‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 65 sur 107 · OR ARR · texte numérisé non relu

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<mourussent quelquefois pour la religion chré- « tienne (4). » Mais ce calme, nous allons le voir finir.

XXIV, 12. Kai διὰ τὸ rAn- XXIV, 42. Et l'iniquité se mo θυνθῆναι τὴν ἀνομίαν ψυγήσεται tipliant, l'amour du grand nos-

À ἀγάπη τῶν πολλῶν. bre par suite se refroidira; 13. Ὁ δὲ ὑπομείνας εἰς vé- 48. Mais celui qui perséréren λος (2), οὗτος σωθήσεται. jusqu'à la fin sera sauvé.

Saint Paul nous apprend qu’il était tous les jours exposé à la mort pour l'amour de Jésus. (I. Cornthiens, XV, 31; Il. Cor. IV, 11.) Loin d’en étre ébranlé, 1] demande : « Qui nous séparera de l’amour « de Christ? Sera-ce l’affliction, ou l’angoisse, ou k « persécution, ou le péril, ou l'épée ? » Et il répond que ni la mort πὶ quelque autre chose que ce soit ne le pourra faire. (Romains, VIII, 35, 38.) Mais tous ne seront pas en droit de parler ainsi. À propos des pre mières souffrances qu'il avait annoncées à ses disc ples, Jésus venait de dire : « Beaucoup tomberont.» (XXIV, 10.) « Ils tomberont, » ou, en d’autres mots, « l'affliction, l'angoisse, la persécution, les sépare- « ront de l’amour de Christ. » Et quand ils en seront séparés, comment l’amour fraternel, qui découle de l'amour de Christ, demeurera-t-il encore en eux? | (Hébreux, XIII, 1.) Il se refroidit aux jours du péril.

si alors il ne se fortifie pas. Saint Paul le savait bien,

(4) Ὀλίγοι χατὰ χαιροὺς nat σφόδρα εὐαρίθμητοι ὑπὲρ τίς Χριστιανῶν θεοσεδείας τεθνήχασιν. (One. lib. ΠΙ, c. 8.)

(2) « Usque ad vitæ finem : εἰς τέλος, Jean, XII, 4. » (Κσινοαι- — Voir X, 22. |

MATTHIEU, XXIV, 12, 13. 851] jui qui, abandonné pâr Phygelle, par Hermogène et par tous ceux d’Asie, écrivait à Timothée : « Pere «sonne ne m'a assisté dans ma première défense; « mais tous m'ont abandonné. Que cela ne leur soit « pas imputé ! » (II. Timothée, I, 15; IV, 16.) D’autres, bouleversés par la crainte, iront jusqu’à haïr, et même jusqu'à se livrer les uns les autres. (XXIV, 10.) Et si l’iniquité se multiplie, combien plus cela ne devra-t-il pas arriver !

On ne le vit que trop, peu de temps après que Paul eut quitté Rome, lors de l'épouvantable incendie qui en dévora des quartiers entiers en l'an 64. Néron fut accusé d’en être l’auteur, et ne pouvant faire cesser les bruits qui le lui attribuaient, il imagina, pour se disculper, d’en jeter l'odieux sur les chrétiens. On s’empara d’abord de ceux qui professalent ouvertement le christianisme, et c’est par eux, dont Pamour s’était refroidi, et qui espéraient peutêtre sauver ainsi leur vie, qu’on apprit à connaître les autres. « Sur leur indication, raconte l’historien ro- « main, on en saisit une grande multitude,» et on les fit mourir par d’affreux supplices, rendus plus cruels encore par la dérision qu'on y ajoutait (1).

Comment ces iniquités, exécutées à Rome par l’ordre exprès de l’empereur, auraient-elles pu ne pas

(4) « Ergo, abolendo rumori Nero subdidit reos, et quæsitis- « simis pœnis affecit quos, per flagitia invisos, vulgus Christianos « appellabat.… Igitur primum correpti qui fatebantur, deinde «a indicio eoram multitudo ingens, haud perinde in crimine in- « cendii, quam odio humani generis convicti sunt. Et pereuntibus « addita ludibria.. » (Tactr., Ann., lib. XV, c. 44.)

