RELATIVE AUX PAGES 93 ET
Réponse à l’article de M. CoLant, intitulé : Une nouvelle hypothèse sur la chronologie pascale, inséré dans la /ievue de Théologie, tome XI, pages 18-33.
Je me suis référé deux fois, dans les pages qui précèdent, à l’écrit que j'ai publié en 1855 sous ce titre : Le Jour de la Préparation. Lettre sur la chronologie pascale. Cétait dire que je n’en abandonnais pas les résultats. Ce travail ayant cependant été l’objet d’un sérieux examen dans un savant recueil, mes lecteurs ont le droit d’exiger que je règle mes anciens comptes avec la critique, au moment où je me permets de faire un nouvel appel à leur attention. J’aurais désiré trouver plus tôt une occasion naturelle de maintenir mes conclusions, en examinant les difficultés que M. Colani a eu la bonté de me signaler. J’y suis d'autant plus porté, qu’il n’a pas de parti pris contre mon hypothèse, qu’il en admet la légitimité, et que l’unique question pour lui est, comme il le dit, de savoir si elle se concilie avec toutes les données contenues dans les textes.
M. Colani a ramené à cinq faits les divers passages qui lui semblent s’opposer à mon interprétation. Il reconnaît que ses objections subsistent ou tombent avec eux. «Il s’agit d'autant « plus, dit-il, de prouver que ce sont bien réellement des « faits. » Ma tâche, d’après cela, devra être, au contraire,
d'établir que ce ne sont pas des faits. Je vais l'essayer, en ayant soin toujours de citer M. Colani avant de lui répondre.
[. « Le jour qui précède la rtoxcxeu ou la mort du Sei- « gneur est désigné de telle sorte par les synoptiques qu’il ne «peut avoir été le 9 nisan. Par conséquent, la rapacxeur «n’est pas le 10. »
M. Colani fait remarquer que j’ai recherché moi-même la signification des passages sur lesquels il appuie cette assertion : Matthieu, XX VI, 17 ; Marc, XIV, 12; Luc, XXII, 7. Pour le premier, j’accepte la traduction ordinaire; celle que je propose pour le second ne lui paraît pas impossible. (Page 23.) Mais après cette concession importante, il m’arrête tout court, en refusant d'accorder qu’on puisse entendre par le premier jour des Azymes, qui est nommé dans ces deux endroits, le 40 de nisan, qui ouvre la période préparatoire à la Pâque.
Trois attributions de ce nom étaient déjà en présence. « Le « jour qui le portait officiellement, dit M. Colani, était le « 15 nisan. (Lévitique, XXIIE, 5, 6.) Mais, ajoute-t-il, tout le « monde accorde que tel ne peut être le sens de cette ex- « pression chez les synoptiques. » (Page 21.) Voilà qui nous met bien à l'aise : le 15 de.nisan étant hors de cause, malgré sa désignation officielle, la porte est largement ouverte aux conjectures. Voici celle de M. Colani et de beaucoup de commentateurs : «Le premier jour des Azymes désigne aussi bien « la journée du 14, précédant le repas pascal, que la jour- « née du 15 qui le suit, et cette confusion provient de ce que « le repas pascal (avec les premiers azymes) se trouvant entre « deux jours, appartenait en quelque sorte au 14 et au 15. » (Pages 21-992.) La conjecture de Clément d'Alexandrie, ainsi que je l’ai rappelé dans mon précédent écrit, était différente : « Le premier jour des Azymes (Matthieu, XXVI, 17), auquel « les disciples demandèrent à Jésus : Où veux-tu que nous te « préparions ce qu'il faut pour manger la pâque? était, sui- « vant lui, le 43 de nisan (TA y"), jour, dit-il, où avaient lieu
