‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 61 sur 107 · Vous aussi, remplissez la mesure de vos pères · texte numérisé non relu

Vous aussi, remplissez la mesure de vos pères

33. Serpents, race de vipères, comment échapperez-vous au jtgement de la géhenne P

34. Voici, c’est pour cela que je vous envoie, moi, des prophètes et des sages, et des scribes ; et vous en tuerez d'entre eux et les crucifierez, et vous en flagellerez d’entre eux dans vos synagogues et les persécuiere de ville en ville ;

35. Afin que tout le sang juste répandu sur la terre vienne sur vous, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zachark, fils de Barachie, lequel vous avez tué entre le sanctuaire (le lies trés-saint) et l'autel.

36. En vérité, je vous le dis, toutes ces choses viendront sur celte généralion-ci.

MATTHIEU, XXIII, 29-56. 289 Les Juifs élevaient depuis longtemps des monuments funèbres à ceux des leurs qu’ils voulaient honorer. C’est ainsi que Simon Maccabée construisit à Modin un tombeau d’une grande beauté pour son père, sa mère et ses quatre frères (1). Hérode aussi, qui avait fouillé le sépulcre de David, dans l’espoir d'y trouver des trésors, ne crut pouvoir mieux faire pour empêcher le peuple d’ajouter foi à une telle profanation si on l’en accusait, que de placer à son entrée une superbe porte en marbre blanc (2). Ce calcul d'Hérode nous met sur la voie de celui que Jésus accuse ici les pharisiens de faire en bâtissant des tombeaux aux prophètes et en ornant les monuments des justes (3). De même qu'il s’était proposé de cacher l’outrage qu'il avait fait au roi prophète en honorant ainsi sa mémoire, ils cherchaient à dissimuler l'opposition dans laquelle ils étaient avec les envoyés de Dieu, par les hommages qu'ils affectaient de leur rendre (4).

(4) 1. Maccabées, XIIT, 25-30.

(2) FL. Jos., Ant. Jud., lib. XVI, ὁ. var, δ 1. — Actes, IT, 29.

(3) Vitringa fait mention des honneurs extraordinaires qu’on rendait au sépulcre de Mardochée. De Synag., page 224.

(4) E. Robinson renvoie aux anciens itinéraires en Judée, entre autres à celui intitulé Jichus ha-Abot (Carmoly, page 433 et suiv.), pour la description des sépulcres des saints honorés par les Juifs. Π ἃ vu lui-même à Teyäsir, sur la route de Jérusalem à Beisan, un monument qu'il décrit, et qu'il considère, en raison de ses dispositions, comme ayant servi au même usage. (Later Biblical Researches, page 306.) Quant aux galeries sépulcrales, voisines du mont des Oliviers, dont Robinson donne Ile plan d’après Tobler, et qu’on nomme aujourd’hui les {ombes des prophèles, tous les archéologues s'accordent à penser qu’elles n'ont rien de

290 MATTHIEU, XXIII, 29-86. | Leur langage répondait à ces démonstrations. On les entendait dire que s'ils avaient vécu au temps où leurs pères faisaient mourir les prophètes, ils ne se seraient pas joints à eux pour répandre leur sang. Ce respect apparent tendait à persuader aux ignorants qu’ils maintenaient la doctrine de ces fidèles témoins, dont ils auraient, disaient-ils, protégé la vie. Mais nous savons que rien n’était plus faux. Ils n’étaient justes dans leurs appréciations du passé que pour qu'on ne les soupçonnât pas d’être injustes dans le présent; mais s'ils avaient rencontré vivants ceux que, morts, ils vénéraient comme des martyrs, tout comme leurs pères, ils les auraient fait mourir. Leurs sentiments actuels à l'égard des hommes qui sont venus à eux de la part de Dieu le font assez voir. Ils sont si peu disposés à recevoir les prophètes en qualité de prophètes, qu'ils prétendent ignorer si le baptême de Jean était du ciel ou non ; et depuis trois ans et demi que Jésus prêche la conversion, leur grande affaire a été de trouver le moyen de le faire périr. En intention, ce sont des meurtriers. Ayant les mêmes passions que leurs ancêtres, ils auraient donc agi comme eux s'ils avaient été à leur place, et aussi souvent qu'ils croiront que cela leur est avantageux, ils imiteront l'exemple qu’ils en ont reçu. Voilà pourquoi Jésus, après les avoir taxés d’hypocrisie, leur déclare qu’il y a solidarité entre eux et

commun avec celles dont Jésus parle ici. (2bf£d., page 253. Voir aussi Saurcr, Joyage autour de la Mer Morte, tome NH.

page 284.)

