Mais le plus grand d’entre vous sera votre serviteur
43. Celui qui s’élèvera luimême, sera abaissé, et celui qui s’abaissera lui-même sera élevé.
Jésus avait déclaré aux pharisiens que le royaume de Dieu leur serait ôté. (XXI, 43.) Étant revenu le lendemais, 8 de nisan, au temple, il donna un commencement d'exécution à la sentenée qu’il avait prononcée contre eux, en les dénonçant au peuple comme indigoes d’être ses guides spirituels, et en leur notifiant publiquement à eux-mêmes que leur hypocrisie ne demeurerait pas impunie.
Lorsque le roi Josaphat entreprit autrefois la réforme qu’il avait à cœur d'accomplir, il chargea des lévites et des sacrificateurs de prendre le livre de la bi de l’Éternel et de faire le tour de toutes les villes de Juda pour instruire leurs habitants de ce qu’elle commande. (11. Chroniques, XVIT, 7-9.) Au retour de la captivité, ce fut le peuple qui demanda qu’on lui en fitlecture. Une chaire fut dressée, d’où Esdras, assisté des lévites, la lut à tous ceux qui accouraient pour l'entendre. L'usage de lire et d'expliquer Moise dans les synagogues s’établit bientôt dans tout le pays, et il y eut dès lors des personnes chargées de remplir
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cet office les jours de sabbat. (Actes, XV, 21.) Au temps de Jésus, c'étaient les pharisiens qui occupaient à peu près partout la chaire qui servait à cet enseignement, et quand, conformément à leur emploi, ils recommandaient d'observer tout ce que Moïse a prescrit, il fallait assurément les en croire. C'est ce que le Seigneur affirme tout d’abord, parce qu'i n’est pas venu détruire, mais accomplir la loi. (V, 17.) Et puis, il se récrie aussitôt, indigné de ce que de tels hommes ont osé usurper une telle fonction. Qui sontils, pour être, préférablement à d’autres, les interprètes des préceptes divins? des gens qui disent et ne font pas, sévères pour autrui dans leurs discours publics, ajoutant mênfe de leur chef aux exigences de la loi, pour donner une plus haute idée de leur rigidité, mais dans la pratique aussi relächés qu'on peut l’être. Celui qui a dit : «On a trouvé le secret « de faire impunément toutes choses, pourvu qu'on « parle sévèrement, » a révélé le leur sans les nommer (1). Il ne leur en coûtait pas davantage, pour afficher le respect qu’ils professaient avoir pour la loi, de s’adresser aux yeux qu'aux oreilles : de là ces larges bandes de parchemin, sur lesquelles des sen- (4) Bounnarous, Sermon sur la sévérité évangélique. — Écoutons Matthew Henry sur le même sujet : « What greater « hypocrisy can there be, than to press that upon others to be « done wbich they themselves disobey; pulling down, in their « practice, what they build up in their preaching; when in the « pulpit, preaching so well, that it is pity they should ever come « Out; but, when out of the pulpit, living 50 äll, that it is pity
« they should ever come in. » (An Exposition of the Old and New Testament. London, 4827. Vol. V.)
MATTHIEU, XXIII, 1-12. 277 tences de la loi étaient transcrites, et qu'ils s’attachaient au front et au bras (Deutéronome, VI, 8); de là aussi ces longues franges, plus longues que celles qu’on avait coutume de coudre aux manteaux, dont Moïse avait dit, précisément parce qu’il était impossible de ne pas les voir : « Que leur vue vous «rappelle tous les commandements de l'Éternel. » (Nombres, XV, 37-40.) C’étaient des moyens extérieurs de faire souvenir de la nécessité de la vigilance; mais en exagérant ces signes pour attirer les regards, ils les faisaient servir à l’ostentation. « Sain- « teté fardée, parades et vaines bouffées, feintise et « badinage, » comme Calvin s’exprime, qui ne tendaient pas à la conversion des pécheurs, mais à obtenir les places d'honneur dans les festins et les synagogues, beaucoup de salutations dans les lieux publics (1), et le titre assez nouveau alors de Rabbi, que les Juifs s'étaient mis par adulation à donner à leurs docteurs, et dont ceux-ci tiraient vanité, parce qu’à ce mot répondait l’idée d'excellence et de grandeur (2). Mais avec des préoccupations de cette sorte,
(1) Voici un exemple contraire emprunté aux sources rabbiniques : « On dit de R. Iohannan ben Zaccaiï, qui suivait les prin- « cipes de Hillel, que jamais homme n'a pu le saluer le premier, a pas même un païen au marché. (Berachot, 17 a.) Il y avait, « sur ce docteur célèbre, toute une série de contes répandus « parmi les Juifs. » (J. DenenBounc, Essai sur lhistoire et la géographie de la Palestine. Paris, 1867. Partie I, page 277.)
(2) « Rabbi. eminentem declarat, et eum qui multorum sit « instar. Erat ergo valde fastuosus hic titulus ; quod etiam intel- « ligitur ex repetitione, qua nimirum isti valde capiebantur. » (ΒΕΖΑ.)
278 MATTHIEU, XXII, $-12 qu’auraient-ils pu faire d’utile dans la vigne du maitre Rien absolument; et c’est pour cela qu'il leur avai été dit que la vigne leur serait ôtée pour être confiée à d’autres. (XXI, 41, 43.)
