marchait avec les signes d’un état de phlogose assez intense ; tout l’hypogastre était tendu et douloureux, et il y avait une fièvre constante. Dans le second cas, il y avait apyrexie complète; la malade était profondément épuisée par des métrorrhagies qui se renouvelaient sans cesse : c’était ce cas remarquable , dont j’ai déjà eu occasion de parler, où le sang ne contenait plus que 21 en globules.
Je n’ai pas encore eu l’occasion d’analyser le sang d’individus de l’espèce humaine atteints d’hydatides; mais, dans l’espèce ovine , jeme suis souvent livré à cet examen : j’ai toujours trouvé la fibrine en quantité normale dans les cas où aucune autre affection ne compliquait l’hydatide ; mais j'ai trouvé la fibrine augmentée dans le cas où autour des hydatides un travail phlegmasique s’était développé (1).
(1) Recherches sur la composition du sang de quelques animaux domestiques , etc.
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Dans les divers cas d’affections cancéreuses que je viens de passer en revue , les globules du sang ne m’ont offert rien autre chose que cette diminution progressive qu’ils éprouvent, toutes les fois que l’organisme est sous l’influence d’une cause quelconque d’épuisement. Lés grandes hémorrhagies qui accompagnent plusieurs cancers , l’insuffisance de réparation qui doit être la conséquence du plus grand nombre des cancers de l’estomac , expliquent pourquoi , dans beaucoup de maladies de cette nature , on trouve le sang si pauvre en globules ; mais cette perte des globules ne paraît pas avoir lieu pour le cancer, comme pour le tubercule, au début de l’affection ; elle ne survient que plus tard , d’une manière tout accidentelle , et par suite des causes que je viens d’indiquer. Ainsi , la disposition de l’organisme qui crée le cancer ne se traduit pas dès son origine , comme celle qui crée le tubercule , par un appauvrissement du sang. Aussi remarquez que , tandis que dès le début de sa maladie, et souvent même avant qu’elle puisse être démontrée, le tuberculeux est presque toujours remarquable par sa faiblesse et sa pâleur, il n’en est pas de même du cancéreux : celui-ci peut présenter avant l’invasion de son mal , et pendant les premiers temps de son existence , toutes les sortes possibles de constitutions et de tempéraments. Quoi déplus commun que de voir une affection cancéreuse s’établir chez des individus d’un tempérament sanguin et qui ont l’aspect plétho-
présent beaucoup plus rarement invoquée que le raisonnement, et lorsqu’on a eu recours à l’observation , on ne s’en est servi le plus souvent que pour étudier, dans le sang , les simples altérations de ses propriétés physiques. Mais on en reste ainsi à Fenfance de la science ; pour en sortir , il faut analyser le sang ; telle est la pensée qui guidait M. Magendie lorsque, en modifiant artificiellement la composition du sang , il démontrait qu’on peut ainsi créer des maladies. L’hématologie pathologique ne commencera en effet à s’enrichir de faits de quelque valeur, que lorsque le sang d’un grand nombre de malades aura été soumis à l’investigation chimique , et examiné par le microscope. Sans doute , en étudiant par ce double moyen d’analyse les divers principes du sang , et en les suivant ainsi un à un dans tous leurs changements possibles de proportion ou de nature , il ne s'ensuit pas qu’il faille négliger l’étude des changements que le sang peut éprouver dans ses propriétés physiques ; mais on reconnaît bientôt que cette dernière étude est presque toujours insuffisante , et qu’employée seule , sans le contrôle de l’analyse , elle peut souvent devenir une source d’erreur. Car on ne saurait se rendre un compte exact des divers changements que le sang est susceptible d’éprouver dans ses propriétés physiques , si l’on n’a pas appris à rattacher ces changements à d’autres plus intimes survenus dans la composition du liquide , et dont les premiers ne sont que l’effet. Ainsi il peut
arriver que le sang présente un aspect identique , et soit également couenneux dans des maladies aussi différentes que le sont la chlorose d’une part, et la pneumonie ou le rhumatisme articulaire aigu d’autre part. Le sang est-il donc semblable dans la chlorose et dans la pneumonie ? Dans ces deux maladies , la couenne a-t-elle une même signification ? c’est ce que la simple considération de l’aspect du sang ne saurait nous apprendre ; et c’est ce que l’analyse pourra seule nous révéler, comme je le dirai plus bas. D’autres fois c’est le microscope qui devient surtout notre moyen d’analyse ; c’est lui , par exemple , qui pourra nous révéler dans les globules des altérations de qualité, ou qui nous montrera du pus dans le sang, etc. Enfin , dans ces recherches difficiles où aucune source de lumière ne saurait être négligée , l’investigation chimique et microscopique trouvera parfois un utile complément dans les expériences physiologiques. Par celles-ci , en effet , on peut modifier chez des ani- ’ maux la composition du sang , et par suite ses propriétés physiques , de manière à rendre ce liquide plus ou moins semblable à ce qu’il est dans certaines maladies. Une fois ces modifications produites, on observe quels sont les phénomènes qui surviennent dans les différentes parties de l’organisme , et l’on peut en tirer des conclusions relativement à l’influence que des modifications de même nature , survenues spontanément dans le sang de l’homme, peuvent exercer sur la production de