MATTHIEU, XXII, 29-36. 301 tous ceux qui ont versé le sang des justes, En même temps qu'ils proclament qu’ils n’auraiént pas tué les prophètes ainsi que leurs pères l'ont fait, ils reconnaissent, en disant cela, qu’ils sont leurs fils : eh bien! oui, ils sont leurs fils, et dans un autre sens encore qu'ils ne voulaient le faire entendre. Lorsqu’ils s'étaient écriés : « Notre père c’est Abraham, » Jésus leur avait répondu, sachant qu’ils n’avaient pas son esprit: «Si vous étiez enfants d'Abraham, « vous feriez les œuvres d'Abraham. » (Jean, VHI, 39.) Mais maintenant qu’ils conviennent qu'ils sont issus des meurtriers des prophètes, ayant la certitude qu’ils ont les mêmes sentiments qu'eux et qu’au fond du cœur ils consentent, à leurs actions (Luc, XI, 48), il leur dit : « Vous aussi, remplissez la me- «sure de vos pères. » Aa lieu de tromper le peuple par de beaux discours, puisqu'ils sont leurs dignes descendants, qu’ils aillent jusqu’au bout dans la voie où ils ne sont que trop résolus à ne pas s'arrêter, afin que nul ne.puisse plus se faire illusion sur leur compte. C’est à faire ce qu'ils ont fait, qu’on arrive inévitablement quand on leur ressemble.

Et cependant, tout en leur déclarant où aboutit leur voie, le Seigneur voudrait les en arracher par la frayeur, en les avertissant du péril qu’on y court : « Serpents, race de vipères, comment échapperez- « vous au jugement de la géhenne ? » Ce jugement s’est appesanti sur les méchants qui vous ont donné le jour, et si vous ne rejetez le venin dont vous êtes remplis, il vous atteindra de même. — Je ne saurais

voir dans ces solennelles paroles une simple allusion aux jugements de Dieu, auxquels les méchants ne peuvent se soustraire en aucun temps, pas plus que les habitants de Jérusalem n'ont pu échapper à la sentence prononcée de sa part contre eux par Jéré. mie dans la vallée de Hinnom. Il me semble qu'iy a plus que cela ici : Jésus me paraît vouloir les épouvanter par la menace d’une condamnation semblable à celle dont Jérémie a été l'organe. Qu'on en relise les termes (Jérémie, XIX, 6-12), et l’on comprendra sans peine le mélange de commisération et d’indignation avec lequel ilse plaint aussitôt après, de ce que, tandis qu’il veut encore tenter de les sauver, ils sont disposés à tout faire pour se perdre. Il ne sait que trop ce qu’ils feront à ses messagers, parce qu'il sait ce qu'ils sont eux-mêmes : prenant modèle sur leurs pères, ils livreront les uns à la mort, et même à la mort de la croix, et ils flagelleront les autres dans les synagogues et ils les persécuteront de ville en ville. (X, 16-24.) Et pourquoi donc sont-ils résolus à traiter ainsi ses envoyés? Ont-ils soif de condamnation? En donnant raison par leur conduite à tous les meurtriers qui ont répandu le sang des justes depuis les premiers jours de la création jusqu’à l’époque présente, ou, comme s'exprime Jésus, depuis Abel jusqu’à Zacharie, veulent-ils attirer sur eux un châtiment égal à celui que les auteurs detous ces crimes réunis ont mérité? On le dirait, et si tel est leur désir, ils arriveront à leurs fins. Tout ce que renfermait le jugement de la géhenne a eu, au temps

MATTHIEU, XXIII, 29-36. 293 marqué, son effet pour cette ville et pour celte nation; mais puisque celle-ci, en suivant les conseils de ses perfides conducteurs, appelle de nouveau sur elle les foudres de la colère divine, les fils seront punis à leur tour de la même manière que les pères l'ont été. « En vérité, je vous le dis, toutes ces « choses viendront sur cette génération. » Il leur enverra néanmoins des prophètes, des sages et des scribes, afin qu'ils essayent de sauver, s’il est possible, du milieu de cette race perverse, quelques-uns de ceux de leur sang, malgré le parti pris des autres de ne répondre à ses compassions que par leur endurcissement.

