Leur enseignant à ΘΟΕ
tout ce que je vous ai commandé.
Et voici, je suis tous les jours avec vous jusqu'à l'accomplissment du siècle. Amen.
Jésus avait chargé les femmes d’annoncer sa ré surrection à ses frères, afin qu'ils se rendissent 68 Galilée, leur faisant dire qu’ils le verraient 1à. (XXNIIL 10.) Gette commission leur ayant été donnée pou
tous les disciples, elles s’en acquittèrent à la fois au
près des onze et auprès de tous les autres. (Lu, XXIV,9.)Ilimportait qu'ils fussent informés imméd tement du retour de leur maître à la vie; mais il π᾿ εὐ! pas été à propos qu'il se fit voir à tous à Jérusalem, parce que l'agitation qui en serait résultée aurait pu aisément, en irritant les pharisiens, provoquer (δ poursuites contre eux. Appartenant, pour la plupart, à la province où Jésus avait exercé le plus longtemps
(1) Αὐτῷ. Le Codex Sinaïticus et d'autres manuscrits dl
pas ce mot.
MATTHIEU, XXVIII, 16-20. 519 son ministère, ils y retourneront naturellement quand les jours des pains sans levain seront passés ; que ceux des autres portions du pays les y accompagnent; ce sera un exercice pour leur foi, et lorsqu'ils y seront arrivés, il se montrera à eux, et plus de cinq cents frères le verront en même temps. (1. Corinthiens, XV, 6.)
Cependant, s’il y avait des motifs pour renvoyer jusque- la grande joie qui leur était promise à tous indistinctement, il y en avait aussi pour établir sans retard la certitude de la résurrection du Seigneur. C'est pour cela que Jésus apparut, avant qu'ils ne partissent de Jérusalem, à Pierre (Luc, XXIV, 34; I. Corinthiens, XV, 5), à deux disciples sur le chemin d'Emmaüs (Marc, XVI, 12; Luc XXIV, 13-39), et deux fois aux apôtres réunis, leur offrant tous les moyens de s’assurer que c’était lui, et non un esprit, comme 118 l’avaient d’abord supposé. (Luc, XXIV, 36-43; Jean, XX, 19-29.) Ils en furent s1 bien convaincus que celui d’entre eux qui avait le plus douté, ayant obtenu la preuve qu’il désirait, finit par s’écrier : « Mon Seigneur et mon Dieu! » (Jean, XX, 26.)
Matthieu ne raconte rien de tout cele. Écrivant pour les Juifs au milieu desquels les choses qu'il rapporte s'étaient passées, 1] s'est borné à opposer l’un à l’autre le récit des femmes, confirmé, comme ils le savaient, par tant d’autres témoins de la résurrection de Jésus qui vivaient encore (I. Corinthiens, XV, 6), du nombre desquels 1] était lui-même, et le bruit répandu par les soldats : à eux de décider qui ils
voudront croire. Or, personne n’ignore qu'à parür du jour de la Pentecôte, où Pierre et les autres apütres rendirent publiquement témoignage que le Sant de Dieu était ressuscité des morts, des milliers de Juifs le crurent sur leur parole. (Actes, IT, 32,41, 41. Par cela même que Matthieu a recueilli 10] les ordres que ses compagnons et lui ont reçus de la bouche de Jésus ressuscité, il s’est rendu personnellement garant de sa résurrection. C’était assez; car quelle valeur les autres témoignages qu'il y eùût ajoutés, auralent-ils pu avoir pour ceux qui ne se seraient pas contentés de celui qu’il présente en son propre nom dans ce dernier récit de son Évangile ? |
Certains de l'avoir vu vivant dans la ville sainte et d'y avoir entendu de sa bouche des paroles qui les confirmaient dans l’apostolat (Jean XX, 21), les onze se rendirent, peu de jours après le 2{ de nisan, avec lequel finissait le temps pascal (Exode, XII, 18), er Galilée, sur la. montagne que Jésus leur avait indiquée, confiants en la promesse qu’il leur avait faite sur le chemin de Gethsémané, que quand il serait ressuscité, 1] s’y retrouverait avec eux comme un berger avec ses brebis momentanément dispersées. (ΧΧΥ͂Ϊ, 31, 32.)
