‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 20 sur 107 · Alors Jésus, s'étant approché, les toucha et leur dit · texte numérisé non relu

Alors Jésus, s'étant approché, les toucha et leur dit

Levez-vous et n'ayez point de peur.

8. Ayant donc levé les yeux, ils ne virent personne que Jésus seul.

9. Et pendant qu'ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit ce commandement : Ne dites à personne la vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts.

Jésus était en ce temps, comme nous l'avons vu (XVI, 18), dans le voisinage de Césarée de Philippe. La montagne sur laquelle il monta avec Pierre, Jacques et Jean est donc probablement le mont Panium, au pied duquel cette ville est située, et non le Thabor, comme on l’a supposé à tort, Jésus ne s'étant rendu que plus tard dans la Galilée méridionale dont cette montagne fait partie.

Il s’y était retiré pour prier, et c’est pendant qu'il priait, qu’il fut transfiguré en présence des trois disciples qui l’avaient accompagné. (Luc, IX, 28, 29.) Matthieu, très-sobre de détails dans son récit, après avoir dit qu’ils virent tout à coup le visage de Jésus briller d’un éclat extraordinaire et ses vêtements devenir d’une blancheur que rien ne pourrait surpasser, ajoute que Moïse et Élie leur apparurent s’entretenant avec lui, mais sans nous apprendre, comme Luc (IX, 31), quel fut le sujet de leur entretien. La simple mention de leur apparition lui paraissait donc suffire pour que ses lecteurs pussent se rendre compte, d'après son récit, de l'impression que les disciples en reçurent. Or, ce qui résulte clairement pour nous des paroles incohérentes de Pierre qu’il rapporte, c'est qu’ils ne mirent pas un instant en doute que c’étaient Moïse et Élie qu’ils voyaient de leurs yeux. ls ne demandent pas qui ils sont : celui qui leur avait donné la vision, et qui ne fait rien à demi, leur en avait sans doute donné l'intelligence par une ré- Yélation intérieure. Ils ne demandent pas non plus comment cette apparition a pu avoir lieu. On n'a

pas de telles curiosités dans l’état d'esprit où 15 étaient. Aussi, ne cherchant pas l'explication de ce qui se passait, n’eurent-ils besoin n1 de se souvenit des croyances des Juifs sur le retour des âmes d'élite en ce monde, qui avaient cours en ce temps-k et dont nous avons plusieurs fois défi retrouvé les traces (1), ni de s'élever subitement à l’idée de la résurrection qui leur était encore étrangère (Marc, IX, 10), ni de se rappeler d’autres apparitions du même genre qui tenaient une place importante dans leurs légendes nationales et qui, par la popularité qu’elles avaient acquise, pouvaient leur faire trouver celles-ci moins surprenantes (2). Entraînés, en quelque sorte, dans le cercle de la vision, ils s’y mêlent comme acteurs, et au lieu de raisonner sur elle, ils ne s'inquiètent, sans trop savoir ce qu'ils disent, tant leur effroi est grand, que de ce qu’ils peuvent eux-mêmes avoir à faire. C’est en ce moment-là qu’une nuée lumineuse les en sépare.

Jusque-là c'était, malgré la transfiguration de Jé-

(4) Voir ci-dessus, page 9.

(2) On lit dans l’histoire de Judas Maccabée que voulant encourager les siens à résistor à Nicanor, nonnné gouverneur de ἰδ Judée par Démétrius, il leur raconta une vision qu’il avait eue : Onias, qui avait étè autrefois souverain sacrificateur, lui était apparu en songe, les mains étendues δὲ priant pour les Juifs: puis il avait vu, environné de gloire, un vieillard à cheveux blanes, qu'Onias lui dit être Jérémie le prophète, « l’ami des frères, « lequel priait beaucoup pour le peñple et pour la ville sainte, » et Jérémie lui avait remis, comme us don de Dieu, use énée, lei promettant que par elle il détruirait leurs ennemis. Le récit de cette vision encouragea les Juifs et leur fit remporter une victoire décisive. (II. Maccabées, XV, 44-17.)