L'intention générale de ces mots de Jésus, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, lequel vous avez tué entre le sanctuaire et Vautel, ne saurait être douteuse pour personne. Elle est comprise par tout le monde de la même manière. Mais on a été embarrassé de dire quel était ce Zacharie dont le nom est opposé ici à celui d’Abel. Tout le sang des justes répandu jusqu’à ce moment-là sur la terre devant, d’après la déclaration du Seigneur, être compris entre ces deux termes, il était nécessaire que le second füt aussi rapproché que le premier était éloigné. Les recherches pour découvrir la victime du dernier meurtre rappelé par Jésus ne doivent donc pas s'étendre beaucoup au delà des temps dont les vieillards de cette époque ont été les témoins, et si l’on n’y trouve pas le Zacharie du pre-

294 MATTHIEU. XXIIL 29-66.

mier Évangile, il vaudra mieux convenir qu'on ne sait pas qui il est, que de remonter plus en arrière. Voilà, selon moi, ce que les commentateurs auraient dû se dire; mais ils n’aiment pas faire aveu d’ignorance : aussi, désespérant de rencontrer dans le voismage de l’époque où Jésus a vécu le Zacharie dont ils avaient besoin, ont-ils été la demander au new vième siècle avant notre ère, quoique rien absolument ne les y autorisât, le sang des justes ayant coulé depuis lors bien des fois encore ea Judée. Ils ne:se sont pas arrêtés à Zacharie le prophète, bien qu’il ait eu un Barachie pour père (Zacharie, I, 1), sa mort n'étant pas racontée comme le résultat d’un erime; mais quandils sont arrivés au prêtre Zacharie, fils de Jéhojadah, que le roi Joas donna ordre de lapider, en 839, dans le parvis de la maison de l'Éternel, à cause de ses efforts contre l’idalätrie, et cela, quoique Jéhojadah, le père de Zacharie, eût soustrait Joas enfant aux fureurs d’Athalie et l’eût rétabli sur le trône de Juda, ils se sont persuadé que c'était celui dont ils étaient en quête (4).

(ἢ) « [15 offrirent continuellement des holocaustes dans la maison « de l'Éternel, pendant tout le temps de Jéhojadab... Mais après « que Jéhojadah fut mort, les principaux de Juda vinrent, et se « prosternèrent devant le roi, et alors le roi les écouta. Et ils « ahandonnèrent la maison de l'Éternel, le Dieu de leurs pères, « et ils servirent les idoles des bocages et les faux dieux ; c'es « pourquoi la colère de l'Éternel s'embrasa contre Juda et contre « Jérusalem, parce qu'ils s’étaient rendus coupables dans cet « affaire. Et bien qu'il leur envoyât des prophètes pour les faire « retourner ἃ l'Éternel, et qu’ils les en sommassent, toutefois ils « ne les voulurent point écouter. Et l'Esprit de l’Éternel revétit

Le devoir des critiques était de les arrêter court, en leur disant : « Vous n’y êtes pas ; la date que vous alléguez le fait assez voir ; et puisque les livres saints des Juifs se taisent sur les quatre derniers siècles antérieurs à Jésus, et ne peuvent par conséquent rien vous apprendre sur un événement aussi récent que doit l'être le meurtre de ce Zacharie, rappelez-vous que l’histoire de la nation juive ne finit pas avec l’époque où s'arrêtent ces livres, et renseignez-vous ailleurs. » Mais non; ils ont accepté l'interprétation des commentateurs, et quand ils se sont crus bien établis sur le terrain que ceux-ci leur avaient préparé, 1ls se sont écriés : a L’évangéliste, en désignant comme fils de Barachie le Zacharie, fils de Jéhojadsh, que Joas fit mourir, l’a évidemment confondu avec le prophète ZLacharie, dont le père avait nom Barachie. (Zacharie, [, 1.) L'erreur est manifeste, et nous en montrons l'origine! » — Comme si une telle confusion était possible, alors que l’histoire de Jéhojadah, de Joas et de Zacharie forme un tout, ainsi que cela résulte en particulier du verset 2%, et comme si la réminiscence