être suivies d’une recrudescence de persécution dans d’autres parties de l'Empire pendant les dernières années de Néron (1)? Pierre et Paul subirent le martyre à Rome même, en 67, un an avant sa mort. ἢ: furent de ceux qui, en vue du salut, persévérèrent jusqu’à la fin. Leur exemple a donné à l’Église le même enseignement que la parole du Christ à laquelle ils se sont conformés.

XXIV, 14. Καὶ χηρυχθήσεται XXIV, 44. Et cette bonne noτοῦτο τὸ εὐαγγέλιον τῆς βασι- velle du royaume sera publié λείας ἐν ὅλῃ τῇ olxouuévn εἰς par toute la terre, pour que k

proy πᾶσι τοῖς ἔθνεσι. témoignage arrive à toutes les Kat τότε ἥξει τὸ τέλος. nations. Et alors viendra la fn.

La bonne nouvelle du royaume de Dieu n’avait été annoncée jusque-là par les apôtres ni aux Samaritains ni aux Gentils, mais aux Juifs seulement. Désormais elle devra l'être indistinctement à tous les hommes. Jésus vient de tracer à l’avance, en deux lignes parallèles, aboutissant l’une et l’autre à la mort

(4) Néander a cru trouver dans la première épître de sais Pierre, écrite, selon lui, dans la dernière partie de l'âge apostolique, après la première captivité de saint Paul à Rome, des traces de l'effet produit par les calomnies répandues contre les chritiens, et du parti que Néron en sut tirer pour les punir comm auteurs de l'incendie qu'on l’accusait d’avoir ordonné lui-même. « On les poursulvit, dit-il, comme chrétiens, et on les considén « et les traita comme des malfaiteurs, xaxoxotot, malefci. ν (Nnaxpea, Geschichte der Pflanzung der chrisilichen Kirch; 45 édition. Hambourg, 4847. Page 593.) Cette remarque dont l'explication de ce passage : « Ils parlent mal de vous comme de « malfaiteurs » (11, 42), ainsi que des recommandations qui k suivent, et de l’insistance avec laquelle Pierre revient plus lois sur le même sujet. (III, 46; IV, 45-49.)

MATTHIEU, XXIV, 14. 329 de Néron (versets 6, 7 et 8-13), l’histoire du monde etde l'Église. Au moment de cette mort, l'Évangile aura déjà été publié, comme on peut le voir par le livre des Actes et par les Épiîtres, en Syrie, en Cilicie, chez les Parthes, en Arabie, en Asie Mineure et dans les contrées voisines, en Grèce, en Illyrie, en Italie. Nous apprenons ailleurs qu'il a été porté par sant Paul jusqu'aux limites de l'Occident (1). Proclamé à Antioche, à Chypre, à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe, à Éphèse, à Rome, à Alexandrie (2), il a pu de ces grands centres parvenir facilement au loin, et nous savons que partout où il est parvenu, il a porté des fruits excellents. (Colossiens, I, 6.) Cette époque n’est cependant pas encore celle de l’action puissante sur les masses; c’est l’époque, comme 16 Seigneur le dit ici, «du témoignage à « toutes les nations. » Il confirmera cette parole, le jour de son ascension, en disant à ses apôtres : « Vous me servirez de témoins jusqu'aux extrémités « de la terre. » (Actes, I, 8.) Quelle tâche que cellelà! Ts ont demandé quand la ruine du temple doit avoir lieu. (Verset 3.) Jésus en marque ici le temps, par une troisième révélation ajoutée aux deux autres et qui leur fait connaître ce qu’eux-mêmes, et saint Pau], et les compagnons qui leur seront adjoints, doivent faire à son service auparavant. Quand ils au-

(1)... δικαιοσύνην διδάξας ὅλον τὸν χόσμον, χα[ὶ ἐπὶ] τὸ τέρμα τῆς δύσεως ἐλθών. ([. CLEMENTIS ad Cor., V.)