NOTE. #17 « la consécration des azymes et la préparation de la fête, « double emploi qu’il attribue à ce jour (1). » Voici done déjà le 45, le 14 et le 13. J'ai proposé, en outre, le 10 et le 9 : le 10, comme ouvrant par l'achat de l’agneau pascal, qui devait avoir lieu ce jour-là, plus réellement que ne le faisait la consécration des pains, la période préparatoire de a fête des Azymes, appelée la Pâäque (Luc, XXIE, 1); —le 9, par une raison toute semblable à celle dont M. Colani s’est autorisé pour faire remonter au 14 le nom qui n’appartenait officiellement qu’au 45 : «La Préparation, ai-je dit, ne commen- « cera que le soir avec le 10 de nisan; mais si l’on a égard, «non plus au jour légal, mais au jour naturel, le 9 est déjà « le premier jour des Azymes.…. À cause du soir auquel ce jour « aboutit, et qui en un sens en fait partie, c’est le premier « jour du temps pascal (2). »
M. Colani avait objecté contre le 10, après avoir fait rentrer lui-même le 14 dans la période des Azymes, qu’il faudrait pour cela que cette expression eût pris «un sens beau- « coup plus général. » (Page 22.) Il n’y aurait à cela rien de bien étonnant, puisque aujourd’hui ee que nous nommons le temps dela Pâäque comprend la semaine qui précède la fête et la semaine qui la suit. Une fois ce point éclairei, et je pense qu’il l’est pour mes lecteurs, M. Colani. consent à ce que je remonte du jour légal commençant le soir au jour naturel qui le précède. Il m’en avait donné l’exemple; aussi veut-il bien, dans le cas où j'aurais prouvé que le 10 a pu être nommé ainsi, que je nomme le 9 de nisan le premier jour des Azymes, mais seulement à une condition qu’il ne croit pas remplie, en sorte qu’en réalité il ne m’accorde rien : « Oui, dit-il, si ce soir-là il y avait quelque acte important « relatif à la fête! » {Page 22.) L’acte important qu'il demande, je n’ai pas besoin d’attendre le soir pour le trouver;
(1) Le Jour de la Préparation, page 65. (2).Ibid., pages 28-29.
c’est celui-là même à propos duquel le jour est mentionné : le choix du lieu où l’on devait préparer la pâque. Au milieu d’un si grand concours de peuple, à la veille du jour où il fallait y conduire l’agneau, c’était le dernier moment de s’en occuper, pour ceux qui ne demeuraient pas à Jérusalem : le matin, ils l’arrêtent; le soir, ils en prendront possession. La condition exigée par M. Colani est donc parfaitement remplie. Il me reste à parler d’un troisième passage, Luce, XXIL, 7, que je ne regarde pas comme parallèle de Matthieu, XXVI, A7 et de Marc, XIV, 42, malgré les rapports de forme qu'il a avec eux. M. Colani reconnaît que l’explication que j'en donne «ne présente aucune difficulté philologique; mais, « dit-il, elle fait violence au texte. Elle force Luc de se sé- « parer des autres récits, lorsque tout prouve qu’il marche « parallèlement avec eux. Elle lui prête une réflexion telle « qu’on n’en trouve guère chez nos synoptiques. Enfin, elle « la lui fait exprimer dans les termes les plus obscurs. » (Page 24.) Sans reproduire ici une interprétation que j’ai longuement motivée ailleurs (1), je répondrai aux remarques qui précèdent, que les termes dont il s’agit ne paraîtront obscurs qu’aussi longtemps qu’on ne se sera pas associé au sentiment qui a inspiré la réflexion qu’ils expriment; que quoique rares chez les synoptiques, les réflexions ne font cependant pas entièrement défaut dans les trois premiers évangiles, ainsi que le prouve un autre exemple que j’ai emprunté, comme celui-ci, à l'Évangile selon saint Luc (2); enfin, que Femploi par les synoptiques, en des endroits correspondants, de paroles à peu près semblables, mais avec des intentions différentes, n’a rien d’exceptionnel ici (3). Bien des exégètes modernes prennent plaisir à nous faire assister aux transformations de cette sorte, et les supposent même,
(1) Le Jour de la Préparation, pages 26 et 28. (2) Ibid., page 26. Pr (3) Zbid., page 27, note. 4 mé
NOTE. 119 je le crois, beaucoup plus nombreuses qu’elles ne sont. Mais. enfin, il y en a de réelles : pourquoi serais-je moins libre qu'eux de les rechercher, de les constater et de les expliquer par leurs causes ?
