‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 3)Chapitre 9 sur 16 · Kat où Ba0Acép., vi Tobèa · texte numérisé non relu

Kat où Ba0Acép., vi Tobèa

oÙùdap@s ÉAuyiorn et Èv TOÏs NYEpéoty Tobda: Ex où yap ÈSehEb-

getat MYOUMEVOS, BTLS TOULAVET

rèv Aaév pou, Tov Topañx.

5. Et eux lui dirent : À Bethléhem de Juda; car ainsi a-t-il été écrit par le prophète :

6. « Et toi Bethléhem, terre de « Juda, tu n’es nullement la moin- « dre entre les capitaineries de « Juda; car de toi sortira un con- « ducteur, qui paîtra Israël, mon

« peuple. »

Personne n’ayant répondu à la question des mages, Hérode, nous verrons bientôt dans quel but, se donne l'air de vouloir leur venir en aide. Ils sauront où chercher ce roi des Juifs qu’ils disent être né, si l’on peut leur apprendre où il doit naître. Hérode convoque done tout exprès tous les archiprêtres et les scribes du peuple, les invitant à déclarer ce qu’ils en savent. Il n’aurait certes pu songer à les interroger sur ce point, ni supposer qu’ils se croiraient en état de le satisfaire, s’il n'avait été informé qu’une prophétie qu’on regardait comme indiquant le lieu de naissance de l’Oint était en grande vénération aux Israélites.

C'est sur elle, en effet, que les docteurs s’appuient dans leur réponse. En l’alléguant avec simplicité comme ne laissant subsister pour eux aucun doute sur la question qui leur était proposée, ces hommes cou- rageux, dont quelques-uns ne pouvaient, en raison de leurs fonctions, ignorer ce qui s'était passé lors de la présentation de Jésus au temple (Luc, IT, 22-39), faisaient entendre clairement à Hérode qu'ils se croyaient assurés que rien au monde, ni lui, ni sa famille, ni les Romains, ne pourrait mettre obstacle,

As

quand le temps en serait arrivé, à l’avénement de celui que la parole prophétique avait voulu les aider à reconnaître, en prenant soin de marquer le lieu où il devait naître, comme elle avait désigné autrefois Cyrus à leurs pères en le nommant à l’avance par son nom. La persistance des Juifs à attendre le rétablissement de leur indépendance nationale au moyen d’une restauration dynastique résultait clairement de la déclaration par laquelle l’assemblée, solennellement consultée par le vieux roi, osait donner aux espérances populaires, au milieu de la grande agitation de Jérusalem, une vie nouvelle et une voix. Hérode le comprit bien ainsi; sa conduite ultérieure nous le fera voir.

Le prophète Michée, dont les paroles sont rappelées ici, prophétisait sous les rois de Juda Jotham, Achaz et Ezéchias ; il paraît les avoir prononcées pendant le règne du dernier de ces princes, sept cents ans environ avant le temps d'Hérode. Recherchons-en l’occasion, en les considérant dans leur rapport avec cette époque éloignée.

Après le règne impie d’Achaz, Ézéchias avait relevé le culte de l'Éternel; mais l’abaissement moral du peuple n’avait pas cessé pour cela. Michée lui décla- rait en conséquence son crime et son péché (IE, 8), et pour le tirer de la dangereuse sécurité à laquelle il le voyait s’abandonner, il lui dénonçait ouvertement les châtiments de l'Éternel : « Sion sera labou- « rée comme un champ; Jérusalem sera réduite en « monceaux, et la montagne du temple en une haute

MATTHIEU, II, 4-6. 67 « forêt (III, 12). Sois en travail et crie, fille de Sion, « comme celle quienfante; car tu sortiras bientôt de « la ville, et tu demeureras aux champs, et tu vien- « dras jusqu'à Babylone. (IV, 10). Assemble-toi « maintenant par troupes, fille de troupes ; on a mis « le siége contre nous; on frappera le prince d'Israël « avec la verge sur la joue (V, 1). » C’est une succession d’afflictions et de douleurs qu’il leur prédit; elles s’ajouteront les unes aux autres pendant plusieurs règnes. Les Assyriens seront les auteurs des premières; les dernières viendront des Babyloniens, dont les relations avec les Juifs commencèrent sous Ézéchias. (Ésaïe, XXXIX.) Mais en même temps que Michée-énumérait les maux qui devaient être le salaire de tant d’iniquités, il en prévoyait la fin, et il faisait entrevoir à son peuple les biens dont Dieu voulait encore le combler : Il est vrai que Jérusalem sera réduite en monceaux; mais ensuite « la parole de « l’Éternel sortira de Jérusalem (IL, 2). » La fille de Sion viendra captive à Babylone; mais « c’est là que « l'Éternel la rachètera des mains de ses ennemis « (IV, 10). » On frappera le prince d'Israël avec la verge sur la joue; et toutefois, après cela, Bethléhem, d’où est sorti David, donnera un nouveau chef à Israël. (V, 2.)

