‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 31 sur 107 · Le jeune bamme lui dt · texte numérisé non relu

Le jeune bamme lui dt

J'ai gardé tout cela depuis ma jeunesse : que me manque-t-il encore ?

21. Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va, vends ce qui t'appartient, et le donne aux pauvres, et [Ὁ 4.38 un trésor dans le ciel; et puis viens el me suis.

22. Mais quand le jeune homme eut entendn cette parole, il sen alla tout triste, car fl avait de

grands biens.

Le jeune homme qui s'approche ici de Jésus avait bien compris que tous ceux qui ont part à la vie présente ne sont pas assurés d’avoir part à ce que Daniel nomme « la vie éternelle, » par opposition à ce qu'il nomme « l’opprobre et une ignominie éternelle. » (Daniel, XIT, 2.) Mais il ne savait pas «que si un «homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le « royaume de Dieu, x (Jean, TT, 3,) Il était si content de lui-même et si confiant en son désir de bien faire, qu’il ne doutait pas qu’il ne lui füt facile de remplir les conditions, quelles qu’elles fussent, exigées pour y participer. C’est avec la résolution de s’y conformer qu’il s'en enquiert auprès de Jésus, en l'appelant « son bon maître, » titre banal auquel k Seigneur a dû préférer celui de «docteur venu de la «part de Dieu,» que Nicodème lui avait donné. (Jean, ΠΙ, 2.) La bonté dont il a été le représentant et à laquelle il avait mission de convier les hommes (V, 48), est, en effet, celle de Dieu même; c’est

MATTHIEU, XIX, 18-22. 171 pour cela qu'il déelere à ce jeune homme, que « nul « p'est bon que Dieu seul (1). » Il est à la fois « la seul « Éternel, x (Deutéronome, VI, 4), « le seul Bon,» et «le seul Législateur qui peut sauver et qui peut «a perdre. » (Jacques, IV, 19.) C’est donc sa lol seule que Jésus, comme son envayé, doit s'appliquer à faire prévaloir; car, ainsi que l’a dit Moïse, # ce sera «là notre justice, quand nous prandrons garde de «faire tous ces commandements devant l'Éternel « notre Dieu, sejon qu’il nous l’a ordonné. » (Deutéronome, VI, 25.)

En conséquence, quand Île jeune homme lui demande : « Quelle chose bonne dois-je faire pour avoir « la vie éternelle? » Jésus se borne à lui dire : « Si s tu veux entrer dans la vie, observe las commande- « ments. » Et lorsque, insistant, il veut savoir exactement de quels commandements particuliers Je Seigneur entend parler, celui-ci lui déclare que c’est de tous indistinctement, depuis ceux qu’il a qualifiés de « très-petits commandements » (V, 19) jusqu’à

(4) « Fouwrquoy m'appelles-tu bon? Je ne pren pas ceste cora rection si subtilement que la plus grand' part des expositeurs, « comme si Christ vouloit toucher de sa Divinité. Car il leur sem- « ble que 668 mots emportent autant comme s'il eust dit : Si tu ne « cognolïs rien en moy plus haut que la nature humaine, à tort tu « m'attribues le titre de bon, lequel convient à Dieu δ60}..... L'in- « tention de Christ n’a point esté autre que de donner authorité à a sa doctrine, eomme s’il eust dit : Sans cause tu m'appelles bon a maistre, si lu ne recognois que je suis venu de Dieu. Ainsi « donc ce propos ne tend pas à maintenir l'essence de la Divinité, « mais à faire que ce jeune homme porte honneur à la doctrine, « et la reçoyve avec révérence. n (J. CALVIN, Commentaires sur le Nouveau Testament, tome 1, page 406,)

celui qu'il a dit être « le plus grand » (XXIE, 38, 39); depuis le commandement : « Tu ne tueras point » (Exode, XX, 13) jusqu’à celui qui ordonne d'aimer son prochain comme soi-même. » (Lévitique, XIX, 48.) Le jeune homme paraît bien s’y être appliqué en sincérité (Marc, X, 21); mais quelle ne devait pas être son ignorance des exigences de la loi, et combien il devait se faire illusion sur lui-même, pour oser s’écrier, peut-être avec plus de naïveté encore que de présomption, en parlant de ce couronnement de la loi aussi bien que de ses prescriptions élémentaires : « J'ai gardé tout cela depuis ma jeunesse (1): « que me manque-t-il encore? »

Ce qui lui manque, c’est d’avoir fait en réalité ce qu'il s’imagine avoir fait; c’est d’avoir été jusqu'au bout du commandement d'aimer son prochain comme lui-même, qu’il se persuade avoir observé ; c’est d’a-

