IV
Esprit; et comme rien ne nous autorise à penser que Matthieu ne s’y soit pas associé comme les autres, nous trouvons là le point de départ de son activité apostolique.
Trois mille personnes, tant Juifs que prosélytes, furent converties le jour de la Pentecôte. Ce fut le commencement de l’Église, et elle s’acerut de jour en jour, quoique, pour arrêter ses progrès, on eût mis en prison, d'abord Pierre et Jean, puis tous les apôtres, par ordre du sanhédrin. Des sacrificateurs mêmes arrivèrent à la foi. On accourait en foule des villes voisines à Jérusalem pour voir ce qui s’y passait, et comment les apôtres, quand ils eurent été rendus à la liberté, continuaient tous les jours à enseigner, annonçant dans le temple et de maison en maison que Jésus était le Christ. La prédication réclamant aimsi tout leur temps, 118 demandèrent que sept diacres leur fussent adjoints pour vaquer, parmi les disciples qui se multipliaient, aux offices de la charité. L'un d’eux fut cet Étienne que les Juifs lapidèrent, et dont la mort devint le signal d’une si grande persécution contre l’Église de Jérusalem que tous ceux qui en faisaient partie furent dispersés par les quartiers de la Judée et de la Samarie; mais, partout où 118 allaient, 115 annonçaient la parole de Dieu. Le diacre Philippe prêcha Christ à Samarie, et 1] le fit avec tant de succès que les apôtres, demeurés dans la ville sainte, en ayant été informés, envoyèrent Pierre et Jear pour lui venir en aide. Ils pourvurent avec le même zèle aux besoins qui se mani-
ET SON ÉVANGILE. 531 festèrent ailleurs, et ils devinrent ainsi les fondateurs de ces « Églises de Judée » (Galates, I, 22), croyant au Seigneur, dont saint Paul disait aux Thessaloniciens, qu'ils s'étaient rendus leurs imitateurs, « en « souffrant, de la part de leur propre nation, les mé- « mes choses qu’elles de la part des Juifs.» (1. Thessaloniciens, I, 14.) Lorsque la paix leur eut été rendue dans tout le pays, Pierre les visita toutes, et il put s’assurer de leur affermissement, de leur fidélité et de leur accroissement par le recours au Saint-Esprit.
C’est pendant que Pierre était dans ce but à Lydde, qu'il eut la vision qui lui permit de se rendre à Césarée, pour répondre à l’appel du centenier Corneille, et d’annoncer aux Gentils réunis chez lui qu’en toute nation quiconque croit en Jésus retoit la rémission des péchés en son nom, et après que le Saint-Esprit fut descendu sur eux, de commander qu'on les baptisât au nom du Seigneur. L’évangélisation des Gentils commença de cette manière, et ce n’est qu'après que la conduite de Pierre, d’abord blâmée par les croyants circoncis, eut été approuvée par eux, tellement qu’ils glorifièrent Dieu de ce qu'il donnait aux Gentils mêmes la repentance, afin qu’ils eussent la vie, que les apôtres et les frères de Judée, se souvenant que le champ c’est le monde, purent songer à sortir de leur patrie, suivant l’ordre de leur maître, pour « instruire toutes les nations, les baptisant au nom du « Père, du Fils et du Saint-Esprit. » (XXVIIE, 19.)
La tradition n’assigne aucune date précise à leur dispersion, avant laquelle ils devaient annoncer le
royaume de Dieu dans leur propre pays, malgré ls persécution qu'ils y rencontreraient (X, 23); mais elle rapporte, et nous avons pour cela un double témoignage, que le Seigneur a dit aux apôtres « de « ne pas partir avant douze ans de Jérusalem ({), » ou, suivant une autre version : « Au bout de doux « ans, allez-vous-en dans le monde, afin que per « sonne ne dise : Nous n'avons pas entendu (2). » Peu importe que ces paroles aient été prononcés par Jésus ou qu’elles ne l’aient pas été; si, comme cela est probable, elles ne lui ont été attribuées qu'après l’événement, on a dû prendre soin de les faire concorder avec lui, en sorte que leur invention même, alors qu'il était déjà arrivé, nous est une grantie de sa vraie date. La douzième année, en comp tant les années depuis la passion du Seigneur en l’an 29 de notre ère, finit en l’an 41, qui est la première année de Claude. Il se peut que Pierre ait ét prêcher alors aux Juifs répandus dans le Pont, dansk Galatie, dans la Bithynie, dans la Cappadoce et dans l'Asie, auxquels il adressa plus tard sa première
(1) Eusèbe cite ces paroles attribuées à Jésus d'après Apolenius, qui dit les avoir apprises par tradition : Ἔτι δὲ ὡς à παραδόσεως τὸν σωτῆρα φησὶ προστεταχέναι τοῖς αὐτοῦ dxordλοις, ἐπὶ δώδεχα ἔτεσι μὴ χωρισθῆναι τῆς Ἱερουσαλήμ. (Evsn, Hist. Eccl., lib. V, c. 48.)