À peine arrivés, de loin déjà ils crurent le voir et ils se prosternèrent, bien que quelques-uns d'eux doutassent encore que ce fût lui. Mais ils ne s’étuent pas trompés; Jésus s’approcha et leur parla; et quels discours que ceux qu’il leur fit entendre alors!
MATTHIEU, XXWVITI. 16-20. 521
115 l'avaient vu naguère, « sans forme ni éclat, « méprisé et le dernier des hommes, mené à la tue- « rie, et puis retranché de la terre des vivants, » comme l’avait dit le prophète. (Ésaïe, LIT, 2, 3, 7, 8.) Et maintenant, le voilà qui leur dit : « Toute puissance « m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. » Est-ce là le langage dont aurait pu se servir un fils de David ayant pour mission, comme ils continuaient à l’espérer, de « rétablir le royaume d'Israël » (Actes, I, 6); et d'ailleurs, ressuscite-t-on pour si peu? Qu'ils renoncent donc à cette folle pensée et aux mesquines ambitions qu’ils y ont associées! (Marc, IX, 34.) Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que les Juifs ont livré pour qu'il fût crucifié, et 1l veut le faire asseoir sur son propre trône. (Actes, I, 34-36.) « L’é- « levant souverainement » (Philippiens, 11, 9), « ἢ « le glorifiera auprès de lui-même, de la gloire qu’il « a eue auprès de lui avant que le monde füt fait. » (Jean, XVII, 5.) Et sur la terre, « il lui donnera la « seigneurie, et l'honneur, et le règne; et tous les « peuples et les nations de toutes langues le servi- « ront; sa domination sera une domination éternelle « qui ne passera point, et son règne ne sera point a détruit. » (Daniel, VIT, 14.)
Mais que sera ce règne? Par qui, et de quelle mauière sera-t-il établi? Jésus les en charge de nouveau solennellement, et par les termes qu’il emploie pour leur assigner cette tâche, il leur en fait connaître la nature : « Allez, et faites de toutes les nations des « disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils,
« et du Saint-Esprit; leur enseignant à garder tout « ce que je vous ai commandé. » Mission des apôtres, vocation des Gentils, conversion des pécheurs sur toute la face de la terre, fondation, progrès, perfectionnement de l’Église par la foi, l’obéissance et la sanctification, tout cela est dans οὐδ mots, et voilà ce que sera le règne du Christ.
On n’appartiendra à son royaume universel que a l’on devient disciple ; mais les disciples de toute nation en faront partie (1): « Prêchez l'Évangile à toute « créature; celui qui croira et qui sera baptisé sera « sauvé. » (Marc, XVI, 15, 16.) Toutefois il est nécessaire, pour qu'il le soit, que les dispositions dans lesquelles il reçoit le baptème répondent à sa signification. (L. Pierre, ILE, 21, 22.)
Le baptême de Jean était « le baptême de repen- « tance. » (Marc, 1, 4.) Le baptême des apôtres sera « le baptême de la régénération. » (Tite, IN, 5.) Il sera donné au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit, parce qu'inités à cette connaissance et participant au renouvellement qu'elle produit, ceux aux-
(4) « Ut pro omnium salute sum mortuus, ita nulla est natio gesα lium, quæ mei juris non sit, Vestræ partes erunt mihi vindicare, « quod in vobis est, omne hominum genos. Vindfcabifés antem « non armis bellove, sed iisdem rationibus quibus ega mibi 86 « hoc peperi, doctrina sacra, vita evangelio digna, benefñcenta « gratuita, tolerantia malorum. Îte igitur tanquam bonæ fidei le- « gati, ac me autore freti docete, primum quidem Jud&ees, ΒΙῸΣ « finitimos, deinde cunctas totius orbis nationes : docete quid de « me credere, quid ex me sperare debeant. Primum, ut agnoscani « Patrem cœlestem, etc. » (Enasuwus, 15 Evangeliwm Matihri Paraphrasis.)