IT. « Le soir de cé prétendu 9 nisan, lé soir avant la «TaoucxEUT) (ajoute M. Colani, ét c’est son second fait), « Jésus a d’ailleurs mangé effectivement la pâque, d’après le «récit des synoptiques. » |
Jésus ayant fait dire au maître du logis qu’il avait choisi : « Je férai la pâque chez toi avec mes disciplés» (Matthieu, XXVI, 18), M. Colani en tire cette conclusion : « Jésus « compte donc manger la pâque. Dira-t-on que cette prévi- « sion a été déçue? Mais il sait qu’il va être trahi; il sait que «le moment du sacrifice est arrivé. Si donc il parle de « manger la pâque, c’est qu’il la mangera avant Ja trahison. » (Page 24.) Au lieu de supposer à Jésus, en cette occasion, des préoccupations de prophète, il eût été plus simple, à ce qu'ii me paraît, d'admettre qu'il s’est conformé à la loi et aux coutumes de son peuple jusqu’à la fin, sans s’en laisser détourner par ce qu’il savait et des mauvais desseins des méchants à son égard et du succès qu’ils dévaïent avoir. Aurait-il dû s'abstenir de les observer aussi longtemps qu’il le pouvait, parce qu’il n’ignorait pas que là malice de ses ennernis ne lui pérméttrait pas d'accomplir ce que là loi exigeait ?
« Le soir étant venu, continue M. Colani, il se met à table « avec les Douze. Quel est ce souper? Évidemment le souper « pascal qu’il a déclaré vouloir prendre et qu’on vient de lui « préparer. » (Page 24.) Eh! bien, non, ee n’était pas le souper pascal et ce ne pouvait pas l’être. J’ai rappelé, à l’article précédent, que la préparation de la pâque devait commencer le 10 de nisan ; il était done impossible de songer pour la première fois à la préparer, le matin du jour, au soir du-
quel on devait la manger. C’est parce que ce repas n’est pas
à. Le
Wepaiper pascal que, par opposition à la Pâque des Juifs,
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dont le jour n’était pas encore venu, Jésus le nomme cette pâque, et qu’il en apprend la signification à ses disciples en leur disant « qu’il a fort désiré de manger cette pâque avec «eux avant qu’il ne souffre. » (Luc, XXII, 15.) Cest la pâque de sa passion, destinée, à l’avance, à consacrer le souvenir de sa mort. Il ne la mangera que cette fois avec eux; mais chaque fois qu’ils la mangeront, ce sera, suivant son institution, en annonçant sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. Aucune des circonstances relevées par M. Colani ne nous oblige à voir dans ce repas autre chose que ce que je viens de dire (1).
HIT. « Saint Jean, on le sait (reprend M. Colani, introdui- « sant ainsi son troisième fait), raconte, en opposition avec «les synoptiques, que ce souper a eu lieu avant la fête. « (Jean, XIIL, 1 ; conf. 29.) Mais d’après lui, le jour où Jésus a « été crucifié, le jour de la rapacxeu, a Été suivi immédia- « tement de la fête. C’est donc la journée du 14 et non du 10.»
Suivant saint Jean, le repas dont il vient d’être question a eu lieu avant la fête de Pâque; il le dit expressément. J'ai fait voir que, dans mon hypothèse, il en a été de même d’après les synoptiques, puisqu'il résulte du compte que j’ai fait des jours, que quand, le soir étant venu, Jésus se met à table avec les Douze (Matthieu, XX VI, 20), on est à l’entrée du 10 de nisan, quatre jours avant la Pâque (2). M. Colani ne serait en droit de continuer à affirmer que mon hypothèse ne concilie pas sur ce point les trois premiers évangiles avec le quatrième, que s’il était parvenu à mettre hors de doute les deux prétendus faits qu’il a opposés à cette attribution de jour; mais j'ai montré qu’il n’a pas réussi à les établir.