(2) D’après la tradition, Pierre et Marc annoncèrent l'Évangile à Alexandrie.

ront rendu fidèlement témoignage, dans tous les lieux où ils recevront ordre d'aller, « que le Père a «a envoyé son Fils pour être le Sauveur du monde; Ι, Jean, IV, 14), « alors viendra la fin. »

Cette fin de Jérusalem et de son temple sous Vespasien arriva en l’an 70. Leur destruction par le roi de Babylone en l’an 588 avant notre ère avait él prédite à peu près dans les mêmes termes par Éxéchiel : « Ainsi a dit l'Éternel : J’enverrai sur toi ms « colère, et je te jugerai selon ton train... La fin « vient, la fin vient; elle se réveille contre toi; voici « elle vient. » (Ézéchiel, VII, 2, 3, 6.) Et elle était venue; aussi n’était-ce plus ni la même ville, ni k même temple. Geux construits par Zorobabel et restaurés par Hérode vont périr à leur tour, et quand Flavius Josèphe en aura raconté la ruine, il dira, en employant le même mot dont Jésus s'était servi pour l’annoncer (τὸ τέλος) : « Telle fut la fin de Jérr- « salem (1). » Voyons comment elle fut amenée.

Les troubles n’avaient fait que s’accroître en Judée pendant le gouvernement d’Albinus. Gessius Florus, qui le remplaça, faisant peser sur les Juifs des maux insupportables, ils se soulevèrent deux ans après son arrivée, en la douzième année de Néron. Ce ne fit pas une simple sédition, mais une vraie guerre. Les premières tentatives pour l’arrêter ne furent pas hetreuses. Cestius Gallus, lieutenant de Syrie, livra dif-

(4) Τοῦτο μὲν οὖν τέλος... Ἱεροσολύμοις ἐγένετο. (FL. Jos. Bell. Jud., lib. VIL, c. 1, ς 4.) ;

MATTHIEU, XXIV, 14. 991 férents combats, dans lesquels il fut le plus souvent battu. Néron donna alors le commandement de ses troupes à Vespasien. Celui-ci, secondé par Titus son fils, avait réussi à occuper toute la campagne et toutes les villes, à l'exception de Jérusalem, quand il apprit la mort de Néron(1). Il ne voulut rien entreprendre avant d'en avoir reçu l’ordre de Galba, son successeur, et 1] avait envoyé Titus lui rendre ses devoirs et lui demander des instructions; mais Titus ayant été informé en chemin que Galba avait été tué le 16 janvier 69 et que c'était Othon qui régnait, revint sur ses pas et rejoignit son père à Césarée (2). Toute cette année-là fut remplie par la guerre civile, et on ne fit rien contre les Juifs(3). Vitellius s’étant élevé contre Othon, et Othon s’étant donné la mort, Vespasien fut opposé à Vitellius par son armée, qui le proclama empereur. Il envoya Mucien, qui commandait en Syrie, avec un corps de troupes en Italie, et les légions étant ainsi détournées de ja guerre étrangère par la guerre intérieure, ce n’est qu'après que Vitellius eut été massacré par la populace de Rome, l’un des derniers jours de décembre, et que Vespasien se fut assuré de l'empire, que Titus fut chargé par son père d'achever de réduire la Judée. 1] lui confia pour cela la meilleure partie de son armée. C'était au commencement de l’an-

(4) Tacir., Histor., lib. V, 6. 40. — FL. Jos., Bell. Jud., lib. IT etIV,c. 1 à 1x, 8 3.

(2) EL. Jos., Bell. Jud., lib. IV, c. 1x, 8. 2.

(3) « Proximus annus civili bello intentus, quantum ad Judæos, « per otium transiit. » (Tacir., Æistor., lib. W, c. 40.)

née 70 (1); mais 1] fallut du temps à Titus pour réunir à Césarée les légions qu’il amenait d’Égype, celle qu’il tira de Syrie, et les troupes auxiliaires qui lui furent envoyées par les Arabes et par les rois assujettis aux Romains. Aussi n'est-ce qu'après la fête de Pâque, qui coïncidait cette année-là avec le 44 avril, qu'il put entourer Jérusalem et prendre ses dispositions pour en faire le siége (2).

