‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 67 sur 107 · IV · texte numérisé non relu

IV

C'était de ces deux hommes-là surtout que la portion remuante de la nation croyait pouvoir attendre la délivrance; mais aucune promesse d'en haut n’autorisait les disciples à rien espérer d'eux. Leur mission sera, au contraire, de combattre l'attente des faux christs, en témoignant que Jésus est le Christ véritable. Les apôtres, au moment où il allait les quitter, venaient de le questionner au sujet de son retour ; mais il leur répond que son retour sera tout autre qu'ils ne se le représentent. On n'ira pas le chercher alors, comme on l’a fait jusqu’à présent, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. (Marc, I, 373; Jean, VI, 24.) On ne dira pas de lui, comme des faux christs : α Il est ici, ou il est là. » (XXI, 23.) Quand le Fils de l’homme reviendra, ce sera du ciel, et son avénement aura lieu avec tant d'éclat et de gloire, qu'il sera connu de tous et partout au même instant. Il en sera de lui comme de l’éclair qu, aussitôt qu’il paraît, est vu aux deux bouts du ciel.

Au reste, s’il ne faut pas se confier en ces hommes parce qu'aucun d'eux ne peut être le Christ promis, lequel est déjà venu, il y a une autre raison encore

pour ne pas se confier en eux, c’est que, quels que

soient ceux qui entreprendront de sauver ce peuple, le peuple juif ne pourra pas être sauvé : dès à présent il est mort, et il sera très-certainement la proie de ses ennemis, qui fondront sur lui en grand nombre,

τῶν ἐφ᾽’ ἡμᾶς παρασχευῶν γέγονεν. (FL. Jos., Bell. Jud., lib. IV. c. ιν, 8 3.) — Il faut rapprocher ταμιεῖον, dans ce passage de Josèphe, de ἐν τοῖς ταμείοις, Matthieu, XXIV, 26.

MATTHIEU, XXIV, 26-28; 21. 355 pareils aux aigles qui, quelque part que soit un corps mort, le découvrent et se rassemblent pour le dévorer (4). C’est donc en vain que s’élèveront des faux christs et des faux prophètes : ils ne pourront empécher la sentence prononcée contre la nation coupable d’avoir partout son effet.

XXIV, 29. Εὐθέως δὲ μετὰ XXIV, 29. Mais aussitôt après τὴν θλῖψιν τῶν ἡμερῶν ἐχείνων l’afliction de ces jours-là, le sa- 6 ἅλιος σχοτισθήσεται, χαὶ ἣ leil s'obseurcira, et la lune ne σελήνη οὐ δώσει τὸ φέγγος ab- donnera plus sa lumière, et les τῆς, χαὶ οἱ ἀστέρες πεσοῦνται étoiles tomberont du ciel, et le ἀπὸ τοῦ οὐρανοῦ, xat αἱ δυνά- firmament sera ébranlé. μεῖς τῶν οὐρανῶν (2) σαλευθήσονται.

Les jours dont. Jésus parle ici sont ceux du siége, ceux durant lesquels les aigles rassemblés là où était le corps mort le feront disparaître en s’en repaissant. Nous avons vu quelle a été l’affliction de ces jours-là. Onze cent mille Juifs, dont le plus grand nombre

(45 « L'aigle s'élèvera-t-il à ton commandement ?... Là où sont « des cadavres, il se trouve. » (Jos, XXXIX, 30, 33). — « Ex his « quas novimus aquilæ maxumus honos, maxuma et vis. Sex earum « genera..…… Quarti generis est percnopterus, eadem oripelargus, «a volturina specie, alis minumis, reliqua magnitudine antecellens, « sed inbellis et degener ut quam verberet corvos; eadem ieiunæ « semper aviditatis et querulæ murmurationis. Sola aquilarum « exanima fert corpora, ceteræ cum occidere considunt. » (C. Prin. Natur. Hist., lib. X, 6. 11, sect. 3.)

(2) « Ego semper existimavi virtutes cœlorum hoc loco vocari, « quos Job alia metaphora cardines cœli vocat cap. XXII, 44, qua « metaphora nibil aliud quam firmamentum, et robur significatur, « quod ipsum virtulis nomen declarat. Itaque docet Christus car- « dines ipsos, et quasi fundamenta cœli præ limore commovenda « esse. » (MALDONAT, Comm. in quat. evangelistas, col. 554.)