(2) « Eadem traditio continebatur in Petri prædicatione, libro a quidem apocrypho, sed valde antiquo. Ex eo enim Clemess « Alexandriaus, Sérom., lib. VI, refert Dominum dixisse Apos- « tolis : ... Μετὰ δώδεχα ἔτη ἐξέλθετε εἰς τὸν χόσμον, μή, τί; « εἴπῃ, οὐχ ἠχούσαμεν. » (ΡΕΛΈΒΟΝ, Lection. in Acta Apost. page 62.)
ET SON ÉVANGILE. 533 épitre (I. Pierre, I, 1), et que d’autres apôtres soient partis en ce même temps pour d’autres contrées ; mais nous retrouvons ensuite Pierre à Jérusalem, peu avant la mort d'Hérode-Agrippa en l’an 44, quand ce roi, qui venait de faire mourir Jacques, frère de Jean, par l'épée, le fit aussi arrêter pour être agréable aux Juifs. Il y était donc revenu. Lorsqu'il eut été délivré de prison par un ange, il n’aurait pu y demeurer sans courir risque de retomber en ses mains ; aussi lisons-nous dans les Actes « qu’il s’en alla en « un autre lieu. » (XII, 17.) Que fit-il entre ce moment-là et celui où, de retour dans la ville qui tue les prophètes, il s'y rencontra, longtemps après, avec Paul et Barnabas (XV, 2, 7), qui, dans l'intervalle, avaient accompli à Chypre, en Pamphylie, en Pisidie et en Lycaonie la mission que le Saint-Esprit leur avait confiée, et avaient fait ensuite un long séjour à Antioche ? (XIII et XIV.)
Pierre, selon toutes les probabilités, passa une grande partie de ce temps-là à Rome, où il! se rendit pendant le règne de Claude, suivant Eusèbe (1), et où il me semble impossible, par les raisons que je vais dire, qu'il soit allé auparavant.
On se souvient que Claude, à ce que Suétone rapporte, « chassa les Juifs da Rome, parce qu'il y avait « constamment, excités qu’ils étaient par Chrestus, « du tumulte parmi eux (2). » Suétone ne nous ap-
(4) Evses., Hist. Becl., lib. If, c. 44 et 45.
(2) « Judæos, impuilsore Cbresto assidue tumultuentes, Roma
« expulit. » (Sugron., Claudius, XXVW.)
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prend pas à quelle époque cette expulsion des Juifs de Rome eut lieu. On ne peut pas davantage en connaître la date par ce qui en est dit dans les Actes : « Paul, « étant allé à Corinthe, y trouva un Juif, nommé « Aquilas, originaire du Pont, récemment venu « d'Italie avec Priscille sa femme, à cause de l’ordre « donné par Claude à tous les Juifs de sortir de « Rome. » (Actes, XVIII, I, 2.) L’interdiction de séjour ne s'étendant pas au reste de l'Italie, Aquilas et Priscille ont pu s’y établir quelque part, avant d'en partir définitivement, à cause du mauvais vouloir que l’édit de Claude avait dû provoquer dans tout le pays contre les Juifs. Et puis, il n’est pas dit de combien de temps l’établissement d’Aquilas à Corinthe avait précédé l’arrivée de Paul dans cette ville. Voyons donc si nous pourrons nous renseigner mieux ailleurs.
Tacite, qui a parlé, ainsi que Suétone, des rigueurs exercées au temps de Tibère contre les adhérents du judaïsme (1), ne fait, il est vrai, aucune mention de cet édit de Claude dansses Annales ; mais comme il est
(4) « Actum et de sacris ægyptiis judaicisque pellendis : factun- « que patrum consultum ut quatuor millia libertini generis, ea « superstitioue infecta, quis idonea ætas, in insulam Sardiniam a veherentur coercendis illic latrociniis; et, si ob gravitatem «εξ « interissent, vile damnum : ceteri cederent Italia, nisi certam « ante diem profanos ritus exuissent. » (Tacrr., 4nnal., lib. IE, c. 85.) — « Judæorum juventutem per speciem sacramenti in pro- « vincias gravioris cœli distribuit : reliquos gentis ejusdem, vel α similia sectantes, Urbe summovit, sub pœna perpetuæ servitubs, «a nisi obtemperassent. » (Sugron., Tiberius, XXXVE.) — Voir aussi Fc. Jos., Ant. Jud., lib. XX, c. 1, ὃ 3.
ET SON ÉVANGILE. 535 évident qu'il n’a pu se taire sur une mesure aussi importante, son silence même, dans ce que nous possédons des Annales, peut nous aider à en découvrir la date. Claude obtint l’empire en l’an 41 ; mais pous ne connaissons par Tacite l’histoire de son règne qu'à partir de l’an 47, les livres VII à X et le commencement du livre XI, qui contenaient les années 38 à 46, étant perdus. La fin du livre XI et le livre XII comprennent les huit dernières années de Claude : et puisqu'il n’y est pas question de l’expulsion des Juifs de Rome, c’est preuve, je pense, qu’elle a eu lieu en l’une des six premières années de ce prince.
