‹ Essai d'hygiène mentale: Prophylaxie des épidémies de suicidesChapitre 3 sur 10 · HUE · texte numérisé non relu

HUE

Rassemblons en un tableau quelques chiffres.

NOMBRE DES SUICIDES EN ANNÉES France | Belgique | Prusse | Suède Saxe | Autriche 1830 1739 — — — . 626 1835 2319 — — == == — 1840 2814 — 1630 — = 1845 3082 235 1700 — 338 — 1850 3596 165 1736 228 340 774 1855 3810 260 2351 — 568 — 1860 4050 299 2105 238 548 1086 1865 4046 166 2361 — 619 —— 1870 4157 338 3656 369 800 1510 1875 5472 462 — 376 — 2217 1881 6741 490 — — — — 1885 7902 1890 8410 1895 8360 ou 1900 8926 1905 9232 ÉRASUI SEE 9068 1910 9819 cos Te 13935 1913 10389 1917 5982 1919 7889

Partout, nous voyons donc une progression constante; les chiffres sont suffisamment éloquents par eux-mêmes et se passent de tous commentaires.

Remarquons seulement que rien que pour la France le nombre des suicides s’est plus que quintuplé en moins d'un siècle pour atteindre en 1943 le taux de 10389. Les chiffres des années de guerre : 8386 en 1914, 6652 en 1945, 6363 en 1916, 5982 en 1917, 61C4 en 1918, 7889 en 19H19 semblent accuser un léger recul qui n’est cependant que fictif; car, d’une part, les statistiques n’ont pu porter que sur les 77 départements non envahis; d’autre part, ceux-ci eux-mêmes avaient leur population réduite par suite du départ des hommes pour la guerre. C'est ainsi que disparaît environ Ja population d’une petite ville de France

Qu.

chaque année par mort volontaire, à peu près la soixantième partie du total de tous les décès.

En ce moment où notre pays a tant besoin d'hommes, où on lutte par tous les moyens avec juste raison contre les grands fléaux sociaux pour combattrs la dépopulation, il y a lieu — croyons-nous — de songer aussi un peu à la possibilité de conserver quelques existences à la nation parmi ce groupe toujours plus compact des suicidés.

Tout d’abord une première question se pose à notre esprit : Tout suicide est-il toujours et fatalement la résultante d’une affection vésanique et tous les suicidés étaientils des fous?

Esquirol, dans le tome I de son traité des maladies mentales, dit à la page 639 : « Le suicide offre tous les caractères des aliénations mentales » et plus loin, page 665: « L'homme n'attente à ses jours que lorsqu'il est dans le délire et les suicidés sont des aliénés. »

Falret et Moreau de Tours partagent la même opinion et y voient un épisode de plusieurs sortes de folies. Voici la classification des suicides empruntée à Moreau de Tours dans le Dictionnaire de Médecine. On y distingue :

a] les suicides maniaques ;

b] les suicides mélancoliques ; c] les suicides obsessifs ;

d) les suicides impulsifs.

Cela impliquerait que tous les suicides sont où déterminés par des motifs purement imaginaires ou dénués de tout motif; or, un grand nombre de suicides ne rentrent ni dans l’une ni dans l’autre catégorie.

Et de plus, si les désordres mentaux jouent le rôle capital qu’on leur prête dans la genèse des suicides, ils doivent révéler leur présence par des effets caractéristiques. Or, sur 100 aliénés, il y avait:

en-France :...…… 44 hommes 56 femmes à New-York … 45 » a »

en Norvège 45 » 55. D

bn oaxe is = 45 » 55 »

D ti EE

Et cependant, ainsi que nous le verrons plus tard, on compte de tout temps et dans tous les pays 3 à 4 suicides d'hommes pour 1 suicide de femme.

Encore un autre fait singulier : Toutes les statistiques s'accordent pour dire qu'il y à beaucoup plus d’aliénés juifs que catholiques ou protestants. Quant aux suicides, ils sont relativement très peu nombreux chez les juifs.

Voici encore une troisième constatation, c’est que la proportion entre suicides et aliénations est tout à fait variable dans les différents pays sans aucune règle fixe.

Cest ainsi que l’on comptait :

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