étaient venus des provinces à Jérusalem pour y célébrer la Pâque et ne purent en sortir, perdirent la vie dans cette guerre (4), s’il faut en croire Josèphe, dont les chiffres, il est vrai, sont souvent très-exagérés. Leur disparition de la Palestine, comme peuple, par k dispersion qui commença alors et qui dure encore; la cessation du culte et des sacrifices, tels qu’ils avaient été établis par Moïse; la ruine des diverses institutions nationales qui s’étaient maintenues jusque-là, en furent la conséquence immédiate. Ainsi arriva, par suite de ambition des faux christs, opposés les uns aux autres parce qu’ils aspiraient tous à régner, ce que les archiprêtres et les pharisiens avaient prétendu vouloir empêcher en livrant le Christ véritable aux Gentils. «Si nous lelaissons faire, « disaient-ils en plein conseil, tout le monde croira « en lui, et les Romains viendront, qui détruiront et « ce lieu et notre nation. » (Jean, XI, 48.) Les voilà venus; mais c’est précisément parce que la réjection du vrai Messie a laissé la voie ouverte à ces prétendus sauveurs, qui ont usurpé son nom; et maintenant qu'ils ont détruit le temple et Jérusalem, la nation aussi va périr, avec tout ce qui avait donné à son existence une signification si particulière.

Quelques-uns des sacrificateurs voyant brüler le temple, et comprenant que leur rôle était fini (XXI, 43), se jetèrent dans les flammes qui le dévoraient (2). Titus en fit mettre d’autres à mort, et la raison qu'il

(4) FL. Jos., Bell. Jud., lib. VI, 6. 1x, 83. (2) Zbid., lib. VL, c. v, S 4.

MATTHIEU, XXIV, 29. 357 en donnait, c'était qu’il convenait que le temple et ceux qui y officiaient eussent le même sort (1). S'il en épargna un, ce fut pour le récompenser de l'avoir mis en possession d’une partie des trésors qui y étaient cachés (2). La table d'or et le chandelier d'or, qui se trouvaient aux deux côtés de l’autel des parfums dans 16 lieu saint, étant tombés en ses mains, ils figurèrent à Rome, comme trophées, lors du triomphe de Titus et de son père. Vespasien les fit déposer plus tard dans le temple de la Paix. Il conservait dans son palais le livre de la Loi et les voiles du sanctuaire, dépouilles qui lui étaient échues en partage (3). C’en était fait du culte. Pour ce qui est de Ja nation, après des massacres en différents lieux, l'empereur, afin de l’obliger à s’expatrier, commanda de vendre toutes les terres de la Judée. Il ordonna, en outre, qu’en quelque lieu que les Juifs habitassent, ils payeraient chacun par an deux drachmes au Capitole, comme ils les avaient payés auparavant au temple (4). Mais on ne déporte pas tout un peuple. Sous Trajan, les Juifs demeurés dans le pays se soulevèrent de nouveau pour reconquérir leur indépendance. Vaincus à cette époque, ils recommencèrent la guerre sous Adrien, à l’instigation de Barchochébas, qui se donnait ouvertement pour le Christ, et ils subirent alors de telles pertes qu’ils ne s’en relevè-

(4) FL. Jos., Bell. Jud., lib. VE, c. vi, δ 1. (2) Zbid., lib. VI, δ. vus, Ὁ 3.

(3) Zbid., lib. VII, 6. v, $ 7.

(4) Zbid., lib. VIE, ὁ. vr, 6 6.

rent jamais (1). Adrien établit une colonie romaine sur l'emplacement où avait été Jérusalem; il effag son nom et donna celui d'Ælia Capitolina à la cité nouvelle qu’il y voulut fonder et dont l'approche fut interdite aux Juifs. Qu'’auraient-ils été y faire? Un temple avait été élevé à Jupiter là où pendant tant de siècles on était venu adorer l'Éternel (2). D'ailleurs, la Judée était devenue déserte; les loups et les hyènes se promenaient dans ses villes (3).

C'est cette ruine totale de la nation, des institu-

(4) « Voïcl un faux Christ qui va achever de les perdre. Cinquante « ans après la prise de Jérusalem, l’infâme Rarchochéhes, 18 voleur, un scélérat, parce que son nom signifiait le fils de l'étoile, se disait l'étoile de Jacob prédite au livre des Nombres, et se porta pour le Christ. (Evses., Hist. Eccl., lib. IV, 6. 6.) « Akibas, le plus autorisé de tous les rabbins, et à son exemple « tous ceux que les Juifs appelaient leurs sages, entrèrent dass u Son parti, sans que l’imposteur leur donnât aucune autre mar- « que de sa mission, sinon qu'Akihas disait que le Christ δὲ a pouvait pas beaucoup tarder. Les Juifs se révoltèrent par tou « l'empire romain, sous la conduite de Barchochébas, qui leur « promettait l'empire du monde, » (Bossoxr, Discours sur l'histoire universelle, Partia IT, chap. 22.)

