Et eux aussitôt, laissant les filets, le suivirent
21. Et allant de jà plus avant, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans une barque, avec Zébédée leur père, qui raccommodaient leurs filets, et il les appela.
29. Et eux aussitôt, laissant la barque et leur père, le suivirent.
L'appel que Jésus adressa à ces quatre pêcheurs,
un Jour que, marchant le long de la mer de Galilée, 1l les vit dans leurs barques occupés des travaux de leur profession, avait été préparé par les rapports antérieurs qu’il avait eus avec eux, ou du moins avec deux d’entre eux. Disciples de Jean, au baptême duquel ils étaient accourus, ils avaient entendu leur maître parler de la puissance de Jésus et lui rendre témoignage, en s’humiliant profondément devant lui. Dès ce temps-là ils étaient persuadés que Jésus était le Messie. (Jean, [, 32- 42.) Il n’est donc pas étonnant qu'ils aient tout quitté, quand il les invita à le suivre, pour les
associer à ses desseins. Aùu lieu de pêcheurs de poissons qu'ils étaient, il voulait, disait-il, les faire pêcheurs d'hommes : singulière désignation d’emploi, sur la signification de laquelle ils se méprirent évidemment alors, puisque deux de ces pêcheurs s’imaginalent encore trois ans après, que la vocation qu'ils avaient reçue devait les conduire aux distinctions et aux honneurs. (XXI, 20-26.) S'ils ne s’étaient pas trompés sur ce qui concernait le Christ, ils ne se seraient pas trompés non plus sur ce qui les concernait eux-mêmes. Le mot de Jésus, recueilli par Matthieu, ne nous paraît susceptible aujourd’hui que d’une seule interprétation, parce que nous sommes au clair sur la nature de la royauté promise au Messie; mäis Simon-Piefre, André son frère et les deux fils de Zébédée partageaient à cet égard l'erreur de leur nation. Au lieu de prendre les paroles de Jésus dans le sens où il les avait dites, ils crurent longtemps pou- Voir espérer la grandeur temporelle en échange de leürs filets. Combien plus tôt ils auraient compris ce que c’est qu'être des pêcheurs d’hofimes, s'ils n'avaient voulu être rien autre! Lé contraste entre leur attente ambitieuse et li Simple vocation que Jésus leur avait adressée, fait bien ressortir la grandeur dé leur illusion. Je né fais ici, à propos du récit de l’évangéliste, que noter ce pot en passant; nous verrons plus tard qu'il est d’ure éxtrémié importance pour l'intelligence du plan de Jécus.
1V,23. Kai réptñyey EAnv ThY Tanrhaiay à Tnooùcs, dddoxwy Év TAis GUVayW'YAis aÛTov nat xNnp0SoWY à Ebay YyEAov (1) rie Baorhsias rat Oeparebwy räcav vécov at räcay AÂKKIQY EÉV TG) had.
24, Kai drnA0ev dxon aùrod elé Any Tny Zvplav: ai TOOTAVEVKAY AT Tévrac TobS
IV, 23: Et Jésus alläit par toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, publiant la bonne nouvelle du royaume et guérissant tout mal et toute infirmité parmi le peuple.
24. Et le bruit de ce qu’il faisait se répandit par toute la Syrie. Et on lui amena tous les malades
atteints dé maux et de souffrances de diverse sorte, et les démoniaques, et les lunatiques, et les paralytiques, et il les guérit.
HAXDG ÉXOYTAS, TOLLIAQS VÉGOLS xat Bacdvors suveyomévoug; ‘nat datovtbopévous (2) nat ceXnvta- Éouévous at Tapahurixobc nat Éepdmeusey aÜTobc.