(4) "Ex νεότητός μου. On traduit ordinairement dés ma jeunesse, et l’on considère ces mots comme une preuve de la vanité du jeune riche : « Quis igitur non videat arroganter dictum esse : « Hæc omnia servavi, maxime cum hoc addito : 4 juvenfute « mea? » (Feaus.) Ii serait singulier cependant qu’un jeune homme parlât de ce qu’il ἃ fait dés sa jeunesse, ce qui ne pourrait guère être dit que par un homme plus âgé : En iraduisant : « J'ai gardé tout cela depuis ma jeunesse, » j'ai supposé que à νεότης désigoait ici l'époque de la majorité religieuse des jeunes Israélites, qui commençait avec leur treizième année, et à partir de laquelle ils étaient assujettis à la loi et responsables de leurs actes. J'ai reproduit ailleurs, d’après Wetstein, divers passages tirés des écrits des rabbins qui la fixent à l'âge de douze ans et un jour et qui disent ce qu'elle est. Voir Le Recensement de Quirinius, page 33, note. C’est à sa majorité religieuse que le jeune riche me paraît faire allusion quand il affirme avoir depuis sa jeunesse observé les commandements que Jésus lui rappelle.

MATTHIEU, XIX, 16-22. 479 voir vraiment eu le même souci du bonheur α᾽ΔυϊΡυὶ que de son propre bonheur. Pour qu'il soit forcé de le reconnaître, il suffit à Jésus de donner une autre expression au commandement d'aimer le prochain autant que soi : s’il veut véritablement, ainsi qu'il le prétend, ne rien négliger de ce que cette loi d'amour que Dieu, le seul Bon, a donnée, peut en certains cas exiger de lui, qu’il le montre en se dépouillant au profit des pauvres de ce qu’il a, et même alors il n’aura pas satisfait encore à toutes les obligations qui y sont renfermées, et il ne sera pas quitte envers le prochain (1). S'il s’y refuse, l'épreuve à laquelle Jésus le soumet aura nécessairement pour résultat de le convaincre que bien qu’il se croie prêt à faire des choses extraordinaires pour obtenir la vie éternelle, il n’a ni la volonté ni la force de se conformer à la Joi divine proposée comme règle à tous, alors que son étendue lui est révélée, et qu’il faudrait, pour la suivre, renoncer à des biens qui ont, à son insu, plus

(1) « Concluons que Christ n'entend pas que le jeune homme « ait encores faute d’une chose ouTre l'observation de la Lovy, a mais ΕΝ l'observatlon de la Loy. Cbrist fait seulement mention « d’une chose, pource qu'il. prétend seulement de toucher le « mal particulier dont il estoit le plus entaché : comme qui pres- « seroit une apostume avec le doigt. » (J. Cazvin, Commentaires sur le Nouveau Testament, tome le", pages 497-498.) — Saint Marc et saint Luc ne font pas mention, comme saint Matthieu, du commandement relatif à l'amour du prochain après ceux empruntés au Décalogue; mais cette omission est sans importance, puisque, chez eux aussi, Jésus demande au jeune riche de le mettre en pralique d’une certaine manière. Ils ne présentent, il est vrai, le commandement que sous sa seconde forme; mais celle-ci impllque la première, et le sens du récit n'en est pas altéré.

de prix qu’elle à ses yeux. Et c'est là ce qui arrive (4). Le Seigneur lui avait promis en compensation un trésor dans le ciel; mais le jeune homme riche se cramponne à ses richesses, et il fait voir ainsi que c'est sur la terre qu'est son trésor. (VI, 31.) Il se retire, au lieu de suivre Jésus, rendant évident par sa conduite que le détachement des biens d'ici-bas, qu'on ne possède innocemment que lorsqu'on leur préfère les biens éternels, est nécessaire pour entrer dans le royaume des cieux. Ce détachement est donc une disposition à ajouter à celles déjà mentionnées, et c’est parce que cela ressort de ce récit que saint Matthieu l’a inséré à cette place. Les déclarations du Seigneur qui vont suivre mettront plemement en lumière l’enseignement qu'il renferme.

XIX, 23. Ὁ δὲ Ἰησοῦς εἶπε τοῖς μαθηταῖς αὑτοῦ - ᾿Αμὴν λέγω ὑμῖν, ὅτι δυσχόλως πλούσιὸς εἰσελεύσεται εἰς τὴν βασι»

24, Πάλιν CE λέγω ὑμῖν, εὐχοπώτερόν ἐστι, χάμηλον διὰ τρυπήματος ῥατίδος διελθεῖν, À πλούσιον els τὴν βασιλείαν τοῦ Θεοῦ εἰσελθεῖν,

XIX, 48. Jésus ἀ080 dit à ses disciples : En vérité, je vous le dis, un riche entrera malaisément dans le royaume des εἶθδχ.