(2) Ἐς δὲ τὰ Ἱεροσόλυμα πόλιν αὐτοῦ ἀντὶ τῆς xatacxapsisrs οἰχίσαντος, ἣν χαὶ Αἰἴλίαν Καπιτωλίναν ὠνέμασξε, χαὶ ἐς τὸν τοῦ ναοῦ τοῦ Θεοῦ τόπον, ναὸν τῷ A ἕτερον ἀντεγείραντος... ( Cass., lib. LXIX, ο. 42.}.-- Ἔνθεν οὖν εἴργονται πάντη τῆς πόλεως ἐπιμένειν, προστάξει Θεοῦ χαὶ Ῥωμαίων χράτει διασπαρέντες χατὰ παντός. (Euses., Chronicorum libri duo. Berolini, 1866. Vol. II, page 468.)

(3) ... ὥστε πᾶσαν ὀλίγου δεῖν τὴν Ἰουδαίαν ἐρημωθῆναι. χαθάπερ ποὺ vai πρὸ τοῦ πολέμου αὐτοῖς προεδείχθη τὸ Ὑὰ μνημεῖον τοῦ Σολομῶντος, ὃν ἐν τοῖς σεδασμίοις οὗτοι ἄγουνν. ἀπὸ ταὐτομάτου διελύθη τε χαὶ συνέπεας, nai λύκοι ὕαιναί <: πολλαὶ ἐς τὰς πόλεις αὐτῶν ἐσέπιπτον ὠρνόμεναι, (Dio Css. lib. LXIX, c. 44.)

MATTHIEU, XXIV, 39. . 259 tions religieuses et de l’ordre social à la suite de la destruction du temple et de la ville sainte, que Jésus a voulu marquer en disant à ses disciples : « Aussi- « tôt après l’affliction de ces jours-là, le soleil s’obs- « curcira, et la lune ne donnera plus sa lumière, et « les étoiles tomberont du ciel, et le firmament sera « ébranlé. » Quand Ésaïe avait prédit la ruine de Babylone, il ne s’était pas borné à dire que l’Éternel en exterminera les pécheurs, qu’elle ne sera plus jamais habitée, qu’elle sera le parc des bêtes du désert, et que les hiboux rempliront ses maisons ; il avait été chercher au haut du ciel ces mêmes images pour donner par elles une idée de la grandeur du bouleversement qui aurait lieu sur la terre : « Les « étoiles des cieux, avait-il dit, et leurs astres cesse- « ront de briller ; le soleil s’obscurcira, et la lune « ne fera plus luire sa lumière. Et je punirai le monde « de sa méchanceté, et les impies de leurs crimes. « C’est pourquoi je ferai trembler les cieux, et la « terre sera ébranlée sur sa base. » (Ésaïe, XII, 10, 44, 43.) Dans sa prophétie contre Édom, Ésaïe a recours à des comparaisons semblables à celles-là. (Ésaie, XXXIV, 4.) Joël lui en avait donné l’exemple (Joël, III, 15, 16), et plus tard Ézéchiel, prophétisant contre l'Égypte, parlera comme lui. (Ezéchiel, XXXII, 7, 8.) Les disciples, habitués à prendre ces expressions au figuré par l’usage qui en est fait dans les livres saints, n’ontcertainement pu y voir aussique des métaphores ayant la même signification que chez les prophètes, lorsque Jésus s’en est servi à son tour.

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360 MATTHIRU. XXIV, 29.

Ce que ceux-là avaient dit de l’abaissement de ces peuples, si longtemps les ennemis des Juifs, 1] le dit ici de l’entière dissolution qui les atteindra eux-mémes. Les commentateurs ne s’y sont pas trompés plus qu'eux en interprétant Joël, Ésaïe et Ézéchiel (1); quelques-uns ont compris que ce n’étaient de même dans les Évangiles que des figures (2) ; mais d’autres se sont persuadé que Jésus avait voulu parler d’une véritable perturbation dans le ciel. S'ils ont pris à tort ces expressions à la lettre, malgré l’emploi qu'en

(4) « Isaïe use d'une manière de parler excessive, comme aussi « font souvent les autres prophètes, afin d'amplifier l'horreur du « jugement de Dieu, et poindre plus au vif les cœurs tardifs et « hébétés; car autrement son propos n'auroit point de vébémence, « et ne profiteroit guères envers gens nonchalans et asseurés: Il « ajoute donc que les étoiles mèmes s’obscurciront en cette dé- « confiture, comme si elles devoient périr, pour mieux montrer h « grande pitié qui y sera. Tout ainsi que quand le ciel est trouble « et ténébreux, il semble que les nuées s’enveloppent, que le « Soleil et les étoiles pälissent et viennent comme à défaillir, εἰ « que tous les cieux branlent et soient prêts de tomber, il déclare « qu'en ce temps-là il en adviendra autant, et que tout sera plein « de tristesse et de lamentation. Or ceci se doit rapporter À «a l’apprébension des hommes; car le ciel ne bouge de sa place; « mais quand le Seigneur déploie les signes de son ire, nous « sommes autant épouvantés que s'il enveloppoit ou faisoit tomber « le ciel. » (Cazvin, Commentaires sur le prophète Isaie. 6tnève, 4572. Folio 206.)

