‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 3)Chapitre 6 sur 16 · AR A A · texte numérisé non relu

AR A A

ju PS4 DER E NTI D CAE 4 AS LA 49 d’hui 1] n'aurait plus eu de motifs pour le faire. Grâce à des observations poursuivies pendant deux siècles et demi, 1l est certain maimtenant qu’il y a des étoiles régulièrement soumises à des alternatives de ce genre, et qui, au terme de périodes dont on a pu préciser la durée, après avoir brillé d’un vif éclat, s’éteignent complétement, réalisant ainsi une suite d’apparitions et de disparitions, qui se succèdent continuellement, dans un espace de temps assez court pour qu’on ait pu les constater souvent (1). Nous n’avons pas à nous

pelle judiciaire. IL'y fait bonne guerre à cette « superstition dia- « bolique, » comme il la nomme; mais, outre ses réserves éxpresses relativement à l’étoile des mages, qui était, dit-il, « par-dessus na- « ture, et par conséquent par-dessus l’art d’astrologie, » il en fait aussi pour les éclipses miraculeuses, « ne niant point qu’il n’y ait « signification , » et pour les comètes, sur lesquelles il s'exprime ainsi : « 1] en est quasi autant des comettes, combien que non pas « du tout. Tant y a, que ce sont inflammations qui se procreent, « non point à terme prefix, ains selon qu’il plaist à Dieu. En cela « desja on voit combien les comettes different des estoilles : veu « qu’elles se procreent de causes survenantes. Et neantmoins je « n’accorde pas que leurs predictions soyent certaines, comme aussi « l’experience le monstre. Car si une comette est apparue, et que « tantost après un prince meure : on dira qu’elle l’est venue adjour- « ner. S'il ne s’ensuit nulle mort notable, on la laisse passer sans « mot dire. Cependant je ne nie pas, lors que Dieu veut estendre « Sa main pour faire quelque jugement digne de memoire au monde, « qu’il ne nous advertisse quelques fois par les comettes : mais cela « ne sert de rien, pour attacher les hommes et leur condition à une « influence pérpetuelle du ciel. » (Recueil des opuscules de M. Jean Calvin. In-folio. Genève, 1566. Pages 4131-1133.) On voit par cette citation, que, quelque opposé que Calvin ait été à l'astrologie judiciaire, il a retenu assez des idées de son temps sur la signification des comètes pour que cette croyance ait dû influer sur l’idée qu’il s’est faite de l'étoile des mages.

(1) F. AraGo, Astronomie populaire. Tome Ier, pages 386-409.

50 MATTHIBU, II, 1, 2. occuper des explications qu’on a données de ces changements périodiques ; le fait seul nous importe, et les catalogues qu'on a commencé à dresser des étoiles qui les subissent, le mettent hors de doute. Il n’est pas moins bien établi, que des étoiles, autrefois cataloguées, et dont quelques-unes ont été observées encore de notre temps, ont complétement disparu (1), et que les historiens et les astronomes font mention d’autres étoiles (on les a nommées nouvelles ou temporaires) « qui se sont montrées presque subitement « avec un certain éclat, ont disparu ensuite graduel- « lement, et ne se sont pas remontrées depuis (2). » On a dit des premières, dans la prévision de leur réapparition possible, « que plusieurs de ces étoiles « seront peut-être classées un jour parmi les étoiles « périodiques (3); » et pour ce qui est des secondes, on n'a pas craint d'étendre jusqu’à elles l’une des explications données des changements réguliers et rapides qu’offrent les étoiles périodiques, de manière à faire dépendre d’une même cause les changements des étoiles périodiques et les apparitions d’étoiles nouvelles (4). Que cette cause soit ou ne soit pas la — Livre IX, chap. xv à xxvr: Étoiles changeantes ou périodiques. |

(1)F. ArAGo, Astron. popul. Tome Ier, p.378.—Livre IX, chap. x.

(2) Ibid. Tome Ier, page 410. — Livre IX, chap. xxvir.

(3) Zbid. Tome Ier, page 402. — Livre IX, chap. xxrr.

(4) Ibid. Tome Ier, page 493. — Livre IX, chap. xxxr. — L’explication dont il s’agit ici consiste à supposer que les étoiles changeantes ne sont pas également lumineuses dans toute l'étendue

de leur surface, et que leur augmentation d'éclat et leur obscurcissement successifs sont les résultats d’un mouvement de rota-

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MATTHIEU. TRUE 51 véritable, le phénomène lui-même ne saurait être nié. Il s’est répété assez souvent pour que les étoiles nouvelles ou temporaires occupent aujourd’hui une place à part dans les traités d’astronomie (1), et pour qu’on ne soit plus obligé de voir en celle des mages autre chose qu’une étoile de cette catégorie. Sa disparition pendant quelque temps, sa réapparition ensuite avant de disparaître tout à fait, ne peuvent pas non plus s'imposer comme des circonstances nécessairement surnaturelles, depuis qu’il est devenu constant que les étoiles périodiques éprouvent des changements semblables, et aussi depuis que, pour l'étoile nouvelle apparue en 1670, il s’en est produit de pareils avant sa disparition définitive (2).

tion régulier et continuel sur elles-mêmes. (Voir tome Ier, page 402 : livre IX, chap. xxn1.)