Une fois ainsi sur la voie, d’autres informations peuvént nous venir en aide. Quoiqu'on eût chassé les Juifs sous Tibère, Dion Cassius nous apprend qu'il y en avait un si grand nombre à Rome en la première année de Claude, qu’on n’aurait pu, à cause de cela même, les en renvoyer sans provoquer du trouble. On ne les bannit donc pas alors ; mais on défendit à ceux qui voulaient observer la loi de leurs pères de se réunir, ce qui signifie sans doute qu’on ferma leurs synagogues (1). Le tumulte dont parle Suétone, et qui eut lieu à l’instigation de Chrestus, dut provenir en partie de là; peut-être aussi Chrestus, imitant ceux qui avaient autrefois protesté en Galilée contre
(4) Τούς τε Ἰουδαίους, πλεονάσαντας αὖθις, ὥστε χαλεπῶς ἂν ἄνευ ταραχῆς, ὑπὸ τοῦ ὄχλου σφῶν, τῆς πόλεως εἰρχθῆναι, οὐκ ἐξήλασε μὲν, τῷ δὲ δὴ πατρίῳ νόμῳ βίῳ χρωμένους ἐχέλευσε μὴ συναθροίζεσθαι. (Dio Cass., lib. LX, c. 6.)
le payement du cens (Matthieu XXII, 17), détournait-il les Juifs de Rome de le payer. Comme Suétone dit que ces agitations se renouvelaient constamment, on est obligé de leur attribuer une certaine durée. Si elles ont commencé en #1, l’expulsion des Juifs, mesure extrême qu'on aurait voulu, paraît-il, ne pas prendre, n’a pu être résolue et accomplie qu’un où deux ans après, en 42 ou en 45.
Elle a dû nécessairement être antérieure à l’an 44, où mourut Hérode-Agrippa ; car la Judée étant redevenue province romaine après sa mort, Claude, à partir de ce moment, changea de politique à Pégard des Juifs et chercha à se les concilier par la doueeur. C’est alors qu'il adressa à la nation juive la lettre bienveillante et habile reeueillie par Josèphe, où il dit « qu’il croit juste de permettre à chacun de vivre e dans la religion de son pays (1). » C’était renoncer
à leur interdire de se réunir pour la pratiquer, ainsi
. qu’il l'avait fait auparavant; et après avoir écrit cette
lettre, il n’a pu tarder à rouvrir aux Juifs les portes de Rome.
Ceux qui en avarent été bannis n’y revinrent sans douts pas tous, et il fallut du temps à ceux qu'y retournèrent pour lever les établissements qu'is avaient formés en d’autres villes. Pierre, qui avai dû s’en aller de Jérusalem et qui apprit, bientôt après sa fuite, dans le lieu où il s’était retiré, d’abord l’horrible fin de son persécuteur, puis la révocation de
(4) FL. Jos., Ant. Jud., lib. XX, 6. 5, 8 3.
ET 8ON ÉVANGILE. | 597 l’édit, y arriva probablement l’un des premiers. Il ne devait, par conséquent, y avoir que fort peu de Juifs à Rome lorsqu'il y vint. Il importe de le remarquer ; car ce fait nous en fera comprendre d’autres.
Si je me suis appliqué à suivre Pierre jusque-là pas à pas, c’est qu'Irénée, comme j'aurai à le montrer, fait eoincider avec son séjour à Rome le commeneement de l’apostolat de Matthieu hors de son pays. Maintenant que nous connaissons l’époque de ce séjour, nous pourrons plus facilement résoudre: les questions relatives à Matthieu lui-même.
Ainsi que ses collègues dans l’apostohat, il exerça son ministère dans sa patrie, avant d'en sortir. Peutêtre n’en est-il parti qu'après eux. En effet, quand il vit approcher le moment de se rendre chez les nations étrangères, il comprit combien il serait utile de laisser par écrit, en leur propre langue, aux Églises de la Judée tout ce qui, dans la vie et dans les discours de Jésus, avait servi de base à sa prédication, afin que « son Évangile, tenant lieu de sa présence à « ceux dont il devait se séparer, » leur rappelät ce qu’il ne pourrait plus leur annoncer (1). Gette tâche qu'il se donna a pu retarder quelque peu son départ.
Quoi qu’il en soit à cet égard, lorsque Matthieu s’en fut allé, chacun dut suppléer aussi bien qu'il le
(4) Ματθαῖος πρότερον ‘Efpaioxs πηρύξας, ὡς ἔμελλε χαὶ ἐφ᾽ ἑτέρους ἰόναι, πατρίῳ γὙλώντῃ παραδοὺς τὸ «ar αὐτὸν εὐαγγέλιον, τὸ λεῦῖκον τῇ αὐτοῦ παρουσία, τούτοις ἀφ’ ὧν ἐστέλλετο, διὰ τῆς γραφῇς ἀπεπλήρου. (ἔσ5ε8Β., Hist. Eccl., lib. IN, c. 24.)
put à son enseignement, en expliquant ce que le Seigneur avait révélé, selon qu’il en était capable, Papias, sur les paroles duquel j'aurai à revenir, raconte qu'il en fut effectivement ainsi (1).