Cette ville avait été menacée deux fois depuis le commencement de la guerre, d’abord par Cestius, qui fut repoussé et mis en pleine déroute par les Juifs ; ensuite par Vespasien, qui fut empêché par les nouvelles qu’il reçut d'Italie de continuer ses opérations contre elle. Au moment de l’arrivée de Titus, elle était déchirée par des factions contraires, qui furent au moins autant que les ennemis du dehors la cause de sa ruine (3). |

Trois ans auparavant, après la réduction de la Galilée, Jean, fils de Lévi, ayant été obligé de s'enfuir de Giscala qu'il avait défendue et qui tombak dernière au pouvoir des Romains, s'était réfugié à Jérusalem. Il y fut suivi par une foule de gens ml famés, ne vivant que de déprédations, qui avaient tenu jusque-là la campagne par petites bandes pour

(4) « Igitur validissimam exercitus partem Tito tradit, ad reliqu a judaici belli perpetranda. » (Tacrr., Histor., lib. IV, c. 51.) — « Ejusdem apni principio, Cæsar Titus perdomandæ Judeæ delectus a a patre... » (1btd., lib. V, c. 4.)

(2) Tacrr., Histor., lib. V, c. 4.—FL. Jos., Bell. Jud., lib. Y, ἃ. τ, δ 45 6. nr, δὲ 4 et δ.

(3) FL. Jos., Bell. Jud., lib. V, 6. vi, 84.

MATTHIEU, XXIV. fé. 33 les harceler, et qui, ne pouvant plus faire ce métier, s'étaient réunis en un même corps pour y entrer. S'emparant de l'autorité que personne n’était en position de leur disputer, ils jetèrent en prison et firent mourir ceux qu'ils pensaient pouvoir leur faire obstacle, et pour se garantir des effets de la haine du peuple, ils se servirent du temple comme de forteresse, et établirent dans le sanctuaire le siége de leur tyrannie (1). Malgré leurs crimes et leurs sacriléges, ils avaient pris le nom de zélateurs, comme si le plus beau zèle les faisait seul agir (2). Jean imagina alors de s’appuyer sur eux pour s'élever, et comme ils étaient trop peu nombreux pour pouvoir résister longtemps aux habitants qui, à la voix du grand sacrificateur Ananus, avaient pris les armes pour mettre un terme à leurs méfaits, 1] leur persuada d’appeler à leur aide les Iduméens (3). C’était ainsi qu’on appelait indistinctement alors les Juifs de l’Idumée et dela Judée(4). Ils se hâtèrent d’accourir parce qu'on leur fit dire qu'il s'agissait d'empêcher que la ville sainte πὸ fût livrée aux Romains par les sacrificateurs; mais quand ils eurent reconnu qu'il n'en était rien, ils s’en allèrent d'eux-mêmes.

Tandis que ces choses se passaient à Jérusalem,

(4) « .. οἵδε τὸν νεὼν τοῦ Θεοῦ φρούριον αὐτοῖς χαὶ τῶν ἀπὸ τοῦ δήμου ταραχῶν ποιοῦνται, χαὶ χαταφυγὴ καὶ τυραννεῖον ἦν αὐτοῖς τὸ ἅγιον. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. IV, c. ur, 87.)

(2) Zbid., lib. IV, c. nn, 8 9.

(3) Zbid., lib. IV, ὁ. an, 22 43, 44; 6. 1v, 8 4.

(ἢ) « Idumæa est pris, au temps des Romains, dans le même « sens que μάζα. » (RaAuMEa, Palæstina, page 20.)

toute la contrée d’alentour était mise au pillage par les sicaires, aventuriers aussi redoutables que les zélateurs. Ils s'étaient emparés de Massada, place forte d’où ils faisaient leurs excursions et où ils rapportaient leur butin. Lorsqu'ils eurent ravagé tout ce qui était proche d’eux, ils se rendirent au désert (1), où d’autres gens de la même sorte vinrent les rejoindre. Leur nombre s'étant encore accru après que Vespasien eut jugé nécessaire d'interrompre la guerre de Judée, un homme non moins ambitieux que Jean de Giscala, Simon, fils de Gioras, ancien gouverneur de l’Acrabatane, auquel Ananus avait Ôté cette charge, se mit à leur tête. Son courage et ses succès attirèrent auprès de lui tant de monde qu'il en put former une petite armée, qui alla grossissant toujours. Son dessein était de s’en servir pour arracher le pouvoir à Jean; mais 1] του, avant de rien entreprendre à cet effet, défaire les Iduméens, afin qu’ils ne pussent se tourner plus tard contre lui (2). I finit cependant par se rapprocher de la ville dans les premiers mois de l’année 69, alors que les Romains se tenaient encore dans le vor sinage. On aurait pu croire que les habitants δὲ craindraient rien autant que de tomber en ses mains; mais tels étaient les crimes et les infamies de ce ramassis de Galiléens auxquels Jean permettait tout, en reconnaissance de la puissance qu'ils lui avaient

(4) ... ἔπειτα εἰς τὴν ἐρημίαν ἀφίσταντο. (FL. Jos., Bell. Jud.. ἰδ. IV, c. vu, 2 2.) (2) Ibid. lib. IV, c. rx, ὃ 8, 4, 5, 7.