(1) Les chapitres xxvir à xxx de l4séronomie populaire d’Arago sont relatifs aux Étoiles nouvelles ou temporaires.

(2) « En 1670, le Père Anthelme aperçut dans la tête du Renard, « assez près de 6 du Cygne, une étoile nouvelle, laquelle, circon- « stance singulière, parut s’éteindre et ensuite se ranimer plusieurs « fois avant de disparaître entièrement. Depuis cette époque, on « n’en a aperçu aucune trace. » (F. ARAGo, Astronomie populaire. Tome Ier, page 415 : livre IX, chap. xxx.)

— « Nous citerons entre autres l'étoile de troisième grandeur « découverte en 1670 par Anthelme, dans la tête du Cygne, étoile « qui, après être devenue complétement invisible, a reparu, et après « avoir subi une ou deux surprenantes variations de lumière, pen- « dant deux ans, a fini par s’éteindre tout à fait pour ne plus se « montrer. » (Sir Jonx Herscuez, Traité d’'Astronomie. Traduction de Pevror, page 498.)

La différence de désignation dans ces deux citations n’est qu’apparente, ainsi que cela résulte de celle de Delambre : « L'étoile pla- « cée sous la tête du Cygne, ou plutôt à l'oreille gauche du Re- « hard... » (Histoire de L' Astronomie moderne, tome IN, page 483.)

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Les étoiles temporaires dont le souvenir s’est con servé, n'ont pas toutes été observées avec le même soin. Aussi ne sait-on que de quelques-unes seulement, quellé a été la durée de leur apparition. La célèbre étoile de 1572 dans Cassiopée, minutieusement décrite par Tycho-Brahé, fut visible pendant dix-sept mois. L'étoile de 1604 dans le Serpentaire, observée par un très grand nombre d’astronomes et dont l’histoire a été écrite par Keppler (1), s’est montrée pendant treize mois environ. L'étoile de 1670, découverte dans le Cygne par le Père Anthelme, n’a cessé défini- tivement de paraître qu’au bout de deux ans. La durée de la visibilité de l’étoile des mages, comparée avec celle des autres étoiles temporaires décrites, n’a donc rien d’exceptionnel. Sielle s’est montrée, comme elles, tout à coup et a brillé dès le premier moment de son plus grand éclat, il est tout simple que ces hommes, voués en leur double qualité d’astronomes ét d’astrologues à l’étude du ciel, l’aient remarquée aussitôt (2),

(4) De stella nova in pede Serpentarii. Pragæ, 1606. — Voir aussi dans les Opere di Galileo Galilei, édition de Florence, tome V, partie 11 (4853), pages 391-398, le morceau intitulé : Fra- ‘menti di tre lezsioni di Galileo interno la stella nuova del 1604 ; tome VI, pages 26-98, sa lettre sur le même sujet, ad anonimo; et tome HIT, pagé 295, cétte observation de l’astronome La Galla : « Stellam enim,. nôvissime in Sagittario ortam, omnes vidimus, non « modo Philosophiæ aut Mathematicæ studiosi, verum etiam gre- « garit et vulgares, neque cuiquam indocto vel docto aliud visa est « quam Stella octavi orbis. »

(2) On pourra peut-être, après avoir lu ce que Tycho-Brahé raconte de l'apparition de l'étoile nouvelle de 1572, se faire une idée de l'attention que dut immédiatement exciter en Orient l’apparition dé célle des mages. M. Arago emprunte ce récit (tome Ier, pages 414

MATTHIEU, II, 1, 2. 99 et qu’elle soit devenue pour eux l’objet des plus vives préoccupations. "

à 413 de son Astronomie populaire) au tome III du Cosmos de M. de Humboldt :

« Lorsque je quittai l'Allemagne pour retourner dans les îles Da- « noises, je m’arrêtai dans l’ancien cloître admirablement situé « d'Herritzwaldt, appartenant à mon oncle Sténon Bille, et j'y pris « l'habitude de rester dans mon laboratoire de chimie jusqu’à la « nuit tombante. Un soir que je considérais, comme à l'ordinaire, « la voûte céleste dont l’aspect m'est si familier, je vis avec un éton- « nement indicible, près du Zénith, dans Cassiopée, une étoile ra- « dieuse d’une grandeur extraordinaire. Frappé de surprise, je ne « Savais si j’en devais croire mes yeux. Pour me convaincre qu’il « n’y avait point d'illusion et pour recueillir le témoignage d’autres « personnes, je fis sortir les ouvriers occupés dans mon labora- «toire, et je leur demandai, ainsi qu’à tous les passants, s'ils « voyaient comme moi l'étoile qui venait d’apparaître tout à coup. « J'appris plus tard qu’en Allemagne, des voituriers et d’autres gens « du peuple avaient prévenu les astronomes d’une grande appari- « tion dans le ciel, ce qui a fourni l’occasion de renouveler les rail- « leries accoutumées contre les hommes de science.