Mais ce premier Évangile fut bien vite altéré dans les copies qu'on en fit. Les uns y ajoutèrent leurs souvenirs personnels ou, avec plus ou moins d’exatitude, ce qu'ils avaient entendu raconter. D’autres, ensuite, se permirent ΟὟ faire des changements et des retranchements pour le faire accorder avec les doctrines des sectes qui s'étaient formées au sein des Églises de la Judée. Telle paraît avoir été l’origine des premiers Évangiles apocryphes, aujourd’hui perdus, contrefaçons de celui de Matthieu, autant qu'on en peut juger par les citations qu’on en trouve chez quelques anciens auteurs (2). Ils ont disparu avec les sectes qui s’en servaient.
Quant au véritable Évangile hébreu de Matthieu, après avoir été répandu hors de la Palestine, parmi les Juifs, par cet apôtre et par quelques-uns de ses compagnons d'œuvre, ayant été de très-bonne heure traduit en grec, on ne sait par qui (3), peut-être par
(4) Περὶ δὲ τοῦ Ματθαίου ταῦτ᾽ εἴρηται. Ματθαῖος μὲν οὖν ἑδραΐδι διαλέχτῳ τὰ λόγια συνεγράψατο" ἡρμήνευσε δ᾽ αὐτὰ ὡς ἦ" δυνατὸς ἔχαστος. (Euses., Hist. Eccl., lib. ILL, c. 39.)
(2) Voir De Wearre, Lehrbuch der historisch-kritischen Κα leilung in die kanonischen Bûcher des N. T.— Alle Unkano nische Evangelien. $$ 63-74.
(3) « Matthæns.… primus in Judæa, propter eos qui ex circs- « cisione crediderant, evangelium Christi bebraicis litteris verbis- « que composult : quod quis postea in græcum transtulerit, ποῦ « satis certum est. » (Hignonrmus, De viris illustribus, c. 3.)
Matthieu lui-même, il finit par être de nul usage dans son texte original, lorsque les Hébreux convertis ne constituèrent plus que la minorité des Églises composées de Juifs et de Gentils. Il ne fut dès lors qu’un objet de curiosité, conservé, à cause de sa rareté, dans un petit nombre de bibliothèques (1), et il n’en existe plus aujourd’hui un seul exemplaire. Mais, avant cela, il avait été, à cause de la langue dans laquelle il était écrit, un puissant moyen de propagande au milieu des nombreux Juifs établis en Asie et dans les contrées de l’Afrique voisines de l'Égypte. Barthélemi l’emporta avec lui dans l’Inde (2), lorsqu'il y alla prêcher, et Matthieu ne cessa, après avoir quitté la Judée, de le répandre pendant beaucoup d'années en Éthiopie (3); deux noms, sous lesquels on comprenait divers pays dans l'antiquité, dont la significalion géographique a été plus ou moins étendue selon les temps, et qu’on doit prendre ici dans le sens restreint qu'ils ont chez Strabon et chez Pline. Ge long apostolat de Matthieu et la priorité de son Évangile sont affirmés par Irénée dans un passage qu’il faut avoir tout entier sous les yeux pour le bien comprendre, tandis qu’on a coutume de le morceler dans les manuels, ne citant, à propos de chacun de
(4) « Porro ipsum hebraicum habetur usque hodie in Cæsariensi a bibliotheca, quam Pamphilus Martyr studiosissime confecit. Mihi «a quaque ἃ Nazaræis, qui in Bercœa, urbe Syriæ, hoc volumine « utuntur, describendi facultas fuit. » (HirRoNYMUS, De viris illustribus, c. 3.)
(a) ... εἰς ’Ivêodc. (Eusne., Hist. Eccl., lib. V, c. 40.)
(3) Ror., lib. X, ὁ. 9. — Socnar., Hist. Eccl., lib. I, c. 49.
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nos quatre Évangiles, que les mots qui s’y rapportent, ce qui empêche absolument de voir avec quelle précision Irénée assigne à chacun d'eux son rang (i). Voici comment il s’exprime : « Matthieu répandit « au dehors parmi les Hébreux, en leur propre « langue, un écrit de l'Évangile pendant que Pierre « et Paul évangélisaient à Rome et y fondaient « l'Église. Après le départ de ceux-ci, Mare, le ὧν « ciple et l’interprète de Pierre, nous a aussi donné « par écrit ce que Pierre avait prêché, et Luc, le com- « pagnon de Paul, a recueilli l'Évangile prêché par « Jui dans un livre. Ensuite Jean, le disciple du Ser- « gneur, celui qui se pencha sur son sein, publis « aussi l'Évangile, pendant qu’il demeurait en Asie « à Éphèse (2). »
De quel secours l'Évangile écrit par Matthieu en vue des Hébreux de la Palestine ne dut-il pas lui être au milieu de ceux du dehors, chez lesquels il avait à dissiper les mêmes illusions que chez les premiers,
(4) Voir en particulier De Werrs, Lehrbuch. Le court passast d'Irénée qui va suivre, y est divisé en cinq fragments, qu'on trouve aux pages 467, 469, 172, 475 et 488 de l'édition de Beris 4842, et qu'il faut réunir pour avoir le texte complet.
