‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 56 sur 107 · Λέγει αὐτοῖς: Πῶς οὖν 43. Il leur dit : Comment dom · texte numérisé non relu

Λέγει αὐτοῖς: Πῶς οὖν 43. Il leur dit : Comment dom

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MATTHIEU, XXII, 41-46. 267 Aaut5 ἐν πνεύματι (1) χύριον David, inspiré, l’appelle-t-1l Seiαὐτὸν χαλεῖ; λέγων" gneur, disant :

44. Εἶπεν ὁ χύριος τῷ χυρίῳ 44. « Le Seigneur a dit à mon μου" Κάθου Ex δεξιῶν μου, ἕως « Seigneur : Assieds-toi à ma ἂν θῶ τοὺς ἐχθρούς σου ὑποπόδιον « droite, jusqu’à ce que j'aie fait τῶν ποδῶν σου (2). « de tes ennemis le marchepied

« de tes pieds. »

45. Εἰ οὖν Δαυὶδ χαλεῖ αὐτὸν 45. Si donc David l'appelle Seiχύριον,͵ πῶς υἱὸς αὐτοῦ ἐστι: gneur, comment est-il son fils ἢ

46. Καὶ οὐδεὶς ἐδύνατο αὐτῷ 46. Et personne ne pouvait lui ἀποχριθῆναι λόγον, οὐδὲ ἐτόλ- rien répondre, et nul depuis ce μησέ τις ἀπ᾿ ἐχείνης τῆς ἡμέρας jour-là n’osa plus l’interroger. ἐπερωτῆσα: αὐτὸν οὐχέτι.

Les Juifs étaient persuadés, d’après les Écritures (Jean, VII, 42), que le Messie ou le Christ qu’ils attendaient serait de la race de David (Jérémie, XXII, 5) et qu'il sortirait du bourg de Bethléhem (Michée, V, 2), d’où était David. De là ces hosanna au Fils de David par lesquels beaucoup d’entre eux avaient salué, peu de jours auparavant, l’arrivée de Jésus à Jérusalem. Au lieu de comprendre que cette descendance n'avait par elle-même aucune importance, et que son annonce devait seulement les aider à reconnaitre le Messie lorsqu'il paraîtrait, 118 en avaient si bien fait l'essentiel qu’ils se le représentaient comme le restaurateur de la dynastie qui avait autrefois régné sur leur pays, venant lui rendre la prospérité et l’indépendance. Le nom de Fils de Dieu lui avait été prophétiquement donné (Psaume IL, 7);

(4) « Ἐν πνεύματι, id est, Spiritus prophetici impulsu. » (BzzA.)

(2) Citation du Psaume CX, d'après les LXX. — « Formula « facere hostes scamnum pedum, quæ hebraica est, notat idem

« quod simplex verbum ὑποτάσσειν, subjicere. » (Kurnozc, Com- Mmentarius in libros Ν. T., tome I, page 645.)

mais il ne leur paraissait qu’un titre d'honneur. Peutêtre Nathanaël l'employait-il en ce sens, quand il disait au Seigneur : « Tu es le Fils de Dieu; tu es le « foi d'Israël. » (Jean, 1, 49.) Les pharisiens aussi, que Jésus interroge ici, n’attendaient comme Messie, ainsi que cela résulte de leur réponse, qu’un fils de David, c’est-à-dire qu’un roi temporel. Mais quel rapport aurait-il pu y avoir entre un roi temporel et le royaume spirituel et éternel dont il leur annonçait l'approche? Pour que ce royaume, avec les caractères qu'il lui attribue et la loi qui le doit régir, püt être à la fois « le royaume de Christ et de Dieu, » ainsi qu’on le nommera un jour (Éphésiens, V, 5), il était nécessaire que le Christ lui-même füt autre chose encore que ce qu'ils pensaient.

