LEZ
fort bien qu’en s’appuyant sur les Parthes, Antigone s'était attiré à jamais l’inimitié des Romains, il se rendit en toute hâte à Rome, où Antoine et Auguste le secondèrent si bien que, sept jours après son arrivée, il fut reconnu roi de Judée par un décret du sénat, qui fut déposé au Capitole (1).
Malgré ce décret et le bon accueil qu’Hérode reçut en Galilée, il ne parvint qu’après trois ans de guerre civile et avec l'assistance des légions de Sosius à s'emparer de Jérusalem et à réduire entièrement le pays dont la royauté lui avait été décernée : de là les deux manières de compter les années de son règne, l’une depuis son élection, l’autre depuis le renversement définitif et la mort d’Antigone. La première devait être celle d'Hérode lui-même, puisqu'il est dit de lui « qu'il fondait son droit sur les décisions du Sénat « par lesquelles 11 avait été déclaré roi (2). » Rome était alors et demeura toujours à ses yeux son point d'appui le plus assuré. Après la bataille d’Actium, qui fut la ruine d'Antoine, il pria une seconde fois Auguste de lui accorder la couronne, comme si, avant
(4) Pour les rapports antérieurs des Juifs avec les Romains, voir les traités d’alliance conclus avec eux par les premiers Maccabées (E Mac. VIII; XIE, 4, 3; XIV, 24-26); et plus tard, l'intervention des généraux romains dans les dissensions intestines, la prise du temple de Jérusalem par Pompée, la captivité à Rome d’Aristobule et de sa famille, leur mise en liberté par César, etc., etc. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. T, cap. vr et 1x.) Tous ces faits ont contribué à rendre l'influence romaine prépondérante en Judée.
(2) .… adrbs èv remolds rois This cuyzAnrou déyuact, à dv nd anedédsinto... (FL. Jos., Bell. Jud., lib. Ï, cap. xvar, 9,)
MATTHIEU, II, 5. 61 d’avoir été confirmé par lui, il ne se croyait plus roi. Cette reconnaissance spontanée de l'autorité de l’empereur valut, à plusieurs reprises, à Hérode l’adjonction de nouveaux districts à ses états; mais elle le mettait entièrement dans la dépendance des Romains, et la nation, qui se sentait assujettie avec lui, supportait avec peine cet abaissement. Aussi les trente-sept années du règne de ce prince ne suffirent-elles pas pour accoutumer les Juifs à sa domination. Plus ils le haïssaient, plus il se défiait d’eux; ce fut la cause dé la plupart des crimes politiques et domestiques qui souillèrent sa vie, et de cette adulation, qui, en le faisant pactiser avec les coutumes et même avec les rehgions étrangères, dans le but de se fortifier contre ses sujets, le faisait considérer par beaucoup d’entre eux « comme n'étant leur roi que de nom, mais en « fait leur ennemi (1). » Après la découverte du projet formé par dix Juifs d’attenter en plein théâtre à sa vie, 1l fit des efforts inouis pour gagner l’affection du peuple en réduisant les impôts et en pourvoyant habilement aux nécessités publiques ; mais il espérait si peu y réussir qu'il étabhissait en même temps dans tout le pays un vaste système d’espionnage et qu'il interdisait les réunions un peu nombreuses, de peur qu'on ne fût tenté de s’y occuper des affaires de l’État.
Si quelque chose avait été capable de réconcilier
(4) .… nat A6Yw pv BaorAéa, T@ 0’ Épyu mokepiov... (FL. Jos., Antig. Jud., lib. XV, cap. vi, $ 3.)
6? MATTHIEU, II, à.
d’une manière durable ses sujets avec lui, c’eût été sans doute la reconstruction du temple de Jérusalem, dont Hérode conçut le dessein en la dix-huitième année de son règne, et qu'il lui fallut huit ans pour accomplir. Les Juifs célébrèrent en effet pendant quelque temps ses louanges ; mais quand, au mépris de la loi de Moïse, 1l fit vendre comme esclaves hors du pays ceux qui étaient reconnus coupables de certaines fautes, ils ne voulurent plus voir en lui qu’un tyran. La reconstruction de leur temple ne pouvait d’ailleurs avoir aucune signification religieuse à leurs yeux, le roi, comme s’il avait voulu tenir la balance égale entre les diverses croyances de ses sujets, élevant en d’autres villes des statues et des autels à Rome, à Auguste et aux principaux dieux du paganisme, édifiant un temple à Sébaste, l’ancienne Samarie, et restaurant à grands frais celui d’Apollon Pythien à Rhodes. Sans doute, lors de la dédicace du nouveau temple des Juifs, 1l avait pris part magnifiquement à leurs sacrifices; mais quelle idée de piété aurait-on pu y attacher, alors qu’on le voyait pourvoir de même, avec une libéralité extraordinaire et au moyen d’une fondation permanente, aux sacrifices païens qui se célébraïent aux jeux olympiques ?