(2) « Toutes ces expressions sont figurées, et il n’y en ἃ pe « une qui doive être prise à la lettre; mais comme les prophètes « s’en étaient servis très-souvent pour donner l'idée du boule- « versement de quelques États, Jésus-Christ les a employées dans « les mêmes vues, pour représenter l’affreuse désolation de ἰδ u Judée. » (Davin ManTIN.) — « Ce sont des expressions figu- « rées.… Jésus-Christ ne veut dire autre chose, sinon que À « république judaïque serait détruite pour toujours. » (J. Le Crenc.)— Voir aussi R. Simon.

MATTHIEU, XXIV, 29: 80. sei ont fait les prophètes et qui le leur interdisait, c’est qu'ils ont cru qu’il s'agissait ici de la ruine du monde, dont Jésus aurait, selon eux, par une sorte de confusion volontaire, mêlé la prédiction à celle de la ruine de Jérusalem (1). Mais comment accorder cela avec cette déclaration du Seigneur, que l'obscurcissement du soleil et de la lune, la chute des étoiles et l’ébranlement du firmament dont il parle auront lieu aussitôt après les jours d’affliction du siége ? Ce serait impossible. Il ne faut donc voir dans ce qu’il disait devoir se passer bientôt au ciel, que des images saisissantes, comme chez Ésaïe, de ce qui devait se passer sur la terre.

Ézéchiel, après avoir eu recours à des figures toutes semblables pour dépeindre les désolations de l'Égypte, décrit ainsi l’effet que son abaissement produira sur les autres peuples : « Je ferai que leur « cœur frémira, quand j'aurai fait venir la nouvelle a de ta ruine chez les nations, dans les pays que tu «a n’as pas connus, et Je les rendrai étonnées à cause « detoi.» (Ézéchiel, XXXII, 9, 10.) Mais quand on apprendra quels ont été les jugements de Dieu sur le peuple qu’il avait élu, l’effet en sera bien autrement grand. (Luc, XXI, 25.)

ΧΧΙΥ͂, 30. Καὶ τότεφανήσεται XXIV, 30. Et alors le signe τὸ σημεῖον τοῦ υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου du Fils de l'homme dans le

(4) Cette interprétation est, en particulier, celle de Bossuet. Voir ses Méditations sur l'Evangile. La dernière semaine du Sauveur. LXVITTI-LXXe jours.

ἐν τῷ οὐρανῷ. Καὶ τότε χόψον» ciel sera manifeste (4). Et alors ται πᾶσαι αἱ φυλαὶ τῆς γῆς, toutes Les tribus de la terre se χαὶ ὄψονται τὸν υἱὸν τοῦ ἀν- frapperont la poitrine; et elles θρώκου ἐρχόμενον ἐπὶ τῶν νεφε- verront le Fils de l'homme veλῶν τοῦ οὐρανοῦ μετὰ δυνά- nant sur les nuées du ciel ave μεως χαὶ δόξης πολλῆς. puissance et une grande gloire.

Alors, dit Jésus, par conséquent, dans Île temps même où se consommera la ruine de la Judée figuré ainsi, le sens de la vision dans laquelle Daniel vi « le Fils de l’homme dans le ciel » deviendra manr feste (2). Comme il s'était désigné maintes fois par ce nom-là (3), il devait être évident pour les disciples que c’était encore de lui-même qu’il parlait ici. ἢ lui avaient demandé quel serait le signe de son avénement. Pour toute réponse 1l leur remet en mémoire ce signe ancien, si propre à leur apprendre d'où il

(4) On traduit ordinairement, en intervertissant l'ordre des mots aux dépens du sens : « Et alors le signe du Fils de l’homme « paraîtra dans le ciel, » ou « apparaîtra au ciel. » Cette version. d'après laquelle Jésus aurait parlé d’un signe futur destiné à annoncer son retour dans un avenir rapproché, détruit tonte l’économie de ce discours, et rien n’y correspond dans les faits. I n’en est pas ainsi de celle que je lui substitue, seule possible quand ou associe les mots entre eux dans l’ordre où ils se suives! dans le grec. Avec elle, au lieu d’avoir à attendre un nouveas signe, il faut chercher dans le passé, où on le trouvera, le signe donné autrefois aux Hébreux (Daniel, VII, 43), et qui, éclairé par les événements, brillera alors de tout son éclat.