MATTHIEU, XXIV, 14. 335 donnée, que tout à coup peuple et sacrificateurs ouvrirent les portes, comme à un libérateur, au tyran qui les menaçait du dehors, pour l’opposer à celui qui les opprimait au dedans(1).

Jean se fortifiait dans le temple où il se voyait renfermé, Simon avançait ses approches, mais ils ne tentaient rien de sérieux l’un contre l’autre, quand, au temps où Titus était encore à Alexandrie, une troisième faction se forma à Jérusalem. Éléazar, fils de Simon, qui supportait impatiemment que Jean se füt mis en possession de la tyrannie, parce que luimême y aspirait, se sépara de lui et, suivi d’un bon nombre de zélateurs, s’empara de la partie intérieuré du sanctuaire. Ils déposèrent leurs armes au-dessus des portes sacrées, sûrs de ne manquer de rien, à cause des offrandes pour le sacrifice continuel qu'on apportait dans le temple, et qu'ils faisaient servir à leur usage. Ils y laissaient entrer dans ce but, en ayant soin seulement de prendre certaines précautions, les Juifs et les étrangers qui venaient pour sacrifier; mais voici alors ce qui arrivait souvent : Jean se servant, pour combattre Éléazar, de machines lançant des pierres, leurs coups, qui portaient jusque sur l’autel, tuaient et les sacrificateurs et ceux qui offraient les sacrifices; et pendant ce temps Éléa- 28} et les siens, qui avaient en garde les prémices et les oblations, étaient presque toujours ivres. « Misé- « rable ville! s’écrie ici Josèphe, comment pour-

(4) Fu. Jos., Bell, Jud., lib. IV, c. 1x, 88 40-42.

— mm

« rais-tu être encore la demeure de Dieu, toi quias « fait, par la guerre civile, du sanctuaire le sépulcre « des citoyens (1)? »

À la Pâque suivante, alors que Titus, de retour en Jadée, avait déjà fait des reconnaissances autour de Jérusalem dans l'intention d’en recommencer ἰδ siége, Jean réussit à reprendre par surprise le temple intérieur, et à en chasser les partisans d’Éléazar, qui ne furent pas mis à mort en ce saint jour (2). Îl n’y eut plus alors que deux factions en présence, celle de Jean, qui occupait le temple, et celle de Simon, répandue dans la ville haute et dans la ville basse. Le peuple était leur commune proie, et leur animosité ne cessait point, encore que les Romains fussent campés devant leurs murs (3). Ce n’est que quand le péri ne pouvait plus être surmonté, qu’elles s’unirent erfin; mais 1l était trop tard (4).

(4) FL. Jos., Bell. Jud., lib. V, c. 1, 28 4-4.

(2) Zbid., lib. V, c. ax, 2 4.

(3) Zbtd., lib. V, 6. vi, 24.

(4) Voici comment Tacite raconte ces mêmes événements : a Le temple était une espèce de citadelle, qui avait aussi ses « murs, construits avec encore plus d’art et de soin (que la tour « Antonia). Jusqu'aux portiques qui régnaient autour du tempk, « élaient une excellente fortification. 11 y avait une fontaine qui « ne tarissait point, de vastes souterrains sous la montagne, des « piscines et des citernes pour conserver l’eau des pluies. Les « fondateurs avaient prévu que l'opposition des mœurs serait une a source de guerres : de là tant de précautions contre le plus a long siége; et, depuis qu'ils avaient échoué contre Pompée, a « crainte et l'expérience leur en avaient indiqué beaucoup d'au- « tres. Sous l’empire de Claude, où tout se vendait, ils achetèren! « la permission de reconstruire leurs murs, et ils se fortifièrent « en pleine paix comme pour la guerre, ramassant tous les mist-

