LXXVI. Homélie
(2) Voir pages 538 et 544.
ET SON EVANGILE. 551 gile de Matthieu que nous possédons, et le presbytre Jean, duquel ile recueilli textuellement le témoignage, de l'Évangile de Marc que nous avons encore ; mais il n’en est plus ainsi. Aujourd’hui on conclut de ces passages, dont j'ai montré le rapport avec ce que nous savons par d’autres sources sur l’origine de ces Évangiles, que Papias n’a pas voulu parler de l'Évangile de Matthieu, mais seulement d'un Recueil de sentences en hébreu fait par lui (Matbaios μὲν οὖν ἑθραίδι διαλέχτῳ τὰ λόγια συνέγράψατο; ; ni le presbytre Jean, de notre Marc actuel, mais d’une sorte débauche de cet Évangile, d’un Prôto-Marc, comme on le désigne. Les raisons qu’on en donne, C’est que l'un ne fait mention que des Logia (λόγια), mot dont j'aurai à rechercher le sens et à motiver l'emploi; et que l'autre affirme que Pierre ayant enseigné Sans suivre l'ordre des discours du Seigneur (οὐχ ὦ ὥσπερ σύνταξιν τ τῶν χυριακῶν ποιούμενος λόγων), Marc a écrit de même sans ordre (où μέντοι tes) ce que le Christ a dit et a fait, ce qui, dit-on, ne répond nullement à l'Évangile qui porte sôû nom, puisqu'il n’y a pas dans cet Évangile moins d'ordre que dans les autres.
C'est en 1832 que ces deux ‘hypothèses ont été soumises au public savant ar Schleiermacher (4). Elles innquent absolument e base ; éar Eustbe, en citant ces deux passages, ny ajoute pas un seul mot qui nous signale les écrits attribués 1 ici à Matthieu et à Marc comme des ouvrages distincts de
(4) Studien und Kritiken. Année 4832.
55? L'APOSTOLAT DE MATTHIEU leurs Évangiles, et je ferai voir, par un examen attentif du plan qu'il a suivi dans la partie littéraire de son Histoire Ecclésiastique, que c’est de ceux-ci seulement qu'il peut être question dans les lignes empruntées à Papias, en sorte qu’elles ne sauraient fournir occasion à aucune hypothèse nouvelle. Celles de Schleiermacher n’en ont pas moins été accueillies avec une extrême faveur. Peut-être est-ce en partie parce qu'elles sont venues à leur heure, à l'heure où une hypothèse antérieure, celle d’un Étvangile primitif, unique, mais tout à fait inconnu, source commune de nos Évangiles, imaginée par Eichhorn, étant abandonnée, faute d’avoir pu résister aux objections, les esprits curieux se tournaiïent volontiers vers des propositions nouvelles, qui, se recommandant d’un nom illustre, paraissaient appelées à la remplacer. Grâce à cette faveur, les hypothèses de Schleiermacher ont imprimé une autre direction à l'étude critique des Évangiles ; et une vingtaine d’années après, elles avaient si bien fait leur chemin dans les esprits, qu’une société théologique, « considérant « qu'il est suffisamment démontré par les recherches « critiques les plus récentes que l'Évangile de Mat- « thieu, dans sa forme actuelle, n’est point identique « avec les Logia, mentionnés d’après Papias, chez « Eusèbe, par le presbytre Jean, » a pu mettre au concours en 1854 cette question : « Établir, sur des « raisons plausibles, les rapports de l'Évangile de « Matthieu avec les Logia, et fixer en même temps les « règles à suivre pour la distinction des éléments de
ET SON ÉVANGILE. 553 « différente date que l'Évangile de Matthieu peut « renfermer (1). »
On le voit, c’est sur le résultat des recherches critiques, et non sur des témoignages historiques, que les auteurs de ce programme se sont appuyés pour affirmer la non-identité des Logia et de l'Évangile qui porte le nom de saint Matthieu. Pour se décider à entreprendre les recherches critiques dont ils parlent, il a donc fallu commencer par un acte de foi. (Jean, VII, 17.) Mettons-nous à l’œuvre comme si l’hypothèse de Schleiermacher était vraie, ont dû se dire les savants qui ont voulu s'assurer si elle l’était, et le succès de nos efforts en sera la preuve, si nous réussissons. Aussi l’un de ces courageux explorateurs, qu'aucun labeur ne rebute, a-t-1l cru pouvoir dire, sa tâche achevée, que ce qui, avant son travail, « n’était « guère qu’une hypothèse comme tant d’autres, est « devenu une sorte de nécessité (2). » N'est-ce pas reconnaître ouvertement que l’hypothèse qui sert de point de départ à son travail ne peut être démontrée à-priori? L’auteur du mémoire couronné par la Société de la Haye a fait sous une autre forme le même aveu, lorsque, pour excuser cette société de l'avoir affirmée aussi catégoriquement dans son programme, il s’est borné à dire vis-à-vis de quels problèmes,
(4) Société de la Haye pour la défense de la religion chrétienne. Programme de l'année 4854.
