‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 64 sur 107 · IV · texte numérisé non relu

IV

passer pour des prophètes. Jésus les nomme ic des faux prophètes. Josèphe emploiera plus tard le même mot en parlant d’eux, et les appellera, en outre, des imposteurs et des magiciens.

Theudas persuada, 1] est vrai, à une grande muilttude de le suivre au Jourdain ; mais il fut fait prisornier, et Fadus lui fit trancher Ja tête. Il y eut des troubles en Judée après lui, sous les gouverneurs Tibère Alexandre et Cumanus, sans que des fau prophètes paraissent y avoir été mêlés. Mais il s'en éleva plusieurs sous Félix, qui entra en fonctions en Ja douzième année de Claude et y fut maintenu per Néron. Ils attiraient beaucoup de gens au désert, leur promettant de leur faire voir des prodiges et des signes (1). L'un d'eux nommé expressément par Josèphe un faux prophète(2), était venu d'Égypte(3), où se trouvait, comme on sait, une nombreuse colonie juive. Lorsqu'il eut rassemblé des milliers d’adhérents au désert, il les conduisit de là au mont des Oliviers, leur affirmant qu'ils n’auraient aucune peine à se rendre maîtres de Jérusalem, parce que ss

(4) OÙ δὲ γόητες καὶ ἀπατεῶνες ἄνθρωποι τὸν ὄχλον ἔπειθον αὐτοῖς εἷς τὴν ἐρημίαν ἕπεσθαι. Δείξειν γὰρ ἔφασαν ἐναργῆ τέρχτ: καὶ σημεῖα, χατὰ τὴν τοῦ Θεοῦ πρόνοιαν γενόμενα. (FL. Jos, Ant. Jud., lib. XX, c. viu, 9 6.)

(2) Μείζονι δὲ ταύτης πληγῇ Ἰουδαίους ἐχάχωσεν ὃ Αἰγύττος ψευδοπροφήτης. Παραγενόμενος γὰρ εἰς τὴν χώραν ἄνθρωκος tirs καὶ προφήτου πίστιν ἐπιθεὶς ξαυτῷ.... (FL. Jos., Bell. Jud., 9.1} c. xl, ὃ 6.)

(3) ᾿Αφιχνεῖται δέ τις ἐξ Αἰγύπτου χατὰ τοῦτον τὸν χαιρὸν εἰ τὰ Ἱεροσόλυμα, προφήτης εἶναι λέγων... (FL. Jos., “πὶ. Jas. "Ὁ. XX, c. vin, $ 6.)

MATTHIBU, AXIV. 11. 32 murs s'écrouleraient, aussitôt qu'il aurait prononcé certaines paroles. Saint Paul y était alors, et comme il y survint un grand tumulte à son sujet, le tribun Lysias, beaucoup moins occupé de l’apôtre que de l'Égyptien, ne douta pas que celui-ci n’en fût cause. (Actes, XXI, 38.)

Plus tard encore, d’autres hommes de cette sorte voulurent de même persuader aux Juifs de secouer le joug des Romains. Ceux-ci leur fournissaient sans cesse de nouveaux sujets de mécontentement. C’est ainsi que Néron ayant, vers l’an 62, pendant que Festus était gouverneur, retiré à ceux de Césarése ‘égalité de droits avec les Syriens dont ils avaient joui jusqu’alors, l’irritation de tous les Juifs en fut considérablement accrue. En ce même temps, un autre imposteur, faisant profession de magie, les appela au désert, leur promettant la délivrance, et avec elle la cessation des maux qu'ils enduraient, s'ils venaient à lui; mais Festus lui fit une rude guerre et dispersa ceux qui s'étaient joints à lui (4).

Ces rassemblements au désert, provoqués par les faux prophètes, étaient composés des éléments les plus divers. Tandis qu’une partie de ces gens étaient des mécontents, animés d’un certain patriotisme, imbus des superstitions juives, et prêtant de bonne foi l'oreille aux paroles trompeuses de ceux qui les voulaient soulever, d’autres n'étaient mus que par l’espoir de tirer profit des troubles; Josèphe les nomme des brigands.

(4) FL. Jos., Ant, Jud., lib. XX, 6. vins, 98 9, 40.

L'époque des faux prophètes comprend, on le voit, dix-huit années environ, de l’an 44 à l'an 62. Ce n’est pas l’époque des faux christs, mais elle la prépare, en habituant les Juifs, par des séditions souvent renouvelées, à tout oser, et en les accoutumant, par le langage que leur tenaient ces imposteurs, à penser qu’ils seraient délivrés de leurs ennemis par une intervention surnaturelle.

La foi des chrétiens étant contraire à cette attente, les gouverneurs romains ne pouvaient pas mettre k même ardeur que les Juifs à les persécuter. Aussi Félix se contenta-t-il de retenir Paul en prison à Gésarée, tandis que les Juifs demandaient sa mort, et encore ne l'y retint-il, que parce qu’il espérait en obtenir de l'argent pour le mettre en liberté. Festus le jugeait innocent et l'aurait renvoyé absous s’il n'es avait appelé à César. (Actes, XXIV, 26; XXVI, 31, 32.) Les prêtres savaient si bien qu'ils ne pouvaient pas compter sur ces magistrats pour les seconde énergiquement dans leurs poursuites, que le souverain sacrificateur Ananus se hâta de saisir un moment où la charge de gouverneur était vacante, pour rouvrir la persécution. Festus étant mort et Albinus n'étant pas encore arrivé, il accusa Jacques, le frère du Seigneur, et quelques autres avec lui, devant le

Conseil, de transgresser la loi, et il les fit condamner

à être lapidés, ce qui eut lieu(1). C'était probablement en l’an 64.

(4) FL. Jos, Bell. Jud., lib. XX, c. 1x, 8 4.

Paul, conduit à Rome environ trois ans auparavant, à la suite de son appel à César, en était reparti après un séjour de deux ans entiers. Une église y existait avant son arrivée. (Actes, XX VIII, 15.) Il était en rapport avec elle, et avait témoigné à l’avance à ses membres le désir de les aller voir, espérant, quand il irait « chez eux, y venir avec une grande « abondance des bénédictions de l'Évangile de « Christ. » (Romains, XV, 23,29.) Ce résultat fut certainement obtenu; car Paul exerça son apostolat à Rome « avec toute liberté et sans aucun empêcheament. » (Actes, XXVIIT, 31.) Tacite parle en termes méprisants des disciples qui s’y trouvaient alors; mais on peut juger par son langage, et de leur grand nombre, et des progrès du christianisme en ce temps-là (1). Les lois qu’on lui opposait étaient sévères assurément. Toutefois on était alors au commencement (verset 8), et non au plus fort des douleurs de l’enfantement. Des intervalles de calme, voulus de Dieu, les séparaient. Il réprimait les ennemis des chrétiens, trouvant suffisant « pour les af- « fermir et pour leur apprendre par de si généreux « exemples à mépriser la mort, qu’un petit nombre, « faciles à compter, comme le remarque Origène,

(4) « Valgus (illos) Christianos appellabat. Auctor nominis ejus

« Christus, Tiberio imperitante, per procuratorem Pontium Pila-

tum, supplicio affectus erat. Repressaque in præsens exitiabilis

suaperstitio rursus erumpebat, non modo per Judæam, originem

ejus mali, sed per urbem eliam, quo cuncta undique atrocia aut

pudenda confluunt celebranturque. » (Tacrr., Ann., lib. XV,

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