Or, en voyant l'étoile, ils
se réjouirent d’une fort grande joie.
pnsav Xapay LLEyAANY pÉdpa.
La distance de Jérusalem à Bethléhem est de deux petites lieues. On descend d’abord daus la vallée de Hinnom qu’on traverse à sa naissance ; puis on s’élève sur un plateau, après lequel on arrive à une seconde vallée plus profonde, qu’on traverse également. Le chemin suit, de l’autre côté, sur un second plateau, les contours de la vallée qu’on vient de quitter, et aboutit au bourg par un tournant assez brusque (1). Partis le soir, après l’audience du roi à Jérusalem, les mages aperçurent tout à coup au ciel, comme ils cheminaient vers Bethléhem, l’étoile qu'ils avaient vue en Orient (2). Autant leur surprise fut grande, autant
(1) F. ne SauLcy. Voyage autour de la mer Morte et dans les terres bibliques. Relation du voyage. Tome Ier, pages 121-134. — Voir aussi, pour le temps nécessaire au voyage, Juges, XIX, 9-44.
(2) L'étoile nouvelle de 1670, aperçue pour la première fois à Dijon le 20 juin par le Père Anthelme, commença à décroiître en juillet. « La « nuit du 40 août, elle n’était plus que de la cinquième grandeur, et
le fut leur joie; et nous n’avons pas besoin d’admettre, comme eux, un rapport entre la première apparition de l’étoile et la naissance du roi des Juifs, pour comprendre combien ils durent être frappés de sa réapparition au terme d’un voyage motivé par les idées qu’ils attachaïent à cette étoile. Aussi, une fois qu’ils l'ont aperçue de nouveau, n’en détournent-ils plus les regards. L’observant sans cesse, ils la voient avancer à mesure qu'ils avancent, et puis, quand ils sont parvenus à l'endroit où était l'enfant, s’arrêter audessus, alors qu'ils s'arrêtent eux-mêmes. L’impression qui demeure de ce récit est qu’ils ont eu le sentiment que l'étoile les précédait réellement et qu’elle
«elle à toujours diminué depuis, de manière qu’elle est enfin deve- « nue si petite qu’on ne l’a plus vue. Elle a été ensuite plus de six « mois sans se montrer et l’on n’a pu la découvrir jusqu'à la nuit « du A7 mars dernier (1671), que le Père Dom Anthelme l’aperçut « au même lieu où elle était l’année précédente et trouva qu’elle était « de la quatrième grandeur. L'assemblée qui se tient à la Bibliothè- « que du roi en ayant eu avis, plusieurs personnes de là Compagnie « ohservèrent cette étoile la nuit du 2 avril dernier et la trouvèrent « au même endroit où ils l'avaient remarquée l’année précédente. « Le 3 du même mois, au matin, M. Cassini la trouva plus grande « que les deux étoiles de la troisième grandeur qui sont au bas de « la constellation de la Lyre.…. Le 45, il s’aperçut qu’elle croissait… « Depuis le 45 mai elle à toujours diminué, etc. » (Journal des savants du 22 juin 1671, pages 33-34. Article intitulé : Observation d’une étoile nouvellement découverte proche la constellation du Cygne.) L'apparition, la disparition et la réapparition de l'étoile de 4670, avant sa disparition définitive, observées à Dijon par le Père Anthelme, ont donc été observées à Paris par le célèbre astronome Cassini, appelé en France par Louis XIV. La réapparition de l’étoile des mages me paraît être un fait astronomique tout à fait analogué à celui que je viens de rappeler. (Voir page 54, note 2.)