(2) En. Rauss, Nouvelles études comparatives sur les trois premiers Évangiles au point de vue de leurs rapports d'origine et de dépendance mutuelle. (Nouvelle Revue de Théologie, 1858. Tome Il, page 43.)
s54 L'APOSTOLAT DE MATTHIEU
impossibles ‘à résoudre selon lui, on se trouverait placé, si les Logia n'étaient autre ‘chose que notre Évangile (4).
Je sais admirer fa'8agacité ét la patience des hommes qui, après de longues investigations, toñsciencieusement poursuiviés, 866 Sont crus autorisés à conclure ainsi; mais, je l'avoue, ‘te qui m'étorine surtout ici, c’est de voir avec quelle facilité une’thèse carrément posée peut fire son chemin dans le monde. Les'études mémies dont’élle'eét l’occasion poar ceux qui, lés'premiers, veulent éprouver ce qu’elle vaut, sont de nature à les ‘y attacher. Edsüite viénnent les vulgarisiteurs qui l’acceptent à peu près de confiance de la main’ des pionniérs de la'sciënce, ét fa présentént, avec moins d’hésitatibn éntore que ceux-ci, comme uh tésültat ἀπὶ he ptit étre cohiesté. C’est äinsi seulément que je païviëtis à' m'expliquer comment il 88 fait que Te plus ‘brillant d’entre eux, si sévère envers les édriväinis Qui b'appliquent à résoudre les difficuktés ‘qu’én tentontre dans l’étude des livres saints, le soit si pèu poùr 168 auteurs de thèses qui paraissent de tlature à les ihultiplier. Mais ne s'est-il pas exposé, en accueillant celles de l'illustre Schleiermäcliër sans eh avoir, δὰ préalable, examiné 168 ‘babes, à ‘cb qu’on rétotirne ‘contre lui le reproche qu'il a fait à d’autres, « de trou- « ver plausibles des hypothèses auxquelles ‘on ‘Bois-
4) A. Réviiix, Études Critiques sur l'Évangile selon saint Matthieu. Leyde, 4862. Page 61.
ET SON ÉVANGILE. 655 «:sonade ou «même :un (Rollin ne songeraient jaa. mais (4)?'»
S'il eût été nécessaire /avarit de :nièr l'identité des -Logia et de l'Évangile selon suint Multhiéu, de Ibién établir que ces deux'débigtiations ne se'rapportent pas ‘à un même ouvrage, il est'iout aussi néeessaire pour ‘moi, avant d'affirmer cette identité, d'en ‘fournir 168 Ipreuves. Ce n’est, au ‘reste, qu’urie question d'histoire “littéraire à éclaireir, δὴ raison'du côté par ‘lequel je vais. l'aborder.
‘Scheiermather a ' 616 'fustément loué pour avoir
porté le dernier coup à 18 fausse: et dangereuse 'méthede des'textes isolés en lui sabstituant l’éxégèse -d’ensemble (2). Θ 66 ἢ 8.0} appliqué à Eusbbe la 'imé- ‘thode-qu’il a suivie ‘et recommatidée pour les Éeri- ‘tures! Je ne pense ‘pus qu'il eût jimiais songé à ‘proposer :ses célèbres ‘hypothèses sur les Logia ét le ’Prôte-Marc, qui ont tant occupé les théologiens, si, au lieu-de concertrer'toute son #ttenHion sur quelques lignes de Papias-qu'Eudèbe a-titées'dans son Histoire Ecclériastique, il les avait tonsilérées-dans leur retation ‘avee 168 nombréüses ‘citations du ‘même génre ‘faites dans cet ouvrage. Il me ‘faët’essayéer ‘de faire “6 qu'il n'a pas fait.