MATTHIEU, XV, 1.3, 121 sus, sur Moïse et sur Élie que l'attention des disciples s'était surtout portée. Mäis voici qu’une voix qui n’est pas de la terre la ramène tout entière sur lui, en leur faisant entendre ces paroles que Jean le Bapste avait entendaes à son baptême : «Celui-ci est « mon fils bien-aimé, en qui j'ai pris plaisir ; » à quoi elle ajoute : « Écoutez-le. » A cette voix, laquelle sort de la nuée, leur frayeur augmente ; ils tombent sur leur face, comme autrelois, lorsque là nuée descendait et s’arrétait devant le tabernacle, le peuple se prostermait, chacun devant la porte de sa tente, pendant que l'Éternel parlait avec Moïse. (Exode, XXXIN, 9-11.) Les discipies ne pensèrent assurément pas alors ἃ cette scène du désert; mais les circonstances extérieures étant à quelques égards les mêmes, l’effet moral produit sur les assistants a pu être le même aussi, et ce soavenir peut nous exler à comprendre ce qui devait se passer en eux. S’il fallait écouter Moïse après qu’il s’était approché de l'Éternel, combien plus ne fallait-il pas écouter Jésus qui, par deux fois, avait été déclaré d’en haut être le Fils bien-aimé du Père ! Quelle enquête eette seconde proelamation dont il est l’objet ne les obligeait-elle pas à faire sur la :docilité avec laquelle ils se sort laissé instrüire par lui jusqu'à présent, et quel appel à accueïlir avec plus de soumission toutes ss paroles! «Écoutez-le,» a dit la voix : s’il vous dit qu’il ὑπαὶ qu’il soit nmis à mort, ne vous y opposer pas; et s’il vous presse de renoncer ἃ vous-mêmes, ne comptes votre vie pour rien, afin d’avoir part à sa gloire.

C’étaient les dernières instructions que Jésus leur avait données. Saint Matthieu, en prenant soin de marquer que la transfiguration eut lieu six jours après, me paraît avoir voulu rattacher ces deux fragments de son Évangile l’un à l’autre, et nous inviter ainsi à rechercher les rapports qu'il y a entre eux. Aussi l’a-t-on fait souvent. La transfiguration, a-t-on dit, devait disposer les apôtres à regarder au delà de la passion, et l'apparition de Moïse et d’Élie les encourager à tout souffrir plutôt que de se détourner, dans laccomplissement de leur ministère, du chemin du devoir. Saint Jean Chrysostome a fait ressortir ainsi ce dernier point : « Comme Jésus venait de « leur dire : δὲ quelqu'un veut venir après moi, qu'il « prenne sa croix εἰ qu'il me suive, 1] fait venir aussitôt « après en sa présence des personnes qui s'étaient of- « fertes cent fois à la mort pour obéir aux ordres de « Dieu et pour procurer le bien du peuple qu’il leur «avait confié; car on peut dire de chacun de ces « deux prophètes qu'il avait perdu sa vie et qu’il l'a- « vait retrouvée. Tous deux s'étaient hardiment pré- « sentés devant des princes endurcis, l’un devant « Pharaon, et l’autre devant Achab; tous deux s’é- « taient exposés pour leur parler en faveur d'un « peuple désobéissant et rebelle, qui, après avoir «été délivré d’une tyrannie insupportable, devait « ensuite porter sa furie contre ses propres libéra- « teurs. Il les leur fait voir dans une grande ma- « jesté, afin de les encourager davantage à monter « par leurs vertus, non-seulement à ce même degré

MATTHIEU, XVII, 1. 429 « de gloire, mais encore à un autre plus élevé. Re- « présentez-vous ce qui donne d'ordinaire le plus de «terreur aux hommes, la mort, la pauvreté, lin- « famie et cent autres choses fâcheuses. Jésus-Christ « leur persuade de se roiïdir contre ces maux et de « passer au travers de ces souffrances comme à pied «sec et dans une pleme paix; et pour les fortifier et « les exercer dans cette pénible carrière, il fait venir «en leur présence ces divins athlètes d’autrefois, qui « s'étaient davantage signalés du temps de l’ancienne «loi (4). » Les trois disciples voient vivants et dans l gloire ces deux hommes qui, après avoir encouru tous les périls à cause de leur fidélité, avaient cessé depuis des siècles de vivre ici-bas. Moïse était mort au pays de Moab (Deutéronome, XXXIV, 5, 6); Élie s'était élevé dans l'ouragan vers le ciel (11. Rois, Il, 11); et les voilà s’entretenant sous leurs yeux avec ce Jésus qui leur a commandé à eux-mêmes de se charger de leur croix, après leur avoir déclaré qu'on le fera mourir, mais qui les a informés aussi qu’il se réveillera le troisième jour, et qu’il doit venir, avec ses anges, rendre à chacun selon ce qu’il aura fait. S'ils vivent, comment ne revivrait-il pas? Îls ont pu ne pas prendre assez garde à sa parole ; mais comment, une fois revenus de leur effroi, du-

