‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 38 sur 107 · IV · texte numérisé non relu

IV

royaume temporel qu'ils attendaient ? Et s’ils raisonnaient ainsi, plus il leur disait que sa mort était proche, plus ils pouvaient trouver à propos de songer à ce qui, selon eux, devait la suivre. Voilà comment je m'explique la démarche des deux fils de Zébédée s’approchant avec leur mère, malgré ce qu’ils venaient d'entendre, pour supplier le Seigneur de leur accorder d'être assis dans son royaume, l’un à δὲ droite, l’autre à sa gauche. Il avait promis que quand il serait assis sur le trône de sa gloire, ses apôtres seraient assis, eux aussi, sur douze trônes jugeant les douze tribus d'Israël (XIX, 28); mais cela ne sufiit pas à Jacques et à Jean, et ils lui demandent, comme marque spéciale de sa faveur, la préséance sur leurs compagnons, ce qui impliquait une autorité supérieure à celle qu’il attribuerait à ceux-ci. Étrange requête de la part de gens auxquels leur maitre n’avait pas laissé ignorer qu’on les persécuterait par toutes les villes d'Israël et qu’on les ferait mourir (X, 21, 93), ce qui aurait dû leur faire comprendre que l’accomplissement de la promesse dont 116 voulaient tirer plus d'avantage que les autres était réservé pour l'époque glorieuse où tout ce qu’ils auront lié sur ls terre sera lié dans les cieux. (XVIIE, 18.) A voir leurs préoccupations actuelles, 11 n’est pas étonnant que Jésus ait trouvé nécessaire de les contraindre à s'embarquer (XIV, 22), quand le peuple voulait l’enlever pour le faire roi (Jean, VI, 15); car ils auraient pu consentir à prêter la main à l'exécution de ce dessein. Quels qu'aient dû être leurs progrès depuis ce

MATTHIEU, XX, 17-28. 195 temps-là, c'étaient cependant encore les mêmes hommes, disciples sans doute du Christ, parce qu’il avait les paroles de la vie éternelle (Jean, VI, 68), mais ses partisans au moins autant que ses disciples, parce qu'ils espéraient avoir part à son élévation, lorsque son règne serait venu.

Jésus le sait bien; aussi, s'adressant aux deux frères, et non à leur mère, quoiqu'’ils se fussent d'a bord servis d’elle pour être leur organe, leur répond-il : « Vous ne savez ce que vous demandez. » [5 ne le savent pas, parce qu’ils ne savent ni quelle est la nature de son royaume, ni combien ce que désignent les mots dont ils usent si légèrement est différent de ce qu’ils désirent réellement obtenir. Et puis, ils devraient réclamer de lui tout autre chose que des grandeurs à cette heure où il vient de leur dire qu’il va être condamné à mort, livré aux Gentils et crucifié. Ne se souviennent-ils donc pas qu'il leur a parlé de leur croix avant même de leur parler de la sienne ? (X, 38; XVI, 24.) C’est de souffrir avec lui, et non de régner avec lui, qu’il s’agit maintenant : « Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire « et vous laisser submerger par les grosses eaux qui « m'atteignent déjà ? » Ces deux images, celle de la coupe et celle de l’immersion ou du baptême, sont empruntées, l’une et l’autre, à la langue de l’Ancien Testament (1). Elles ont trouvé accueil dans la nôtre;

(4) En voici des exemples. Pour la coupe, voir : Psaume LXXV, 93 Ésaïe, LE, 47, 24, 93; Jérémie, XXV, 45, 47, 38; Ézéchiel, XXHH, 33. Pour le bapléme ou l'immersion, voir :

car nous disons, à l’imitation des Hébreux, « boire « la coupe amère » et a être plongé dans un abime,» en parlant des épreuves que nous endurons. « Le « pouvez-vous ? » c’est-à-dire, y êtes-vous préparés intérieurement? vous sentez-vous en état de tout accepter et de souffrir avec moi? avez-vous la foi, qui est aussi nécessaire pour résister aux grosses eau que pour transporter les montagnes ?

Ïs répondent : «Nous le pouvons,» résolus qu'il sont, pour participer aux grandeurs de son règne, à s’associer à la partie douloureuse de la tâche de leur maître, maïs sans se douter de ce qu’il leur faudra pour cela de force. C’est ainsi que Pierre s’écrien bientôt, en comptant trop sur lui-même: « δεῖ- « gneur, je suis tout prêt d'aller avec toi et en prison «et à la mort. » (Luc, XXII, 33.) Et encore : a Pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant? Je « mettrai ma vie pour toi. » (Jean, XIII, 37.)

L'heure viendra en effet, leur dit Jésus, où ils auront à boire sa coupe et à être baptisés de son baptême; mais c’est pour cela qu’au lieu d’élever de

Psaume XVIII, 47; XXXII, 6; XLIT, 8; LXIX, 3; CXXIV, 4, 5; Job, XXII, 44. Il suffit de se rappeler que plonger et bapliser sont synonymes en français et correspondent au même mot gr&, pour comprendre qu’étre baptisé du baptéme dont Jésus est baptisé signifie étre plongé dans une détresse semblable à la sienne. (Malis submergi quibus ego submergar. ἈΚσικοει, Ι, 561.) Le Clerc a traduit : Pouvez-vous étre plongés de la manière dont je serai plongé? J'ai préféré employer les mots baptiser et baptéme, pour conserver dans la traduction quelque chose de l'effet que leur rapprochement produit dans l'original.

