‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 29 sur 107 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

δ. Et il dit : « Voilà pourquoi « l'homme quittera son père et « sa mère, et il s'unira à sa « femme, et ils seront, eux deux, « une seule chair {4). »

6. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair : que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a joint!

7. 115 lui dirent : Pourquoi donc Moïse a-t-il commandé de donner un acte de divorce et de la répudier P

8. 11 leur dit : C’est à cause de votre dureté de cœur que Moïse vous ἃ permis de répudier vos femmes; mais au commencement il n’en était pas ainsi.

9. Aussi vous dis-je que celui qui répudie sa femme sauf pour motif d’impudicité, et en épouse une autre, commet adultère, et celui qui épouse une répudlée commet adultère.

10. Ses disciples lui dirent : Si telle est la condition de l'homme avec la femme, il n'est pas avantageux de se marier.

41. Mais il leur dit : Tous ne reçoivent pas cette parole, mais ceux à qui cela est donné.

42. Car il est des eunuques qui l'étaient quand leur mère les ἃ enfantés ; il y ἃ aussi des eunuques qui ont été faits eunuques

(2) « Αἰτία, negotium, aut jus conjugale, quasi dicat si ita « inter virum et uxorem se habet res. » (MALDonNAT., col. 440.) Le MOI cause, par lequel αἰτία ἃ été traduit au verset 3, ἃ en fran-

çais, comme αἰτία en grec, un

sens juridique qui permettrait

peut-être de l’employer aussi dans ce verset.

IVe

κων᾽ nat εἶσιν εὐνοῦχοι, οἴτινες par ἰ65 hommes; et puis il y ἃ εὐνούχισαν ξαυτοὺς διὰ τὴν βασι- des eunuques qui se sont faits λείαν τῶν οὐρανῶν. Ὁ δυνάμενος ennuques eux-mêmes à cause du χωρεῖν χωρείτω. royaume des cieux. Que celui qui le peut recevoir le reçoive.

Les entretiens avec les pherisiens et les disciples rapportés ici n’ont pas eu lieu, comme les précédents, en Galilée, mais en Pérée, où Jésus ne se rendit pas directement (1), mais seulement après avoir assisté à Jérusalem à la fête des Tabernacles (Jean, VII, 2, 10) et à celle de la Dédicace (Jean, X, 22), ainsi que nous l’apprenons du quatrième Évangile. (Jean, X, 40.) Saint Matthieu, qui ne s’est proposé de recueillir dans le sien que ceux des enseignements de Jésus qui out rapport au royaume des cieux, venait de montrer, à l’aide des discours prononcés par le Seigneur dans la première de ces provinces, quelles sont quelques-unes des qualités exigées de ceux qui veulent être membres de ce royaume. Ne trouvant rien dans les instructions données par son maitre pendant son séjour dans la ville sainte, qui l’appelät à faire mention des autres, il le passe tout entier sous silence, de peur de faire perdre de vue son dessein à ses lecteurs par des récits qui y seraient étran-

(4) « Ce séjour en Pérée, peu avant la Passion, est le point « auquel se rencontrent les quatre récits évangéliques : Mat- « thieu, XIX, 4; Marc, X, 4; Luc, XVIIE, 45 et suivants; enfin, « Jean, X, 40-42. » (Goper, Commentaire sur l'Évangile de saint Jean, tome Il, pages 297-300.) Voir sur le même sujet : Nsanoer, Leben Jesu Christi, 1845. Pages 530-532. —Wrasxins, Chronologische Synopse, 1845. Partie IV. — Pavzus, Emegetisches Handbuch, 4848. Tome 11, pages 543 et 584-585.

