‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 3)Chapitre 14 sur 16 · J'ai pensé que dans ces passages le mot catégtov · texte numérisé non relu

J'ai pensé que dans ces passages le mot catégtov

(1) Le Jour de la Préparation, pages 40-41, (2) 1bid., page 37.

désignait des fêtes solennelles, suivant l’usage du Lévitique, et j'ai reconnu sous ce nom la Pâque et le grand jour des Azymes. M. Colani me répond que la Pâque ne pouvait être nommée ainsi, « puisque ce n’était nullement un sabbat, un « jour de repos, mais un jour fort agité, où l’on immolait et « préparait des milliers d’agneaux, etc. » (Page 28.) Et cependant la Pâque est désignée sous ce nom dans le Chronicon Paschale, ainsi que je l’ai fait voir (1). Cela se conçoit sans peine. Les violations du sabbat en vue du culte religieux n'étaient pas considérées comme des infractions du repos prescrit par la loi. (Matthieu, XII, 5.) Si l’objection était valable contre l’assimilation de la fête de Pâque à un sabbat., elle le serait aussi contre les occupations des sacrificateurs pendant le sabbat hebdomadaire; mais, comme le dit Calvin sur le passage auquel je viens de renvoyer, « il estoit bien « permis és jours de sabbath de tuer les bestes pour les sa- « crifices et faire autres choses appartenantes au service de « Dieu : dont s'ensuit que les exercices de piété ne sont « point contraires les uns aux autres, mais s'accordent bien « ensemble (2). »

2, M. Colani objecte à mon interprétation de Matthieu, XXVIIE, 1, que le 14 de nisan (la Pâque) que je considère dans son rapport avec le 15 de nisan (la grande fête des Azvymes), étant venu cette année-là à la suite d’un sabbat hebdomadaire, ce n’eût pas été, comme je le représente, le premier de deux sabbats, mais le second de trois. (Page 28.) A cela je réponds que la rencontre du sabbat ordinaire n'ayant été qu’accidentelle, tandis que la succession de l’une des grandes fêtes à l’autre résultait de leur institution même, il était très naturel, en faisant allusion à celles-ci, de ne tenir compte que du fait permanent, quitte à nommer séparément le sabbat à son rang, lorsqu'il y avait lieu.

(1) Le Jour de la Préparation, page 39. (2) Ibid., page 37,

3. Enfin, M. Colani fait valoir contre ma traduction des mots en question dans les quatre passages, cette considération, « qu’en tout cas nous avons des preuves positives que « ia oabéaruwv signifie le dimanche. » (Page 29.) Cela pourrait être sans que pour cela il fût nécessaire de traduire ainsi dans les passages ci-dessus où j'ai traduit autrement. Mais dans les passages mêmes produits par M. Colani à l’appui de son assertion, ce n’est pas le seul sens possible, ainsr qu’il Paffirme. On va voir que Calvin le pensait comme moi.

Ainsi dans les Actes, XX, 7, où, suivant M. Colani, «uix « Tv cabbätwy ne peut signifier que le premier jour de « la semaine, » Calvin, sans rejeter absolument cette traduction, est cependant d’avis qu’il s’agit plutôt d’un jour de sabbat. « Ce dernier, dit-il, me pourrait sembler plus vray-sem- « blable, pource que, selon la coustume, ce jour estoit plus « propre pour faire assemblee.…. Il est vray-semblable que « Paul a bien voulu attendre le sabbath, afin qu’au jour de « devant son partement il assemblast plus facilement tous « ses disciples en un mesme lieu. » Il résulte de l’interprétation de Calvin que Paul, après s'être arrêté à Philippes durant les jours des pains sans levain, se rendit en cinq jours à Troas, y passa une semaine et en repartit le lendemain du premier sabbat après son arrivée, Érasme avait traduit : Uno autem die sabbatorum, à quoi Bèze a objecté que péx ne pouvant, en raison de l’article, être pris dans un sens indéterminé, il faut le rendre par premier. Je me conforme à son avis, sans pour cela traduire : Primo autem die hebdomadis, comme il le fait. Je ne lui emprunte que le premier mot de sa phrase, et je dis, en me conformant pour le reste à Érasme et à Calvin : Primo autem die sabbatorum. Pourquoi, en effet, supposer une réunion le dimanche à Troas, quand on peut faire autrement, puisque l’usage constant de Paul, pendant ses voyages, a été de réunir les disciples au jour du sabbat ?

M. Colani allègue un autre passage, 1 Corinthiens, XVE, 2,

140 NOTE. « où saint Paul recommande de faire des épargnes pour la «collecte xata miav cab6drwv. » (Page 29.) Les traducteurs modernes, d’accord en cela, à ce qu’il paraît, avec saint Chrysostome, font conseiller par lApôtre aux fidèles de mettre à part, chaque premier jour de la semaine, ce qu’ils y destinent. M. Colani abonde dans leur sens; selon lui, les mots grecs ne peuvent signifier que cela. Maïs, ici encore, Calvin en juge autrement. « Paul leur commande, dit-il, « qu'ils contribuent és jours du sabbath ce qui leur semblera « bon. Je n’approuve ce que Chrysostome pense le sabbath «estre mis yci pour le jour du dimanche. Car il est plus «vray-semblable que les apostres ayent retenu pour le com- « mencement le jour qui estoit desja usité. » Rien n’empêche de traduire : chaque sabbut.