a Zacharie, 815 de Jéhojadah le sacrificatear ; de sorte qu'il se « tint debout devant le peuple et leur dit : Ainsi a dit Dieu : « Pourquoi transgressez-vous les commandements de l'Éternel? a C’est pourquoi vous ne prospérerez point; et parce que vous « avez abandonné l'Éternel, l'Éternel vous abandonnera aussi. Et « ils conjurèrent contre lui, et ils l’assommèrent de pierres, par « le commandement du roi, dans le parvis de la maison de l'Éter- « nel; de sorte que le roi Joas ne se souvint point de la bonté « dont Jéhojadah, père de Zacharie, avait usé envers lui; mais il « tua son fils, lequel, mourant, dit : L'Éternel le voit, et il le « redemandera. » (Il. Chroniques XXIV, 44, 47-22.)

généalogique par laquelle Matthieu se serait ainsi laissé égarer n’eût pas été aussi extraordinaire que l'oubli qu’on suppose!

Les commentateurs ont répondu fort mal aux crt tiques. Les moins aventureux s’en sont pris aux ct pistes. Saint Jérôme les avait mis sur la voie en far sant entendre qu'il pourrait bien y avoir ici une faute de transcription : « In Evangelio quo Nazaræni utur € tur, pro FIL10 BARACHLÆ, FILIUM JotADÆ reperimus, » écrivait-1]. Et que serait une variante de plus dans les livres saints? Les Septante ont Asarias au lieu de Zscharias en ce livre des Chroniques : qu'y aurait-i donc d’étonnant à ce que, par une inadvertance des scribes, Barachie eût pris la place de Jéhojadah dans l'Évangile selon saint Matthieu? On a pu dire longtemps, il est vrai : « Pas la plus légère variante!» Maisen voici une à laquelle on ne s'attendait guère : le Codex Sinaïñticus, découvert par M. Tischendorf, diffère en ceci de tous les manuscrits connus auparsvant, que dans cette copie Zacharie est nommé en cet endroit, comme dans le parallèle de saint Luc (XI, 51), sans l’addition du nom de son père. Les mots fils de Barachie s'y trouvent, il est vrai, mais hors du texte, en surcharge, et comme correction faite par une autre main, au septième siècle, suivant le savant éditeur (1).

J'ajoute volontiers cette dernière remarque, pour

(4) Novum Testamentum græce. Ex Sinaïlico Codice, ow

nium antiquissimo. Edidit Æ.-F.-C. Tiscuenposr. Lipsiæ, 865. Pages xxVI, XXXVI, XXXVII, LxII et 64.

MATTHIEU, XXIII, 29-36. 297 ne rien omettre, à celles qu’on fait ordinairement valoir. J'accorde tout cela ; mais qu'importe si, comme je crois l’avoir établi, Jésus n’a pu vouloir parler d’un événement aussi ancien? En vain a-t-on prétendu « que l’expression placée dans la bouche du Seigneur « était une expression en quelque sorte proverbiale. » 1! faudrait pour qu’il en fût ainsi que son usage eût été fréquent, et l’on ne peut citer aucun autre exemple de son emploi. Je persiste donc à penser qu’il faut rejeter l’interprétation qui a prévalu. Voyons si l’on peut la remplacer par une autre, s'imposant à nous avec tous les caractères de la vérité.

J'avertis dès l'entrée le lecteur que je ne me crois lié, pour la détermination du lieu où Zacharie a été mis à mort, que par les paroles de Jésus accusant les Juifs, et plus particulièrement encore les pharisiens, de l’avoir tué entre le sanctuaire et l'autel. Ceux qui . ont pensé que Jésus faisait allusion au fils de Jéhojadah, qui fut lapidé, nous est-il dit, « dans le parvis a de la maison de l’Éternel » (I. Chroniques, XXIV, 21), ont nécessairement dû supposer qu'il s'agissait à du parvis des sacrificateurs, qui entourait le sanctuaire ou le temple proprement dit, et où se trouvait l'autel d’airain qui servait aux sacrifices. La seule objection que l’on pourrait leur faire, c'est que, s’il en était ainsi, Jésus aurait désigné, après huit siècles, la place où le crime a été commis, avec plus de précision que le chroniqueur ne la fait dans l’unique récit que nous en avons. Mais ce qu’il importe de ne