« L'étoile nouvelle était dépourvue de queue; aucune nébulosité « ne l’entourait ; elle ressemblait de tous points aux autres étoiles ; « seulement elle scintillait encore plus que les étoiles de première « grandeur. Son éclat surpassait celui de Sirius, de la Lyre et de « Jupiter. On ne pouvait le comparer qu’à celui de Vénus quand elle est le plus près possible de la Terre. (Alors un quart de sa « surface est éclairé pour nous.) Des personnes pourvues d’une « bonne vue pouvaient distinguer cette étoile pendant le jour, même < en plein midi, quand le ciel était pur. La nuit, par un ciel couvert, « lorsque toutes les autres étoiles étaient voilées, l'étoile nouvelle « resta plusieurs fois visible à travers des nuages assez épais... A « partir du mois de décembre 1572, son éclat commença à dimi- « nuer; elle était alors égale à Jupiter... Le passage de la cinquième « à la sixième grandeur eut lieu de décembre 4573 à février 4574. « Le mois suivant, l'étoile nouvelle disparut, sans laisser de trace « visible à la simple vue, après avoir brillé dix-sept mois, »

Cette étoile nouvelle de 4572 n’est pas le plus ancien phénomène de ce genre constaté par la science : « Nous pouvons citer,

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D’après les principes de leur art, cette étoile de-

vait être à leurs yeux le présage de quelque événement important; mais quoiqu’elle eût brillé au ciel et peut-être cessé déjà de s’y montrer, ils n’avaient pu découvrir encore ce qu’elle annonçait. Alors arrive à quelqu'un des Juifs établis à Babylone la nouvelle de ce qui s’est passé tout récemment dans le temple de Jérusalem. Si l’on avait eu de fortes raisons pour ne pas en faire bruit dans les états d'Hérode, et pour ne s’en entretenir en la ville sainte que dans le cercle étroit de ceux qui attendaient la délivrance d'Israël (Luc, IT, 38), on devait mettre d'autant plus d’empressement, le pouvant sans danger, à faire savoir aux frères des contrées lointaines les espérances que les paroles du vieux Siméon avaient éveillées dans le cœur des Israélites fidèles. Le Saint-Esprit l’avait averti qu'il ne mourrait point qu'il n’eût vu l’Oint du Seigneur : eh bien, au moment où l’on présentait au Seigneur le fils de Marie, le vieillard était venu au temple, à avait pris l’enfant dans ses bras, et il avait béni Dieu de ce qu’il pouvait maintenant s’en aller en paix, la promesse qui lui avait été faite étant accomplie depuis que ses yeux avaient vu cet enfant. (Luc, Il, 25-32.) L’Oint était donc né, au dire

« entre autres, dit M. Ch. Delaunay, l'étoile qui se montra subite- « ment dans le ciel en 125 avant Jésus-Christ, et qui, ayant fixé « l'attention d’'Hipparque, fut la cause qu’il entreprit son catalogue « d'étoiles ; une étoile qui parut en l’an 389, près de œ de l’Aigle, « qui eut, pendant trois semaines, un éclat pareil à celui de Vénus, et « qui disparut ensuite entièrement, etc. » (CH. DELAUNAY, Cours élémentaire d'Astronomie.Troisième édition. Paris, 4860. Page 614.)

MATTHIEU, II, 1, 2, 09 de Siméon; il l'avait reconnu en Jésus, et salué comme la lumière des Gentils et la gloire d'Israël. En ce temps-là, les communications entre l’Orient et la Palestine étaient si fréquentes, surtout en raison des observances religieuses auxquelles les Juifs étaient astreints, qu'Hérode avait jugé nécessaire de prendre des mesures pour protéger, dans leur voyage à travers la Traconite, ceux qui se rendaient « de Baby- « lone à Jérusalem pour y sacrifier (1). » Il suffisait du retour en Orient de quelques-uns de ces hommes pieux, pour qu’on y fût informé dans les colonies juives de l’événement célébré en termes si magnifiques par le prophète, et il était bien facile ensuite que les mages en fussent instruits à leur tour.

Nous savons déjà quelles étaient alors leurs recherches. Ils se demandaient ce que l'étoile apparue avait dû présager, et voilà qu’on apprend de Jérusalem que le grand roi attendu des Juifs est né. Tout l'Orient l’attendait avec eux (2), se souvenant peut-être que Daniel, ce chef des mages de Babylone dans les temps anciens (Daniel, IV, 1), en avait parlé dans son livre comme de l’Oint et du Conducteur (Daniel, IX, 25, 26) : comment donc, avec leur fausse science et sous l’empire des préjugés dont ils étaient imbus, auraient-ils

(1) .… wat Toudaiwv rois 2x BafuGivos dorxvounévors à Ouoias mt Lepocobpuv, to ph Anotelats brd rov Thaywvirüv xaxovoyeto0ar. (FLAv. Josepar Antiquitates Judaicæ, lib. XVI, cap. n, S 2.)

(2) Percrebuerat Oriente toto vetus et constans opinio esse in fatis, ut eo tempore Judæa profecti rerum potirentur. (SUEroN., Vespas., k.)

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