(4) Renan, Vie de Jésus. Treizième édition, 41867. Préface, pages VII-VIIL.
(2) Donnen, Héstôtre :de la Théologie protestante, en particulter ‘en Allemagne. Ttaduction -de A. Paunuten. ‘Patis, ‘1870. Page 693.
Eusèbe, qui, en écrivant vers l’an 324, a dû tenir compte de tous les souvenirs parvenus jusqu’à lui, a résumé dans le chapitre XXIV de son troisième livre ce qu’il regardait comme certain sur l’origine de nos Évangiles, sur l’ordre dans lequel ils ont été écrits, et sur 66 qui a 1mposé en quelque sorte à leurs auteurs l'obligation de les composer. Bien qu'Eusèbe n’y fasse mention que de l'Évangile hébreu de Matthieu, il est évident qu’il ne fait aucune différence entre l'Évangile écrit par lui en cette langue et le Matthieu grec, seul en usage de son temps; car 1l n'aurait pu, s’il en avait jugé autrement, assigner une place à ce dernier dans ce qu’il nomme, au chapitre suivant, « le saint « quaternaire des Évangiles (4). » Il fait mention, en outre, dans ces deux chapitres des autres livres compris dans notre Nouveau Testament, distinguant entre ceux qui sont unanimement reçus dans les Églises et ceux qui ne le sont pas de tous, et il termine par l’énumération d’écrits, les uns non compris dans ce recueil, mais d’ailleurs estimés en ce temps-là, et dont l'Évangile des Hébreux était le plus important ; les autres, publiés par les hérétiques sous le nom de divers apôtres, et qui doivent être rejetés comme contredisant ce qu’ils ont enseigné. Mais avant d’en venir à ceux-Ci, il a pris soin d'informer ses lecteurs pourquoi il n’en dit pas plus en cet endroit sur les Évangiles : c’est qu’il trouve plus commode de citer
(4) ... τὴν ἁγίαν τῶν εὐαγγελίων τετραχτόν. (Euses., Hist. Eccl., lib. IE, c. 358.) — « ... sacra Evangeliorum quadriga. » (VaLEsIUS.)
ET SON ÉVANGILE. 557 ailleurs, à mesure qu’il en aura l’occasion, les passages des anciens écrivains où il en est question, et il prendra soin de le faire (1). Voilà donc le plan d’Eusèbe et l'intention avouée de ses citations. Il veut nous dire qui a parlé des Évangiles et, quand cela en vaut la peine, en quels termes on l'a fait; et cette méthode, il la suivra aussi pour les autres livres dont il a donné la liste, bien qu’il n'ait pas pris le même engagement à leur égard.
Ainsi, quand il arrive à Papias, qui fut, au commencement du second siècle, évêque d’Hiérapolis en Asie Mineure, non content d’avoir rapporté d’après lui ce que le presbytre Jean disait de Marc « qui a écrit « l'Évangile, » dit-il, et ce que Papias lui-même disait de Matthieu, 1l nous apprend encore que Papins s’est servi de citations tirées de la première épître de Jean et de celle de Pierre, et qu'il a reproduit d’après l'Évangile des Hébreux l’histoire d’une femme accusée de beaucoup de péchés devant le Seigneur. Et puis il ajoute en finissant : « Qu'on prenne garde aussi à ceci, «en outre de ce que nous avons dû dire ailleurs (2). »
Ce renvoi, car c’en est un, ne peut se rapporter
(4) Καὶ ταῦτα μὲν ἡμεῖς περὶ τούτων. Οἰχειότερον δὲ χατὰ χαιρὸν διὰ τῆς τῶν ἀρχαίων παραθέσεως, τὰ χαὶ τοῖς ἄλλοις περὶ αὐτῶν εἰρημένα πειρασόμεθα δηλῶσαι. (Euses., Hist. Eccl., lib. IE, 6. 34.) — « Sed bæc ἃ nobis quidem nunc dicta sint haca tenus. Alias vero commodius allatis veterum scriptorum locis, « quid reliqui de eodem argumento tradiderint, docere cona- « bimur. » (VALESIUs.)