(4) Caaysosrome, LWIe Homélie sur l'Évangile de saint Matthieu. Traduction de P.-A. de Marsilly. Tome IE, pages 628- 631.— α Horum exemplo apostolos animare voluit ad fortiter « quæque agenda et patienda pro gloria Dei et fidelium salute. » (J. Feaus, Zn Evangelium secundum Matthæum Enarrationes. Parisiis, 4664. ΕΟ]. 372 a.)

quel Jésus prit soin de les tirer, auraïent-ils pu ne

pas prendre instruction de la vision qui leur permet. |

tait de jeter un regard de l’autre côté du voile qui nous cache le monde invisible? L'impression qu'ils en avaient reçue ne pouvaits’effacer en eux (IL. Pierre,

Ι, 16, 17), et ils en avaient sans doute pleinement |

compris le sens, lorsqu'ils furent appelés, chacun d’eux à son tour, à se conformer, en renonçant à eux-mêmes, à ceux qu'elle avait offerts à leur imitstion. (Actes, XIT, 4-3; Apocalypse, I, 9.)

Pour le moment, ils n’en sont pas encore là. Auss Jésus, lorsqu'il descend le lendemain (Luc, IX, 31) avec eux de la montagne, leur défend-il de rien din à personne de la vision qu'ils ont eue, avant qu'il ne se soit relevé des morts. Ils ne savaient pas, raconte saint Marc, ce que cela voulait dire serelever des morts, et ils se le demandaient les uns aux œautres (Mar, IX, 10), connaissant seulement comme Marthe la résurrection au dernier jour. (Jean, XI, 24.) Il leur était indispensable pourtant de savoir ce que serait la résurrection du Fils de l’homme, pour tirer de la vision les enseignements qui y sont renfermés, et pour pouvoir en parler comme il faut. Ce fut, quoiqu'il les y eût préparés à l'avance, cet événement même qui le leur apprit, et il nous a mis en état, comme eux, de profiter de la vision, sans que nous ayons besoin plus qu'eux pour cela de pouvoir nous expliquer comment il a été possible que Moïse et Élie leur soient apparus. Il y a là aussi, à côté des choses révélées qui sont pour l’homme, des choses

MATTHIEU, XVIX, 1-9: 10-13. 125 cachées qui n’appartiennent qu’à l'Éternel, (Deutéronome, XXIX, 29.)

Mais voici une autre difficulté qui les préoccupait en chemin, et pour la solution de laquelle ils s’adresèrent à leur maître, au lieu de se borner, ainsi qu'ils l'avaient fait pour celle relative à la résurrection, à s’en entretenir entre eux.

XVII, 10. Καὶ ἐπηρώτησαν αὐτὸν οἱ μαθηταὶ αὐτοὺ λέγοντες " Τί οὖν οἱ γραμματεῖς λέγουσιν.

XVII, 10. Là-dessus ses disciples lui rent cette question :

Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'il faut qu’Elie vienne premièrement P

41. Jésus leur répondit : Élie vient, il est vrai, premièrement, et il remettra tout en état.

πρῶτον, xal ἀποχαταστήσει (1) πάντα.

12. Λέγω δὲ ὑμῖν, ὅτι Ἠλίας ἤδη ἦλθε, χαὶ οὐκ ἐπέγνωσαν αὐτόν͵ ἀλλ᾽ ἐποίησαν ἐν αὐτῷ ὅσα ἠθέλησαν" οὕτω nat ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου μέλλει πάσχειν ὑπ’ αὐτῶν.

