‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 2)Chapitre 6 sur 29 · Da rAnouûn Td É0èv dx Hoxiou To Toopnrou Àé- YOVTOG · texte numérisé non relu

Da rAnouûn Td É0èv dx Hoxiou To Toopnrou Àé- YOVTOG

15. Tÿ ZaéouAby rat y Neo- Oañsiu, 600y Oahdoons, Tépav ro Jopôdvou, Taiaia Tüv é0vov,

16. ‘O Auos à xalhuevos èv gnôret elde os MÉY& Hat TOÎs Aabmmévols Év YOOX La ou Oavdrou oc dvérerhev œôroîs.

IV, 13. Et ayant quitté Nazareth, il vit demeurer à Capernaüm, qui est près de Ja mer, sur les confins de Zabulon et de Nephthali,

14. Afin qu'eùt lieu pleinement ce qui à été dit par Ésaïe le prophète en ces mots:

45. « Terre de Zabulon et terre « de Nephthali. chemin de la « mer, au delà du Jourdain...

« Galilée des Gentils.

16. « Le peuple aui était dans « les ténèbres a vu une grande « lumière, et pour ceux qui « étaient dans la région et l’om- « bre de la mort, une lumière « s’est levée. »

La mer dont 1l est fait mention ici est la mer de

Galilée (IV, 18), nommée aussi, dans les Évangiles, mer de Tibériade (Jean, XX, 1) et lac de Génézareth (Luc, V, 1). Lors du partage que Josué fit, entre les douze tribus d'Israël, du pays

dont il avait entrepris la conquête, la rive occi-

50 MATTHIEU, IV, 13-16. | dentale de cette petite mer intérieure échut par le sort à la tribu de Zabulon, tandis que la tribu de Nephthali reçut en partage la rive septentrionale, avec tout le territoire qui s'étend à la suite, jusqu'au Liban, entre le Jourdain et la Syrophénicie. Capernaüm, où Jésus vint habiter lorsqu'il quitta Nazareth, était située sur ses bords, près des anciennes limites entre les deux tribus. Son origine était probablement postérieure au retour de la captivité, car son nom ne se rencontre pas dans l’Ancien Testament. La rive orientale du Jourdain, avant son entrée dans la mer de Galilée, et celle de cette mer elle-même, depuis l’Hermon au nord jusqu'aux montagnes de Basçan au sud, étaient échues à la demi-tribu de Manassé.

Jésus eut égard à la position de Capernaüm, quand il se décida à y aller demeurer. Il se proposait de faire, pendant plusieurs années, de la contrée environnante le champ principal de son activité. Nous le verrons la parcourir en tous sens, s’avançant tantôt jusqu'aux frontières de Tyr et de Sidon (XV, 21) ou jusqu'aux environs de Césarée de Philippe (XVI, 13), tantôt jusqu'à Magdala (XV, 39) ou jusqu'au Tabor (XVII, 1), pour dissiper les ténèbres épaisses répandues sur tout ce pays. Matthieu affirme que c’est dans ce dessein exprès qu'il fit choix de ce nouveau séjour. Il se sert encore ici, pour l’exprimer avec plus de force, d’une de ces citations empruntées aux prophètes, qu'il aime à intercaler dans ses récits,

lorsqu'il veut mettre quelque chose en relief (1). Les mots qu'il cite appartiennent à Ésaie, qui en avait fait usage en parlant de ces mêmes contrées. Exposées par leur situation aux incursions des Assyriens, elles avaient été envahies en partie, dès le huitième siècle avant notre ère, par Pul, l’un de leurs rois, qu'on suppose avoir été le père de Sardanapale. (2 Rois, XV, 19, 20 ; Ésaïe, XVIII, 23.) Trente ans après, elles le furent plus complétement par Tiglath-Pilézer, le même, à ce qu'on croit, qu'Arbace, fondateur du second empire d’Assyrie. (2 Rois, XV, 29.) Pul ne s'était pas établi dans le pays; Tiglath-Pilézer y forma, au contraire, des établissements durables. Ceux des Israéhites qu'il n’emmena pas en captivité, habitués depuis longtemps à sacrifier sur les hauts lieux, ne firent nulle difficulté d'ajouter à leurs idoles celles de leurs vainqueurs. Ésaïe, indigné, fit de grands efforts pour leur persuader de retourner à Dieu, à sa loi et au témoignage. (Ésaïe, VIII, 19, 20.) Ézéchias, roi de Juda, animé du même zèle, se sentait obligé, en outre, à réparer le mal fait à la religion par Achaz son père. Ne se contentant pas de combattre l’idolâtrie et de rétablir le culte dans ses états, il voulut faire participer à sa réforme ceux du peuple demeurés dans le royaume d'Israël après la transportation du reste des habitants. [l leur envoya, à cet effet,

(1) Matthieu, F, 22; I, 45; Il, 17. — Voir l'interprétation que j'ai donnée de ces passages.