Au reste, ce sont les dernières rigueurs d'Hérode, au sein de sa propre famille, qui le perdirent le plus dans l’esprit de son peuple. Quel spectacle, en effet, que celui donné par ce roi, déjà responsable de la mort d’Antigone, de celles d’Hircan, de Marianne sa femme, d'Alexandra sa belle-mère, et de tant d’autres
MATTHIEU, I, 5. 63 morts! Il avait fait élever à Rome Alexandre et Aristobule, les deux fils qu’il avait eus de Marianne. Quand ils furent de retour en Judée, poursuivi par la pensée qu’ils étaient résolus à venger leur mère, il accueillit toutes les dénonciations intéressées qui les Jui représentaient comme en voulant à son trône et à sa vie ; puis, les accusant par deux fois devant Auguste, il ne se donna aucun repos qu'il n’eût obtenu de l'empereur l’autorisation de les poursuivre comme parricides devant une assemblée convoquée à Bérite et composée de gouverneurs romains et de personnes considérables des provinces voisines; après quoi, ne tenant compte ni des conseils n1 des prières qu’on lui fit entendre, 1l n’hésita pas à les faire mourir.
Ce sinistre événement venait à peine d’avoir lieu, quand les mages arrivèrent à Jérusalem. La Judée devait donc être sous l'impression d'horreur et de terreur produite par l’action de ce père qui faisait mourir ses enfants, quoiqu'il n’eût pu les convaincre d'aucune entreprise contre lui. Ge crime, précédé et suivi de tant d’autres exécutions à mort, faisait assez voir qu’ Hérode croyait ne devoir épargner personne, quand il s'agissait pour Lui de mettre son autorité hors de péril. Il s’abandonnait à ses emportements avec la même facilité qu’à ses défiances, et bien qu’il se repentit promptement du mal qu’il avait fait en cédant trop vite à des soupçons dénués de fondement, il n’en continuait pas moins à se montrer tout aussi injuste, aussi souvent que de nouvelles appréhensions venaient l’obséder. Si tels étaient les effets des trou-
bles d’Hérode, comment, lorsque Hérode était troublé, Jérusalem ne l’aurait-elle pas été avec lui?
Quant à la nouvelle agitation de l'esprit du roi, on se l’explique sans peine. La mort de ses deux fils n'avait mis fin autour de lui ni aux intrigues de cour n1 aux hames domestiques; le peuple était mécontent etinquiêt, et Hérode, comme pour le mieux contenir et s'assurer au besoin contre lui la protection des Romains, venait de réclamer de tous ses sujets un nouvéau serment de fidélité à sa personne et à celle de l’empereur. Six mille pharisiens avaient refusé de le prêter, affirmant que la volonté de Dieu était d’ôter la couronne à Hérode et à ses descendants (1). C’était, il est vrai, dans un intérêt de parti qu’ils avaient parlé ainsi; mais leurs paroles n’en avaient pas moins dû émouvoir le peuple. Combien plus ne dut-il pas être ému de celles des mages, s’informant, comme si tout le monde devait être en état de leur répondre, du roi des Juifs qui était né! Hérode savait à quel point ce bruit, fondé ou non, correspondait aux croyances religieuses et aux espérances nationales des Juifs : il comprit le péril; nous allons voir ce qu'il se décida à faire pour le conjurer.
IL, 4. Kat ouvayayoy mévrag II, 4. Et ayant assemblé tous les Tods dpyrepeis Aa ypauparets archiprêtres etles $cribes du peu- Toù Axoû, éruvdvero mao” ad- ple, il s’informa d’eux où l’Oint Téy, Toù Ô Xpiorèc yevvätat. devait naître.
(1)... mooëksyov, be Hobôn pèv xararabseus dpyñs bnd Oeod édnpiouévns adté te xat yéver To dm’ adrou... (FL. Jos., Antiq. Jud., lib. XVIT, cap. n, $ 4.)