(2) Ὁ μὲν δὴ Ματθαῖος ἐν τοῖς Ἑδραίοις τῇ ἰδίᾳ αὐτῶν δ: λέχτῳ χαὶ γραφὴν ἐξήνεγχεν εὐαγγελίου, τοῦ Πέτρου χαὶ τῶ Παύλου ἐν Ῥώμῃ εὐαγγελιζομένων χαὶ θεμελιούντων τὴν ἐκκλησίαν. Μετὰ δὲ τὴν τούτων ἔξοδον Μάρχος ὃ μαθητὴς nat ξρμηνευτῆς Πέτρου χαὶ αὐτὸς τὰ ὑπὸ Πέτρου χηρυσσόμενα ἐγγράφως fun καραδέδωχε, χαὶ Λουκᾶς δὰ ὁ ἀκόλουθος Παύλου τὸ ὑπ᾽ ἐχείνα κηρυσσόμενον εὐαγγέλιον ἐν βιόδλίῳ κατέθετο. Ἔπειτα Ἰωάννης ὃ μαθητὴς τοῦ Κυρίου, ὃ χαὶ ἐπὶ στῆθος αὐτοῦ ἀναπεσών, καὶ αὐτὸς ἐξέδωχε τὸ εὐαγγέλιον, ἐν Ἐφέσῳ τῆς ᾿Ασίας διατρίξων. (Ines. Ado. hær., ΠΠ,1...-- Evoses., Hist, Ecel., lib. V, c. 8.)
ET SON EVANGILE. bii lorsqu'il alla exercer son ministère au milieu d'eux! L’ayant emporté avec lui dans ce but, quand il partit, un peu avant que Pierre ne se soit rendu à Rome, probablement en 44, comme nous l'avons vu, 1] continuait encore à le propager dans leurs rangs pendant le séjour de deux ans que Paul fit à son tour dans cette ville, de l’an 61 à l’an 63. Durant tout son apostolat entre ces deux époques, il eut son Évangile pour auxiliaire, tandis que Pierre et Paul, ea évangélisant l’un après l’autre à Rome et en y travaillant dans des milieux différents à la fondation de l’Église, n’avaient point d'Évangile qui correspondit à leur prédication. Irénée vient de nous apprendre, en effet, que l'Évangile de Marc n’a été écrit qu’après que Pierre eut quitté Rome, que la rédaction de celui de Luc est postérieure au départ de Paul, et que c’est après cela seulement que Jean écrivit le sien.
Exammons de plus près ce qu’il rapporte de l’origine de l'Évangile de Marc : « Marc, dit-il, le disciple « et l'interprète de Pierre, nous a donné par écrit ce « que Pierre avait prêché. » Je crois avoir établi que Pierre a dû arriver à Rome trop peu de temps après Ja révocation de l'édit d'expulsion rendu contre les Juifs par Claude, pour que beaucoup d’entre eux aient déjà pu y être revenus. Sa prédication s’y adressait donc presque exclusivement à des Gentils. Elle a dû, par conséquent, y avoir un tout autre caractère que celui qu’elle avait eu en Judée où Pierre
n'avait que des Juifs pour auditeurs. Alors «€ la « charge de prêcher l'Évangile aux circoncis lui était « confiée » (Galates, Π, 7): mais il fallait maintenant, comme autrefois à Césarée, « que les Gentils l’en- « tendissent par sa bouche. » (Actes, XV, 7.)
Qu'il parlât à des Romains ou à des Juifs, le cadre de sa prédication était nécessairement toujours le même, puisqu'elle devait toujours avoir la vie, l’enseignement et la mort du Seigneur pour objet; maisil est évident qu’en parlant à des Romains, il n’était appelé à combattre ni les préjugés de ses compatriotes ni l'hypocrisie des pharisiens. Il n’a donc dû faire que peu d'usage des discours de Jésus ayant ce but, que Matthieu a recueillis. Marc n’a pu manquer d’en être frappé, quand, cédant aux prières instantes que lui firent ceux de Rome qui avaient entendu Pierre, de leur laisser un souvenir écrit de sa prédication (4), ἢ examina, dans le dessein de répondre à leur désir, les notes qu’il avait prises. Il rédigea en conséquence son Évangile en vue des Gentils auxquels Pierre avait annoncé le salut, et plus on examinera cet Évangile de près, plus on reconnaîtra que c’esth ce qu’il a voulu faire (2).
Je pense qu’il avait l'Évangile grec de Matthieu sous les yeux, lorsqu'il se mit à l’œuvre. On ne pour-
(4) Evses., Hisi. Eccl., lib. Il, c. 45.
(2) H.-A.-W. Meyer en ἃ donné sommairement les preuves dans une page dont voici la conclusion : « Zunæchst solche Leser « (Heidenchristen) hatte Mark im Auge. » (Xritisch exegetisches Handbuch über die Evangelien des Markus und Lukas. Einleitung, ὃ 3.)