(2) « Jésus se donne ici le titre de Fils de l'homme par égari « à Daniel, VIE, 43, 44 ; car il est évident qu'il avait en vue cet a oracle, dont il a suivi toutes les idées et les expressions dans « ce verset. » (DAvin MARTIN.)

(3) Matthieu, VIII, 20; IX, 6; X, 23; XI, 49: ΧΙ, 8, 52: XI, 37, δι. XVI, 43, 27, 38: XVII, 42, 32; XVII, 0: XIX,28; XX, 28; XXIV, 27.

MATTHIEU. XXIV. 30. 5385 viendra à l’époque de son retour ; ce sera d’en haut. Tant qu'on le cherchera ici-bas, qu'on dira de lui: « Le Christ est ici, ou il est là, » et que ce qu’ou attendra de lui, ce sera le rétablissement du royaume d'Israël (Actes, I, 6), les nations que cela ne pouvait concerner en rien, seront indifférentes à sa venue ; mais 1l n’en sera plus ainsi quand elles sauront que le vrai Christ c’est ce Jésus que les Juifs ont rejeté et livré aux Gentils pour être crucifié, qu’il est ressuscité et monté au ciel, et que la terrible sentence qu'il a prononcée contre eux a été pleinement exécutée. Alors, plus sages que les enfants de la parabole, auxquels leurs compagnons avaient chanté des complaiutes sans réussir à les émouvoir, elles se frapperont la poitrine, dans le sentiment d’avoir mérité les châtiments de Dieu aussi bien qu'eux. Toutes les illusions, si longtemps entretenues par les Juifs et par les apôtres eux-mêmes, étant dissipées, on se fera du Christ une idée de nature à intéresser tous les peuples. Une domination éternelle sur eux avait été donnée au Fils de l’homme, dans la vision, par l'Ancien des jours, lorsqu'il était venu à lui sur les nuées des cieux; et il annonce ici à toutes les tribus de la terre que, quand il reviendra d’auprès de lui, ce sera sur les nuées aussi (Actes, I, 9, 10), avec puissance et avec gloire, et que ce ne seront pas les Juifs seulement, mais elles toutes qui le verront. (Apocalypse, I, 7.)

Pendant toute l’époque qui commencera alors et qui s’étendra jusqu’à l’accomplissement du siècle, en

d’autres mots, jusqu’à la fin de l’économie présente, cette attente nouvelle sera un objet d'espérance et de foi, et un puissant moyen de conversion pour les hommes. Le Fils de l’homme demeurera pendant ce temps-là dans le ciel ; mais il prendra soin de là que son salut soit présenté à tous les peuples, et que son Église se puisse former au milieu d’eux.

XXIV, 31. Καὶ ἀποστελεῖ XXIV, 34. Et il enverra ses

32. ᾿Απὸ δὲ τῆς συχῆς μά- Pete τὴν παραδολήν" ὅταν ἤδη ὃ χλάδος αὐτῆς γένηται ἁπαλὸς καὶ τὰ φύλλα ἐχφύη, γινώσχετε, ὅτι ἐγγὺς τὸ θέρος.

33. Οὕτω xai ὑμεῖς, ὅταν ἴδητε πάντα ταῦτα, γινώσχετε, ὅτι ἐγγύς ἐστιν ἐπὶ θύραις.

anges avec une voix forte comme le son de la trompette, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis un bout des cieux jusqu'à l’autre bout.

32. Or, apprenez ce qu'enseigne la parabole du figuier. Dès que ses rameaux deviennent tendres et que ses feuilles poussent, vous savez que l'été est proche ;

33. De même aussi, quand vous verrez toules ces choses, sachet qu'il est procbe et sur le point d'arriver.

Les apôtres devaient pour la plupart sceller de

leur mort le témoignage qu'ils étaient chargés de rendre par toute la terre à l'Évangile avant la ruine de Jérusalem. (XXIV, 9, 14.) Il fallait donc, après cet événement, d’autres ouvriers pour continuer leur œuvre. Jésus déclare ici qu'il en suscitera, et 1] les distingue des apôtres en leur donnant un nom diffé rent, le nom d’anges, mot qui, dans l'usage ordinaire, servait à désigner des messagers ou des

(1)... w6 σάλπιγγι ὕψωσον τὴν φωνῆν σου. (Ésaie, LVIN, 4. LAX.

MATTHIEU, XXIV, 31-33. 365 gens qui apportent une nouvelle (Luc, VIE, 24; ΙΧ, 52; peut-être aussi XII, 15), et qui fut le nom donné à cette époque aux envoyés du Fils de l’homme (Apocalypse, IE, IT), pour caractériser leur fonction (1). Leur voix puissante devait se faire entendre au loin, pour appeler les Gentils à se convertir, les rassembler de toutes parts, et les faire entrer dans le corps de l'Église. (Jean, XI, 52.)

