Partie II, chap
MATTHIEU, XXIV, 15-20. 941 l'avertissement de saint Matthieu. Ils se sont persuadé qu'il n’y avait qu'un seul et même signe dont les deux évangélistes parlaient diversemént, parce que l'un interprétait l’autre. « L’abomination de la déso- «lation dans le saint lieu, » disent-ils, ce sont les enseignes romaines plantées sur le territoire sacré autour de Ja ville sainte, lorsque les armées environnèrent Jérusalem, comme si le lieu saint (ὁ τόπος &ylos) pouvait désigner autre chose que le temple ou le sanctuaire (4). ΠῚ n’était pas besoin de leur occupation par les Romains pour qu'ils fussent souillés ; ils l'avaient été déjà autant qu'ils pouvaient l’être par les Juifs eux-mêmes, quand, non contents d’en avoir fait une caverne de brigands (XXI, 13), ils en firent ka place d'armes d'une bande d’assassins et la salle où 118 tenaient conseil. Considérer la seconde parole du Seigneur comme donnant la signification de la première, c’est admettre qu’il a passé sous silence lous ces crimes, résultat de l’attitude que le peuple, dans son incrédulité, avait prise vis-à-vis de lui, pour ne faire mention que de son châtiment, tandis que ces crimes, à eux seuls, devaient suffire pour les remplir d’épouvante et les engager à fuir.
Les deux signes se trouvèrent réalisés lorsque les zlateurs, entrés à Jérusalem après la soumission de la Galilée aux Romains, se furent emparés du temple, et que ceux-ci sous la conduite de Vespasien, qui désirait terminer promptement la guerre, se furent
(4) Voir Actes, VI, 13, et XXI, 28.
842 MATTHIEU, XXIVW, 15:20.
avancés en Judée, au commencement de juin de l’année 68, jusqu’à Jéricho (1), avec le dessein d'y préparer les opérations du siége. Josèphe raconte qu'une foule d'habitants de cette ville s’enfuirent alors « dans les montagnes qui sont vis-à-vis de Jéru- « salem (2). » C'était précisément ce que Jésus avai conseillé à ceux de ce pays-là de faire. Nous savons, en outre, par Eusèbe que ceux qui, à Jérusalem, avaient cru en Christ, se conformant à un averlissement divin, en partirent vers ce temps-là et trans portèrent leur séjour à Pella, à l’est du Jourdain, en sorte qu'ils échappèrent à la désolation qui atteignit la ville sainte peu après (3). Bien leur en prit; Οἱ Jérusalem ne cessa pas, depuis lors jusqu’à sa ruine, d'avoir des troupes dans son voisinage ou à 56 portes : tantôt c’étaient les légions de Vespasier, tantôt les rassemblements formés par Simon, tantôt l’armée de Titus; et ceux qui n'avaient pas fui dès le commencement, n’y réussirent pas ensuite.
Ce ne furent pas tañt les Romains, comme on pourrait le croire, que les factions rivales qui y mt
(1) FL. Jos,, Bell. Jud., lib. IV, c. vu, 8 4.
(2) To μὲν οὖν πολὺ πλῆθος êx τῆς Ἱεριχοῦντος... εἰς τ! ἄντιχρυς Ἱεροσολύμων ὀρεινὴν διαπεφεύγει. (1bid., lib. I\. 8. vit, ἢ. 2.)
(3) Εσδεβιυβ, Histor. Eccles., lib. ΠῚ, ç. δ. — « Idem tradit « Epiphanius in bæresi Nazaræorum, cap. 7. In libro autem de « ponderibus et mensuris, Christi discipulos ab angelo admonitos. « Pellam migrasse scribit. Porro cum Eusebius nullum bujss ra « citet auctorem, satis apparet illum ex veterum trditione isa « scripsisse, cum alioqui ipse vicinus esset iis locis. » (VALESITS. Annolationes.)