208 MATTHTEU, ΧΧΊΠ, 29-56.

pas oublier, c’est qu’en s’en tenant aux mots employés par le Seigneur, 1l peut tout aussi bien avoir voulu parler de l’espace qui s’étendait, au dedans de l'édifice, entre le Lieu très-saint, qu'on nommait par excellence le Sanctuaire, et l’autel d’or des parfums, où l’on offrait l’encens et où l’on faisait les aspersions de sang (4), autel situé, dans le Lieu saint, un peu en avant du voile qui, dans le temple de Zonbabel, restauré par Hérode, aussi bien que dans celu: de Salomon et dans le tabernacle d’assignation, séparait la maison de l'Éternel en deux parties. C'est en cet endroit-là que le Zacharie, fils de Barachie, que nous cherchons, me paraît avoir été immolé avec d’autres victimes. Reprenons les choses d'un peu plus haut.

Flavius Josèphe raconte ce qui suit dans son Hi toire de la guerre des Juifs contre les Romains :

Après la mort d'Alexandre, le second des princes asmonéens qui porta le titre de roi, sa veuve, la reine Alexandra, exerça le pouvoir royal, en vertu des dispositions qu'il avait prises en sa faveur. Avec elk commença la puissance des pharisiens. Alexandra,

(4) « Il posa aussi l'autel d’or au tabernacle d’assignation devant « le voile; et i] fit fumer sur l'autel le parfum des choses aromsa tiques, comme l’Éternet l'avait commandé à Moïse. » (Exode, XL, 26, 27. À comparer avec Luc, 1, 9-44.) — « Le sacrificateur α trempera son doigt dans le sang, et fera aspersion du sang sept « fois devant l'Éternel, devant le voile du sanctuaire. Le sacrif- « cateur mettra aussi devant l'Éternel du sang sur les corses de « l’autel du parfum des choses aromatiques, qui est au tabernacie a d’assignation. » (Lévitique, IV, 6, 7. Voir aussi Lévitique, ΕΥ̓͂, 43-48.)

MATTHIEU. XXII, 29-36. 208 fascinée par leur grande réputation. de piété et par leur exactitude religieuse, leur aceorda une confiance entière, et 118 réussirent si bien à s’insinuer daos son esprit, qu’ils en vinrent à avoir autorité sur toutes choses, persécutant ou favorisant qui ils voulaient, s’attribuant tous les avantages de la royauté et n’en lussant à la reine que les charges (1).

Cette princesse avait deux fils, Hyrcan et Aristobule. Elle éleva le premier à la souveraine sacrificature, et résolut de tenir l’autre éloigné des affaires (2). D’après ce que nous savons de son assujettissgement aux pharisiens (3), il est impossible que des mesures aussi graves aient pu être prises an dehors de leur induence. De là vient sans doute qu'Aristobule, si complétement mis à l'écart et qui n’y voulait pas rester, s'associa à ceux qui étaient opposés aux pharisiens, parce qu’ils avaient à souffrir de leur tyrannie, αἱ travailla à diminuer leur crédit auprès de sa mère (4),

Si j'insiste là-dessus, c’est qu’on en paut conclure de quel parti durent être les pharisiens, larsqua les deux frères se disputèrent le trône de. Judée, après la mort d’Alexandra. Aristobule, sans attendre sa fin, s'était rendu maître des forteresses pendant sa der. nière maladie, tandis que la reine, avant de mourir, avait remis à Hyrcan l’autorité royale (δ). Ils se la dis-

(1) FL. Jos., Bell. Jud., lib. I, 6. v, $ 2.

(2) Ibid, ς 4.

(3) Expdrer δὲ τῶν μὲν ἄλλων αὐτὴ, Φαρισαῖοι δὲ αὐτῆς. (Ibid)

(4) Ibid. ς 3.

(5) Zbid., lib. 1, c. va, 8. 4.

putèrent, les armes à la main, avec des chances diverses, jusqu’à ce que les deux frères eurent chacun l’idée, pour vaincre l’autre, de solliciter l'appui de Pompée, qui venait d'arriver à Damas, après avoir fait l guerre en Arménie (1). Pompée, d’abord incertain θη: tre eux, finit par se décider pour Hyrcan (2). Les partisans de ce prince ouvrirent les portes de Jérusalem aux Romains (3). Ceux d’Aristobule, sans chef, parce que Pompée, abusant de sa confiance, l’avait retenu prisonnier quand il était venu le voir, se retirèrent dans le temple qui était fortifié; et ayant coupé le pont qui le séparait de la ville (4), ils s’y maintinrent durant trois mois (8). Pendant tout ce temps, les assiégés étonnèrent les assiégeants par le zèle pieu avec lequel 118 continuèrent, comme s'ils étaient en pleine paix, les sacrifices prescrits par la loi, ce qu faisait contraste avec l’impiété du grand-prêtre Hyrcan, qui avait appelé les Gentils à son aide pour forcer le temple.