MATTHIEU, XIX. 1-12. 163 gers, et il se hâte d'emprunter les traits qui lui manquent aux paroles que Jésus fit entendre, un peu plus tard, au delà du Jourdain, à Béthabara (Jean, 1,28), ville de Pérée, qui n’est séparée de la Judée que par ce fleuve, et où Jean le Baptiste avait d’abord baptisé, (Jean, X, 40.) Nous savons déjà qu'ils doivent être humbles et toujours disposés à pardonner ; Jésus leur déclare maintenant qu'il faut aussi qu’ils soient purs : purs dans le mariage, relation conforme à la nature de l’homme, et par conséquent approuvée de Dieu, en étant fidèles à leur premier engagement, au lieu de le rompre pour se procurer la liberté de contracter de nouveaux liens; ou purs hors du mariage, s’ils ne so marient pas.

Ce sont les pharisiens qui lui fournissent l’occasion de combattre les maximes qui avaient cours parmi les Juifs sur le premier point, en venant lui demander, lorsque, arrivé dans ce pays, il se fut mis, selon sa coutume, à instruire (Marc, X, 1) et à guérir le peuple accouru auprès de lui, s’il est permis à un homme de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit. Comme ils ne pouvaient guère ignorer sa doctrine à cet égard (V, 31, 32), il est probable qu’ils cherchaïent, en l’interrogeant, à lui faire répéter devant la foule ce qu’il avait dit précédemment dans le cercle plus restreint de ses disciples, afin de pouvoir l’accuser d’exagérer les rigueurs de la loi, comme ils l’accusaient d’autres fois de la violer.

Pour toute réponse, Jésus les renvoie à ce qui est dit, au premier chapitre de la Genèse (1, 27), de la

création de l’homme, se bornant à y ajouter les mots par lesquels se termine, dans le chapitre suivant, l’histoire de la première rencontre entre Adam et la femme que l’Éternel avait formée pour étre s compagne, et dans laquelle il avait reconnu aussitôt l'os de ses os et la chair de sa chair : « Voilà pour- « quoi, dit l’auteur du saint livre, l’homme quittert « son père et sa mère, et il s’unira à sa femme, etils « seront, eux deux, une seule chair.» (II, 23, 24.) Cette conclusion, tirée de l’un des récits, convenait tout aussi bien à l’autre, leur fond étant le méme. Par cette citation de l'écrivain sacré, Jésus a voulu rattacher à l'institution même du mariage l’idée que toutes les générations devaient s’en faire, et de plus, déduire des termes dont l’auteur de la Genèse s'était servi cette conséquence, que le lien conjugal est un lien indissoluble : « Ainsi, dit-il, ils ne sont plus « deux, mais une seule chair : que l’homme ne st- « pare donc pas ce que Dieu a joint! » Si telle est la volonté de Dieu, ce sera nécessairement aussi ls loi de son royaume.

Mais les pharisiens, dont la justice était insufisante pour entrer dans le royaume des cieux, ne l’entendaient pas ainsi. Opposant Moïse; duquel ils se disaient les disciples, à ce nouveau docteur qu'ils s’efforçaient de discréditer, en prétendant ne pas 88. | voir d’où il était (Jean, IX, 28, 29), ils lui demaodent : «Pourquoi donc Moïse a-t-il commandé de « donner un acte de divorce à la femme et de la ré- « pudier? » La réponse de Jésus ne se fait pas at-