MATTHIEU, XXIV, 15-20, 21, 22. 943 rent obstacle. Plusieurs de ceux qui voulaient fuir, voyant bien qu'il leur serait impossible de rien emporter, vendaient ce qu’ils avaient de plus précieux pour quelques pièces d’or, qu'ils avalaient, de peur qu’on ne les leur prit, si on venait à les arréter (1). En effet, ceux qui essayaient de sortir de la ville en étaient empêchés par les zélateurs qui gardaient les issues et qui souvent tuaient les fuyards sans pitié (2). Ceux qui venaient de la campagne et qui voulaient entrer, étaient de même mis à mort par les soldats de Simon, qui occupaient tous les abords (3). Les habitants ayant ouvert les portes à Simon au troisième mois de l’année suivante (4), ceci devait se passer en hiver, et c’est un exemple de plus du parfait rapport entre les directions de Jésus et les événements en vue desquels il les avait données. Les disciples durent être frappés de la tendre sollicitude avec laquelle, en entrant en tant de détails, il s'était appliqué à mettre les siens à l’abri des périls que tout retard à fuir leur aurait fait courir. Et cependant, pour ne pas être exposé à des maux plus terribles encore, 1] fallait fuir, les jours de la vengeance et de Îa désolation étant proches. (Luc, XXI, 20, 22.)
XXIV, 21. Ἔσται γὰρ τότε XXIV, 21. Car il y aura alors Ἰλῖψις μεγάλη, οἵχ où γέγονεν une si grande aflliction, que ja-
(4) FL. Jos., Bell. Jud. lib. V, c. x, 84.
(2) 2bid., Mb. IV, c. vi, ὃ 3.
(3) /bid., lib. IV, 6. 1x, 8 40.
(4) Zbsd., lib. IV, c. 1x, 2 42.
ἀπ’ ἀρχῆς xéquou ἕως τοῦ mais depuis le commencement du
vüv, οὐδ᾽ οὐ μὴ γένηται. monde jusqu'à présent il n'y en eut, et jamais il n'y en aura de semblable. .
22. Καὶ εἰ μὴ ἐχολοδώθησαν 32. Et si ces jours-là n’eussest ai ἡμέραι ἐκεῖναι, οὐχ ἂν ἐσώθη élé abrégés, nulle chair ne serai πᾶσα σάρξ διὰ δὲ τοὺς ExAex- sauvée; mais à cause des élus, τοὺς χολοδωθήσονται αἱ ἡμέραι ces jours-là seront abrégés. ἐχεῖναι.
Jésus avait dit, alors qu’il voulait donner une idée de la grandeur du châtiment réservé à cette génération (XXIII, 33, 36), que ce serait comme une not velle application de la sentence prononcée dans k vallée de Hinnom ou, comme on disait alors, dans ls Géhenne, contre Jérusalem (Jérémie, XIX, 6-12), sentence qui eut son effet lorsque les Babyloniens détruisirent la ville sainte au temps de Nabuchodonosor, brûlant la maison de Dieu qui en était ἰὰ gloire, démolissant ses murailles, incendiant ses palais, et finissant par mettre le feu à toute la ville, pour ne rien laisser subsister de ce qui s’y trouvait de précieux. (11. Rois, XXV, 8-10; IL. Chroniques, XXXVI, 17-19.) Au temps de Titus il en fut de même. Aussi se souvient-on sans cesse des menaces de Jérémie, que Jésus ἃ faites siennes en les rappelant, quand on l't dans l’histoire du dernier siége de Jérusalem des désolations pareilles à celles du siége antérieur dont il fut le prophète : une horrible famine (1), les atrocités qui en furent la suite (2), l'abandon
(1) EL. Jos., Bell. Jud., lib. VI, c. ur, 83. (2) Zbid., lib. VE, c. πὶ, 28 4, 5.
MATTHIEU, XXIV, 21, 22. 345 sans sépulture des malheureux que la faim avait fait périr (4); et tout cela aboutissant à l’anéantissement de cette illustre cité. Le temple, « qui avait accom- « pli, » pour parler avec Bossuet, « tout ce à quoi il « était destiné (2), » etles vastes constructions à l’entour, qui avaient fait dire aux disciples : «Maître, re- « garde, quelles pierres et quels bâtiments ! » (Marc, XIII, 1), furent réduits en cendres le 10 août de l’an 10, en la seconde année de Vespasien (3); la ville fut prise, le 8 septembre, après un affreux carnage, et entièrement brülée (4). Titus voulut qu’on la ruinât jusqu’en ses fondements, et cet ordre fut si exactement exécuté, qu’il ne parut plus aucune marque qu'il y eût eu là autrefois des habitants (5). « Il ne «resta pierre sur pierre qui ne fût renversée.» (XXIV, 2.) Et même, s’il faut en croire les traditions talmudiques, « au neuvième jour du mois d’Ab, fatal pour «la vengeance, » (ceci doit se rapporter à l'année suivante), « le méchant Turnus, d’entre les enfants a d'Édom, passa la charrue sur l’emplacement du « temple et sur les lieux environnants (6). »
(4) Fc. Jos., Bell. Jud., lib. V, ὁ. x, 8 7.