Mais enfin, le temple fut pris, et alors eut lieu l’ervahissement du sanctuaire, dernier acte de cette guerre sacrilége. C’est à cet acte, raconté en détail par Josèphe, que me paraît se rattacher le meurtre du fils de Barachie. On va voir que j'ai de bonnes raisons pour penser qu'il en ἃ été l’un des épisodes,

(4) FL. Jos., Bell. Jud., lib. 1, 6. vi, SS 2, 4. (2) Zbid., lib. 1, c. vi, S 6.

(3) Zbid., lib. I, 6. var, 2.

(4) Ibid.

(δ) Zbid., lib. 1, c. var, δῷ 3, 4.

MATTHIEU, XXIII, 29-36. 901 bien que l'historien de ce siége n’ait pas nommé Zacharie.

Le temple ayant été forcé, un certain nombre d'assiégés se réfugièrent dans le sanctuaire (1), avec l'espoir sans doute de se soustraire ainsi à la mort; mais les envahisseurs s’y précipitèrent à leur suite, et alors se passa dans le Lieu saint la scène émouvante et terrible que Josèphe décrit ainsi : « Là, dit-il, plu- «sieurs des sacrificateurs, voyant venir les ennemis « l'épée à la main, continuèrent, sans se troubler, à « vaquer à leurs fonctions, et pendant qu'ils faisaient « les aspersions (2) et qu’ils offraient l’encens, ils « étaient égorgés, attachant moins de prix à sauver «leur vie qu’à rendre leur culte à la Divinité. Un « grand nombre étaient tués par ceux de leur propre «nation, appartenant à la faction contraire (3). » Pompée, aussi, pénétra ce jour-là dans le Sanctuaire;

(1)... où μὲν τῷ ναῷ προσφεύγοντας. (FL. Jos., Bell. Jud., 0.1, c. γα, 8 4.)

(2) Σπένδοντες, faisant les aspersions. Ces aspersions devaient, en particulier, avoir lieu lorsque « toute l'assemblée d'Israël avait « péché par erreur, faisant ce qui ne se devait point faire. » (Lévitique, IV, 43-48.) Cette guerre sacrilége et cette profanation du temple étaient assurément des fautes de tout le peuple, exigeant l'aveu de culpabilité prescrit sous cette forme par la loi. Saint Paul s'est servi du même verbe, au passif, lorsqu'il a dit : « Et si même « je sers d'aspersion (σπένδομαι) sur le sacrifice et l'offrande de « votre foi. » (Philippiens, II, 17.)

(3) Ἔνθα πολλοὶ τῶν ἱερέων ξιφήρεις τοὺς πολεμίους ἐπίοντας βλέποντες, ἀθορύδως ἐπὶ τῆς θρησχείας ἔμειναν. Σπένδοντες δὲ nat θυμιῶντες ἀπεσφάττοντο, καὶ τῆς πρὸς τὸ Θεῖον θεραπείας ἐν δευτέρῳ τὴν σωτηρίαν τιθέμενοι. Πλεῖστοι δὲ ὑπὸ τῶν ὁμοφύλων ἀντιστασιαστῶν ἀνῃροῦντο... (FL. Jos., Bell. Jud., lib. I, C. vit, 6 δ.)

me MATTHIEU, XXII, 29 586.

il y considéra le chandelier à sept branches, la table des pains de proposition, et tout ce qui servait aux aspersions et aux encensements; mais ce qui, en de si grands maux, affliges le plus les Juifs, c'est cqu'i « entra avec ceux qui l’accompagnaient dans le Lies « (rés-saint, où il était permis au souverain sacrifics « teur seul d'entrer (1). » Le mot 6 ναὸς, que Jos phe emploie ici avec cette signification restreinte de Lieu très-saint, est le mème qui lui servait, tout à l’heure, à désigner tout le sanctuaire, d’où 1l résulk qu’en même temps que ce nom appartenait à toute k Maison de Dieu, il appartenait plus particulièrement encore à cette partie la plus intérieure que lon considérait comme sa demeure (2), et où l’on « disait

(4) Παρελθὼν γοῦν σὺν τοῖς περὶ αὑτὸν ὁ Πομπήϊος εἰς τὸ ναὸν, ἔνθα μόνῳ θεμιτὸν ἦν παριέναι τῷ ἀρχιερεῖ. (FL. Jos., Bel Jud., lib. I, 6. var, 8. 6.)