o2 MATTATEU UV M43=10.

des messagers qui leur firent entendre de si puissants appels, qu'un grand nombre d'Israélites se décidèrent, à ce que rapportent leurs chroniques, à se rendre à Jérusalem, « le cœur disposé à « rechercher l'Éternel. » (2 Chroniques, XXX, 1-19.) C'était à ces démarches et à leurs résultats heureux que le prophète faisait allusion dans le passage cité par Matthieu, quand 1l disait qu’une lumière, une grande lumière, s’était levée, de son temps, sur les provinces septentrionales de la Palestine, plongées dans l’obscurité du paganisme. Ces provinces comprenalent le territoire de Zabulon et de Nephthal, à l’ouest et au nord de la mer de Galilée, et «le chemin de la mer au delà « du Jourdain, » par où je pense qu'il faut entendre la rive orientale de cette petite mer. Elles formaient ensemble la Galilée des Gentils (1), désignation qu’on étendit peu à peu à toute la portion du pays habitée depuis longtemps par un mélange d'hommes de nations diverses (2), quoique le nom de Galilée n'ait été attribué à l’origine qu'à un petit district de la tribu de Nephthal (3).

(4) Cette désignation ne se rencontre qu’une fois dans l'Ancien Testament : Ésaïe, VIII, 23; mais on en trouve l’équivalent au premier livre des Maccabées : ... xat réonç l'akthaias d\ opt uw. (V, 45.)

(2) La Galilée des Gentils me paraît comprendre les deux Galilées, la haute et la baisse, mentionnées par Josèphe, et avoir rempli tout l’espace renfermé entre les limites qu'il leur assigne. (Voir F£. Jos., Bell. Jud., lib. HT, c. ur, S 1.)

(3) Josué, XX, 7; XXI, 32; 4 Rois, IX, 41; 2 Rois, XV, 29; A Chroniques, VI, 64.

Jésus, en venant demeurer à Capernaüm, situé au centre de cette contrée, voulait l’éclairer tout entière d’une lumière bien supérieure à celle qu'Ezéchias et Ésaïe v avaient fait briller autrefois. Il n’est donc pas étonnant que les paroles du prophète transerites par Matthieu lui soient venues à l'esprit, à propos des circonstances nouvelles auxquelles il les applique, quoiqu’elles soient sans rapport avec elles. L’intention première et le contenu général des deux versets qu'il cite (Ésaïe, VITE, 23 et IX, 1), importent si peu à l'usage qu'il en veut faire 1c1, qu'il supprime dans le premier tout ce qui ne peut pas aider à son dessein.

Négligeant le contexte, qui seul met les mots en relation les uns avec les autres, 1l ne retient de ce verset que les noms de lieux qu’il renferme, et les isolant des événements anciens à propos desquels 1l en avait été fait mention, il ne s’en sert que pour dresser, en quelque sorte, la carte des événements nouveaux qu'il se propose de raconter (1).

(4) Le premier des deux versets d'Ésaie (VIII, 23) cités par Matthieu est d’une traduction difficile, à en juger par la diversité des sens admis par les interprètes. Le grec des LXX répond mal à l'hébreu. Calvin fait remarquer qu’on peut donner aux paroles d’Esaïe deux significations tout à fait opposées. La traduction adoptée par M. Perret-Gentil, conforme à celle de l'évêque anglican Lowth et à celle de De Wette, diffère entièrement des interprétations antérieures (voir Calvin, Luther, la version anglaise autorisée) et des versions françaises en usage aujourd’hui. Voici, en son entier, le verset 23, tel qu'Ostervald l’a traduit. Les mots

imprimés en petites capitales étant les seuls que Matthieu ait conservés, On pourra voir d’un coup d'œil ce qu'il a pris et ce qu’il a

Certes, ce n’est pas ainsi que Matthieu s’y serait pris s’il avait voulu reproduire ce passage en tant que prophétre récevant son accomplissement dans ce qui se passait alors. Au lieu de se borner à en extraire Certains mots, qui perdent leur sens quand on les sort de leur place, il l’aurait cité tout entier, sans en rien retrancher. Aussi Matthieu, en faisant cette citation, n’a-t-il pas eu la pensée qu'on lui prête. Tout ce qu'il s’est proposé, c'est de faire connaître, en termes aussi remarquables par leur origine que par l’image qu'ils présentent, quelle était l'intention de Jésus en se fixant à Capernaüm : il Sy était rendu, veut-il dire, afin de faire lever sur le peuple de la Galilée, en y enseignant, une lumière si resplendissante qu’elle réalisât pleinement, par son contrasie avec l’obscurité qui yÿ régnait alors, ce qu’Ésaïe avait dit de celle qui avait lui de son temps sur ce même pays, plongé alors dans de si profondes ténèbres. L’idolâtrie ancienne n’y existait plus, il est vrai; mais des ténèbres et comme une ombre de mort (1) ÿ étaient encore partout répandues, et