MATTHIEU, XIX, 1-12. 165 tendre : « C’est à cause de votre dureté de cœur, « leur dit-il, que Moïse vous a permis de répudier vos « femmes; mais au commencement il n’en était pas « ainsi. » Cela signifiait : « Ne vous en prenez pas à Moïse, mais à vous-mêmes. Comme organe de Dieu, Moïse vous ἃ fait connaître la loi morale ; comme législateur, il vous a donné la loi civile que vous m'objectez et qui, quoi que vous en disiez, ne renferme pas un commandement. (Deutéronome, XXIV, 1.) C'est, comme tant d’autres lois humaines, une loi de tolérance, un de ces compromis entre la morale et ls mœurs dont les législateurs sont obligés de se contenter en raison de la corruption des peuples; mais le commandement de Dieu : « Tu ne com- « mettras pas adultère » (Exode, XX, 14), n’en subsiste pas moins. Aussi, moi qui suis venu pour accomplir la loi, je vous déclare, continue-t-il, que malgré la 10] civile qui a autorisé les répudiations pour empêcher de plus grands désordres, ce sont de vrais adultères que commettent ceux qui se remarient après avoir répudié leurs femmes, si ce n’est pour cause d’impudicité, et ceux également qui épousent des femmes répudiées. » Michée avait représenté les répudiations, dans tous les temps si fréquentes parmi les Israélites, comme l’une des causes de l’irritation de l'Éternel contre son peuple. (Michée, ll, 7, 9.) Malachie avait dit, de la part de Dieu, qu'il intervient comme témoin entre l’homme et la femme de sa jeunesse, et qu'il hait qu’on la renvoie. (Malachie, I, 44, 16.) La loi civile, destinée à régulariser

166 MATTHIEU, XIX, i-12.

Ja position de la femme répudiée, et par là même à la protéger, ne pouvait donc pas être opposée, d'après les prophètes, à la loi morale qui interdit les répudiations. YŸ avoir recours, pour donner une forme légale par de nouvelles noces à la satisfaction de ses convoitises, c'était être impur dans l’état du mariage; or, « les impurs n’hériteront point le « royaume de Dieu, » (1. Corinthiens, VI, 10.)

Les disciples de Jésus n’approuvaient assurément pas les répudiations dont le relâchement des mœurs était le motif réel; mais sans pacliser avec le mal comme les pharisiens, il leur semblait, préoccupés qu’ils étaient du bonheur que l’homme cherche dans le mariage et qu’il est loin d’y trouver toujours, que plutôt que de courir le risque de se mal marier et d’être astreint ensuite à demeurer engagé toute la vie dans des liens que tant de causes peuvent rendre insupportables, mais qu'il n’est loisible à l’homme, auivant la déclaration de leur maître, de rompre que dans un seul cas, 11 vaut mieux ne pas se marier du tout. Ils lui font part de leur pensée. δ8 réponse ἃ pour but de leur faire sentir que ce n’est pas du honheur, mais de la pureté, qu'il s’agit avant tout pour eux. Le mariage rend légitimes des relations qui sont coupables dans le célibat. On ne doit donc faire choix de celui-ci que si, tout entier à la poursuite du royaume de Dieu et de sa justice, on a appris à ré sister aux convoitises qui séduisent (Éphésiens, IV, 22), et si, en marchant selon l'Esprit et en n’accomplissant pas les désirs de la chair (Galates, V, 16),

MATTHIEU, XIX, 1-12: 19-15. 167 on s'est en quelque sorte fait eunuque soi-même(1), comme d’autres le sont depuis leur naissance, ou le sont devenus par la méchanceté des hommes. À ceux-là il est permis de faire accueil à l'avis exprimé par les disciples et de ΒΥ conformer; mais il n'en peut pas être de même de tous; car ceux qui n'ont pas reçu cette grâce particulière seraient exposés dans le célibat à des périls qu’ils ne doivent pas affronter. La continence leur serait plus difficile dans cet état que le support et même que le résignation dans le mariage, Qu'ils se marient donc (I. Corinthiens, VII, 9), afin de demeurer purs dans leurs pensées et dans leyr vie : « Heureux les purs de cœur, » a dit Je Seigneur, « parce qu’ils verront Dieu ! » (V, 8.)

XIX, 13. Τότε προσηνέχθη αὐτῷ παιδία, ἵνα τὰς χεῖρας

XIX, 43. Alors on lui présenta des petits enfants, afin qu'il leur

imposât les mains en priant.

Mais les disciples les en reprenaient.

44. Sur quoi Jésus dit : Laisser les petits enfants, et ne les empêchez point de venir à moi; car le royaume des cieux est ἃ ceux

qui sont tels qu'eux.

Page 1