(2) Καὶ ταῦτα δ᾽ ἡμῖν ἀναγχαίως πρὸς τοῖς ἐχτεθεῖσιν ἐπιτετηρήσθω. (Eusss., Hist, Eccl., lib. IE, c. 39.)
qu'aux chapitres XXIV et XXV du troisième livre d\Eusèbe, où ilia parlé de. tous: les éerits dont 1l dit ici.que Papias a fait mention, si toutefois les. Legia reçueillis en hébreu par Matthieu ne sont pas nn ouvrege distinct de. son, Évangile en cette langue. Les Logia, en -effat, ny: sont pas nommés, .en sorte que ceux qui soutienneni que Papias a voulu désigner per co mot un ouvrage de Maitmeu antérieur à notre premier Évangile sont obligés de nous dire où Eusèbe, qui n'aurait pu y renvoyer, s’il n’en avait pas déñ parlé, en a parlé déjà auparavant; et comme ils ne peuvent le faire, le silence gardé jusque-là à cet égard par Eusèbe dans son Histoire Ecclésiasiique serait, à lui seul, une preuve suffisante que le Recueil des sentences ἀμ. Seigneur, imaginé par la critique actuelle, n’a jamais existé.
On ne pourrait échapper à cette conclusion que si l'on réussissait.à montrer, que les mots d'Eusèbe qui terminent ce:chapitre, au lieu. d’être:un renvoi, ne sont.autre chose qu’une bizarre recommandation:de ne pas aecorder . moins d'attention à sa fin qu’à son commencement. Mais, pour ‘y :lire cela, il faudrait faire violence au texte, et de plus, ne tenir aucun compte du plan que cet historien avait annoncé-vouloir suivre pour compléter par de. nouveaux ‘rensaignements, à mesure qu’il aurait à parler des écrivans des. premiers temps de l'Église, ceux qu'il avait précédemment donnés sur 168 livres écrits par les apôtres, ou qui leur ont été attribués à tort, .dont il a dressé la liste. .
ET SON ÉVANGILE. 550 On ne peut, au reste, ce me semble, conserver aucun doute sur la signification, de .ce passage, quand on voit Eusèbe, dans son chapitre sur Irénée, auquel j'ai emprunté la citation importante sur l’ordre dans lequel les Évangiles ont été publiés, qui nous a opcupés tout à.l’heure, rattacher de même ce qu’il dit:là sur les livres saints à ce qu’il en.a dit auparavant. Dès l'entrée il nous prévient que c’est pour réaliser la, promesse qu’il a faite de rapporter les. paroles des presbytres et. des anciens. écrivains ecclésiastiques sur ce qu’ils avaient appris, de leurs devançiers sur ce sujet, qu'il va citer celles d’Irénée.(1). C’est précisément.ce qu'il vient déjà de faire pour Papias, et ce qu’il fera également pour Clément d'Alexandrie. (2), pour Origène (3), pour, d’autres encore, consaçrant quelquefois un chapitre entier à ces citations, ou se contentant d’une mention sommaire à la fin, quand cela peut suffire (4). Nulle part, je crois, dans ces notes complémentaires, il n’ajoute de nouveaux écrits, à ceux dont il. a donné la liste dans les chapitres XXIV et XXV de son troisième livre. Quelle raison aurait-il donc, pu avoir pour faire aufrement dans, le chapitre sur Papias? Dira-t-on que c’est qu'il ἃ. voulu nous révéler, pour l’avoir appris de, lui, qu’il en exjstait deux autrefois, perdus depuis, qui, anté-. rieurs à nos Évangiles, sont entrés plus tard dans la
(1) Ecsen., Hist. Eccl,, lib. V, c. 8..
(2) Zbid., lib. VI, c. 44.