Les disciples auraient pu se laisser abattre en entendant Jésus parler de toutes les afflictions qui arriveront auparavant ; mais il veut, au contraire, quand elles commenceront, et quand les autres hommes seront comme rendant l’âme de frayeur, que les siens regardent en haut et lèvent la tête, en se confiant en ἰὰ promesse du retour glorieux du Christ, et en se disant que leur délivrance approche. (Luc, XXI, 26- 28.) Aussitôt après ces afflictions viendra, en effet, le royaume de Dieu. (Luc, XXI, 31.) Comme la séve qui monte et les feuilles qui poussent au figuier sont le signe que l’été ne se fera pas longtemps attendre, ainsi les calamités qui doivent venir sur ce peuple seront le signe que l’on touche à l’été spirituel où la moisson sera grande (2).

(4) « Ses anges ou ses messagers, c'est-à-dire les ministres de « son Evangile. » (Davin ManTin.) — « Ses anges, c'est-à-dire ses « messagers, par où il faut entendre les ministres de l'Évangile « qui, après la destruction de Jérusalem et l'entière extinction du « culte judaïque, firent entendre par tout le monde la trompette « de l'Evangile avec plus d'éclat qu'auparavant. » (Beausosne et LexranT.)

(2) Je n’ai rien à dire de cette grande moisson, parce qu'elle ne rentre pas dans mon sujet, la rapide extension du christianisme

XXIV, 34. ᾿Αμὴν λέγω bp, XXIV, 36. En vérité, je vous le où μὴ παρέλθῃ À γενεὰ αὕτη, dis, celte généralion ne passera ἕως ἂν πάντα ταῦτα γένηται. point que toutes ces choses ne

sofent arrivées.

Tout ce que Jésus a annoncé jusqu'ici devoir arriver, aura lieu, dit-il, avant que cetle générationlà n’ait disparu de la terre. Il l'avait dit précédemment des châtiments qui lui seront infligés. (XXI, 86.) Son affirmation actuelle se rapporte aux promesses aussi bien qu'aux menaces. (XXIV, 14, 30, 31.) Les unes et les autres seront réalisées du vivant de saint Jean, qui n’est mort que vers la fin du premier

à laquelle Jésus fait allusion ici ayant eu lieu en des temps postérieurs À ceux que sa prophétie devait embrasser. (Verset 34.) Qu'il me soit permis cependant de rappeler deux courts passages qui permettent de s’en rendre compte. — Pline le Jeune, goaverneur sous Trajan, vers la fin du premier siècle, de la Bithynie, l'une des plus grandes provinces de l’Empire, lui écrivait « qu'un « grand nombre de personnes de tout âge, de tout ordre, de tont « sexe, élaient poursuivis ou pouvaient l'être comme chrétiens; « que cetle superstition, mal contagieux, ne s'était pas seulement « répandue dans les villes, mais qu'elle avait gagné les villages et « les campagnes. » (Leftres, Ilvre X, lettre 97.) C'est beaucoup sans doute ; mais ce n'est rien auprès de ce que Tertullien pouvait écrire, cent ans plus tard : « Nous sommes d'hier, et nous rerms- « plissons tout, vos villes, vos Îles, vos châteaux, vos camps, vos « tribus, le palais, lc sénat, le forum; nous ne vous laissons que « vos temples. Nous pourrions vous combaitre sans prendre les « armes, sans nous révolter, seulement en nous séparant, car si « un tel nombre d'hommes vous avait quittés, pour se retirer en « quelque coin du monde, ja perte de tant de citoyens aurait « décrié votre gouvernement; leur abandon vous aurait punis; « vous auriez été épouvantés de votre solitude... Nous sommes « un même corps, parce que nous nous connaissons pour avoir la « même religion, les mêmes règles, la même espérance... » (Apologie, chap. 37 et 39.)

MATTHIEU, ΧΧΤΥ͂ 34: 35. 56. 961 siècle de notre ère, et qui a été ainsi l’un des derniers représentants de la génération qui a vu tomber Jérusalem. Celles qui sont venues après jusqu’à nous l'ont vue « foulée par les nations, » et elle sera foulée par elles « jusqu’à ce que les temps des nations « soient accomplis. » (Luc, XXI, 24.) Ensuite seulement, et par conséquent alors que les disciples auxquels il s’adresse ne seront plus en ce monde, arrivera « l’accomplissement du siècle » duquel Jésus leur avait précédemment parlé. (ΧΙΠ, 39, 40, 49.) Ils avaient cru bien comprendre ce qu’il leur en avait dit (ΧΠ], #1); maïs il n’en était rien, et ils n’y attachaient l’idée de son retour que parce qu'ils pensajent que ces mots désignaient un temps rapproché où, ayant triomphé de ses adversaires, il régnerait sur Israël et où 1] les associerait à sa puissance et à sa gloire, comme s’il ne les avait pas avertis maintes fois qu’ils n’auront, non plus que lui, en partage icibas que la souffrance et la mort. Son avénement et l’accomplissement du siècle seront donc tout autre chose que ce qu'ils pensent. Ils lui avaient demandé quel en serait le signe. Sa réponse ne leur permettra d’en attendre aucun, et les termes dont il va se servir pour le leur dire ne laisseront subsister aucune des espérances qu'ils entretenaient encore.