Il est vrai cependant que les synoptiques auraient pu, aussi bien que Jean, placer le souper avant la fête de Pâque,
(1) Voir le Jour de la Préparation, page 30.
(2) Le Jour de la Préparation, page 29. | .
sans qu’il en résultât nécessairement qu’ils fussent d’accord
sur la date précise de ce repas. La crucifixion ayant eu lieu le même jour vers le second soir, M. Colani a donc eu raison d'examiner s’il est possible , d’après les récits évangéliques, qu’elle ait eu lieu le 10 de nisan. Sa conclusion est que, suivant saint Jean, elle a eu lieu le 14, jour de Pâque.
Il faut bien qu’on y soit, dit-il; car autrement pourquoi les Juifs auraient-ils refusé d’entrer dans le prétoire, pour n'être pas souillés, afin de pouvoir manger la pâque ? (Jean, XVIII, 28.) «La loi mosaïque n’avait dit nulle part qu’on fùt « souillé en entrant chez un païen; mais l’usage en avait « décidé ainsi. » Il ne s'agissait toutefois que de la petite souillure, « qui disparaissait avec le soir. » Si l’on n'avait pas été au jour qui se terminait le soir même par le repas pascal, ces Juifs n’auraient pas été empêchés par la petite souillure d’y participer : on est donc au 14, et non au 10. — Mais s’il ne s’agit que de dispositions tirées du Talmud, est-ce un argument suffisant (4)? Et s’il n’était fait allusion ici, comme cela est probable, qu’à des coutumes, variables et incertaines de leur nature, combien moins encore pourrait-on fonder une objection sur elles?
M. Colani trouve une autre raison de penser qu’on était au 44 de nisan dans cette circonstance que « pendant la « crucifixion les Juifs prièrent Pilate de faire mourir et en- «lever sur-le-champ les condamnés, parce qu’on était à la « RAQATXEUT, à la veille d’un grand sabbat, qui étaiten même « temps une fête, à la veille du 15 nisan, qui tombait un sa- « medi cette année-là. » J’ai expliqué différemment pourquoi le sabbat mentionné ici est nommé un grand sabbat (2). Je n’ai nul besoin de justifier mon interprétation puisque M. Colani ne la discute point; mais je serais surpris qu’il
(1) «Il faut se garder d'appliquer sans précaution les règlements du « Talmud à l’époque de Jésus. » (M. Révize. Revue de Théologie, tome XIE, page 9.)
” (2) Le Jour de la Préparation, page 35.
n’eût trouvé aucune difficulté à la sienne. Elle revient à dire que la fête des Azymes (le 15 de nisan), qui coïncidait cette année-là, à ce qu’il suppose, avec le sabbat hebdomadaire , était un jour plus solennel que la Pâque (le 14 de nisan). On faisait, selon lui, si peu de cas de la Pâque, qu’on crucitiait trois condamnés ce jour-là, et qu’à l'heure même où les Juifs mangeaïent l’agneau pascal, on hâtait la descente de la croix de ces suppliciés, de peur qu’ils n’y demeurassent suspendus le lendemain, jour des Azymes. M. Colani ne nous explique pas comment ce qui aurait profané le sabbat, jour des Azymes, a pu avoir lieu le jour de Pâque sans le profaner. Il y a là quelque chose qu’il doit avoir peine à s'expliquer à lui-même (1); et s’il n’y a pas réussi, comment a-t-il pu y trouver un argument? Au reste, je ne me plains pas de ce qu’il l’a allégué ; car s’il n’a pas prouvé par le premier des deux passages qu’il a empruntés à saint Jean qu’on était au 14 de nisan, il a rendu certain, en rappelant le second, qu’on ne pouvait pas y être. $’il veut bien me le pérmettre, je produirai à appui de cette conclusion, opposée à la sienne, un troisième passage tiré du même Évangile.