MATTHIEU, XXVIH, 16-26. 929 quels il est destiné seront unis dans une communion mutuelle en ce saint nom qui leur appartiendra à tous, et duquel ils se réclameront tous, en tant que rappeant, quelque diverses que soient leurs origines, la qualité d'enfants de Dieu, de rachetés du Christ et d'hommes spirituels, qui les séparera du monde (1). Ce nom, parce qu’il y ἃ « un seul baptême » (Éphésiens, IV, 5), s’étendra par-dessus les noms désignant les nationalités de ceux qui auront embrassé l'Évangile, en sorte que, malgré leur dispersion sur la terre entière, tous ensemble 118 pourront dire : « Nous avons tous été baptisés dans un même esprit, « pour n'être qu'un seul corps. » (I. Corinthiens, XIE, 13.)
Baptiser dans une telle intention, c’est « lier sur « la terre ce qui sera lié dans le ciel » (XVIII, 18), où aussi, comme Jésus le dit, « toute puissance lui a « été donnée; » c’est préparer 161-088, par 18 foi et par une vie qui y corresponde, un peuple pour le royaume éternel. En effet, les apôtres du Seigneur n’ont pas mission seulement de publier les vérités qu’il a révélées, mais aussi d’enseigner la loi parfaite qu’il a proclamée, afin que leurs disciples la gardent, comme il leur avait commandé à eux-mêmes de l'observer.
D’autres, après eux, devront continuer leur œuvre;
(4) « Primum docent omnes gentes, deinde doctas iotingunt « aqua. Non enim potest fieri ut corpus baptismi recipiat sacra- « mentum, nisi ante anima fidei susceperit veritatem. » (Hiero- NTMUs, Commentar. in Evangelium Matthæi.)
en conséquence, Dieu suscitera jusqu'à la fin des temps de nouveaux apôtres, qui se consacreront, les uns après les autres, avec un zèle persistant, voulu de lui, à gagner de nouveaux disciples au Christ. C'est là ce qu’il avait promis en disant : « Et voici, « je suis tous les jours avec vous jusqu’à l’accom- « plissement du siècle. » Ils mourront; mais lui, il est ressuscité pour ne plus mourir. Continuellement présent par son Esprit, de même qu'il va être leur appui, de même il sera l'appui de leurs successeurs, les protégeant, les fortifiant, les éclairant, les dinigeant, leur communiquant toutes ses grâces pour s'acquitter de leur ministère et surmonter les obstacles qu’ils trouveront sur le chemin. Et eux, quelque faibles, quelque misérables, quelque indignes qu'ils se sentent, comptant sur la promesse, et y répondant par un amen plein de confiance, ils partiront, parce que le maître leur a dit : « Allez, » n’attendant l’accroissement promis que de la bénédiction de ce Dieu qui du grain de sénevé fait sortir un arbre, dans les branches duquel les oiseaux du ciel viendront s’abriter. (XIII, 32.)
Nous voici au terme de l’Évangile selon saint Matthieu. Le but que je me suis proposé dans cette étude aure été atteint, si j'ai réussi à montrer qu'il répond au dessein que je lui 81 attribué dans l'Introduction de cet Essai, celui d’opposer au vain espoir de la restauration de la royauté nationale entretenu par les Juifs, l’idée de ce royaume spirituel, ou,
MATTHIEU, XXVIII, 16-20. 52$ comme Jésus le nommait lui-même, de ce royaume des cieux ou de Dieu, que seul le Christ devait fonder, et qui devait se continuer après lui par l’apostolat (1).