XXIV, 35. Ὁ οὐρανὸς vai XXIV, 35. Le ciel et la terre À γῇ παρελεύσονται, οἱ δὲ λόγοι passeront ; maïs mes paroles ne μου où μὴ παρέλθωσι. passeront point ;

36. Περὶ δὲ τῆς ἡμέρας ἐχεί. 26. Et quant à ce jour-là et à ms χαὶ τῆς ὥρας οὐδεὶς οἶδεν, l'heure, personne, pas même les

οὐδὲ ol ἄγγελοι τῶν obpavüv(1), anges des cieux, ne les sait, el μὴ ὃ πατὴρ μου μόνος. mais seulement mon Père.

Cette génération passera; d’autres générations passeront de même; puis, le ciel et la terre passeront aussi. (V, 18.) « Ils périront, ils vieilliront, ils se- « ront changés, » disent les Écritures. (Psaume CII, 27.) Nous n'avons pas besoin de savoir comment cela se fera, pour comprendre que ce que ces mots annoncent, c'est la fin de l’économie présente, « l’accomplissement de ce siècle, » après lequel s'ouvrira « le siècle à venir, » duquel Jésus a parlé ailleurs. (XII, 32; Luc, XVIII, 30; XX, 35.)

Mais si le ciel et la terre doivent passer, les paroles du Seigneur ne passeront point. Tout ce qu'il a déclaré devoir arriver à ce moment-là, arrivera très-certainement. Personne, excepté le Père, n'en connaît ni le jour ni l’heure. Les anges du cel eumêmes les ignorent. Mais, le jour venu, tout se fera: les anges exécuteront la tâche que le Fils de l’homme leur assignera (XIII, 41, 42 ; 49, 50), et les hommes, qui vont apprendre à ne plus le chercher sur la terre, mais à l’attendre du ciel (XXIV, 30), seront traités selon qu’ils auront profité ou non de ce solennel avertissement. S'ils le négligent, et il n’y en aura que

(1) Le Codex Sinaïticus a, à la suite de ces mots, οὐδέ ὁ υἱότι comme Marc, XIIT, 32, dans le passage parallèle : pas méme les anges des cieux, pas méme le Fils. Il faut se laisser instraire par ces paroles, au lieu d’en affaiblir le sens, pour les concilier avec des idées préconçues, comme Bossuet l'a fait. Voir Méditations sur l'Évangile. La dernière semaine du Sawvevr. LXXVIIe et LXX VIII jours.

trop qui le négligeront, ils en subiront la peine. Que les disciples prennent garde de ne pas être de leur

nombre!

XXIV, 37. Ὥσπερ δὲ αἱ ἡμέραι τοῦ Νῶε, οὕτως ἔσται χαὶ ἣ παρουσία τοῦ υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου.

39. Καὶ oùx ἔγνωσαν, ἕως ἦλθεν ὁ χαταχλυσμὸς χαὶ ἦρεν ἄκαντας" οὕτως ἔσται χαὶ ἣ παῥουσία τοῦ υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου.

XXIV, 37. Or comme furent les jours de Noé, ainsi sera aussi l'avénement du Fils de l’homme.

38. Car comme les hommes, dans les jours qui furent avant le déluge, mangeaient et buvaient, prenaient et donnaient en mariage, jusqu’au jour que Noé entra dans l'arche,

39. Et qu'ils ne connurent rien jusqu'à ce que le déluge vint et les emporta tous, ainsi sera aussi l'avènement du Fils de l'homme.