(2) Méditations sur l'Évangile, LXVIle jour.
(3) FL. Jos., Bell. Jud., lib. VI, c. 1v, 22 6-8.
(4) Zbid., lib. VE, c. νι, 9 3, et 6. γπῖ, 2 5.
(5) Κελεύει Καῖσαρ ἤδη τὴν τε πόλιν ἅπασαν χαὶ τὸν νεὼν χα» τασχάπτειν... Τὸν δ᾽ ἄλλον ἅπαντα τῆς πόλεως περίδολον οὕτως ἐξωμάλισαν οἱ χατασχάπτοντες, ὡς μιηδὲ πόγποτ᾽ οἰχηθῆναι πίστιν dv ἔτι παρασχεῖν τοῖς προσελθοῦσι. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. ΥἹΙ, C. 1, 94.)
(6) Marmonines, Taanith, cap. IV, bab. 6, cité par LicaTroor, Exercitations upon St Matthew.
« ΠΥ aura alors, avait dit Jésus, une si grande « affliction que jamais depuis le commencement du a monde jusqu'à présent il n’y en eut, et que ÿ- « mais il n’y en aura de semblable. » Josèphe 8 sert à peu près des mêmes expressions pour dé clarer après l'événement « qu’en aucun temps nulle « autre ville n’a eu à souffrir autant de maux ([), « οἱ que les infortunes que toutes les autres en- « semble ont jamais ressenties ont été surpassées « par celles que les Juifs éprouvèrent alors (2). » « Qu'on lise toutes les histoires, s’écrie saint Jean « Chrysostome, on n’y trouvera point de tels mal- « heurs (3). »
Si la résistance avait prolongé tant soit peu le siége, personne n’aurait eu la vie sauve; mais Dieu, « dont les justices sont toujours accompagnées de « miséricorde, » abrégea ces jours-là à cause de ses élus, par un dénoûment auquel on ne s'attendait point : Jean et Simon, qui s'étaient réunis pour k défense commune, abandonnèrent subitement les tours imprenables où 118 s'étaient enfermés, « ot « plutôt, dit Josèphe, Dieu les en chassa (4) et l'on
(4) ... μήτε πόλιν ἄλλην τοιαῦτα πεπονθέναι, prhte γενεὲν ἐξ αἰῶνος γεγονέναι χακχίας γονιμαυτέραν. (ΕἸ,. 708., Bell. Jud., lib. Υ͂, c.x, $ 6.)
(2) Τὰ γοῦν πάντων ἀπ᾽ αἰῶνος ἀτυχήματα πρὸς τὰ Ἰουδαίων ἡττᾶσθαί μοι δοχεῖ κατὰ σύγχρισιν. (FL. Jos., Bell. Jud., Proxmium, $ 4.) |
(3) LXX' Ie Homélie sur l'Evangile de saint Matthieu.
(6)... μᾶλλον δὲ ὑπὸ τοῦ Θεοῦ χαταδληθέντες ἀπ᾿ αὐτῶν. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. VI, 6. vu, $ 6.)
MATTHIEU, XXIV, 91, 92: 93-25. su « vit clairement en cela un effet de la puissance « divine (1). »
Voilà donc ce que sera la fin, et c'est en vue de cette fin que Jésus avait dit qu'il fallait fuir lorsque le temps en serait proche. Mais par quelles circonstances sera-t-elle amenée ? Il va l'apprendre à ses disciples en leur donnant d’autres conseils encore sur la conduite à tenir quand ils verront « l’abomination de la « désolation installée dans le lieu saint. » C'est à ce moment-là que l’on doit rapporter ce qui suit.
XXIV, 23, Τότε ἐάν τις ὑμῖν XXIV, 23. Alors si quelqu'un εἴπῃ" Ἰδού, ὧδε ὃ Χριστὸς À vous dit : Voici, le Christ est ici, ὧδε" μὴ πιστεύτητε. ou il est là, ne le croyez point ;
24. ᾿Ἐγερθήσονται γὰρ Yaudé- 24. Car il s'élèvera de faux χριστοι χαὶ ψευδοπροφῆται, χαὶ christs et de faux prophètes, et δώσουσι σημεῖα μεγάλα χαὶ τέ-- ils feront de grands signes et para, ὥστε πλανῆσαι, el δυνα» des prodiges, afin d’abuser, si
ré, χαὶ τοὺς ἐχλεχτούς. possible, même les élus. 25. Ἰδού, προείρηχα ὑμῖν. 25. Voici, je vous l'ai annoncé d'avance.
