‹ Essai d'Instrumentation et de Technique Nouvelles de SutureChapitre 4 sur 16 · J. — INSTRUMENTATION · texte numérisé non relu

J. — INSTRUMENTATION

Elle se compose de deux instruments ; l’Aiguille porte-fil et la Pince-Ciseaux,

1° Aiguille Porte-fil.

Elle est constituée de deux parties distinctes : l’Aiguille proprement dite etle Manche renfermant le fil.

a) Ce Manche, plus volumineux que les manches des aiguilles actuelles, est formé essentiellement de deux pièces, rentrant l’une dans l’autre à frottement lisse. La pièce extérieure ou femelle, plus longue, est lisse, arrondie et fermée à une de ses extrémités, ouverte à l’autre pour recevoir la pièce interne ou mâle, qui y pénètre jusqu'aux deux tiers de sa largeur. L’extrémilé ouverte de la première de ces pièces porte un prolongement qui se met en rapport par sa face inférieure avec un prolongement semblable, détaché de la pièce interne, et les deux constitueront un canal pour la sortie du fil.

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20 INSTRUMENTATION ET TECHNIQUE NOUVELLE DE SUTURES Telle est la disposition générale du manche, qui réalise pour le fil et sa bobine une gaine complète, hermétique, mais démontable.

Entrons maintenant dans l'étude des détails.

1° À l'extrémité ouverte de la pièce externe ou femelle sont entaillées de chaque côté deux encoches, qui permettent au pouce et à l'index de saisir plus aisément un bourrelet saillant, qui se trouve sur la partie adjacente de la pièce mâle. Grâce à cette disposition, le démontage du manche en ses deux parties, démontage nécessaire pour l'introduction ou l’enlèvement de la bobine de fil, est rendu facile et rapide.

2 Le canal destiné à conduire le fil de la bobine enfermé dans le manche jusqu’à l'extrémité antérieure de celui-ei est formé, nous l’avons vu, de deux moitiés : la moitié supérieure est constituée par le prolongement antérieur de la pièce femelle, la moitié inférieure est creusée en rigole dans le pro” longement antérieur de la pièce mâle. La juxtaposition de l’une sur l’autre forme un canal complet et hermétique pour le fil qui est ainsi conduit à l'abri jusqu'à la base de l'aiguille.

Au contraire, l'instrument démonté, chacune des faces du canal est ouverte largement et peut être aisément nettoyée, et stérilisée.

Le demi-canal inférieur, court tout le long de la face supérieure de la pièce mâle,

Il présente deux particularités importantes. L'une réside dans deux cornes mousses qui marquent sa partie initiale, laquelle se trouve cachée dans l’intérieur du manche. L'autre consiste en une encoche taillée en pointe à l'autre extrémité, extérieure celle-ci, du canal; l'utilité de cette encoche est, lors de l'armement de l'aiguille, d'immobiliser momentanément l'extrémité du fil.

Le prolongement antérieur de la pièce femelle qui forme la paroi supérieure du canal présente aussi des dispositions particulières. C'est d'abord une petite came, saillante en haut, mobilisable, qui peut s’enfoncer plus ou moins sous la pression d'un doigt: suivant la position qu'elle occupe, elle vient ou

non obturer le canal du fil sous-jacent. Son importance se verra tout à l'heure à propos de la suture en surjet, pour laquelle elle est indispensable, elle permet le coincement du fil et l’arrêt à volonté du dévidage de la bobine. Nous y reviendrons. Sur ce même prolongement de la pièce externe se trouve, tout à fait en avant, uu orifice pour l'introduction de l'aiguille. Celle-ci une fois entrée y est fixée par une petite vis à tête plate, située sur le côté et que l'on manœuvre avec les doigts. Cette vis étant bien serrée, aiguille et manche ne font plus qu'un.

b) L'Aiguille est, avons-nous dit, absolument indépendante du manche; celui-ci peut donc en recevoir n'importe quel modèle, et l’on voit de suite la souplesse que ce dispositif donne à l’instrumentation nouvelle. Toutefois il est des conditions nécessaires. C'est d’une part une base un peu plus épaisse destinée à entrer dans le bout du manche dans le trou percé à cet effet (voir plus haut), et où l'aiguille se trouvera fixée. D'autre part, l’autre extrémité ou extrémité libre doit être une partie plate, en fer de lance, tranchante sur ses deux bords, effilée et piquante en bout et qui constitue la pointe de l'aiguille ; auprès de cette pointe, sur le plat est percé le chas.