MATTHIEU, XX, 17-28. 197 vanes prétentions, ils auraient dû le conjurer de leur accorder son assistance en cette heure-là. Ils ne l'obtiendront que quand ils auront appris par une triste expérience combien ils ont besoin de la demander; et ce qu’ils demandent, ils ne le recevront pas, «parce qu’ils demandent mal, pour satisfaire à leurs « convoitises. » (Jacques, IV, 3.) D'ailleurs, dans le royaume des cieux, il n’y a point «acception de per- «sonnes. » (I. Pierre, I, 17.) Rien ne s’y fait par de simples motifs de préférence. Les récompenses, ainsi que Jésus le leur dit, y appartiennent à ceux qui remplissent les conditions déterminées par son Père, lequel a voulu que l'élévation et le bonheur dans 18 vie future fussent proportionnés à la piété et à la sainteté en celle-ci. (V, 3-10.) C’est pour eux qu'il les a préparées, de même que par son Esprit il les a préparés pour elles.

Quand les dix autres disciples apprirent ce qui venait de se passer, ils ressentirent une vive indignation de ce que les fils de Zébédée avaient voulu être mis au-dessus d'eux, chacun d’eux nourrissant l’espérance de l’emporter sur les autres, et une même cupidité perverse régnant en tous (1). « Dieu a voulu, «dit saint Jean Chrysostome, que tout le monde a connût combien ils étaient imparfaits d’abord, afin « qu'on admirât davantage ce changement si admi- «rable que la grâce de Dieu. a fait dans leurs « cœurs (2). »

(4) 3. Cazvin, Commentaires sur le N. T., Tome Ier, page 5413. (2) LXFe Homélie sur l'Évangile de saint Matthieu.

Jésus, pour couper court à leur ambition, se mit à les reprendre à leur tour. Il leur déclara qu’à linverse de ce qui a lieu dans les royaumes de la terre où les princes et les grands commandent avec autorité, dans son roÿaume ceux qui occupent les premiers rangs doivent considérer leur élévation, non comme une dignité, Mais comme une charge, qui les subordonne aux autres, Il faut qu’ils s’abaissent, et qu'aucun office ne leur paraisse vil et abject, lorsqu'il s’agit d'accomplir les devoirs de l’amour fraternel. Serviteurs et esclaves, pour savoir à quoi ces noms les obligent, 118 n'ont qu’à regarder au «Fils de a l’homme, qui n’est pas venu, dit-il, pour être « servi, mais pour servir et donner sa vie en tançon « pour un grand nombre. » Lui, à qui le Père a remis toutes choses entre les mains, il se ceindra d'un linge et il lavera les pieds de ses disciples, afin de leur apprendre à ne trouver trop bas aucun des services qu'ils pourront se rendre les uns aux autres. (Jean, XII, 3-17.) Lui qui est la vie (Jean XIV, 6), il donne volontairement et de lui-même sa vie (Jess, X, 17, 18), quoique instruit des outrages et du cruel genre de mort qui lui sont destinés (XX, 18, 19) afin qu’elle soit la rançon des nombreux « esclaves du « péché, » et qu’affranchis à ce prix, ils soient « vé- « ritablement libres, » (Jean, ὙΠ], 34, 36.) Et eu aussi, comme leur maître, ils doivent être prèts à donner leur vie. C’est la leçon qu'ils tireront de cette parole et de l'exemple que le Christ leur va laisser, lorsqu'ils diront, après l’acéomplissement de

MATTHIEU, XX, 17-28, 29-34. son sacrifice : « Nous avons connu ce qué c’est que «la charité, en ce qu'il a mis sa vie pour nous; «nous devons donc aussi mettre notre vie pour nos «frères. » ([. Jean, IT, 16.) Mais qu'ils étaient loin de songer à se dévouer ainsi, alors qu’ils demandaient à Jésus du pouvoir et des honneurs!

Il importait d’autant plus qu'il dissipât leur erreur et qu'il combattit la passion qui les égarait, qu'ils allient, en approchant de Jérusalem, trouver le peuple plus disposé à lui faire l'accueil enthousiaste dû

au Fils de David.

XX, 29. Kat ἐχπορευομένων αὐτῶν ἀπὸ Ἱεριχώ, ἠκολούθησεν αὐτῷ ὄχλος πολύς.

90. Καὶ ἰδού, δύο τυφλοὶ χαθήμενοι παρὰ τὴν ὁδόν, ἀχούcaves ὅτι Ιησοῦς παράγει, ἔχραξαν λέγοντες: Ἐλέησον ἡμᾶς, χύριε, υἱὸς Δαυΐδ.

XX, 49. Et comme ils sortaient de Jéricho, une grande foule les suivit.

80. Et voici, deux aveugles, assis près du chemin, ayant entendu que Jésus passait, s’écrièrent : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David!

31. Et la foule les voulait obliger à se taire; mais ils criaient d'autant plus : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David !

32. Jésus, s'étant arrêté, les appela et leur dit : Que voulezvous que je vous fasse ?

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