L’historien des Juifs nous apprend que la Galilée ne . contenait pas seulement quantité de bourgs et de villages, mais aussi un grand nombre de villes si peuplées que la moindre avait plus de quinze mille habitants (3). Le peuple s’y rassemblait, les jours de sabbat, dans des édifices désignés sous le nom de synagogues, pour entendre lire et expliquer la Loi et les Prophètes et pour vaquer à la prière. Jésus s’étant mis à parcourir tout ce pays, enseignait souvent dans ces assemblées. Il y publiait, dit Matthieu, la bonne nouvelle du royaume. Les pro-
(1) Premier emploi du mot edayyéAtov. Il se trouve quatre fois chez Matthieu (IV, 23; IX, 35; XXIV, 14; XXVI, 13), toujours avec la même association de mots, sauf XXVI, 43, où les mots ts BastAcias sont sous-entendus. On le rencontre huit fois chez Marc. Luc et Jean n’en font pas usage dans leurs évangiles.
(2) C’est l’un des mots ordinairement employés pour désigner cetté classe de personnes. Josèphe s’en sert comme Matthieu : .… 7T0Ù dapovtlonévou... (FL. Jos. Ant. Jud., lib. VIE, c. 11, S 5.)
(3) FL. Jos., Bell. Jud., Gb. LE, €. nr, S 2,
phètes, déjà, avaient parlé du royaume ; mais des siècles s'étaient écoulés depuis que les derniers d’entre eux avaient fait entendre leur voix. Le sujet avait été repris, au désert de Judée, par Jean le Baptiste. Voici maintenant Jésus qui l’introduit dans les synagogues de la Galilée. Dans sa bouche c’est un message de joie; mais quelle sera la nature de cette joie? Je me garderai d'anticiper, pour le dire, sur les leçons de Jésus, destinées à exposer ce qui n’est qu'indiqué ici. Malgré tous ses efforts, elles ne suffiront pas pour faire accueillir la promesse du royaume par les disciples dans son acception véritable, pendant tout le temps qu'il demeurera avec eux; mais quoiqu'ils se trompent sur son objet, ils savent que c’est une bonne nouvelle, et leurs cœurs s’ouvriront à l’espérance.
En même temps que Jésus instruisait le peuple, il opérait toutes sortes de guérisons. Le bruit s’en répandit rapidement au loim, tellement qu'on s’en entretenait dans toute la Syrie. Les malades qu’on lui amenait en grand nombre étaient atteints, les uns dans leur corps, les autres dans leur esprit, de maladies graves et diverses entre elles. Jésus les guérissait tous, et comme, dans tous les cas, la guérison était instantanée, il était impossible de l’attribuer n1 à la science, ni à l’emploi des moyens auxquels l'expérience, à défaut de la science, apprend aux hommes à avoir recours. Jésus en donnait cette explication à ses disciples, « que le Père « qui demeurait en lui était celui qui faisait ces
MATTHIEU, IV, 23, 24. 61 « œuvres (1). » On peut conclure de ses paroles qu'il importait au succès de sa mission, que la puissance qu'il avait reçue se manifestât, aussitôt que, selon son expression, son heure serait venue (Jean, II, 4), par des actes dont on ne püt se rendre compte autrement qu’en les rapportant à Dieu (2). La descente de l'esprit de Dieu sur Jésus, à son baptême, à partir de laquelle il fut plemement en possession des forces nécessaires à l’accomplissement de son mandat, fixe le moment où 1l obtint de son Père le pouvoir de faire tout ce qui devait l’accréditer auprès des hommes comme son fils et son envoyé (3). Ses guérisons, d’après cela, étaient des nuracles, et c’est à ce titre qu’elles autorisaient sa parole. (Matthieu, IX, 1-8.) L’évidence des miracles de Jésus, pour ceux qui en furent les objets ou les témoins, leur donnait ce pouvoir auprès d'eux. À la distance où nous en sommes, ils ne sauraient agir sur nous de la même manière, n1 par conséquent être pour nous une preuve du même ordre que pour les contemporains. Aussi ne nous ont-ils pas été transmis comme pouvant déterminer, à eux seuls, notre acquiescement aux paroles de Jésus, mais afin que ne le connaissant pas seulement par ce qu’il à dit,
(4) ‘O SE rarhp, à ëv mot mévuv, arc mot Ta épya. (Jean, XIV, 10.)