24. Et je vous le dis encore, il est plus facile qu’un chameau passe par le trou d’une aiguille qu'il ne l’est qu'un riche entre dans le royaume de Dieu.

(4) Les lignes qui suivent sont extraites de l'agenda de M. Vinet :

ὁ auril 4833. -- « Nous avons lu le chapitre XIX de Matthieu, « du verset 43 à la fin. J'ai été frappé de la marche sublimement « socralique de Jésus dans tout l'épisode du jeuve homme riche. « Partout, ce semble, de la justice des œuvres, il conduit pas « à pas l'âme ar:goissée jusqu’à la justification d’une autre espèce, « au salut venaat de Dieu seul. » Cette note de M. Vinet est évidemment le point de départ de son discours sur Le Jeune riche.

MATTHIEU, XIX. 29-24. 17 25. ᾿Ακούφαντες δὲ οἱ μαϑηταὶ 38. Lea disciples, entendant ἐξεπλήσσοντο σφόδρα, λέγοντες " cela, en étaient très-étonnés, et Τίς ἄρα δύναται σωθῆναι; ils disaient : Qui donc peut être sauvé P

26. Ἐμόλέψας δὲ ὁ Ἰησοῦς 96. Jésus, les regardant, leur εἶπεν αὐτοῖς. Παρὰ ἀνθρώποις dit: Quant aux hommes, cela τοῦτο ἀδύνατόν ἐστι, παρὰ δὲ est impossible; mais quant à θεῷ πάντα δυνατά. D toutes choses sont possi-

Les richesses exposent ceux qui les possèdent, par le bien-être, le contentement et la considération qu'elles procurent, à s'attacher tellement à la terre que 16 ciel soit pour eux sans attrait, et qu’ils ne ressentent ni goût n1 affection pour ce qui est d'en haut. Enivrés de leur félicité temporelle, ils ne songent qu'à la conservation et à l’accroissement de leurs biens, et plus leurs richesses augmentent, plus ils se laissent fasciner par elles (XIIT, 22), y mettant leur confiance (Marc, X, 24), au lieu de se confier en Dieu. Elles sont un péril pour ceux-là mêmes qui ne se croient préoccupés que de la vie éternelle, comme le jeune riche qui vient de s'éloigner tout inste. Ausai Jésus emploie-t-1l les termes les plus énergiques pour signaler le danger auquel ils sont exposés. Plus l’image à laquelle il a recours pour donner une idée des difficultés qu’ils ont devant eux est étrange par la disproportion de ses parties, plus elle est de nature à faire impression. Les disciples qui savent que si tous ne sont pas riches, la plupart de ceux qui ne le sont pas désirent passionnément de le devenir, en sont si frappés qu'ils s’écrient : « Qui donc peut être sauvé? » Ils ne donnaient pro-

bablement pas à ces mots ni à ceux de royaume des cieux le sens élevé que Jésus leur attribuait; mais c’est en en fixant la signification par l’usage qu'il en faisait, qu’il s’efforçait de les faire entrer peu à peu dans sa pensée. Au reste, s’il y a des obstacles au sa- Jut dans une grande prospérité, il y en a aussi dans l’état opposé ; il y en a dans toutes les situations où les hommes peuvent se trouver. Et c’est pour cela que, sans tenir compte des différences qui proviennent des circonstances extérieures et qui diversifient les tentations, 1l déclare d’une manière générale que si l’on ne regarde qu’à eux, il y a, pour tous indistinctement, impossibilité absolue d’être sauvés. Maïs, après avoir effrayé ainsi ses disciples, 1l les rassure aussitôt en ajoutant que toutes choses sont possibles à Dieu. C’est lui seul qui sauve, parce que c’est lui seul qui pardonne et qui sanctifie. Il faut donc que les hommes aient foi en sa puissance et en sa miséricorde, et qu'ils recourent à sa grâce; car il a le pouvoir d’arracher l'amour des richesses du cœur du riche, d'étouffer le murmure, l'inquiétude et l’envie dans le cœur du pauvre, et de renouveler pour le ciel l’homme né de la chair en le faisant naître de l’Esprit. (Jean, IT, 6, 8.)

XIX, 27. Τότε ἀποχριθεὶς ὁ ΧΙΧ, 27. Alors Pierre, prenant Πέτρος εἶπεν αὐτῷ - Ἰδού, ἡμεῖς la parole, lui dit : Voici, nous ἀφήγαμεν πάντα xat ἠχολουθή- avons, nous, tout laissé et nous σαμέν σοι" τί ἄρα ἔσται ἣμῖν ; l'avons suivi : que nous arri-

vera-t-il donc 3

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