(3) Zbid., lib. VE, ὁ. 25.
(4) Zbid., lib., VI, c. 20.
composition des trois premiers ? Mais si cela était, Eusèbe, au lieu d’obliger ses lecteurs à deviner cette énigme, ne 16 leur aurait-il pas dit clairement, comme c’eût été son devoir d’historien ? Puisqu’il ne l’a pas fait, c’est qu'il ne s’est proposé rien de pareil.
Il n’aurait certes pu en avoir l’idée en ce qui concerne l'Évangile de Mare, puisque, après avoir raconté dans son second livre, de quelle manière Marc, venu à Rome avec Pierre sous le règne de Claude, fut amené à l'écrire, et l’avoir appelé « l'Évangile selon a Marc, » lequel, dit-il, « on possède encore (4), » Eusèbe invoque expressément, à l'appui de son récit, outre le témoignage de Clément, celui de Papias, évêque d’Hiérapolis (2). Papias attribuant ici à Marc, suivant Eusèbe, l'Évangile qui porte son nom, il est impossible de prétendre, ainsi que l’a fait Schleiermacher, que dans le passage que j'ai cité, il ne le représente que comme l’auteur d’une ébauche de cet Évangile, de ce Prôto-Marc qu'on a imaginé. Eusèbe, on le voit, nous explique Eusèbe, et Papias protesterait, au besoin, contre les inductions qu'on a voulu tirer de ses paroles contre l’unité de rédaction et la date du second de nos Évangiles.
Voyons maintenant ce qu’il faut penser de ce Recueil de sentences du Seigneur, antérieur à l'Évangile
(4) ... τῆς τοῦ λεγομένου χατὰ Mipuov εὐαγγελίου γραφῆς. — .… οὗ τὸ εὐαγγέλιον φέρεται. (Euses., Hist. Eccl., lib. Il €. 45.)
(2) Συνεπιμαρτυρεῖ δ᾽ αὐτῷ χαὶ ὃ Ἱεραπολίτης ἐπίσχοπος ὀνόψατι Πακίας. (ŒEuses., Hist. Eccl., lib. Il, 6. 15.)
ET SON EVANGILE. 561 selon saint Matthieu, et dont celui-ci serait l’auteur, qu'on a cru découvrir, sous le nom de Logia, dans deux autres lignes de Papias.
Eusèbe les a extraites, comme celles relatives à Marc, d’un ouvrage de cet évêque, dont voici le titre : Δογίων χυριαχῶν ἐξηγήσεως, ce que Valesius traduit ainsi : De interpretatione oraculorum dominicorum. Les λόγια, c'étaient, en effet, les oracles (oracula, responsa divina), et d’après la définition de Suidas, les oracles en prose, par opposition aux χρησμοί, ou oracles en vers, prononcés sous l’inspiration d’une divinité (1). Chez les Juifs, quand les deux mots sont réunis, ils signifient des prédictions et des prophéties, oracula εἰ vaticinutiones (2). Dans le Nouveau Testament le mot λόγια se rencontre quatre fois (Actes, VII, 38; Romains, INT, 2; Hébreux, V, 12; I. Pierre, IV, 11), et il résulte de l’emploi qui en est fait en ces endroits, qu’il y faut entendre par ce mot, non pas seulement des prédictions proprement dites, mais aussi les révélations faites de la part de Dieu aux hommes sur sa volonté et ses desseins, et les enseignements ayant une origine divine qui leur ont été donnés, quels qu’en aient été les intermédiaires et quelle qu’en soit la forme. Tout cela pouvait donc être compris dans les Logia du Seigneur que Papias,
(1) Λόγια, τὰ παρὰ Θεοῦ λεγόμενα χαταλογάδην. Χρησμοὶ δὲ, οἵτινες ἐμμέτρως λέγονται, θεοφορουμένων τῶν λεγόντων. --- Λόγια. Oracula divina, quæ oratione soluta concepta sunt. Χρησμοὶ vero dicuntur oracula, quæ versibus constant, quæque proferunt afflati numine divino. (Suinas, Lexicon, Græce et latine.)
(2) Puico, Vita Mosis, lib. I, 6. 53.