Oui sans doute, « il est de la race de David, selon € la chair » (Romains, I, 3), comme ils le disent; mais, « selon l’esprit de sainteté, » comme Simon- Pierre l’a confessé, « il est le Christ, le Fils du Dieu « vivant; » et cela, la chair et le sang n’auraient pu le découvrir au fils de Jonas. Et quant au royaume qu’il est venu établir, ce n’est pas un second royaume d'Israël, comme nous avons eu un second Empire; c’est son Église, contre laquelle les portes des enfers ne prévaudront point. (XVI, 16-18.)

Dans un psaume que les Juifs de ce temps-là s’accordaient à regarder comme un psaume messianique, David, qui était prophète (Actes, II, 30), parlant par le Saint-Esprit (Marc, XII, 36), ἃ nommé le Christ son Seigneur. (Psaume CX, 1.) Jésus le cite aux

MATTHIEU, XXII, 41-46. 269 pharisiens, et s'ils avaient voulu se laisser instruire par les Écritures, quelle haute idée de la dignité du Christ et de la nature de son règne cette courte citation leur aurait pu donner! Qui ne voit que simple fils de David, le Christ, pour fonder son règne, aurait dû se mettre à la tête des siens et réduire, en les combattant, les ennemis de sa personne et de son autorité ? Mais l'Éternel dit à celui-ci : « Assieds-toi ἃ « ma droite jusqu’à ce que j'aie fait de tes ennemis «le marchepied de tes pieds. » (Psaume CX, 1.) Parole magnifique, que l’Église a considérée comme accomplie par l'ascension du Seigneur (Marc, XVI, 19), et qui, souvent répétée par les apôtres (Actes, I, 34, 35 ; 1. Corinthiens, XV, 24-28; Hébreux, I, 8,13; X, 12, 13; 1. Pierre, Π, 22), lui a appris, siècle après siècle, à chercher dans le ciel le Christ, son chef éternel, jusqu’à ce que Dieu lui ait assujetti toutes choses (I. Corinthiens, XV, 28), et qu'il en revienne comme 1l y est monté. (Actes, 1, 11.)

Jésus n’a eu besoin de citer aux pharisiens que les premiers mots de ce psaume, qu’ils attribuaient euxmêmes, comme les autres Juifs (Actes, II, 34) à David, pour qu’ils ne sussent que répondre. Parmi les hommes, « le fils honore le père » (Malachie, I, 6); mais quel est le père qui appelle Seigneur quelqu'un de ses descendants ? Pour nommer le Christ ainsi, il fallaitque David l’envisageât sous un autre rapport encore, qui lui fit un devoir de s’abaisser devant lui. Les pharisiens ont-ils été jusqu’au bout de la pensée de Jésus ? 11 leur suffisait, pour la compléter, de prendre

en son vrai sens cette déclaration de l'Éternel dans un autre psaume également relatif au Messie : « Tu es « mon fils; je t’ai engendré aujourd'hui. » (Psaume IL, 7.) Qu'ils aient fait ce rapprochement ou non, ils se turent, et voyant bien, par l'insuccès de leurs tentatives durant les deux derniers jours, qu'ils ne réussiraient pas à surprendre dans les discours de Jésus quelque chose qui leur permit de l’accuser, ils cessèrent, à partir de ce moment, aussi bien que ses autres interlocuteurs, de lui poser des questions captieuses, de peur de se faire du tort à eux-mêmes; car le peuple prenait plaisir à l'écouter. (Marc, XII, 37.) |

J'ai dit, dès l’entrée de ce travail, que le dessein de Matthieu, dans son Évangile, a surtout été « d’op- « poser au vain espoir de la restauration de la « royauté nationale que les Juifs entretenaient, l’idée « de ce royaume spirituel, ou comme disent les évan- « gélistes, de ce royaume des cieux ou de Dieu, que « seul, à les en croire, le Christ devait fonder (1). » Comme il avait le choix de ses matériaux, il était nécessaire de montrer de quelle manière chacun de ceux que nous venons d'examiner était approprié à son but. J'espère avoir fait voir qu'il n’est pas un seul de ces fragments, y compris ceux sur le payement du cens et sur le mariage des veuves, qui n’ait pu servir, par les réflexions auxquelles il donnait

(4) Première partie, page 8.