40. Alors deux hommes seront aux champs : l’un est pris, et l'autre est laissé ;

M. Deux femmes moudront au moulin : l'une est prise, et l’autre est laissée.

42. Veillez donc, car vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur vient.

Ces dernières paroles de Jésus à ses disciples :

« Veillez donc, car vous ne savez pas à quelle heure «votre Seigneur vient, » se rattachent à celles qui se lisent un peu avant, que nul ne sait le jour ni l'heure de son avénement (XXIV, 56), et elles en sont la conclusion pratique. Il se sert d’une parabole pour la leur faire adopter; car ce récit de la conduite

tenue par les hommes dans les temps qui ont précédé IV. 24

le déluge est une parabole, en ce sens qu'il ἃ pour but de leur persuader, en leur en montrant les résultats, qu'il faut que les hommes se conduisent tout autrement dans l'attente de son avénement, s'ils veulent être sauvés. Dans le parallèle qu'il établi entre les deux événements, il marque les différences aussi bien que les ressemblances. Tout comme le déluge, l’avénement du Fils de l’homme surprendn les hommes au milieu de leurs occupations et de leurs préoccupations ordinaires, lorsqu'il arrivers subitement. (Luc, XXI, 34, 35.) Mais tandis qu'ils ne surent rien aux jours de Noé, dans le temps de la patience de Dieu, pendant que l'arche se bâtissait (L. Pierre, III, 20), et que le déluge vint et les emporta tous, à l’avénement du Fils de l’homme i n’en sera pas de même : avertis par lui, leur sort sera déterminé par l'usage qu'ils auront fait de ses avertissements. En effet, ainsi qu'il le leur a déclaré déjà, « à l’accomplissement du siècle, les anges sor « tiront et sépareront les méchants d’avec les justes, « et ils les jetteront dans la fournaise de feu; mais les « justes brilleront comme le soleil dans le royaume « de leur père. » (XIII, 49, 80; 43.) Il le leur redit ici : quoique placés en des conditions extérieures toutes semblables, « l’un sera pris, » pour être puni de cette manière, « et l’autre sera laissé. » Îl faut donc veiller : veiller, ainsi qu’il va le leur recommander, non pas seulement en une certaine heure, comme si quelqu'un pouvait savoir quelle est celle où le ciel et la terre passeront pour lui, et après

MATTHIEU, XXIV. SYr42: 43, 44. 371 laquelle il n’en entendre plus sonner aucune autre avant le retour du Fils de l’homme; non, mais veiller toujours, parce qu’ils sont toujours en péril.

XXIV, 43. Ἐχεῖνο δὲ γιώ- XXIV, 43. Vous le savez, si le σχετε, ὅτι, el ἤδει ὁ οἰκοδεσπότης maître d’une maison était ἴηποίᾳ φυλαχῇ ὃ χλέπτης ἔρχεται, formé ἃ quelle veille de la nuit le ἐγρηγόρησεν dv, —xat οὐκ ἂν voleur vient, il vefllerait et ne εἶασε διορυγῆναι τὴν οἰχίαν ab- laisserait pas percer sa maison. τοῦ.

44. Διὰ τοῦτο χαὶ ὑμεῖς γἰ- 44. Soyez donc prêts, vous γεσθε ἕτοιμοι" ὅτι À Gpz où aussi; car c'est à l'heure que δοχεῖτε ὃ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου vous ne pensez point, que le Fils ἔρχεται. de l’homme vient.

Certains que le Fils de l’homme viendra, mais ne sachant absolument pas quand ce sera, les disciples doivent veiller continuellement, comme veillerait pendant une heure celui qui saurait l'heure de sa venue. Ils savent comment l’homme qui connaît l'heure où le voleur viendra fait le guet, pour empêcher qu’il ne force sa maison. S'ils ne se tenaient prêts comme lui, prêts toujours, vu l'ignorance où ils sont, ils feraient voir qu'ils soñt moins vigilants pour recevoir dignement leur segneur que cet autre pour garder son or.

Mais parmi les disciples qui doivent tous attendre ainsi son retour, il en est auxquels il a confié un ministère spécial, duquel résulte pour eux une responsabilité particulière, et qui leur impose des devoirs qu'il faut remplir jusqu’à ce qu’il vienne. Que ceux qui ont reçu ou qui recevront une telle charge 8e souviennent qu’ils sont de ceux-là; car il s’enquerra de la fidélité de chacun d’eux lorsqu'il viendra.

XXIV, 45. Τίς ἄρα ἐστὶν ὃ πιστὸς δοῦλος χαὶ φρόνιμος, ὃν χατέστησεν ὃ χύριος αὐτοῦ ἐπὶ τῆς θεραπείας αὑτοῦ, τοῦ διδόναι αὐτοῖς τὴν τροφὴν ἐν χαιρῷ;

48. Ἐὰν δὲ εἴπῃ ὃ χαχὸς δοῦλος ἐχεῖνος (1) ἐν τῇ καρδίᾳ αὑτοῦ" Χρονίζει ὃ χύριός pou ἐλθεῖν"

49. Καὶ ἄρξηται τύπτειν τοὺς συνδούλους αὑτοῦ, ἐσθίῃ δὲ χαὶ Fivn μετὰ τῶν μεθυόντων"

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