43, Mais, je vous le dis, Élie est déjà venu; et ils ne l'ont point connu, mais ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu. Et le Fils de l’homme va pareillement avoir à souffrir par eux.

43. Alors les disciples comprirent qu'il leur parlait de Jeau le Baptiste.

Les trois disciples qui redescendent de la montagne avec Jésus ne doutent nullement qu’il ne soit le Christ, le Fils du Dieu vivant (XVI, 16; XVI, 5); mais plus 118 en sont persuadés, moins ils savent que penser de certaines croyances populaires, fondées en partie sur des déclarations de leurs livres saints, en partie sur les interprétations que les scribes en avaient

(1) Autres emplois du mot : XII, 43; Marc, VIII, 25; Actes, I, 6; Hébreux, XIE, 49.

données. Le prophète Malachie avait annoncé qu’vant la venue du Seigneur, par où l’on entendait le Messie, un ange serait envoyé pour préparer la voie devant lui (Malachie, II, 1); et comme 11] désigne ailleurs cet ange ou ce messager sous le nom ἃ ἘΠ (IV, 5), les Juifs en avaient conclu qu’Élie lui-même devait revenir dans ce but en ce monde. Peut-être cependant leur aurait-il suffi de lire attentivement son histoire pour en venir à penser que Malachie n’avait pas voulu parler de l’ancien Élie, mais d’un nouveau prophète animé de son esprit. Nous y voyons, en effet, Élisée, après que l’esprit d’Élie lui eut été donné, exécuter, comme s’il était Élie (IL. Rois, ΥΠΙ, 1, 13; IX, 1-3), les ordres que celui-ci avait personnellement reçus de l'Éternel. (I. Rois, XIX, 15, 46.) Si de telles substitutions de personnes répondaient, dans l’histoire du peuple juif, au dessein de Dieu, on ne doit pas s’étonner d’en rencontrer dans le langage de ses prophètes. Aussi les noms propres des hommes du passé n’y désignent-ils pas toujours ceux-là mêmes qui les ont portés autrefois, mais d’autres hommes, des hommes de l'avenir, qui mériteront d’être surnommés ainsi, parce qu'ils seront de nouveaux représentants des qualités qui distinguaient ceux qui les portaient. (Luc, [, 17.) I serait facile d’en citer des exemples. (Jérémie, XV, 1; Ézéchiel, XXXIV, 23, 24.) Mais les scribes ne représentaient pas la chose de cette manière au peuple. Ils lui enseignaient que plusieurs de leurs ancêtres les plus illustres devaient reparaître personnellement au

MATTHIEU, XVII, 10-18, 127 milieu d’eux. Ils l’affirmaient en particulier d'Élie, et ils avaient réussi à faire croire à tous les Juifs qu'il serait le précurseur du Messie, et que quand celui-ci viendrait, il serait oint par Élie, comme David l'avait été par Samuel, et qu’Élie le ferait connaître à tous par cette onction (1).

Les disciples durent naturellement s’en souvenir après avoir vu Élie leur apparaîtré sur la montagne, mais pour disparaître presque aussitôt. Cette apparition ne pouvait évidemment pas répondre à l’idée que l’on se faisait autour d’eux de la venue d’Élie; et puis, ainsi que le remarque Origène, comment aurait-il été possible au peuple d’y voir l’accomplissement de la parole de Malachie, puisque ce n’était pas avant le Messie, en supposant que Jésus fût le Messie, mais après lui, qu'Élie était ainsi venu (2)? Comment donc satisfaire ceux qui s’informeront d’Élie, lorsque la défense que leur maître leur a faite de dire qu’il estle Christ aura été levée (XVI, 20), et qu'il leur sera permis, en outre, de parler de la vision qu'ils viennent d’avoir? Voilà sans doute ce qui les préoccupe et ce qui motive leur demande : « Pourquoi «donc les scribes disent-ils qu'il faut qu'Élie « vienne premièrement? »

(4) Justin Martyr le dit expressément dans son Dialogue avec le Juif Tryphon, 88 8 et 49. Les passages auxquels je renvoie ici sont cités dans la 1115 Partie de cet Essai, page 113.

