‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 2)Chapitre 18 sur 29 · Zb ÔÈ vnorebwy &hetba · texte numérisé non relu

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VI, 46. Puis, quand vous jeùpez, n'ayez pas, comme les hypocrites, un air sombre; car ils se défont le visage, afin que les hommes voient qu’ils jeùnent.

En vérité, je vous le dis, ilsreçoivent leur récompense.

17. Mais toi, lorsque tu jeûnes, oins ta tête et lave ton visage,

18. Afin que tu ne sois pas vu des hommes quand tu jeûnes, mais de ton Père qui est /à secrètement, et ton Père qui regarde ce qu'on fait en secret, te le rendra publiquement.

Le jeûne n’était pas seulement chez les Juifs une

humiliation nationale, ayant lieu à

certains Jours

de l’année; 1l avait aussi sa place dans les dévotions particulières : on le joignait assez souvent à la prière, afin d’être mieux en état de supplier et de fléchir le Seigneur.

Pour expliquer l’utiité du jeûne, les Juifs disaient que l’abstinence, en empêchant la surexcita-

MATTHIEU, VI, 16-18. 123 tion des appétits du corps et l’appesantissement d'esprit que produisent les viandes et les vins, favorise les prières par lesquelles on demande à Dieu l'oubli des péchés qu’on a commis et la dispensaion de nouvelles grâces (1). De nos jours, on a dit dans le même but : « Le jeûne donne une forme « plus sensible à des idées qui devraient nous do- « miner habituellement, celle de notre indignité et « celle de notre dépendance. Il rend à l'esprit ce « qu'il enlève à la matière, et allégeant en quel- « que sorte cette âme qu'opprime à l’ordmaire le « fardeau de la chair, 1l facilite son essor vers les « objets du monde invisible. Mais il n’a de prix « que selon les dispositions dont on l’accompagne; « il n’est bon qu'autant que ce n’est pas le corps « seulement, mais le cœur qui jeûne (2). »

Chez les pharisiens, c'était l'inverse. N’ayant d’autre pensée que celle de se montrer aux hommes dans leur jeûne, au heu d’affliger leur cœur, ils attristaient leur visage. Tout comme ils se paraient pour les hommes dans leurs fêtes, c’est pour eux, en Jeünant, qu'ils négligeaient leur personne et qu'ils avaient le visage défait. Quand on se donne tant de peine pour paraître abattu, on ne l’est pas, on n’a que l’air de son rôle. La contrition qui s’affiche est de l’ostentation. Il se peut qu’elle réussisse à tromper les spectateurs et à obtenir leur

(1) .… duvnoteiav ray auaotnuätwy... (PHiLo, Fita Mosis. Lib. IE, $ 4, à la fin.) | (2) A. Viner, Discours sur Esaïe, LVIIL, 3-9

admiration ; mais elle irrite Dieu, qui n’a égard au jeûne que lorsqu'il se cache.

Le résultat de tout ceci, c’est que les pharisiens, malgré leurs jeûnes, leurs prières et leurs aumônes, n'étaient point propres pour le royaume des cieux. La justice manque où se trouve l'hypocrisie; il faut donc que les disciples, ainsi que leur maître le leur a déjà dit, ne se contentent pas plus de la justice menteuse des pharisiens que de la justice au rabais des scribes, s’ils veulent avoir accès dans le royaume. (V, 20.) Grâce à la polémique qu'il vient de soutenir contre ces deux classes de personnes, on peut, à certains égards, se représenter en quoi consiste la Justice nécessaire pour y être admis. Plusieurs des traits essentiels de cette vraie Justice n’ont pu cependant être indiqués encore, et si un seul d’entre eux manquait, ce serait assez pour que les conditions exigées ne fussent pas remplies. Jésus va donc les faire connaître à ses disciples, et il leur donnera par là une idée complète des sentiments et de la conduite indispensables à leur vocation.

Ce qui va suivre n’est pas, d’après cela, ainsi qu’on l’a prétendu, indépendant de ce qui précède. Ce n’est pas une collection de préceptes dont il serait impossible de retrouver l’enchaînement (1). Bien loin de n’avoir ici qu’un recueil de sentences,

(1) M. Scnérer. De l'Enseignement de Jésus-Christ. (Revue de Théologie, 1853. Tome VII, page 41.)

MATTHIEU, VI, 16-18; 19-21. 125 une gnomologie arbitrairement formée (1), nous trouverons dans ces précieuses directions le complément obligé des leçons destinées à instruire les disciples dans la justice et à les rendre accomplis dans la sainteté. Si l’une d’elles avait été omise, au lieu de n’avoir, comme on l’a dit, qu'une maxime de moins, pouvant se détacher sans effort d’une série sans unité, nous serions en réalité privés de la connaissance de l’un des éléments distinctifs du caractère du fidèle. Ils constituent, par leur réunion, un idéal qui n’existe que si l’on tient compte de tout ce dont Jésus s’est servi pour le former, et qui, quand tout cela y entre, est si parfait, qu'il serait impossible d’y rien ajouter. L’examen rapide que je vais en faire suffira, je l'espère, pour le montrer.

VI, 49. Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dé-

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20. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni la teigne ni la rouille ne détruisent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent.

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