MATTHIEU, II, 9, 40. 79 finit par leur désigner le lieu. Nous qui ne croyons pas comme eux à l’astrologie et qui sommes obligés cependant de tenir compte de tous les détails recueillis par l’évangéliste, après avoir, en raison des constatations modernes de la science, classé les apparitions et même les réapparitions d'étoiles nouvelles parmi les simples phénomènes astronomiques, nous ne saurions voir rien de plus surnaturel dans les mouvements apparents de l'étoile des mages que dans ceux de toute autre étoile : tout le monde sait que dans quelque direction qu’on marche et quelle que soit l'étoile qu'on considère, celle-ci, à chaque pas qu’on fait, semble s’élancer plus avant, parcourant quelquefois au ciel en un instant, à ce qu’on pourrait croire, d'incommensurables espaces, qui s’accroissent avec les accidents et les sinuosités de la route, tandis que quand on fait halte, au contraire, elle paraît immobile aussitôt, malgré le mouvement réel qui lui est propre (1). Mais si le merveilleux n’a pas été dans le phénomène, le sentiment du merveil-
(4) « Die (durch die tægliche Drehung der Erde hervorgebrachte « Scheinbare) Ortsvérænderung der Sierne ist bei einer kurzen « Wanderung nicht so in die Augen fallend als die optische, welche « durch die Orisverænderung des Beobachters entsteht, vermæge & welcher ein Vor uns stehender Stern, wenn wir uns vorwærts & bewegen, ins Endlose voranzugehen scheint.… Erst wenn der « Wandeïer Halt macht, wird auch der Stern zum Stehen kommen. » (Srrauss, Das Leben Jesu. 1835. Tome Ie, page 228.) — « L’apo- « logétique, dit avec raison M. Schérer, n’a pas encore réussi à « nous faire comprendre comment une étoile peut servir à faire re- « Connaître une maison. » (Nouvelle Revué de théologie, tome IIT, page 310.)
leux a été dans les mages, et il se réfléchit dans le récit dont leurs discours sur ce qu'ils ont vu et éprouvé en chemin ont fourni les éléments : gar-
dons-nous de le méconnaître.
II, 11. Kai EAOévres sis Tv
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Il, 44. Et étant entrés dans la maison, ils virent le petit enfant avec Marie sa mère, et se prosternant, ils l’adorèrent, et ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent des présents, de l'or et de l'encens et de la myrrhe.
12. Puis ayant été avertis en songe de ne point retourner vers Hérode, ils se retirèrent en leur pays par un autre chemin,
Si l’on tient compte de l’effet produit à Bethléhem par le récit des bergers, auxquels, suivant un autre évangéliste, un ange du Seigneur avait annoncé la naissance de l’Oint (Luc, IT, 11, 17, 18), on ne sera pas surpris que les mages l’aient aisément trouvé en y arrivant. Matthieu dit seulement qu’étant entrés dans la maison, ils virent (1) l'enfant avec Marie sa mère, et que se prosternant, ils l’adorèrent et ils lui offrirent des présents. C'était l’usage en Orient de se jeter la face contre terre devant les rois, et « d’avoir « quant et quant le présent en la main, >» comme dit Calvin, lorsqu'on venait leur rendre hommage (2) : les mages, voyant un roi dans cet enfant, se confor-
(1) Ou : « ils trouvèrent. » Variante : ebpov. (2) CALviN, Commentaires sur le Nouveau Testament. Tome Er, page 78.
MATTHIEU, II, 11, 12. 77 ment à la coutume. Ils ne paraissent pas, du reste, avoir élevé plus haut leurs pensées : la royauté à laquelle ils croient cet enfant appelé les occupe seule, et quand ils lui ont rendu les honneurs pour lesquels ils sont venus, leur but est entièrement atteimt (1). Il n’y a donc rien eu dans cette visite qui ait pu donner aux Juifs de plus saintes idées du Messie que celles qu’ils entretenaient déjà : ils s’attendront d’autant plus à le voir apparaître comme un prétendant à la royauté, que les astrologues se sont inclinés devant lui dans son enfance comme devant l’enfant-roi. Ce souvenir peut nous aider à comprendre l'attitude de beaucoup d’entre eux pendant le ministère de Jésus, leurs espérances d’abord, leur désappointement ensuite.