(2) Iliorebeté por, ét yo àv TO ratpt xat © Tarnp £v pol: et dE ph, ia Ta Épya adra miorebeté pot. (Jean, XIV, 11.)
(3) Voir page 29.
mais encore par ce qu'il à fait, nous fussions plus en état de nous représenter l’ensemble de son ministère. À cela se borne aujourd’hui leur office. Ils ne sont pas pour nous, comme pour la génération au milieu de laquelle Jésus a vécu, un témoignage extérieur destiné à commander l'attention et à introduire en quelque sorte la parole qu'il a fait entendre aux hommes. Ce qui, de nos jours, tient lieu des miracles sous ce rapport, c’est le fait aussi merveilleux qu'eux, si l’on prend garde à tout ce qui semblait devoir le rendre impossible, de l’établissement du christianisme dans le monde.
Je me bornerai ici à une seule remarque sur les miracles opérés par Jésus : par leurs circonstances et leur but ils diffèrent entièrement de ceux qu'il se refusa à faire, lorsqu'ils lui furent suggérés par le diable. Autant 1l s'était montré résolu à ne pas tirer avantage pour lui-même de la puissance qu'il possédait, autant 1l mit d’empressement à en user et 1l en fut en quelque sorte prodigue, toutes les fois qu’il eut occasion de s’en servir au profit des autres. Ses miracles ont été le plus souvent des bienfaits. [ls devaient sans doute donner autorité à ses discours; toutefois, telle n’était pas leur seule ni même leur première intention : avant tout, ils étaient destinés, non à fournir une preuve à l’apologétique, mais à soulager et à guérir : quelque simple que cela puisse paraître, 1l n’est pas superflu de le dire; car peut-être n’y at-on pas toujours assez songé. |
MATTHIEU, IV, 25: V, f. 2. 63
IV, 25. Kat muoAcünoav ad- IV, 25. Et des troupes nomr@ dyhot rokkot dmd tic Lat- breuses le suivirent de la Galihalas nat Asxamékewc xat ‘Te- lée, et de la Décapole, et de Jésosohbpov at Toudaiac ai x£é- rusalem, et de la Judée, et de pay xoù Topôdvou. delà le Jourdain.
Le ministère de Jean avait agité religieusement Jérusalem, toute la Judée et toute l’autre rive du Jourdain (II, 5). Sans laisser le mouvement s’affaiblir dans ces contrées, d’où l’on ne cessait d’accourir, le ministère de Jésus l’étendit à la Galilée et à ‘la Décapole (1); en sorte que la bonne nouvelle du royaume, publiée au nord, après l’avoir été au midi, devint dès lors la grande préoccupation de tout le pays. |
V, 1. Dov D robe Syhous V, 1. Or, voyant la foule, il
dvéên elg ro Opoc* nat xaisav- monta sur la montagne, et s'y roc aùrob TposmAloy ar of étant établi, ses disciples allèrent
uaBnTat adtoÿ. vers lui.
2. Kat dvol£as vo créa adroù 2. Et ouvrant la bouche (2), il EDIQATLEY AÜTOÙS AÉVWV" les enseignait en disant :
Jésus, à la vue d’un tel concours de peuple, résolut de se soustraire pour quelque temps à un empressement qui l’empêchait de vaquer à son œuvre comme il le voulait faire. Il cessa de parcourir les bourgades voisines de la mer de Galilée, et se retira sur la montagne, désignation qui peut aussi
(1) Pour la liste un peu incertaine des dix villes comprises dans la Décapole, voir Pine, Hist. Nat., V, 16; XV, 18; et FL. Jos., Bell. Jud., lib. IT, c. 1x, S 7.