MATTHIEU, XXIV, 14; 15-20. 337 Voilà l’état de choses, inévitable résultat de l’aveuglement des Juifs, qui continuaient à attendre le Messie après qu’il était venu, et de l'ambition de ceux qui prétendaient dominer sur eux, auquel le Seigneur me parait avoir fait allusion comme devant préparer la fin qu’il leur annonçait. Et voici comment il le caractérisait, en donnant, par l'intermédiaire des apôtres qui étaient venus l’interroger, des directions à ceux de ses disciples qui pourront alors en avoir besoin, sur la conduite qu’il leur faudra tenir :

XXIV, 15. Ὅταν οὖν ἴδητε XXIV, 15. Quand donc vous

τὸ βδέλυγμα τῆς ἐρημώσεως, verrez l’abomination de la déso-

τὸ ῥηθὲν διὰ Δανιὴλ τοῦ προ- lation, comme dit le prophète

φήτου (1), ἑστὼς ἐν τόπῳ Daniel, installée dans le lieu

ἁγίῳ (2) (6 ἀναγινώσχων νοείτω), saint (que celui qui lit comprenne),

« rables qui leur venaient, et s’augmentant ainsi du malheur des « autres villes; car, s’il y avait quelque part un scélérat déter- « miné, il était sûr de trouver un asile à Jérusalem : aussi « élaient-ils en proie aux discordes. D'abord ils avaient eu trois « armées sous autant de chefs. La première enceinte, qui était la « plus considérable, était défendue par Simon; la seconde, par « Jean, surnommé Bargioras; le temple, par Éléazar. Jean et « Simon avaient l'avantage du nombre et des armes, Éléazar celui « du lieu. Ce n'étaient, entre eux, que trahisons, combats, incen- « dies, lesquels consumèrent une grande partie des vivres. Depuis, « Bargioras ayant, sous prétexte d'un sacrifice, envoyé massacrer « Éléazar et sa troupe, s'empara du temple. Ainsi la ville ne fut « plus partagée qu’entre deux factions, jusqu'au moment où les « Romains arrivant, la crainte de l’ennemi amena la concorde. » (Tacrrg, Histoires, Livre V, chap. 42. Traduction de Dureau de la Malle.)

(4) « Üt verbis Danielis prophelæ utar. » (Kuinogz, Commenlarius in libros N. T., vol. 1, page 659.)

(2) ἑστὼς ὅπου où δεῖ : où elle ne doit pas étre. (Marc, XIL, 44.)

16. Τότε οἱ ἐν τῇ Ἰουδαίᾳ 16. Alors que ceux qui seront φευγέτωσαν ἐπὶ τὰ ὄρη" en Judée s’enfuient sur les πι08-

tagnes ;

17. Ὁ ἐπὶ τοῦ ξώματος un 41. Que celui qui sera au haut χαταξαινέτω ἄραι τὰ x τῆς de la maison ne descende point οἰχίας αὑτοῦ" pour emporter ce qu’il Υ ἃ dans

sa maisOn ;

18. Καὶ ὁ ἐν τῷ ἀγρῷ μὴ 18. Et que celui qui sera au ἐπιστρεφάτω ἐπίσω ἄραι τὰ champs ne rebrousse pas chemis ἱμάτια αὑτοῦ. pour prendre ses vêtements.

19. Οὐαὶ δὲ ταῖς ἐν γαστρὶ 49. Malheur à celles qui seront ἐχούσαις χαὶ ταῖς θηλαζούσαις enceintes et à celles qui allaiteἐν ἐχείναις ταῖς ἡμέραις. ront en ces ουγ5-]ὰ !

20. Προσεύχεσθε δέ, ἵνα μὴ 20. Priez pour que votre faite γένηται ἣ φυγὴ ὑμῶν χειμῶνος, n'ait pas lieu en hiver, ni perμηδὲ ἐν σαδδάτῳ. dant ua sabbat.