Hérode avait recommandé aux mages de l’instruire du succès de leurs recherches ; mais ils n’envoyèrent pas vers lui et ils ne retournèrent pas non plus auprès du roi. Avertis en songe de ne le point faire, ils regagnèrent leur pays sans repasser par Jérusalem.
(4) L’enchaïinement des faits de la première enfance de Jésus, tel que je l’ai exposé page 47, reçoit une double confirmation du verset 42 qui vient de nous occuper. On y apprend, en effet, que les mages, étant entrés dans une maison, y trouvèrent le petit enfant : il n’était donc plus dans la crèche où les bergers l’avaient vu (Luc, IE, 46); et l’on peut conclure de là que le voyage à Jérusalem pour la présentation a eu lieu entre la visite des bergers et celle des mages. Ce qui me le fait penser encore, c’est que Joseph et Marie n’ont offert, au temple, que l’oblation des pauvres (Luc, I, 24), et qu’il n’est pas probable qu’ils s’en fussent contentés si les dons précieux faits à Jésus par les mages les avaient déjà mis en état de faire l’offrande plus riche exigée de ceux qui en avaient le moyen. (Lévitique, XIT, 6-8.)
ONE Ou je me trompe fort, ou, s’ils y étaient revenus, Hérode aurait fait constater par eux avec autant d’apparat quel était l'enfant qui avait reçu leurs hommages, qu'il avait mis de solennité à faire déclarer par les archiprêtres et les scribes du peuple où l'Omt devait naître : 1l lui eût été facile ensuite de faire en sorte, d’un seul coup, qu’on ne püt de longtemps lui opposer des prétentions au trône, fussent-elles même fon-
dées à la fois sur l’astrologie et sur la prophétie.
If, 13. Avaywoncévrwv dE aù- T@v, do, AyyEAOS Aupiou paiverat xar” bvap To Tusñ? ÀEYwy:
"Eyspfeis mapdhabe Td matdlov Kaù TNY UnTÉp& aÛTOD, nat pEUYE ets Atyuntov, xai loft net, wc dy etrw coû: LÉAXEt ya Howdnc Cnrety, so matdlov, où dmohéoat aÔTé.
14. “Q G éysphete mapélase Tù maudloy AA Tv MnTéoa AÈTOÙ vUXTÉS, al AvEyWpncEv els Aï- YUTTOV"
15. Kaï v ênet Éws tic Tehevrs “Howèou, a TAnpoln Pn0ëv Ürd ToÙ nuplou Ô:à vod roophrou Aéyovroc: EE Aiyürrou ÉXAÂEGA TOY UIGY HLOU.
IT, 43. Mais après qu'ils se furent retirés, voici qu’un ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends « avec toi le petit enfant et sa « mère, et fuis en Égypte, et te «tiens là jusqu'à ce que je te « parle; car Hérode va chercher « le petit enfant pour le faire pé- Tir. »
14. Lui donc s'étant levé prit de nuit avec lui le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte;
15. Et il ÿ fut jusqu’à la mort d’'Hérode, afin qu’eût lieu pleinement ce qui a été dit par le Seigneur en ces mots du prophète :
« J'ai rappelé d'Égypte mon fils. »
Le départ des mages n'aurait pas suffi pour déjouer
le mauvais dessein d'Hérode. Tout le monde, dans le bourg, devait savoir devant quel enfant ils s’étaient prosternés; l'or, l’encens et la myrrhe qu’ils lui avaient offerts, l’auraient d’ailleurs fait découvrir; s’il était
MATTHIEU, I, 13-15. | 79 resté à Bethléhem, rien n’aurait donc pu empêcher le roi de le faire mourir, ainsi qu’il se le proposait. Le Seigneur ne le permit pas. Déjà dans une autre occasion, un ange était apparu de sa part en songe à Joseph pour lui prescrire ce qu’il fallait qu'il fit, et Joseph s'était conformé à ses directions. ([, 20-24.) A cette heure, l’ange lui apparaît de nouveau pour l’avertir du projet d'Hérode contre la vie de l'enfant, et lui commander de l'emmener en Égypte avec sa mère. L'ordre était pressant : Joseph, éveillé, se lève et n'attend pas la fin de la nuit pour se mettre en route, ayant hâte d’emporter son précieux dépôt loin du danger qui lui avait été signalé.