(2) Cette locution n’étant d'usage en français qu'avec la négation, on pourrait traduire : £ë prenant la parole.
bien se rapporter au groupe entier des montagnes les plus rapprochées de Capernaüm qu’à quelque montagne particulière que son élévation et sa situation faisaient suffisamment reconnaître sous ce nom.
Les disciples de Jésus, ne le voyant pas revenir, se décidèrent à aller le rejoindre Là où ils savaient qu’il était. Ce mot de disciples, que nous rencontrons 101 pour la première fois, sert en cet endroit à distinguer ceux qui s’attachaient aux pas de Jésus pour prôfiter de ses leçons, de la foule plus nombreuse qui le suivait surtout à cause des miracles qu’il opérait. Ils formaient déjà alors toute une troupe.
Quand Jésus se vit entouré de cet auditoire d’éhte, 1l résolut de lui donner, avant de redescendre dans la plaine, un enseignement plus complet et plus approfondi qu'il ne l'aurait pu faire lorsqu’il s’adressait à la multitude qui l’accompagnait ordinairement.
Si nous avions ici l’analyse d’un seul discours de Jésus, elle serait hors de proportion, par son étendue, avec l'Évangile selon saint Matthieu qui la contient; l’absence des transitions indispensables entre des sujets si divers, quand on s’en occupe en même temps, aurait lieu d’étonner; et l’on ne comprendrait pas de quelle utilité un discours si long et si plein aurait pu être, à cette première époque surtout, pour des disciples d’une intelligence lente et d’un sens moral peu développé, inha-
MATTHIEU, V, 4,2: 65 biles assurément à retenir et à s'approprier tant de lecons, si elles leur avaient été données à la fois. Mais il n’en a pas été amsi. Les difficultés que je viens d'indiquer ne proviennent que de ce qu'on a traduit l’un des mots qui introduisent l’enseignement qui va suivre, autrement qu'il n’aurait fallu le faire. Matthieu, selon moi, n’a pas eu lPmtention de dire que Jésus s’assit (1) avant de parler, ainsi que nos versions en usage l’affirment expressément ; ce qu'il a voulu apprendre à ses lecteurs, c’est que Jésus était établi sur la montagne quand, les disciples étant allés vers lui, 1l se mit à les instruire. Voilà qui est bien différent. Avec cette manière de traduire, nous n'avons plus ici, suivant une expression reçue, le sermon sur la montagne, sermon compris, d’après l’interprétation qui a prévalu, entre le moment où Jésus s’est assis pour parler et celui où 1l s’est levé pour repartir de ce lieu-là: mais le sommaire de tous les discours prononcés par lui sur cette hauteur pendant un séjour d’une certaine durée, qui forme, à lui seul, une période distincte de son ministère. Ses instruc-
(1) On traduit ordinairement xatoavros adroù par s'étant assis; mais cette interprétation n’est pas la seule possible, et ne me paraît pas être ici la véritable. Le verbe xat£euv signifie s'établir, camper, demeurer, tout aussi bien que s'asseoir. Le sens de demeurer n’est pas douteux dans les passages suivants : Mais vous, demeurez (xa0loar=) dans la ville de Jérusalem. (Luc, XXIV, 49.) — Il y demeura (èxd0ise) donc un an et six mois. (Actes, XVIIT, 41.) Rien, par conséquent, n'empêche detraduire ici xa{sævros par y étant demeuré, ou, comme je l’ai fait, par s’y étant établi, ce qui correspond parfaitement au mot grec.
tions ayant été données successivement, et non toutes à la fois, il est tout simple que les transitions manquent entre des fragments appartenant à des discours prononcés sur des sujets divers en des jours différents. Nous verrons, d’ailleurs, qu’une même pensée traverse cet enseignement d’un bout
à l’autre, et que, quelque espacé qu’il ait pu être,
ses parties sont très bien liées entre elles. Voici quelles furent les premières paroles de
Jésus :
V, 3. Mauxdotor oi mrwyot To nyebpatt (1), êtr adréiv Éortv À PaotAsla tüv oùpavüv.