ET SON ÉVANGILE. δὲ8 rait guère s’expliquer autrement l'emploi fréquent des mêmes mots et les ressemblances de style dans les sections qui leur sont communes. Le Matthieu grec devait certainement exister déjà; car si l'Évangile hébreu pouvait servir aux Juifs de l’Éthiopie et de l'Inde qui avaient conservé l’usage de leur langue, il n’aurait pas été compris par ceux qui habitaient l'Égypte et dont le nombre s’élevait à un million au temps d’Auguste. Ils parlaient grec et lisaient l'Ancien Testament dans la version des Septante. C’est sans doute pour eux que l’Évangile grec de Matthieu a été si vite publié, et peut-être est-ce parce qu'ils étaient accoutumés à celte version que les citations des prophètes dans le premier Évangile lui sont souvent empruntées.
Marc en a conservé le cadre et tout ce qui était en harmonie avec la prédication de Pierre, en le resserrant quelquefois ; mais il en a retranché les fragments dont Pierre ne pouvait pas avoir eu l'emploi en présence d’un auditoire comme le sien. De là les ressemblances et les différences principales entre les deux Évangiles. D’autres proviennent du soin pris par Marc d'insérer à leur place des détails et des mots que Matthieu n’avait pas donnés, et qu’il avait recueillis lui-même de la bouche de Pierre. Voici, au reste, suivant le presbytre Jean, disciple du Seigneur, comment les choses se sont passées : « Marc, « étant devenu l’interprète de Pierre, écrivit avec « soin, mais sans ordre, tout ce qu’il se rappela avoir « été dit ou fait par Jésus; car il n’avait pas entendu
δὲ L'APOSTOLAT DE MATYTHIEU
« le Seigneur et il ne l’avait pas suivi ; maïs plus tard à « accompagna Pierre, lequel donnait ses iastructions « selon les besoins, et nos en suivant l’ordre des « discours du Seigneur, en sorte que Marc n’est pas « en faute pour en avoir de la même manière éerit « quelques-uns de mémoire; car il n’avait souci que « d’une chose : ne rien oublier de ce qu’il avait en- « tendu et ne se tromper en rien (1). » Matthieu ayant souvent classé ses matériaux d’après les sujets, Marc ne pouvait pas toujours s’aider de son Évangile pour mettre dans le sien chaque chose à sa vraie place quant au temps. Mais cela importe peu. L'Évangile de Marc n’en répondit pas moins aux besains des Romains, et quand Pierre, qui les avait quittés, eut été informé « par une révélation du Saint-Esprit, » dit Eusèbe, et de leur pieux désir, et de la manière dont il y avait été satisfait, il se réjouit de leur zèle et il approuva le livre de son fidèle interprète, pour qu’il füt lu dans les Églises (2).
Il y avait certainement des disciples parmi les Juifs expulsés de Rome par l’édit de Claude, puisque des
(4) Kai τοῦθ᾽ ὃ πρεσδύτερος (Jobannes) ἔλεγε" Μάρχος μὲν ÉPUNVEUTRS Πέτρου γενόμενος, ὅσα ἐμνημόνευσεν, ἀχριξῶς ἔγραψεν οὗ μέντοι τάξει τὰ ὑπὸ τοῦ Χριστοῦ ἢ λεχθέντα à πραχθέντα" οὔτε γὰρ ἤχουσε τοῦ χυρίου, οὔτε παρηχολούθησεν αὐτῷ, ὕστερον δὲ, ὡς ἔφην, Πέτρῳ, ὃς πρὸς τὰς χρείας ἐποιεῖτο τὰς διδασκαλίας, ἄλλ᾽ οὐχ ὥσπερ σύνταξιν τῶν χυριαχῶν ποιούμενος λόγων. Ὥστε οὐδὲν ἥμαρτε Μάρχος οὕτως ἔνια γράψας ὡς ἀπεμνημόνευσεν. Ἑνὸς γὰρ ἐποιήσατο πρόνοιαν, τοῦ μηδὲν ὧν ἤχουσε παραλιξεῖν, ἢ ψεύσασθαί τι ἐν αὐτοῖς. (Euses., Hist. Eccl., lib. III, 6. 39.)
(2) Ευβεβ., Hist. Eccl., lib. II, c. 45.