Le 14 de nisan était le jour de la pleine lune. Aussi a-t-on demandé de tout temps à quoi bon les lanternes et les flambeaux dont parle saint Jean (XVIIL, 3), en racontant que Judas vint au jardin de Gethsémané avec des soldats et des sergents pour s'emparer de Jésus. Des flambeaux et des lanternes pour venir en aide à la lune, qui répand sa clarté avec éclat pendant toute la nuit quand elle est pleine; mais cela eût été extravagant (2). C'était très naturel, au contraire, à la date que j’ai proposée, en la nuit qui suit le 9 de nisan, et qui précède de cinq fois vingt-quatre heures célle admise
(1) Voir le Jour de la Préparation, page 32.
(2) « … Nec non constat tum nubibus cœlum fuisse obtenebratum, « quin vero Lunæ lux in plenilunio ipsas etiam nubes solet penetrare et « tota lucet nocte. » (HERWART AB HOHENBURG, Chronologia nova, vera et ad calculum astronomicum revocata. Munich, 1612. In-4°, pag. 93, 94.)
NOTE. 123 par M. Colani. Il aurait été dommage de ne pas faire valoir ce moyen qui confirme mon hypothèse et que j'ai négligé dans mon premier écrit; mais que reste-t-il, après cela, du troisième fait que M. Colani lui oppose?
IV. «Il n’y a pas eu trois jours et trois nuits entre la mort «et la résurrection. Par conséquent, ou bien la mort de Jé- « sus n’a pas eu lieu le 10, ou bien la résurrection n’a pas « eu lieu le 14, ou bien encore ces dates sont fausses l’une «et l’autre. »
J’ai fait voir que, sur les trois jours que Jésus a passés au tombeau, deux sont mentionnés par les-évangélistes : le /endemain de la Préparation (Matthieu, XX VII, 62) ou le 411 de nisan, suivant mon hypothèse, et un sabbat hebdomadaire, qui, d’après l’enchaînement des faits sur lesquels il influe , n’a pu être que le dernier des trois jours, le 13 de nisan (1). En opposition à ces résultats, M. Colani affirme qu’il est impossible de placer deux jours entiers entre la mort de Jésus et le sabbat, qui, dans tous les systèmes d'interprétation, précède immédiatement le jour des premières apparitions de Jésus ressuscité. Voici les motifs qui le lui font penser.
« Pourquoi, demande-t-il, reprenant un passage qu’il a « déjà cité (Jean, XIX, 31), les Juifs feraient-ils enlever sur- « le-champ les crucifiés, si le sabbat ne devait venir que « dans quarante-huit heures? » (Page 25.) M. Colani n’oublie qu’une chose, qu’il a cependant rappelée tout à l’heure, c’est que le premier objet de la prière adressée par les Juifs à Pilate était qu’il ordonnât de hâter leur mort. La lente agonie de la croix aurait pu se prolonger longtemps encore ; et, en vue de ce grand sabbat qui devait commencer le surlendemain au soir et être suivi immédiatement des deux fêtes solennelles, il y avait intérêt à mettre fin auparavant à ce repoussant spectacle, qui faisait contraste avec l'aspect
(1) Voir Le Jour de la Préparation, pages 34-37, et page 51, la Chronologie pascale,
général de Jérusalem à cette époque. Une fois ce point obtenu, l’enlèvement immédiat des corps en était la conséquence : Josèphe nous apprend, en effet, qu’il était d'usage chez les Juifs, quand les condamnés étaient morts, « de les « ôter de la croix et de les enterrer avant le coucher du so- « leil (1). » Leur hâte, en cette occasion, n’avait donc rien d’exceptionnel, et elle était indépendante de cette extrême proximité du sabbat que M. Colani juge nécessaire d’admettre pour l’expliquer.