Les preuves fournies par M. Colani contre mon interprétation ne sont donc pas aussi positives qu'il Pa cru, et Je n'hésite pas à dire qu’il lui serait impossible de trouver dans le Nouveau Testament d’autres passages à mettre à la place de ceux dont je me crois autorisé à nier la force probante à l'appui de sa thèse, puisque Calvin les interprétait, 1l y à trois siècles, comme je viens de le faire.

M. Colani convient, au reste, que la traduction ordinaire de Matthieu, XXVIIL, 4, « est bizarre. » (Page 29.) Il a essayé de la rendre moins bizarre en läissant les textes tels qu’ils sont; mais n'ayant pu y parvenir, il a imaginé un remède souverain pour n’en plus être offusqué. « Ce passage « de Matthieu, dit-il, ne présenterait rien d’obscur s’il se « trouvait suivre immédiatement le verset 61 du chapitre « précédent; car jusque-là aucun jour de la semaine n’a été « désigné. Mais, entre ce verset 61 et celui dont nous nous «occupons, il y à l’histoire de la garde placée près du sé- « pulcre, et l’évangéliste nous dit que cela se passa le jour « après la mort et l’ensevelissement, le lendemain de la pré- « paration, Th ÉTAUDIOV, VTLS ÉOTI LLETA TAV TADATKEU AV. « Cette expression, obscure par elle-même, vient rendre

me mé

NOTE. 141 « obscur le &LE tv cabédrwy. » (Pages 29-30.) Je ne suis nullement convaincu que l’obscurité de la traduction ordinaire de Matthieu, XXVIIL, 4, même après qu’elle a été corrigée par M. Colani, vienne d’ailleurs que de cette traduction elle-même, et qu’il faille l'expliquer par une interposition. Mais peu importe, M. Colani le croit, et pour faire cesser Pobscurité dont il se plaint, il s’est décidé à rejeter le récit intermédiaire tout entier qui fait ombre, selon lui, sur le verset que nous étudions tous les deux. La raison qu’il en donne c’est que « tout cela n’est pas de l’histoire, mais de la « légende. » (Page 31.) Grâce à la suppression des cinq derniers versets du chapitre XXVII, qu’il effectue d’un trait de plume, l'obstacle est ôté et la clarté revient.

Elle revient si bien qu'avec elle disparaît la seconde difficulté que M. Colani s'était engagé à lever. J’ai montré que si par la Préparation on entend le vendredi, le jour suivant serait le sabbat, et qu’il serait bien singulier, qu’au lieu de donner tout simplement à celui-ci son nom, Matthieu, s’il en avait voulu parler, l’eùt nommé le lendemain de la Préparation (Matthieu, XXVII, 62), ce qui reviendrait à dire : « Lelende- « main de la veille du sabbat (1). » M. Colani en est frappé comme moi; il reconnaît que lexpression serait «trop bi- «zarre, » pour qu'il soit possible d'admettre ce sens, et il ajoute que mon hypothèse « résoudrait très bien la difficulté : « Si la rapacxeu, dit-il, est le 10 nisan, le lendemain, n’étant « rien par lui-même, peut fort bien être appelé le jour après « la Préparation, et si tant d’obstacles n’empêchaient pas de « l’accepter, elle rendrait un véritable service. » (Page 30.) Mes lecteurs savent ce qui reste aujourd’hui de ces obstacles ; mais eussé-je réussi à déblayer complétement le chemin, je n’y aurais rien gagné pour ce passage en particulier. Il fait partie des cinq versets supprimés par M. Colani, de sa propre autorité, afin que « tout soit clair, que tout se suive sans

(1) Le Jour de la Préparation, page 48.

« lacune, sans encombre (page 31); » ils emportent done avec eux la difficulté qu’ils contenaient et que j'avais levée. Toute discussion prolongée sur les Évangiles serait désormais impossible, s’il suffisait, pour les finir, de retrancher la moitié d’uné page, en la représentant comme un fragment intercalé postérieurement. Mais on a vu que M. Colani n’a garde de n’avoir recours qu’à ce moyen, légitime d’ailleurs à son point de vue. Bien loin de là, il n’a négligé dans ce débat aucun des arguments fournis par la science, qu’il pouvait m'opposer. Je n’ai pas lieu de m’en plaindre, Il n’aurait servi à rien d’avoir réuni à l’appui de mon hypothèse sur la chronologie pascale des preuves plus diverses et plus nombreuses que la solution d’une question de ce genre ne semblait le comporter, s’il se trouvait, après tout, qu’elle n’est pas en état de soutenir le choc d’une polémique habile et savante comme l’est la sienne. Ce n’est sans doute ici qu’une très petite question; elle mérite cependant l'intérêt que des deux parts on y a apporté; car elle n’est pas sans rapport avec les grandes questions qu’on ne pourra manquer d'aborder, si Von se décide enfin à recommencer par un autre bout ces anciennes études sur les Écritures, qui, malgré les difficultés qu’elles n’ont pu résoudre, ont donné autrefois tant d’autorité à l'enseignement évangélique qu’elles ont fondé.

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