Ce chas est très simple. Au début de nos recherches, nous avions cru nécessaire de lui donner une disposition spéciale de façon que le fil ne puisse glisser et s'échapper au moment du transpercement des lèvres de la plaie (1° temps, voir plus loin) et nous avions adopté la disposition suivante : le chas était ovale, en raquette avec une queue très effilée dirigée vers le manche; lorsque l'aiguille pénétrait dans les chairs, le fil allait se coincer dans Ja partie rétrécie : au contraire, lorsqu'on la retirait, il se décoincait de la partie rétrécie pour venir occuper la portion plus large antérieure, dans laquelle il pouvait coulisser librement. Cette disposition excellente en théorie avait l'inconvénient d'augmenter beaucoup la difficulté de la fabrication ; or l'usage nous a montré que, moyennant certaines petites précautions que nous indiquerons, c'était une complication inutile. Le chas est donc maintenant extrêmement simple,

formé par un trou rond, de diamètre différent at Fi fils, et dont la seule condition nécessaire est d’être sur tout son pourtour parfaitement mousse.

Possédant ces deux conditions nécessaires à sa base et à sa pointe, l'aiguille, dans le reste de son étendue, peut avoir la forme qu'il plaitau chirurgien. Toutes les grosseurs, toutes les dispositions sont possibles, et l’ingéniosilé de chacun d'eux peut se donner libre cours. Nous avons réalisé déjà toutes les variélés classiques. Homologues des aiguilles de Reverdin, voici des petits modèles (droits, courbes); des modèles moyens (droits, courbes, très courbes) ; des grands modèles (demi-courbes, courbes, très courbes). Voici, correspondant à l'aiguille à Pédales, une série de modèles coudés avec plat horizontal ou plat vertical: pour cette forme, il y a au sommet de la coudure un second chas de renvoi,-de facon à ce que le fil soit guidé plus longtemps. Voici des courbures particulières, appropriées à certaines régions, à certaines opérations : aiguilles à colpopérinéorraphie ou aiguilles d'Emmet, aiguilles à staphylorraphie, aiguilles pour opérations de Schræder, aiguilles pour sutures de vessie, sutures d’uretère, etc.

Il n’est pas inutile d’insister sur l'avantage que présente celte indépendance du manche très solide et qui sert indéfiniment, et des aiguilles qui s’abîment facilement, mais reviennent à un prix infime, Et même pour celles-ci, rien n’est plus facile que de les faire durer très longtemps : il suffit de les affûter de temps à autre, leur forme simple rendant cette manœuvre possible et très facile pour n'importe qui.

D'autre part, au cours d'une opération, si l'instrumentation du chirurgien est insuffisante, il lui est loisible, en quelques secondes, d'adapter au manche unique les diverses aiguilles nécessaires suivant les différents temps de l'intervention.

ec) Nous en aurons fini avec la description des éléments du manche en disant quelques mots de la Bobine enfermée dans son intérieur et qui porte le fil enroulé. Elle peut être du modèle ordinaire en verre (Robert et Carrière ou Hallion) ou au contraire métallique. En ce cas, elle est constituée par un cadre à

| Er nous avions monté la bobine sur un pivot central soli daire de la pièce interne, mais l'usage nous a montré que c'était là une complication inutile, et la bobine libre dans le manche se dévide tout aussi bien que fixée sur un pivot. Cette disposition en cadre favorise, remarquons-le, la stérilisation du fil dans l’autoclave. Le fil.en effet est atteint aussi bien sur sa face interne que sur sa face externe par la vapeur sous - pression qui pénètre dans l’intérieur de la bobine par les trous des deux rondelles en bout. Il semble que ce soit un petit avantage sur les embobinages actuellement employés (bobines pleines où simples plaques). Remarquons encore sur chacune des rondelles une petite encoche terminée en pointe destinée à arrêter à ses deux extrémités le fil embobiné; on est assuré de cette façon que, dans le transport des boîtes stérilisées ou lors des manipulations ultérieures, la bobine ne risquera pas de se dévider toute seule.

La bobine de fil est ainsi mise à l’abri de toute contamination par son inclusion dans l’intérieur du manche de l’aiguille. Le chirurgien a dans la paume de sa main et absolument protégée de tout contact la provision du matériel de suture nécessaire à l'opération. Le fil placé, comme nous l’avons dit dès le début, et par des mains qui viennent d’être lavées, certainement propres, n'aura plus désormais à subir aucune manipulalion. Par le canal que nous avons décrit, il est conduit aseptiquement de sa réserve à la plaie selon les besoins. L'idée de ce procédé n'est pas nouvelle, quelques tentatives de ce genre ont été déjà faites, Si elles n’ont pas abouti, c’est, à notre avis, que leurs auteurs avaient omis un point essentiel. Supposons réalisée une de ces aiguilles avec le fil dans le manche. Pour s’en servir dans l’exécution de points séparés, voici la série de manœuvres que le chirurgien devrait eflectuer. De la main : gauche il tiendrait la pince à disséquer habituelle, et de la droite l'aiguille portant le fil dans son monche. Dans son pre-

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