Il s’en fallut peu que l’année qui suivit la mort de Néron ne füt la dernière de l’empire romain (2). La guerre civile ne permettant de prendre aucunes précautions contre les ennemis du dehors, il y eut en diverses contrées des soulèvements. Le raisonnement qu'on y faisait était que tandis que les uns soutiendraient Vespasien et les autres Vitellius, 1l pouvait y
(1) Ἔνθα δὴ μάλιστ᾽ ἂν τὶς καταμάθοι τὴν τα τοῦ Θεοῦ δύνα-μιν ἐπὶ τοῖς ἀνοσίοις. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. VI, c. var, & 4.)
(4) « Annum.…. reipublicæ prope supremum. » (Tacrr., Héstor., lib. 1, c. 44.)
avoir moyen de se débarrasser de tous les deux (ἢ). C'est ainsi que Claudius Civilis, qui était de race royale, en vint à concevoir les plus vastes desseins. Il portait ses regards et sur les Gaules et sur la Germanie, et ne songeait à rien moins qua se faire un royaume de ces belles et riches provinces (2).
Il n’est pas étonnant que les mêmes causes aient produit les mêmes effets en Judée, où des tentatives d’insurrection avaient eu lieu en des temps bien moins favorables. Les Juifs, n’ayant pas reconnu le Messie en Jésus qui était venu pour les sauver de leurs péchés, continuaient à attendre sous ce nom mn roi qui les délivrerait du joug des étrangers, εἰ dont la domination s’étendrait sur la terre entière. | Josèphe dit expressément que ce qui les décida principalement à s'engager dans la guerre contre les Romains, ce fut l'interprétation qu’ils donnèrent à un passage de l’Écriture suivant lequel on devait voir «en ce temps-là un homme de leur pays com | « mander à toute la terre(3). » Eusèbe renvoie pour cela au Psaume II, où on lit: « Demande-moi, et je « te donnerai pour héritage les nations, et pour t: « possession les bouts de la terre, » et il pense que ces paroles ont commencé à être accomplies, lors-
(4) Tacir., Histor., lib. IV, c. 47.
(2) Zbid., lib. IV, c. 43, 46, 48.
τὸν χαιρὸν ἐχεῖνον ἀπὸ τῆς χώρας τις αὐτῶν ἄρξει τῆς οἰχουμένης. (Εἰ. Jos., Bell. Jud., lib. VI, c. v, 8 4.)
MATTHIEU, XXIV, 25-25. 349 que les apôtres, envoyés par le Seigneur, se mirent à prêcher l'Évangile du royaume à tous les peuples, pour les soumettre à son obéissance (1). Une telle attente, fondée soit sur ce passage des livres saints, soit sur d'autres, était assurément répandue alors parmi les Juifs. Ceux d’entre eux qui avaient refusé de les appliquer au vrai Messie, essayaient de les expliquer autrement. Josèphe, dévoué aux Romains, osa prétendre que l’oracle se rapportait à Vespasien, qui fut proclamé empereur alors qu’il était en Judée (2). Tacite et Suétone n’ont pas manqué d'accueillir cette interprétation, et ils ont constaté ainsi une croyance qui, suivant l’un d’eux, régnait alors dans tout l'Orient (3). J'ai dit quelle était celle des patriotes juifs. Ils révaient, en se fondant sur les prophéties, l'établissement de la monarchie universelle au profit de leur nation par le moyen de l’un d’eux. « La mul- « titude, dit encore Tacite, par cette faiblesse si na- « turelle à la vanité humaine, expliquait en sa faveur « toutes ces magnifiques promesses, et la calamité
(4) Euses., Hisior. Eccl., lib. IIL, 6. 8.
(2) Ἐδήλου δ᾽ ἄρα περὶ τὴν Οὐεσπασιανοῦ τὸ λόγιον ἡγεμονίαν, ἀποδειχθέντος ἐπὶ Ἰουδαίας αὐτοχράτορος. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. VI, c. v, $ 4.) |
(3) « Pluribus persuasio inerat antiquis sacerdotum literis von- « tineri, 60 ipso tempore fore ut valesceret Oriens, profectique a Judæa rerum potirentur; quæ ambages Vespasianum ac Titum « prædixerat. » (Tacrr., Histor., lib. V, 6. 43.) — « Percrebuerat « Oriente toto vetus et constans opinio, esse in fatis, ut eo tem- « pore Judæa profecti rerum potirentur. Id, de imperatore Ro- * Mano, quantum eventu postea patuit, prædictum, Judæi ad « se trahentes rebellarunt. » (Sugron., ἐς XII Cæsarum, lib. VII, c. 4.)