MATTHIEU, XXII, 41-46. 271 lieu, à mettre en lumière quelqu’un des caractères du royaume de Dieu ; et si ce royaume a été, ainsi que je n’en doute point, le grand sujet de l’enseignement oral que Matthieu a donné en Judée, il en résulte qu'ils devaient tous trouver place, préférablement à d'autres, dans l'Évangile qui a été la base de la prédication de cet apôtre parmi ses compatriotes.

L'un de ceux qu’il a omis et que saint Jean a recueillis, me paraît appartenir à cette même journée. C’est le récit de la démarche de ces quelques Grecs, venus à Jérusalem pour y adorer pendant la fête, qui témoignèrent à Philippe le désir de voir Jésus. Relégués comme ils l’étaient dans le parvis des Gentils, ils n’avaient pu entendre les instructions que le Seigneur avait données dans le temple; mais comme c'était la préoccupation générale, 1] était impossible qu'il ne leur en revint pas quelque chose. Et quand on leur eut redit la parabole relative au royaume des cieux que Jésus avait proposée le matin, et dans laquelle le roi finit par donner ordre à ses serviteurs d'aller aux carrefours des chemins et d’appeler aux noces tous ceux qu'ils trouveront (XXII, 9), avec quelle joie une telle espérance dut-elle être accueillie par ces hommes dont le cœur y était ouvert à l’avance, ainsi que cela résulte de leur présence dans le lieu saint ! Saint Jean ne raconte pas que Jésus se soit entretenu personnellement avec eux. Il semble s’être borné à leur faire savoir par Philippe et André, qui lui avaient transmis leur vœu, que la promesse contenue dans la parabole n’aurait son effet qu'après

sa mort. « Si le grain de froment meurt, il porte beau- « coup de fruit, » leur dit-il ; et un peu après, s’appliquant à lui-même ces paroles, et faisant allusion à la nature de son supplice, 1] ajouta, pour marquer qu'avec lui cesserait la distinction entre le Juif et le Grec : « Quand j'aurai été élevé de la terre, je les cattirerai tous à moi. » (Jean, XII, 24, 32.) Cet épisode est mêlé au récit de ce qui se passa alors dans le temple entre Jésus et son Père : Jésus associant dans une même pensée sa mort, sa gloire et la gloire de son Père, et lui disant : « Père, glorife « ton nom, » et une voix qui vient du ciel répondant : « Et je l'ai glorifié, et je le glonifierai encore. » (Jean, XII, 28.) Une si grande scène aurait nécessairement détourné l'attention de ce que Matthieu voulait enseigner ; aussi n’en a-t-il pas fait mention. Je n'en aurais non plus rien dit, si je n’avais jugé utile d’indiquer ce nouveau point de rencontre entre le premier et le quatrième Évangile,

Ainsi finit le 7 de nisan. Après avoir prévenu ceux qui l’entouraient que la lumière n’était plus avec eux que pour peu de temps, et leur avoir dit: « Pendant 4 que vous avez la lumière, croyez en la lumière, « afin que vous soyez des enfants de lumière,» Jésus s'en alla et se cacha d'eux. (Jean, XII, 35, 36.) Saint Jean choisit ce moment pour nous apprendre quel était, à la suite de l’enseignement qu’il venait de donner pendant plusieurs jours, l’état des esprits à Jérusalem. Le peuple, dans son ensemble, malgré les nombreux miracles faits en sa présence, ne croyait

. MATTHIEU, XXI, 41-46. 27 pas en lui comme au Christ. Toutefois il y avait un certain nombre de gens, et même des principaux, qui avaient foi en lui; mais à cause des pharisiens, 118 ne le confessaient point, de peur d’être exclus de la synagogue. (Jean, XII, 34, 37, 42.) Les pharisiens, quise sont emparés de l'esprit de la nation et qui la dominent, continuent donc à s’opposer au Christ et à son œuvre; et c’est pour cela aussi que Jésus leur a dit : « Le royaume de Dieu vous sera ôté, et il sera

cdonné à un peuple en produisant les fruits. » (XXI, 48.)

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