ET SON ÉVANGILE. 545 Juifs venus de cette ville se trouvaient à Jérusalem le jour de la Pentecôte. (Actes, IT, 10.) Il est possible aussi, quoique cela ne soit pas dit expressément, qu’Aquilas et Priscille y demeurassent alors. (Actes, XVIII, 2.) Is n'avaient pu, pour la plupart, y retourner encore, lors de l’arrivée de Pierre. En l’absence des Juifs, on l'a vu, il ne put recruter les premiers membres de l'Église qu’il y fonda que parmi les Gentils. Mais quand la lettre de Claude à la nation juive et à ses magistrats, écrite après la mort d’'Hérode Agrippa, les eut décidés à y retourner, les disciples aussi durent y revenir, et d’autres, en plus grand nombre, avec eux. Aquilas et Priscille, qui avaient travaillé avec Paul pour Jésus-Christ et exposé leur vie pour la sienne, divers compagnons d’œuvre de cet apôtre, des amis qui lui étaient très-chers, des parents même, dont plusieurs avaient cru avant lui, en étaient; nous 16 savons positivement. (Romains, XVI, 1-15.) Des Juifs convertis se trouvèrent donc dès lors mélés aux Gentils convertis dans l’Église de Rome, et là, comme à peu près partout, 1] en résulta des divisions (verset 17), provenant surtout de Ja supériorité que les premiers s’attribuaient sur les seconds, et que Paul s’appliqua à calmer dans une lettre où il reconnaît hautement les prérogatives du Juif, mais où il montre en même temps quelle est, sans égard à leur origine, l'égalité entre tous ceux qui arrivent à la foi. (II, 1,2; 28, 29.) Dans cette même épitre, se souvenant sans doute des souffrances
que la turbulence de ses compatriotes et leur refus IY. 30
de se conformer aux lois de l’Empire avaient attirées sur eux, Paul exhorte les , disciples d'entre eux à Rome à y étre soumis aux puissances, à payer les impôts et le cens, et à rendre honneur à qui cela .est dû. (ΧΙ, 1-7.)
Très-préoccupé de ce qui les concernait, il avait un grand désir de les aller voir, et il en avait depuis plusieurs années formé le dessein (, 13; XV, 22. 24); mais 11 ne put jamais l’exécuter avant d'y être conduit pour comparaître devant César. Il est certain,
d’après le dernier chapitre des Actes, que les principaux des Juifs alors établis à Rome étaient demeurés jusque-là sans relation aucune ayec l'Église de cette ville. Ils ne savaient même rien de Paul, mais seulement qu’on s’opposait partout à cette secte (Actes, ΧΧΥΠΙ, 17, 21, 22), en sorte que Paul commença parmi eux une œuvre, tout à fait distincte de celle dé Pierre (versets 23-27), qu’il étendit ensuite aux Gentils et qu'il poursuivit pendant deux aps, préchant le règne de Dieu, enseignant ce qui regarde le Seigneur Jésus-Christ, et conCourant ainsi largement, lui aussi, ἃ Rome, comme le dit Irénée, à la fondation de l'Église. |
Après son départ, Lue, qui s’y trouvait avec lui et qui l'avait aidé dans ses travaux, ainsi que cela résulte d’épitres de Paul qu’ on a eu raison de regarder comme écrites de Rome (Colossiens, IV, 14; Philémon, 24), « recueillit l'Évangile préché par lui dans ç un livre. » Il nous a appris lui-même avec quelle exactitude, avant d'écrire, il s’est informé de tout
ET SON ÉVANGILE. 547 dépuia le. commencement. (Luc; I, 8.) Irénée nous: apprend.que par: sa tendance et: par le souffle: qui l'anime, son Évangile: correspond à li-prédieation de Paul. Composé après oeax de Matthieu et de Mare, il appartient à. une époque plus avancée, où le:christianisme avait fait déjà de grands progrès et où les: questions se: posaient, en conséquence, autrement parmi les-croyantsi. Ge qui le distingue, ce n’est donc: pas seulement de contenir plus de 'faits et des faits plus exactement. classés; c'est aussi de porter le cachet de son temps'et celui:de l’âpôtre ‘dont Luc avait été le compagnon à Rome:
Si l’on‘:a bien voulu me:suivre jusqu'ici, on ἃ pus'assurer que, sauf pour quelques circonstances accessoires,tout, dans cet exposé des faits relatifs à l’origine de nostrois premiers Évangiles, se rattache au texte: d’Irénée que J'ai cité, et que mes autres autorités, Papias:et 16 presbytre Jéan, sont ‘encore plüs anciennes que:lui. Leurs témoignages, tels que: je lés ai: produits, s’appuient les uns lés autres et se concilient parfaitement entre eux: Et cependant on 'a' rejeté le: premier et on.a tiré les plus étranges déductions ‘des deux derniers. Je vais, en commençant‘par Irénée, dire d’où cela vient.