Les apôtres et les disciples qui y devaient travailler - étaient auprès de Jésus, Craignant qu'ils n'en viernent un Jour à prendre plaisir à ces puérils hommages, ce qui les rendrait impropres à la mission qu'ils ont reçue de lui, il leur prescrit de ne pas consentir à ce qu'on les appelle ni rabbi ni docteur, comme 8115 aspiraient à être des chefs d'école et à avoir des disciples particuliers, tandis qu’ils n’ont tous ensemble qu’un seul docteur, le Christ, par lequel ils doivent se laisser matruire. [18 sont tous frères: qu'ils se gardent donc aussi d'élever l’un d’entre eux audessus des autres en le.nommant leur père ; car étant frères, ils n’ont tous qu’un père, celui à qui Jésus leur a appris à dire notre Pére, et qui est au ciel (1). S'ils voulaient s’élever eux-mêmes ou élever un de leurs compagnons de service plus haut qu’il ne convient, ce ne pourrait être qu’au préjudice de la dépendance directe dans laquelle il faut qu'ils soient tous du Christ et de Dieu. « Le plus grand honneur «en lÉglise n’est pas domination, mais minis-
(4) « Oh! non, disait le P. Gratry, jamais je n’eusse voulu être « appelé père et maitre d’un autre esprit. Et pourquoi? parce que « j'étais si beureux d'avoir le Christ pour maître, que je n'en « puis comprendre d'autre ni pour moi, ni pour le moindre de « ces petits. Vous n'avez tous qu'un maitre qui est CbrisL » (Commentaire sur l'Évangile selon saint Matthieu. lie Partie, page 189.)
MATTHIEU, XXI, 1-2. 919 « tère (1). » L’orgueil, comme dans le monde, y précède la chute, tandis que labaissement volontaire, motivé par la charité, loin d’amoindrir personne, y est la condition de la véritable élévation.
En disant à ses disciples et au peuple, que le Christ est leur seul docteur, Jésus corrigeait la fausse idée qu’ils se faisaient de sa royauté. C’est dans le même sens qu'il dira bientôt : « Je suis Roi; je suis né pour cela; « je suis venu dans le monde pour rendre témoignage «ἃ la vérité. Quiconque est pour la vérité écoute ma « voix. » (Jean, XVIII, 37.) Si la royauté est « l’em- « pire incontesté d’une volonté sur des milliers de vo- « lontés soumises(2), » jamais aucune n’aura mieux que celle-là justifié son nom. Pour qu’elle pût exercer tous ses droits, 1] n’était pas nécessaire que les Juifs se refusassent à payer le cens à Gésar; mais il était indispensable qu’ils reconnussent dans la personne du Christ «le Docteur unique, le seul véritable, bon, juste, à « l'image et à la ressemblance du Père, le Verbe de « Dieu enfin, » ainsique le nommait Clément d’Alexandrie (3), et qu’ils secouassent la domination des pharisiens qui s’opposaient à lui comme au représentant de la sainteté et de la vérité. C’est pour renverser leur empire que, s'adressant directement à eux, il va leur arracher le masque et les montrer tels qu'ils sont
(4) δ. Cazvin, Commentaires sur Le N.T., tonte 1, page 676.
(a) A. Vaxer, Nosvelles Études évangéliques : L'Indifférentisme religieux.
(8) Ἕνα μόνον... παιδαγωγὸν ἡμῶν εἶναι. Pæd. Lib. 1, n. Cité par ΒΕΑύβοββε, Remarques hisivriques, critiques et philolegiques sur le N. T. La Haye, 1752. Tome I, page 68.
XXIII, 13. Οὐαὶ δὲ ὑμῖν, γραμματεῖς καὶ Φαρισαῖοι, ὗὑποχριταί, ὅτι κλείετε τὴν βασιλείαν τῶν οὐρανῶν ἔμπροσθεν τῶν ἀνθρώπων" ὑμεῖς γὰρ οὐχ εἰσέρχεσθε, οὐδὲ τοὺς εἰσερχομένους ἀφίετε εἰσελθεῖν.
XXIII, 43. Mais malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermer le royaume des cieux devant les hommes ; car vous n'y entre point vous-mêmes, et n’y laissez Don plus entrer ceux qui y ettreraient.
14. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous dévorez les maisons des veuves, et cela en vous donnant l'air de prier longuement ; le jugement que vous subirez en sera d'autant plus sévère.
.45, Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et quand il l’est devenu, vous faites de lui un fils de la géhenne deux fois plus que vous.
Les disciples avaient appris de Jésus, dès le com-
mencement de son ministère, qu’il était besoin d’une justice surpassant celle des scribes et des pharisiens
(4) Ce verset 14, dont l'objet est de montrer, par la conduite des scribes et des pharisiens, qu’ils n’entrent pas dans le royaume des cienx, ainsi que cela est dit d’eux au verset 13, manque dans plusieurs manuscrits. ἢ] en est d’autres où il précède le verset 43.
(2) Υἱὸς γεέννης me paraît être l'équivalent de ἔνοχος εἰς τὴν γέενναν τοῦ πυρός, jusliciable dans la géhenne du feu. (V, 2.) Voir Partie II, page 81. Suivant Honne, Zntroduction to the study of the Scriptures, tome II, page 24, le mot fils servait aux Hébreux à désigner des rapports très-variés, entre autres celui de la dépendance d’une personne ou d’une chose à une autre. De là, enfants de colère (Éphésiens, II, 3), fils de perdition (Jean XVII, 42; 11. Thessaloniciens, IE, 3), et chez les LXX, ui θανάτου, fils de la mort pour digne de mort. (I. Samuel, XX, 31;