« même n'avait pas le pouvoir de la détromper (1). » Ceux qui lui paraissaient destinés à les réaliser, telles qu’elle les comprenait, c’étaient ceux qui l’appelaient aux armes pour combattre les Romains, et qui aspiraient à régner sur elle, en attendant qu'ils régnassent sur le monde. Si, en pressant les Juifs qui demouraient au delà de l'Euphrate à se soulever en même temps qu'eux, ils parvenaient à exciter d'assez grands troubles en Orient pour que des peuples entiers appréhendassent de leur être assujettis (2), c'était pour eux un nouveau titre. Un Jean de G:scala, un Simon, un Éléazar répondaient bien mieu que Jésus à l’idée qu'on se faisait du Messie en ce temps-là. Aussi, lorsque l’un d’eux, bien loin de s’attribuer une mission religieuse, disait, en se donnant pour un libérateur politique : « Moi, je suis le « Christ (3), » se trouvait-il bientôt beaucoup de gens, qui, après s’être laissé abuser par lui, cherchaient à en gagner d’autres à son parti, en disant: « Le Christ est ici, ou 1] est là. » (Versets 5 et 23.) Ces faux christs avaient leurs faux prophètes, auxquels le peuple ajoutait d'autant plus aisément fi qu'ils se servaient du nom de Dieu pour le tromper.
(4) « Sed vulgus, more bumanæ cupidinis, 510] tantam fatorum « magnitudinem interpretati, ne adversis quidem ad vera muta- « bantur. » (Tacir., Histor., lib. V, c. 43.)
(2) FL. Jos., Bell. Jud., Proœmium, à 2.
(3) « Le Christ : Le libérateur de la nation judaïque; car c'est « l’idée que l'on avaît attachée au mot de Christ. Tels étaient a Simon fils de Gioras, Jean de Giscala et d’autres qui vinrent « depuis, et qui promettaient aux Juifs de les délivrer de Β « tyrannie des Romains. » (J. Le CLERc.)
MATTHIEU, XXIV, 23-25. 351 L'un d'eux, vers la fin du siége, fut cause. de la mort d'une multitude d’hommes, de femmes et d'enfants, qui, étant montés de la ville dans le temple, sur l'assurance qu’il leur avait donnée qu’ils y éprouveraient ce jour-là môme les effets du secours divin, y périrent misérablement quand il fut incendié (1). Ges imposteurs « feront de grands signes et des prodi- «ges, » disait Jésus. « Des prodiges et des signes (2), » volà précisément à quoi, d’après Josèphe, les faux prophètes, ou comme il les nomme aussi, les goètes γόητες) de ce temps-là, avaient recours pour obtenir la confiance des masses. Ils se servaient des forces inconnues de la nature et des secrets d’une prétendue magie pour leur faire illusion. Peut-être faut-il mettre à leur charge quelques-uns des signes que l’on essaya de représenter comme de bon augure pendant que Jérusalem était assiégée : ainsi cette clarté, égale à celle du jour, dont l’autel et le sanctuaire furent éclairés pendantune demi-heure durant la nuit; ainsi encore, cette subite ouverture de la porte orientale du temple, qu’il fallait vingt hommes pour faire tourner sur ses gonds, et qui cette fois eut lieu sans que personne y eût mis la main (3). L'autorité des goëètes juifs, qui avaient exercé leurs prestiges jusque dans le camp de Vespasien (4), étant menacée par le christianisme (Actes, XIX, 13-19), ils|étaient dans leur rôle en secondant les faux christs. (4) Fu. Jos., Bell. Jud., lib. VI, c. v, $$ à et 3. (2)... τέρατα χαὶ σημεῖα. (FL. Jos, ÆAné. Jud., lib. XX, οι vis, 6.
(3) FL. Jos., Bell. Jud., lib. VE ὧν ν, ὶ 3.
(4) FL. Jos., Ant. Jud., lib. VIE, c. 11, $ 6.