Je n’ai pas à raconter ici quels ont été depuis lors les progrès du royaume du Christ dans le monde. C’est une histoire qui commence avec les travaux des apôtres et qui se prolonge jusqu’à nos jours. Déjà au second siècle, Tertullien pouvait nommer une muiltitude de peuples lesquels avaient accueilli l’Évangile (2), et si tous n’ont pas persévéré, chez combien d’autres ne fait-il pas aujourd'hui d'innombrables disciples |
Ua ancien, dans le désir d’expliquer par un noble motif l’ardeur extrême avec laquelle Alexandre pour-
(4) Essai d'Interprétation. Première partie, page 8.
(2) « In quem enim alium universæ gentes crediderunt nisi in « Cbristum, qui jam venit P » (TEATULLIANUS, 4dversus Judæos, cap. VII.) À Ja suite de cette question, Tertullien énumère les peuples qui ont cru; ce sont les Perses, les Mèdes, les Élamites, les habitants de la Mésopotamie, de l’Arménie, de la Phrygie, de la Cappadoce, du Pont, de la province d’Asie, de la Pamphylie, de l'Égypte, de l'Afrique, de Cyrène, de Rome, de Jérusalem, les Gé- (0165, comprenant des peuples divers, les Maures, les Espagnols, les Gaulois, les Bretons, les Sarmates, les Daces, les Germains, les Scythes, les peuples d'îles encore mal connues. De tous ceuxlà il dit : « [ἢ quibus omnibus locis Christi nomen, qui jam venit, a regnat. » Sa conclusion est, que le nom du Christ qui est venu, régnant ainsi dans le monde, il ne faut plus en attendre un autre, puisque nul que le Christ, Fils de Dieu, n'aurait pu acquérir un tel empire : « Quis enim omnibus gentibus regnare potuisset, nisi « Cbristus, Dei filius, qui omnibus in æternum regnalurus nun- « tiabaturP... Omnibus æqualis, omnibus rex, omnibus judex, « omnibus Deus et Dominus est. » (/béd.)
suivit ses conquêtes, a dit de lui qu’il a voulu par elles « unir ensemble les nations barbares et celles « de la Grèce, parcourir l’univers pour k civiliser, «et en pénétrant dans les terres les plus éloignées, « étendre la Macédoine jusqu’à l'Océan, semer pour « ainsi dire la Grèce dans toutes les parties du monde, « et y répandre avec elle la jastice et la paix (1). » S'il a vraiment eu cette pensée, il faut reconnaître que son entreprise a complétement échoué; mais n'est-elle pas, telle qu’elle est ici décrite, une image de celle accomplie au nom du Christ, depuis le jour de la Pentecôte, avec des armes qui n'étaient pas charnelles ? (I. Corinthiens, X, 4.) Je ne parle pas, on le comprend, des effets profonds de l'Évangile dans les âmes des vrais disciples; ils sont d’un autre ordre; je parle de son influence plus générale sur les peuples devenus chrétiens. Indépendamment de la religion qu'il leur a enseignée, il en a fait, par la morale découlant de cette religion qu’il leur a apprise, et par les liens dont il les a unis entre eux, une famille distincte dans le monde. Gette famille ne répond pas, il est vrai, dans son ensemble, au beau nom qu’elle porte; mais elle est placée dans des conditions qui lui permettent de regarder à Jésus, et tous ceux qui le font trouvent dans la contemplation du divin modèle qui leur est proposé, avec le sentiment de la distance incommensurable qui les en sépare, une excitation puissante à se conformer toujours plus
(4) PLuranoue, Premier discowrs sur la Fortune, ou la Ferk d'Alexandre.
MATTHIEU, XXVIL, 16-20. 527 à lui. Toutefois, il faut le dire bien haut, la chrétienté est autre chose que l'Église chrétienne, et ne pas reconnaître la différence qu’il y a entre elles, serait, de nos jours, une erreur aussi funeste que l'était, au temps de saint Matthieu, celle qu'il ἃ combattue, et qui consistait à confondre le royaume d'Israël avec le royaume de Dieu.