Ces promesses de relèvement après les menaces de ruine avaient empêché les Juifs, au temps de la captivité, de désespérer de leur avenir. Et en effet, conformément à la prophétie, 1ls étaient revenus de Babylone, et les édits anciens ayant été révoqués, les

masures avaient pu être rebâties. (VII, 11.) Mais, quoique cinq siècles se fussent déjà écoulés depuis leur retour, un trait essentiel manquait encore à l’accomplissement des paroles de Michée : aucun chef né à Bethléhem ne s'était élevé sur eux. C’est parce que rien ne paraît aux docteurs y correspondre dans le passé, qu'ils en attendent la réalisation dans l’avenir et qu’ils se réfèrent à Michée en répondant à Hérode.

La prophétie était, au reste, si ancienne que depuis lors bien des institutions avaient disparu et que les noms de beaucoup de lieux avaient changé. Les docteurs y ont pensé en la citant, et pour être dispensés de donner au roi de longs éclaircissements, faisant entrer la glose dans le texte, comme on se le permettait alors généralement, 1ls y ont remplacé les termes qui auraient nécessité des explications par des équivalents qui n’en exigeaient point.

Ainsi Michée, pour distinguer la ville de Bethléhem dont il s'agissait d’une autre ville du même nom dans la tribu de Zabulon (Josué, XIX, 15), l’avait nommée Bethléhem Éphrata, comme on le faisait autrefois (1); mais au temps d'Hérode, le nom très ancien aussi de Bethléhem de Juda (2) avait prévalu : les docteurs,

(4). ’Egpaôä: aürn oct Bnôhcém.. (Genèse XXXV,19. LXYX.) — Voir aussi Josué, XV, 59, mais chez les Septante seulement : xat ’Epoald: aürn ot Baidhcëp. — Éphrat était père de Bethléhem. (4 Chron., IV, 4.) De là sans doute cette désignation de Michée : Br0ns oïxos Evoabd. (V, 2. LXX.)

(2) Dans un même chapitre du livre des Juges les gén nomment Bethléhem de ces trois manières : èx Bn0cëy. dou lobda. — dnrd Bnôkcèu The fékews Lobdx. — èx Bnôksèm Toide.

MATTHIEU, II, 4-6. 69 afin de parler comme tout le monde, substituent cette seconde désignation à la première, qui n’était plus en usage.

Michée, en outre, avait parlé de Bethléhem comme « petite pour être entre les milliers de Juda » (uyoorôç el roù elvo &v yrAtäou ’Lobda), c’est-à-dire comme réunissant à peine ou même comme ne réunissant pas les conditions qu’il fallait remplir pour former un millier distinct. La division en milliers remontait à Moïse : elle avait été judiciaire (Exode, XVIII, 21, 25) et militaire (Nombres, I, 16; XXXI, 5) avant d’avoir pu être territoriale. Chaque grande maison ou famille constituait, sous le nom de millier, une sous-division de la tribu. Au temps de Josué c’était au sein de ces maisons qu'étaient pris les commandants de mille hommes ou les chiliarques d'Israël (1). Gédéon, alors que l’Éternel l’appela à délivrer le peuple de la main des Madianites, lui exprima sa surprise d’être choisi pour une tâche aussi grande, quoique son millier fût le plus pauvre de Manassé et qu’il füt lui-même le plus petit de la maison de son père. (Juges, VI, 15.) Michée dit à peu près cela du millier de Bethléhem, ce qui prouve qu’au temps d’Ézéchias la division des tribus en milliers existait encore (2); mais sept siècles

(Juges, XVII, 7, 8, 9.) Voir aussi Juges, XIX, 4, 2, 18; Ruth, I, 4, 2; 4 Samuel, XVII, 42.

(1) Apyovres olxwy marotdv etai yiAlapyot ‘lapahA. (José, XXII, 14, LXX.)

(2) Esaïe, contemporain de Michée, me paraît avoir fait allusion, comme lui, aux milliers. (Ésaïe, LX, 22.) Cette institution, qui

après, à la suite de tant de bouleversements et, à mesure que le pays changeait de maîtres, de tant de nouveaux essais de réorganisation , il ne restait plus de traces de l’ancienne institution : comment donc lIduméen Hérode et les mages venus d'Orient auraient-ils pu la connaître? Les docteurs, en nommant les milliers des capitaineries [èv toïc yeméouv), rendent toute autre explication inutile, puisque ce mot donne, à lui seul, l’idée de circonscriptions militaires comme celles dont il s’agissait,

L'opposition entre le peu d'importance du millier ou de la capitamerie de Bethléhem dans la tribu de Juda et la grandeur de celui qui en devait sortir, frappante, à ce qu’il paraît, au temps de Michée, puisqu'il en tient compte (1), n'aurait plus frappé personne à une époqué où l’état de la contrée était entièrement différent ; il aurait done été inutile de la rappeler, Mais si les docteurs négligent ce contraste, 1ls né font cependant rien perdre de sa force à l’assertion du prophète; quoiqu’ils changent la forme, le fond reste le même, et le fond c’est que l'importance essentielle de la petite Bethléhem, cet antique berceau des roïs dé Juda, résulte de ce que le nouveau conductéur d'Israël y doit naître. Non contents de lui emprunter l’idée, ils la relèvent au moyen d’une

existait au temps de David (1 Samuel, XXIIÏ, 23), s’est probablement maintenue pendant toute l’époque des rois.