Il-me paraît se tromper également en supposant que « c’est « parce que la fête est proche, tout à fait proche, que Nico- « dème ensevelit le corps de Jésus dans le lieu même du « supplice. » (Page 925.) Jean nous dit que ce fut « à cause « de la Préparation des Juifs (2).» Dans mon hypothèse, cela veut dire: parce qu’on était au 10 de nisan, à l'entrée du temps pascal, et qu’il importait d'abréger autant que possible, à cette époque, la distance à parcourir pour des funérailles, de peur que la souillure pour un mort n’obligeât inutilement quelqu'un à retarder d’un mois la célébration de la Pâque, conformément à la loi de Moïse. (Nombres, IX, 6-12.) Cette raison pour le choix du lieu de sépulture est valable, que le sabbat ait suivi immédiatement, comme M. Colani le veut, ou qu'il ait coïncidé avec le troisième jour, ainsi que je le prétends.
M. Colani a une troisième raison en réserve à l’appui de son opinion que Jésus est mort la veille d’un sabbat; c’est que les femmes n’auraient pas eu besoin d’attendre au lendemain du sabbat pour retourner au sépulcre avec les parfums qu’elles avaient préparés (Luc, XXII, 55, 56; XXIV, 1), si le sabbat n'avait dû commencer que le surlendemain au soir. Pourquoi, si elles avaient eu tout ce temps se seraient-
(1) .. Gore xai Tobs Ex uaradixns dvastaupoupévous mpù düvroc hou nafehety re rat Odrreuv. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. IV, c. v, 82.) (2) .… dia thv mapacreuhy Tüy Toudaiwv. (Jean, XIX, 42.)
NOTE. 125 elles autant hâtées dans leurs préparatifs, « quand deux ou « trois heures, ditil, devaient suffire amplement? » (Page 26.) Qu'en savez-vous? pourrait-on demander à M. Colani. Il s’agit ici d'autre chose que de ces drogues aromatiques avec lesquelles les Juifs avaient coutume d’ensevelir et dont on avait déjà fait usage (Jean, XIX, 39-40); ces femmes veulent rendre, ce semble, un pieux hommage (Jean, XIT, 7), pour lequel elles ne devaient épargner aucun soin. Quel que soit, d'ailleurs, l’usage qu’elles se proposent de faire des senteurs qu’elles apportent, on ne voit pas comment M. Colani, dans l'ignorance où il est de leur nature, à pu être instruit si exactement du temps qu’il fallait pour les préparer.
Mais à quoi songeait-il de recourir, pour établir qu’il n’y a pas eu trois jours et trois nuits entre la mort de Jésus et sa résurrection, à tous ces témoignages indirects qui lui échappent les uns après les autres, quand il avait à sa disposition un témoignage direct, qui, « à son avis, renverse «toute mon hypothèse? » (Page 26.) M. Colani n’a parlé d’aucun autre de ses arguments en ces termes. Loin de prétendre que chacun d’eux soit d’une évidence irrésistible (page 21), il a l’air de compter surtout sur leur nombre pour faire impression. À mesure que j'en écarte, cette force du nombre devient moins imposante; mais cela ne me sert de rien, puisqu’en voici un qu’il déclare suffisant, fût-il seul, pour que mon hypothèse ne puisse pas être acceptée. Je dois nécessairement l’examiner avec la plus grande attention. :
« Le dimanche soir, dit M. Colani, vers le coucher du 50- « leil (Luc, XXIV, 29), deux disciples arrivent à Emmaüs; «ils ont fait la rencontre de Jésus crucifié, environ deux « heures auparavant (verset 43), ainsi vers l’heure où Jésus « était mort l’un des jours précédents. Combien y a-t:1l de « Jours depuis cette mort? D’après M. Lutteroth, il y a juste « quatre fois vingt-quatre heures. D’après les deux disciples,