(2) Cette application, tantôt plus large, tantôt plus restreinte, du mot ναός, suivant qu'il désigne le Lien saint ou le Lieu trèssaint, s'explique par son étymologie, rappelée par M. Trench dans ses Synonymes du Nouveau Testament, traduits par M. Ckment de Faye : κ Naéç— Ædes, de ναίω, habilo, considéré conæ « l'habitation même de Dieu. » Il en est de même, et ph même raison, d'ofxos, qui tient la place de ναὸς dans le parait de saint Luc, XI, 54. Οἴχος, qui sigrifle maison, et spécialement l’intérieur de la maison, c’est le temple dans son ensembk, avec ses dépendances (XXI, 43, et Esdras, V, 45. LXX), mis c’est aussi le Sanctuaire (ΧΕ, 6, at 1. Rois, VI, 2. LXX), cm prenant deux divisions, dont l'une, le Lieu trés-saint, est nommét par Josèphe τὸν ἔνδοθεν ofxov C4nt. Jud., lib. VIL, ©. mr, à) et par Ezéchiel simplement οἶχον, la maison. (Ezéchiel, ΧΩ, 5, 6.) C'est d’elle que parlait Jésus en disant que Zacharie avait été tué μεταξὺ τοῦ θυσιαστηρίου καὶ τοῦ ofxou. Il y ἃ donc, malgréb différence des mots employés par les deux évangélistes pour 00% mer le Lieu très-saint, accord parfait entre eux dans sa désignatios.

MATTHIEU, XXIII, 29-66. 365 que l’Éternel habitait entre les chérubins » (I. Chroniques, ΧΙΠ, 6), à cause des deux chérubins qui en étaient le seul ornement. (11. Chroniques, III, 40.)

Si maintenant, après la lecture de ce récit, la description des lieux et l'explication que j'ai donnée sur les diverses acceptions du mot ναός, on demandait à quelqu'un de préciser l’endroit où les prêtres dont Josèphe nous raconte la mort ont été égorgés à l’intérieur du sanctuaire, pourrait-il répondre plus exactement dans sa langue qu’en disant qu’ils ont été tués entre le ναὸν (le lieu très-saint) et l’autel ? Or c’est là justement ce que Jésus a dit, suivant saint Matthieu, de Zacharie, le fils de Barachie. Pourquoi donc Zacharie ne serait-il pas l’un de ces prêtres courageux qui ont voulu protester par leur attitude, au prix même de leur vie, contre la profanation des lieux saints ? Josëphe, qui écrivait cinquante ans environ après la mort de Jésus, ne nomme pas Zacharie, il est vrai; mais après tous les événements survenus dans cet intervalle de temps, y compris la ruine de Jérusalem, son nom devait être oublié aussi bien que ceux de ses compagnons. Un demi-siècle auparavant, au contraire, l’année de la mort de Jésus, rien n’empéchait qu'il ne fût encore connu de tous comme celui d’un témoin fidèle qui avait scellé sa foi de son sang, plus populaire que les autres, soit à cause d’un plus grand renom de sainteté, soit peut-être comme ayant conseillé à ses frères la manifestation silencieuse dont ils avaient été les victimes. Il suffisait alors au Seigneur de le prononcer après le nom

RE

d’Abel pour faire comprendre à sesauditeurs combien était longue la chaîne des martyrs qui s'étendait de l’un à l’autre. C’est lui qui, à défaut des historiens, ἃ sauvé de l’oubli la mémoire de ce juste. Ne soyons pas surpris de ce qu’il est fils d’un Barachie, comme le prophète Zacharie. Certains noms se transmettaient souvent chez les Juifs dans le même ordre où ils avaient été portés autrefois dans les familles des acêtres. Un Barachie pouvait aussi bien, par ce motif, nommer son fils Zacharie, qu’un Jacob nommer le sien Josèphe.