(1) Kai où Bnôkeëm ofnos "Eopala, Ghuÿootèc et To eivat èv xuuidow Tobda. "Ex coù por ÉeheboeTar, Tob elvat els dpyovra roù TopanÀ, nai ÉEodor abtod am dpyis 6 uEpüY alwvos... (Michée, V, 2. LXX.)

MATTHIEU, I, 4-6; 7, 8. 71 image tirée de la même prophétie, celle d’un homme puissant paissant lui-même soû troupeau (1). Le troupeau c’est la nation des Juifs. Les docteurs l’indiquent clairement ; et il semble qu’ils se soient souvenus à cette occasion des paroles par lesquelles l'Éternel or: donna autrefois à David de conduire et de paîtré son peuple (2); car 1ls les substituent à celles de Michée, comme s’ils pensaient qu’elles peuvent sérvir à les interpréter.

Il, 7. Téte Howôné Ad0oa xa= I, 7. Alors Hérode, ayant ap-

kËac tobs mdyoud Mupléwse rap’ QÜTOY TOY HOËVOY TO PHIVOMLÉVOU 2 "4

dotépos, ste | 8. Kat répbas adrods ets Bn0hcèu eme mopeudévres dupt- Éts ééetdoare mept où ratdou- 2 \ \ L4 2 ‘4 ÉmAY dE ebpnte, GrayyelAate ; q 3 \ 2 \

pot, ÉTUS XAyù ÉAGDY ToocxuvAc® aÎto.

pelé en secret les mages, s’enquit d’eux avec soin du temps où l’étoile avait paru; |

8. Et les envoyant à Rethléhem, il dit: Allez, informez-vous soigneusement au sujet du petit enfant ; étquand vous l’aureztrouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi j'aille l’adorer.

Le plan d’Hérode paraît avoir été de se servir,

pour calmer l'agitation de Jérusalem, de ceux-là mêmes qui l'avaient causée. Il a fait constater par les archiprêtres et par les seribes que l’Oint doit naître à Bethléhem; maintenant il y envoie les mages et 1l leur recommande d'y faire toutes les investigations

(1) .… xat Tomavet td moluviov adroù v ioy0ï ôptos. (Michée, VOLE)

(2)... nat etre xbpros mods ge” où mommavets Tv Awév prou Tèv “lopañÀ, rot où Eon etc hyobevoy ri rdv Aadv pou ’lopah. (2 Samuel, V, 2. LXX.) À comparer avec Matthieu, IT, 6: ... fyoùuevo6, Éctié romavet Tv Raë 100, Tv TopaÀ.

nécessaires pour le découvrir. En leur en laissant le soin, quelque intérêt qu’il y eût lui-même, il est bien sûr que personne ne pourra mettre en doute la sincérité des recherches. Si les mages, malgré leur désir de le trouver, sont obligés de reconnaître qu’ils n’y ont pas réussi, tout le monde sera convaincu qu'ils se sont trompés en supposant que l'étoile qu’ils ont vue était celle du roi attendu des Juifs; on se persuadera alors que le temps de sa venue n’est pas encore arrivé, et le calme renaitra. S'ils rencontrent, au contraire, dans le ressort de Bethléhem quelque enfant qui leur paraisse être celui qu'ils cherchent, il sera facile à Hérode de le faire mourir et de soutenir ensuite que la science des mages a dû être en défaut, puisqu'il lui eût été impossible de se débarrasser ainsi d’un enfant sur lequel Dieu aurait eu de grands desseins.

Hérode fait donc venir les mages, mais en secret. On dirait, tant il fait le bon prince avec eux, que leurs préoccupations sont les siennes : les questions qu'il leur adresse, le renseignement qu’il s’est procuré et qu’il leur fournit, les conseils qu'il y ajoute, la confiance qu’il témoigne dans le succès de leur enquête, le désir qu’il exprime d’en être mformé, afin de pouvoir aller, lui aussi, rendre hommage à l’enfant-roi, voilà, à ce qu’il peut sembler, autant d'indices de ses dispositions, de nature à faire croire que bien loin de ressentir de l’anxiété ou de l’irritation, Hérode ne souhaite rien autant que de se prosterner devant celui que les prophètes ont annoncé et dont les astrologues s'occupent à leur tour. Plus ces sentiments lui sont

MATTHIEU, I], 7, 8; 9, 10. 73 étrangers, plus il tient à les exprimer. Personne à Jérusalem n’y aurait cru; peut-être est-ce en partie

pour cela qu’il voulut qu’on n’y sût rien de son en-

tretien avec les mages.

IT, 9. Où È dxobcavres toù Pa- LA 2 4 AS LA € cthËwÇ Eropet0noav, at (doû, d > 4 a > > 2 s dothp, ©v elèoy Év Th dvatohn, + > f [14 > A 214 rpohyey adrobs, EwG 2A0EY Éorn ëradvw où nv To Tadlove

Page 1