(2) Ἡ δὲ ἐν τῷ ὄρει ὀπτασία, καθ’ ἣν ὃ Ἠλίας ἐφάνη, ἐδόχει μὴ συνάδειν τοῖς εἰρημένοις, ἐπεὶ où πρὸ τοῦ Ἰησοῦ ἔδοξεν αὐτοῖς ἐληλυθέναι ὁ Ἠλίας, ἀλλὰ μετ᾽ αὐτόν. (Οκ1α., Comment. in Matthæum.)

Jésus n’a besoin, pour les tirer de peine, que de débarrasser la prophétie de ce qu’on y a ajouté. Oui, Malachie l’a annoncé, comme le disent les scribes, « Élie vient premièrement; » mais l'office de donner au Messie l’onction royale dont ils prétendent qu’il sera chargé, est une pure invention de leur part; Malachie n’a rien prédit de pareil. Sa prophétie peut se résumer en un Seul mot, et le mot dont Jésus 86 sert 10] pour en donner le sens, est précisément, dans la version des Septante, le mot essentiel du passage qu'il analyse : ᾿Αποχαταστήσει (1), « Il rétablir « toutes choses, » comme on traduit ordinairement, ou, comme 1] vaut peut-être mieux traduire, en ayant égard aux diverses acceptions du mot en d’autres endroits du Nouveau Testament, «il remettra tout « en état (2). » C’est d’une restauration morale qu'il s’agit ici, d’un retour à la loi de Moïse, de laquelle, là même, le prophète engage le peuple à se souvenir, d’un changement qui doit avoir lieu dans les cœurs et dont Élie sera l'instrument. (Malachie, IV, 4-6.) Mais pour cela ce qu’il faut, ce n’est pas que cet Élie, quel qu’il soit, remplisse sa corne d’huile et qu'il la verse sur la tête du fils de David, comme le prétendaient les seribes; non, c’est « qu’il ramène les en- « fants d'Israël au Seigneur leur Dieu, et qu'il

(1) « Mihi pro certo est vocem istam ἀποχαθιστάναι sumptam esse ex Malachia, cujus postremum comma ita verterunt LXX : Ὃς ἀποκαταστήσει χαρδίαν πατρὸς πρὸς υἷὸν, χαὶ καρδίαν ἀνθρώποὺ πρὸς τὸν πλησίον αὐτοῦ. » ((κοτιυ8.)

(2) « Reponere in verum et naturæ congruentem statum. » (Gaorius.) — Luther traduit : « Alles zurecht bringen. »

MATTHIEU, XVII, 10-13. 129 « tourne les cœurs des pères vers les enfants, et les « rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer «80 Seigneur un peuple bien disposé. » (Luc, I, 16, 17.) Si l’on s’enquiert de cet Élie-là, on n’aura pas de peine à le reconnaître en celui qui est venu devant Jésus « dans l’esprit et dans la vertu d’Élie, » s’'efforçant de rétablir toutes choses par la prédication de la repentance, et qui, après l’avoir prêchée au peuple, osa la prêcher à Hérode le tétrarque, comme Élie le Tisçbite à Achab. (I. Rois, XVII, 18).

Jésus ne nomme pas le Baptiste dans la réponse qu'il fait ici à ses disciples; mais précédemment, sans attendre qu’on l’interrogeêt, il avait expressément déclaré à la foule que Jean était cet « Élie « qui devait venir, » et que si on voulait le recevoir pour ce qu’il est véritablement, il ne fallait pas voir en lui un prophète ordinaire, mais le précurseur duquel Malachie a parlé. (XI, 9-15.) Les quelques mots qu’il leur adréssait maintenant : « Élie est déjà venu, cet ils ne l’ont point connu, maïs ils lui ont fait tout «ce qu’ils ont voulu, » suffisaient donc pour leur faire comprendre que c'était de Jean qu'il leur parlait; aussi le comprirent-ils. Tandis que tout le peuple était accouru au baptême de Jean, les pharisiens et les docteurs de la loi, rejetant le dessein de Dieu à leur égard, ne s’étaient pas fait baptiser par lui. (Luc, VII, 30.) Ils auraient voulu pouvoir l’empêcher d’exercer son ministère (Jean, I, 21, 22); 115 faisaient certainement partie de ceux qui disaient de lui qu'il avait

Page 1