‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 89 sur 107 · Et Pierre se souvint de h · texte numérisé non relu

Et Pierre se souvint de h

parole que Jésus lui avait dite :

Avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois fois. Εἰ ses étant allé dehors, il pleura amè-

rement.

Matthieu, après avoir fait assister ses lecteurs à la condamnation de Jésus par le sanhédrin, retourne à Pierre, qui l'avait suivi jusqu'à la cour de Caïphe, y étaitentré, et s’y était assis avec les huissiers. (XXI, 58). On n’a pas oublié qu’au moment où l’on arrëts son maître, 1] tira son épée et en frappa un serviteu du souverain sacrificateur; mais Jésus, qui lui ναὶ dit de veiller et de prier, lui ordonna de la remettre dans le fourreau, suivant ce qu’on lit dans le livre di prophète : « Non point par armée, ni par force, « mais par mon Esprit, a dit l'Éternel des armées. (Zacharie, IV, 6.) Pour le faire régner, il faut, non le défendre avec l’épée, mais l'avouer devant les hommes (ΣΧ, 32) et être prêt à donner sa vie à caux de lui (XVI, 24, 25), ce qui n’est possible que si [Ὁ est animé de son esprit. Pierre, si hardi à rendre témoignage à Jésus de Nazareth et à confesser qu'il

MATTHIEU, XXVI, 69-75. 447 est le Christ, lorsqu'il fut rempli du Saint-Esprit (Actes, IV, 8-12), l’apprend ici à ses dépens par ses défaillances et par ses chutes. Il se croyait si sûr de lui-même qu'il se disait résolu à aller avec le Seigneur en prison et à la mort (Luc, XXII, 33); et voilà qu’à trois reprises, en cette même nuit, il déclare ne pas le connaître.

J'ai déjà dit que ces reniements eurent lieu avant et pendant la première comparution de Jésus devant Caiphe. Il y eut plus de paroles prononcées que Matthieu n’en a recueillies, comme on le peut voir par la comparaison de son récit avec ceux des autres évangélistes; mais elles appartiennent toutes à l’un des trois moments qu’il a indiqués, et auxquels Jésus faisait allusion en disant à Pierre : « Avant que le coq «ait chanté tu me renieras trois fois. » (XXVI, 34.) Il s’agissait, suivant saint Marc, du second chant du coq ; le premier s'était fait entendre après le premier reniement. (Marc, XIV, 68,72.) Si Pierre, qui n'avait pas fait attention à l’un, se souvint, en entendant l'autre, de l'avertissement du Seigneur, c’est peutêtre parce que Jésus, que Caïphe mterrogeait alors, « se tourna et le regarda. » (Luc, XXII, 61.) Ce regard, plus encore que le chant du coq, le fit rentrer en lui-même et le convainquit de sa faiblesse, à laquelle il n’avait pas voulu croire. Il ne resta pas pour voir quelle serait la fin (XXVI, 58), bien qu’il fût venu pour cela; mais, profondément affligé d’avoir renié son maître, 1] s’en alla de chez Caïphe, età peine sorti, il répandit des larmes amères sur sa faute.

448 MATTHIEU, XXVIX, 1, 2.

XXVII, 1. Πρωΐας δὲ yevo- XXVII, 4. Or, le matin état μένης συμδούλιον ἔλαδον πάντες venu, tous les archiprètres et les οἱ ἀρχιερεῖς χαὶ οἱ πρεσδύτεροι anciens du peuple conférèrenl τοῦ λαοῦ χατὰ τοῦ Ἰησοῦ, ὥστε ensemble au sujet de Jésus, pour θανατῶσαι αὐτόν. le faire mourir.

2. Καὶ δήσαντες αὐτὸν ἀπήγα- 2. Et l'ayant lié, ils l'emmeον χαὶ παρέδωχαν αὐτὸν Πον- nèrent, et ils le livrèrent à τίῳ Πιλάτῳ τῷ ἡγεμόνι. Ponce-Pilate, le gouverneur.

Le sanhédrin avait déclaré, dans la séance tenue au point du jour (Luc, XXVI, 66), que Jésus méntait la mort. (XXII, 66.) Le matin venu, ses men-

bres se concertèrent entre eux sur la manière donti |

fallait présenter l'affaire au gouverneur, pour obtenir de lui qu’il le fit mourir. L’assentiment des procure teurs de Judée était en effet nécessaire, depuis l'assujettissement du pays aux Romains, pour l'exécution des sentences de mort rendues par ce tribunal. Ces procurateurs avaient leur résidence à Césarée ; maïs ils venaient ordinairement à Jérusalem à l’époque des fêtes solennelles, à cause du grand concours de petple auquel elles donnaient lieu, et ils habitaient alors la forteresse Antonia, située au nord-ouest du tenple. On la nommait le Prétoire, depuis qu’elle servi ἃ cet usage, les palais où demeuraient les gouverneurs et où ils rendaient la justice portant ce nom dans les provinces. Ponce-Pilate, en fonction depus deux ans, s'étant rendu à Jérusalem pour y passer le lemps de la Pâque, y était logé, et c’est là que 8ὲ transportèrent les archiprêtres et les anciens, quand ils eurent résolu d’aller le trouver tous ensemble (Luc, ΧΧΊΠ, 1), afin de donner plus de solennité à

MATTHIEU. XXVII, 1, 2. us leur démarche. Ils lui amenèrent Jésus lié, témoigoant ainsi que la précaution de le garrotter, qu’on avait prise en l’arrêtant, n’était pas inutile, et qu'ils le tenaient pour l’un de ces criminels avec lesquels on ne peut être trop sur ses gardes. I} paraît, au reste, qu'ils avaient coutume de livrer liés au juge ceux contre qui ils avaient prononcé la peine capitale (4).

Voici ce qui se passa à leur arrivée au prétoire. Les soldats de l’escorte y firent entrer Jésus; mais les membres du sanhédrin n’y voulurent pas entrer, de peur que, s’étant souillés, il ne leur arrivât comme à ces sacrificateurs qui, au temps d’Ezéchias, ne purent célébrer la Pâque, ne s'étant pas sanctifiés. (I. Chroniques, XXX, 3.) Pilate, en ayant été averti, sortit vers eux, et leur demanda quelle accusation ils portaient contre le prisonnier qu’ils lui amenaient. Leur réponse ne lui apprenait pas qu’ils l'avaient jugé et condamné; car ils se bornèrent à l’assurer que si ce n’était pas un malfaiteur, ils ne le lui livreraient point. Pilate comprit donc qu’ils voulaient, après avoir fait arrêter Jésus pendant la nuit, se décharger sur lui, en tant que gouverneur, de toute l suite à donner à l'affaire : comment aurait-il pu supposer, en effet, qu’à une heure si matinale, ils en avaient, comme juges, déjà fini avec elle ? Et c’est en raison de cette méprise, que, ne se souciant pas de

(4) « Habebant enim hunc morem, ut quem adjudicassent morti, « ligatum judici traderent. » (Eus. ΗΙΈΒΟΝΥΜ., Commentar. in Evang. Maithæi, lib. IV.)

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