Tout cela, Jésus l'avait prédit à ses disciples avec tant d’exactitude, que si l’on voulait résumer l’histoire des événements dont je viens de montrer ἰὰ suite, les paroles du Seigneur qui les annoncent en pourraient être le sommaire. I leur fait remarquer, afin de mettre les Juifs sur leurs gardes, qu’illes en a avertis à l'avance ; et comme si ce n’était pas assez, 1] va être plus précis encore.
XXIV, 26. Ἐὰν οὖν εἴπωσιν XXIV, 26. Si donc on vous dit: ὑμῖν: Ἰδού, ἐν τῇ ἐρήμῳ on Voici, il est au désert, n’y alle μὴ ἐξέλθητε’ ἰδού, ἐν τοῖς point; voici, il est dans les mταμείοις" μὴ πιστεύσητε" gasins d'approvisionnement, 2e
le croyez point ;
27. Ὥσπερ γὰρ À ἀστραπὴ 27. Car comme l'éclair sort de ἐξέρχεται ἀπὸ ἀνατολῶν χαὶ l'Orient et est visible jusqu'en φαίνεται ἕως δυσμῶν, οὕτως ἔσται Occident, ainsi en sera+-il aussi xat ἣ παρουσία τοῦ υἱοῦ τοῦ de l’avénement du Fils de ἀνθρώπου" l'homme ;
28. Ὅπου γὰρ (1) ἐὰν ἢ τὸ 48. Car encore, quelque part πτῶμα, ἐχεῖ συναχθήσονται οἱ que soit le corps mort, les aigles ἀετοί. s'y rassembleront.
Comment ne pas penser, à propos de ces deux prétendus libérateurs, de l’un desquels on dira : « Voici, « le Christ est au désert, » tandis qu’on dira de l’autre : « Voici, il est dans les magasins d’approvi-
(4) » Le car par lequel ce verset commence ne se rapporte pss « aux paroles qui précèdent immédiatement, mais au verset 2 « où Jésus-Christ avertit ses apôtres de ne pas croire les bruits qu'on « ferait courir touchant l’arrivée du Messie. 11 leur en donne deu « raisons, dont la première est au verset 27, et la seconde. qui « n'a point de rapport avec elle, dans celui-ci. Les exemples de « plusieurs car mis de suite, ne sont pas rares. Voyez Romaits, « AV, 43, 44,45; V, 6,7. » (J. Le CLenc.) — Voir aussi Ma!thieu, XVILF, 40, 44; XX VI, 40, 44, 42.
MATTHIEU, XXIV. 26-28. 355 « sionnement, » à Simon, fils de Gioras, et à Jean de Giscala; au premier, alors qu’il était campé à l'entrée du désert de Tékoah (11. Chroniques, XX, 20) etque de toutes parts, et de Jérusalem même (1), ue multitude si grande qu’il ne savait où se procurer des vivres pour la nourrir, accourait auprès de lui (2); au second, après qu’il se fut rendu maître de la partie intérieure du temple (3), où on put le croire d’abord assez fort pour être en état de repousser les Romains? Tout ce qui se trouvait dans l’enceinte qu’il occupait (4), y compris les bâtiments à l'usage des sacrificateurs et des chantres, et les chambres où l’on serrait les ustensiles du sanctuaire, et où l’on enfermait l’oblation du froment, du vin et de l'huile, et le produit de la dime (Néhémie, X, 38, 39), reçut nécessairement par son ordre une destination en rapport avec la guerre. Il en dut être pendant qu’il y commandait comme il en avait été quand les zélateurs se furent emparés du temple et qu'ils en eurent fait une place d'armes, un lieu de refuge et un magasin (ταμιεῖον), en vue des opérations qu’ils préparaient contre leurs adversaires (5).
(1) FL. Jos., Bell. Jud., lib. IV, c. vi, 21.
(2) Zbid., lib TV, c. 1x, 28 5 et 7. — Le désert de Tékoah faisait partie du désert de Judée, à l’est de la mer Morte. Saint Jérôme dit qu'il s'étendait jusqu’à la mer Rouge. (Raven, Palæslina, pages 41,448, 449.) Quarante mille hommes, outre les soldats, s'y étaient rassemblés autour de Simon.
(3) Αὐτοὶ δὲ χαὶ τὸ ἐνδότερον ἱερὸν κατασχόντες... (FL. Jos., Bell, Jud., ib. V, c. τα, 8.4.)
(4) 1bid., lib. V, 6. vi, 8 4.