Lorsque la fin viendra, ce n’est pas à Jérusalem que ceux qui seront alors en Judée devront se retirer. c'est sur les montagnes. Et quant à ceux qui seroni dans la ville, s'ils ont pris, étant sur la terrasse de leur maison, la résolution de s’enfuir et qu’ils en aient trouvé le moyen, qu'ils l’exécutent bien vite, sans y descendre, pour en emporter quoi que ce soit. Ils ny parviendraient pas; que chacun ne pense donc quà sauver sa personne. S’il en est qui soient déjà dehors. qu'ils se gardent, par le même motif, de rentrer pour prendre un manteau avant de s’en aller plus loin; 1}: ne pourraient peut-être pas se remettre en route. Tout peut devenir un empêchement; mais combien plus seront à plaindre ceux qui en auront d'insurmontables, les femmes grosses, par exemple, et celles qui ont des nourrissons! L'hiver, s’ils attendent jusque-là, pourra leur susciter de grandes difficultés, soit

à cause de la saison, soit à cause des événements qui risquent de se produire avant sa venue. Qu'ils demandent, par conséquent, à Dieu de pouvoir fuir auparavant, et d’en avoir l’occasion en un autre jour que le sabbat, la loi de Moïse, pour laquelle beaucoup de chrétiens de Jérusalem professaient encore en ce temps-là le même attachement que les Juifs (1), ne permettant de faire en ce jour que peu de chemin (2).

Le moment de suivre ces conseils sera arrivé « quand ils verront l’abomination de la désolation « installée dans le lieu saint. » Cette expression, l'abomination de la désolation, que Jésus emprunte au prophète Daniel traduit par les Septante (Daniel, XII, 44), se rencontre aussi ailleurs. (1. Maccabées, Ι, 54.) Il s’en sert ici parce qu’il ne voulait parler qu'à mots couverts des énormités de toute sorte dont se rendront coupables les zélateurs, après qu’ils seront « entrés avec leurs pieds souillés dans les lieux « saints (3), » et parce qu'aucune autre n'aurait pu caractériser mieux leur horrible profanation, et les crimes exécrables, rapines, meurtres, sacriléges, actes infâmes, auxquels ils s’y livreront sans honte. Il faut voir dans l’Hisioire de la querre des Juifs contre les Romains combien de fois Josèphe revient sur l’indignation qu’ils excitèrent; mais les quelques mots de Daniel cités par le Seigneur, et dont saint Matthieu,

(4) FL. Jos., Bell. Jud., 110. IV, c. 11, ὃ 3.

(2) Exode, XVI, 29, Actes, 1, 42. ;

(3) ... καὶ ἁγίας χώρας ποσὶ μιαιφόγων στενοχωρουμένας, (FL. Jos. Bell. Jud., lib. IV, c. 18, 8 40.)

en raison de ce qu’ils ont d’énigmatique, invite ses lecteurs à rechercher le sens, — « que celui qui lit «a comprenne, »— me paraissent en donner une idée plus saisissante encore que tout ce que cet historien en ἃ dit. Aussi était-il impossible, alors que toutes ces choses seraient arrivées à la suite de l'installation des zélateurs dans le sanctuaire, que les disciples n'y reconnussent pas le signe après lequel leur maitre leur avait commandé de fuir.

Jésus leur avait donné, dans ce même entretien, un autre signe encore pour les y déterminer; c’est qu’ils verront alors « Jérusalem environnée par les « armées. » (Luc, XXI, 20.) Saint Matthieu n’en a pas fait mention dans son Évangile, destiné tout d’abord aux chrétiens de la Palestine, peut-être parce qu'il ne voulait pas jeter avant le temps l’alarme parmi eux. Saint Luc, au contraire, qui écrivait pour des Grecs, auxquels le livre de Daniel était inconnu, et qui ne pourront être que fort mal informés des méfaits des zélateurs, s’en est tenu à la seconde indication. Ge n’en sont pas moins deux signes, ainsi que Calvin l’a très-bien su voir (4); mais la plupart des commentateurs ont été moins clairvoyants, malgré

(4) « Æbomination vaut autant dire que profanation.…. Au « reste, ceux-là s'abusent qui estiment que ce propos de Christ « s'entende de l’assiégement de Jérusalem. Et les paroles de sainci « Luc ne servent de rien pour sauver leur faute, veu que 508 « intention n’a pas esté de dire cela mesme que disent sainct Mat- « thieu et sainct Marc : mais une autre chose. » (CaLvin, Con-

meniaires sur le N. T., tome I, page 607.) — Voir pour l'autre interprétation, Bossugr, Discours sur l'histoire universelle.

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