Préoccupé comme on l'était de :savoir .quand.Matthieu a écrit son Évangile, on s’est persuadé aisément que c’est là ce que ce Père a voulu nous apprendre. dans le passage: où j'ai.vu tout autre chose; et:cela admis, on s’est demandé comment il a pu, aïnsi qu'on
le comprenait, placer cette rédaction au temps où Pierre et Paul étaient ensemble à Rome, alors qu'il est certain que Paul y est venu pour la première fois et sans Pierre en 61 sous Néron, et qu'il ne l’est pas moins que tous les autres Pères et tous les anciens historiens ecclésiastiques s'accordent à dire que l'Évangile de Matthieu a été écrit le premier, ainsi avant celui de Marc, publié sous Claude suivant eux. C'était assurément avoir assez embrouillé le texte en en faussant le sens dès l'entrée; mais on ne s’en est pas contenté, et là où Irénée dit que Marc a composé son Évangile après le départ de Pierre de Rome, et Luc le sien après le départ de Paul [μετὰ τὴν τούτων ἔξοδον), on a traduit que c’est après leur mort à tous deux (1). Il fallait s’en prendre à soi-même de la confusion plus grande encore qui en résultait ; mais ne s’apercevant pas qu’on en était l’auteur, on ἃ prétendu au dix-septième siècle, « qu'il y «ἃ faute en cet endroit dans le texte d’Irénée, » puisqu'il faudrait autrement abandonner tous les autres auteurs (2); et de nos jours, « que l'asseration d'Irénée repose sur une donnée trop con- « testable pour être prise en sérieuse considéra- « tion (3). »
(4) « Post horum vero interitum.…. » (VaLesius.) — « Excessum « non e vita, sed ex urbe Roma hic intelligendum esse patet.… » (GraBivs, in Aunc Irenæi locum.).
(2) Le ΝΑΙΝ pe TizzxMonT, Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique, 1693. Tome Ier, page 653.
(3) Révize, Études critiques sur l'Évangile selon saint Mat dhieu. Leyde, 1864. Page 444.
Mais non, Irénée n’a pas dit « que Matthieu écri-
« vit son Évangile lorsque Pierre et Paul prêchaient « tous deux à Rome, » ainsi que l’a compris le dernier critique que je viens de citer (1). Il a dit que Matthieu l’a « répandu au dehors, » par où j'entends qu'il l’a propagé, mis en circulation, «a parmi les « Hébreux en leur propre langue ; » et nous avons vu que c’est là ce qu’il a fait d’abord chez ceux de la Palestine, ensuite chez ceux de l’Éthiopie. Écrire un Évangile est une œuvre qu’on ne peut rattacher qu'à une époque assez courte, parce qu’elle arrive nécessairement assez vite à sa fin; mais le répandre suppose une activité prolongée, et peut-être celle de Matthieu dans ce but ne s’est-elle arrêtée qu'avec sa vie, puisque Irénée nous le montre propageant encore son Évangile pendant que Paul préchait à Rome, et que suivant Chrysostome la plupart des
(1) Révicce, Études critiques sur l'Évangile selon saint Matthieu. Leyde, 4862. Page 441.
(2) Le Thesaurus græcæ linguæ de Henri Estienne, réédité par MM. Hase et Dindorf, donne, comme premier sens de ἐχφέρειν, exportare, efferre, et l’oppose à εἰσφέρειν, impor{are, donnant pour exemple de l'emploi des deux mots le passage de saint Paul qui les réunit : « Nihil enim énfulimus in mundum, nec efferre « profeclo quicquam possumus. » — « Vel, nïihil importavimus, « et nibil exporfare possumus. — At vetus Interpr. ἐξενεγχεῖν a vertit Auferre. Proprie de proferendo 6 loco quopiam. » — C'est dans ce sens que le mot est employé Luc XV, 22 et Actes V, 6, 9, 40, 45, quoique nos versions le rendent tantôt par apporter, tantôt par emporter. Il n’y a certes pas plus loin de là à répandre au dehors qu'à produire (Hébreux, VI, 8) ou à publier; c’est toujours faire sortir d'une manière ou d’une autre, et par conséquent, en traduisant ainsi, on n’ôte rien à la valeur du mot, et on n'y ajoute rien non plus.
550 L'APOSTOLAT DE MATTHIEU apôtres étaient morts avant la ruine de Jérusalem (1). Si nous lisions quelque part que Ja-reine Élisabeth accordait son appui à la réformation en Angleterre pendant que Charles ΣΧ οἱ Henri II s'efforçaient de la détruire:en France, nous comprendrions sans perse que l’action qu'elle a exercée en:ce ‘sens s'est prolongée pendant le règne de ees deux nois. Eh.bien, d’après ce que nous.savons des séjours que Pierre et Paul ont faits l’un après l’autre à Rome, ἢ doit -nous être tout aussi facile de.comprendre, une fois que nous sommes fixés sur .la signification du mot ἐχφέρειν en cet endroit, que la disséminatron par Matthieu de son Évangile parmi les Hébreux a correspondu, en raison de sa durée, d’abord :au temps où Pierre, puis à celui où Peul, ont .prôché à Rome et trevaillé à y fonder l’Églse. Irénée, dans 16 passage que nous étudions, nous .}6 montre à l’œuvre pendant tout ce temps-là, et ce passage, tel que je l'a compris, ‘loin de contredire, ainsi qu'on l’a prétendu, les nombreux témoignages de l'antiquité chrétienne, les confirme au contraire et les complète.
J'en viens maïntenant aux deux courts extraits de Papias qui nous ont été conservés par Euvèbe et auxquels je me horne à renvoyer le lecteur, les ayant cités Aout :à l'heure en les traduisant, et les :ayant reproduits, en outre, intégrälementen grec (2).‘De tout temps on avait pensé.que Papias y :paclait.de l'Éva-
(4) Caarsosrome, Homélies sur l'Évangile de saint Matthies.