La frontière de l'Égypte, alors province romaine, une fois atteinte, 1l dut lui être facile de se mêler, sans attirer beaucoup l'attention, aux Juifs établis en grand nombre dans le pays. L’ange qui lui avait dit, de la part du Seigneur, de partir, lui avait promis de lui dire également quand 1l serait temps de revenir : Joseph attendit patiemment que cet avertissement lui fût donné. Il ne le reçut qu'après la mort d'Hérode; mais alors le Seigneur, accomplissant ce qu'il avait annoncé, « rappela d'Égypte son fils. » Matthieu ne songe nullement à donner comme une prophétie se rapportant au petit enfant les paroles qu’il emprunte à Osée, et par lesquelles celui-ci avait fait allusion au souvenir national de la délivrance des Juifs de leur première captivité. Tout ce qu’il se propose en employant ces mots, qui rappelaient ce que Dieu avait fait alors pour Israël son peuple, qu’il avait de toute
ancienneté nommé son fils (Exode, IV, 22, 25), c’est de déclarer que ce qu’ils expriment a pleinement eu lieu dans le cas auquel il les applique; plus pleinement même que dans celui auquel Osée les avait appliqués, puisque l'enfant que le Seigneur voulait maintenant rappeler d'Égypte était son fils dans un sens bien autrement excellent qu’on n’a jamais pu le dire du peuple israélite (4).
(1) Sur l'emploi du verbe xAnpodv par Matthieu, ici et ailleurs, dans le sens d’avoir lieu pleinement, voir page 41.
Voici, d’après l’hébreu, le passage d’Osée auquel Matthieu emprunte sa citation : Quand Israël était jeune enfant, je l'aimai, et de l'Égypte j'ai rappelé mon fils (XI, 1). M. Strauss a très bien fait voir que les deux hémistiches d’Osée correspondant l’un à l’autre, suivant l’usage de la poésie hébraïque, le fils du second hémistiche n’est autre que l’Zsraëél du premier : les deux mots désignent également le peuple israélite, envisagé comme un seul homme et considéré comme l’objet des grâces et de la délivrance de l'Éternel. (Leben Jesu, tome Ier, page 231.) Les Septante l'avaient déjà entendu de cette manière; aussi n’ont-ils fait aucune difficulté d'employer le pluriel en traduisant la fin du verset (xat ࣠Atyôrrov perexdhcoa Tà Téva aètob), Ce qui n’altère pas le sens historique d’Osée, mais ne permettait pas à Matthieu de le citer d’après les Septante, en parlant d’un seul fils.
Calvin ne veut pas « qu’on tire hors du propos les paroles du « prophète, duquel l'intention est de convaincre d’ingratitude les « Juifs. » 1l admet exclusivement leur sens historique, refuse de voir en elles une prophétie, et explique leur allégation en cet endroit par la conformité de destinée entre le peuple juif et le Christ : tous deux ont été « enclos en Egypte comme en une prison; » tous deux en ont été retirés. (Commentaires sur le Nouveau Testament, tome Ier, page 8.) Ailleurs il dit : « Nune tenemus Prophetæ « sententiam. Sed hic oritur difficilis quæstio, quoniam Matthæus « 2 Capite, locum hunc ad Christi personam accommodat. Qui mi- « nus exercitati erant in Scripturis, secure locum bunc de Christo « eXposuerunt : tamen contextus repugnat. Hinc factum est ut na- « suti homines exagitaverint totam Christi fidem, quasi Evangelista
Le
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