Il aurait été étrange, nous l’avons vu, que Jésus, voulant accuser les archiprêtres et les pharisiens d’être les imitateurs de leurs pères, ces meurtriers des justes et des prophètes, eût cité, comme dernier exemple de leurs crimes, un meurtre commis plus de huit siècles auparavant par ordre d’un roi de Juda, comme s’il n'y en avait pas eu d’autres depuis lors qu’il püt leur reprocher et qui dussent les toucher dsvantage. Mais combien il était naturel, au contraire, de leur rappeler, comme un fait dont la responsabilité pesait sur leurs prédécesseurs immédiats, ce sang versé aux premiers jours de la décadence nationale dont ils avaient vu eux-mêmes les progrès! En se jetant, en l’an 63, dans les bras de Pompée, le grandprêtre Hyrcan avait sacrifié les intérêts de la religion au désir d’être roi, et les pharisiens, ses conseillers, avaient espéré assurer la durée du pouvoir qu'ils tenaient de sa mère, et qu’Aristobule leur eût ôté. En réalité, ils ne firent que préparer la domination des

MATTHIEU, XXIII, 29-36. 305 maîtres qui leur furent donnés peu après par César (1), eten même temps que l’avilissement du souverain ponüficat, la perte définitive de la liberté et l’assujettissement aux Romains (2). Voilà ce que les auditeurs de Jésus savaient fort bien, et quand 1] disait de Zacharie aux pharisiens : « Vous l'avez tué, » ils ne pouvaient trouver aucune injustice à ce qu’il accusât de sa mort ceux de leur secte, puisque les amis d'Hyrcan s'étaient montrés pleins d’ardeur à aider Pompée à forcer le temple (3).

Eh bien, puisqu’ils trouvent que ce n’est pas assez du sang répandu depuis Abel jusqu’au fils de Barachie, et qu’ils se disposent à en faire couler encore, il sera demandé compte de tout ce sang à cette génération, ainsi que déjà il en a été demandé compte, à mesure qu’on le versait, à celles qui ont contribué le plus à l’accroître. (Psaume CVI, 37-42.) Oui, il lui en sera demandé compte, et de la même manière qu’à elles, en sorte qu’il faudra dire de nouveau : « L’ad- « versaire et l’ennemi sont entrés par les portes de « Jérusalem, à cause des péchés de ses prophètes et « des iniquités de ses sacrificateurs, qui répandaient cle sang des justes au milieu d’elle. » (Lamentations, IV, 12, 43.) Malheur à vous, conducteurs aveugles; mais malheur aussi au peuple qui, repoussant

(4) FL. Jos., Bell. Jud., lib. I, 6. x, S 3.

(2) FL. Jos., Ant. Jud., lib. XIV, c. 1v, $ 5.

(3) ... ἔχων τοὺς περὶ τὸν Ὑρχανὸν εἰς τε τὰς ἐπινοίας wat ᾿ τὰς ὑπηρεσίας προθύμους. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. I, 6. νι, 8.3.)

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tous les messages qui lui ont été adressés (XI, 16- 18), s’est laissé égarer par ces guides trompeurs, tellement qu’on le verra applaudir à leurs crimes. (XXVIF, 22-25. Actes, XII, 2, 3.) Malheur à toi, Jérusalem; car si le Dieu d'Israël a fait venir autrefos sur ce lieu une calamité telle qu’on s’en souviendra toujours, « s’il a brisé ce peuple et cette ville comme « on brise le vase de terre d’un potier » (Jérémie, XIX, 1, 3, 11), toutes ces choses vont aussi venir sur cette génération-ci. Et que n’avait pas fait Jésus pour qu'il en püût être autrement!

XXII, 37. Ἱερουσαλήμ., Ἱερουσαλήμ, Ÿ ἀποχτείνουσα τοὺς προφήτας καὶ λιθοδολοῦσα τοὺς ἀπεσταλμένους πρὸς αὐτήν, ποσάχις ἠθέλησα ἐπισυναγαγεῖν

ΧΧΙΠ, 37. Jérusalem, Jérusslem, qui tues les prophètes et lpides ceux qui te sont envoyés, combien de fois je voulus ras sembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne [21 pas voulu!

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