laissé : « Car Ù N'y à point eu d'obscurité épaisse pour celle « qui a été affligée, au temps que le premier (Pul) se déchargea « légèrement vers le pAys DE ZABULON ET vers le PAYS DE NEPH- « THALI, ed que le dernier (Tiglath-Pilézer) S’appesantit sur le & CHEMIN DE LA MER, AU DELA DU JOURDAIN, dañs là GALILÉE DÈS « GENTILS. » (Ésaïe, VIII, 23.) De tout céla ne restent que les müts : « Pays de Zabulon et... pays de Nephthali.. chemin dé la mer, « au delà du Jourdain, .… Galilée des Gentils, » découpés dans le téxte.

(4) « Tenebræ, ignorantia Dei; umbra mortis, vità carhalis, pér

MATTHIEU, IV, 13-16; 17. 55 Jésus, qui était la véritable lumière, venait pour les dissiper.

IV, 17. Aro vére foËaro © IV, 47. Dépuis lors Jésus comaooûs wnpbaoetv xat Xéyetv mença à discourir publiquement Meravostre: yytre do Past- et à dire: Convertissez-vous; kela Toy obpavGiv. car le royaume des cieux est

proche.

Avant le retour de Jésus en Galilée dont 1l est question 1c1, Jésus s’était entretenu en particulier, depuis son baptême, avec ceux qui s'étaient rendus auprès de lui. (Jean I, 37-51; II, 1-21; IV, 5- 27.) Quand l’occasion s’en était offerte, 1l avait discuté avec les Juifs. (Jean, Il, 1-22.) Pendant son séjour en Judée, 1l les avait instruits avec assez de suite pour s'attacher beaucoup de disciples. (Jean, Il, 22, 26 ; IV, 1, 2.) De même, en traversant la Samarie, 1l n'avait pas laissé échapper l’occasion d’instruire les Samaritains. (Jean, IV, 28-42.) Son enseignement, pendant tout ce tempsà, ne semble cependant pas avoir pris la forme du discours public. Ce n’est qu'après son établissement à Capernaüm, qu’il se mit à parler habituellement d’une manière soutenue au peuple.

« Convertissez-vous, car le royaume des cieux « est proche, » disait:l en Galilée, comme Jean l'avait dit au désert de Judée. J'ai fait voir, à propos de la prédication de Jean, que l’idée qu’elle

« quam pervenitur ad mortem. » {J. FERUS, Zn Evangelium secundum Matthæum enarrationes. Parisiis, A564. Fol. 641 6.)

56 MATTHIEU, EV, 17. | donnait du royaume que le Messie devait fonder, ne répondait nullement à celle que les Juifs s’en étaient faite (1). Le nom de royaume des cieux par lequel le Précurseur l'avait désigné, était celui sous lequel Jésus lannonçait maintenant à son tour, et ce nom, quelle qu'en dût être la SIgn1fication, ne permettait pas de le mettre au rang de ces royaumes du monde dont Satan avait fait apparaître la gloire devant lui (IV, 8). Bien que promis à la terre, ce qui le caractérise est du ciel (2). À mesure que nous avancerons dans cette étude, nous trouverons souvent de nouvelles occasions de le constater. Matthieu, qui voulait combattre, au moven de son Évangile, les illusions de ses compatriotes sur la restauration du royaume d'Israël, n’a pas manqué, en effet, après avoir marqué ici le moment où Jésus donna pour la première fois cette direction à son enseignement, de recueillir avec som tout ce que ses disciples apprirent de lui successivement sur ce royaume des cieux dont il commenca alors à les entretenir (3).

(4) Voir page 12.

(2) « Dicitur regnum cœlorum, tum quia originem habet è cœlo, « ejusque administratio cœlestis, spiritualis, suavis, et interna po- « tissimum; tum ex parte finis, quia ducit ad regnum cœæleste, et « tantum ad illud; tum ex parte effectorum, quia ut exigit officia « cœlestia, sic proponit et efficit beneficia ejusdem generis; tum «ex parte complementi, quia ejus complementum tantummodo « exspectandum in vita æterna. Inchoatur enim in hoc seculo, per- « ficitur et terminatur in futuro. » (BaLpuInus WaLæus, Perpetuum Commentarium. Page 22.)

(3) Voir Essai d’Interprétation. Première partie, pages 9, 40.

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IV, 18. [eprrarv dE 6 [ngoûs Taoa Tnv ÜaAaosay Tic TœhtAalas etde ÔUo adepolc, '/ \ l4 .

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22. OÙ dE eddéms dyévres vo mAotoy nat Toy matéga abrüy > 4 D 2 MAohoNIAY ao.

IV,18. Or Jésus, marchant le long de la mer de Galilée, vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient leur rets dans la mer; car ‘ils étaient pêcheurs.

19. Et il leur dit : Venez après moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.

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