IL. JÉSUS DEVANT PILATE
XXVII, 11. Ὁ δὲ Ἰησοῦς XXVII, 44. Or Jésus comparut ἔστη ἔμπροσθεν τοῦ ἥγεμόνος - devant le gouverneur. Et le gouχαὶ ἐπηρώτησεν αὐτὸν ὃ ἡγεμὼν verneur l’interrogea, disant : Esλέγων" Σὺ εἶ ὃ βασιλεὺς τῶν tu le roi des Juifs P Et Jésus lui Ἰουδαίων: Ὁ δὲ Ἰησοῦς ἔφη dit : Tu le dis.
Lorsque CGaïphe avait sommé Jésus de dire au sanhédrin s’il était le Christ, Jésus avait répondu qu'il l'était; mais il avait ajouté qu'il serait désormais à la droite de la Puissance, et que c’était là qu'il fallait regarder pour le voir, jusqu’au jour où on le verrait « venant sur les nuées du ciel. » (ΧΧΥ͂Ι, 64.) Caïphe ne s’y était pas trompé : 1l n’y avait rien là qu’on püt faire valoir contre Jésus comme signifiant qu’il aspirait à régner ; aussi s’élait-1l borné, au moment même, à crier au blasphème. Mais, à la suite du conseil tenu le matin (XX VII, 1), on présenta les choses tout autrement à Pilate. Nous avons vu qu'il était faux que Jésus eût défendu de payer le tribut à César (XXII, 16-22); et il prétendait si peu à une royauté temporelle, qu'il se cachait quand on voulait l’enlever pour le faire roi. (Jean, VI, 15.) On n’en substitua pas moins ces allégations mensongères à la déclaration du Seigneur, devant laquelle elles
MATTHIEU, XXVII, 11. is r’aurajent pu subsister. L’accusation contre lui revenait ainsi à ceci : « 1l se dit le Christ, le Roi » (Luc, XXIIT, 2); « il s'oppose donc à César. » (Jean, XIX, 12.)
Avant de prendre une résolution, Pilate avait jugé nécessaire d'entendre Jésus. Il était rentré dans le prétoire, et pendant qu’au dehors Judas pressait les archiprêtres de reprendre leur argent, il l’avait fait venir et il l’interrogeait. « Es-tu le roi des Juifs ? » lui demanda-t-il, parce que c'était là leur grief : Prétends-tu être ce roi ou, comme ils s’expriment, ce Christ, ce Messie, qu’ils attendent? Jésus fit à Pilate la réponse qu’il avait faite à Caïphe : « Tu le « dis; » mais il prit soin, cette fois encore, d’en bien fixer le sens : précisément parce qu’il est ce Christ, ce roi, dont quiconque est pour la vérité doit écouler la voix, sa royauté ne ressemble en rien à celle des rois de la terre; par conséquent, il n’y a pas de motifs pour Pilate de s’en inquiéter. (Jean, XVIII, 33-38.)
Saint Matthieu a omis ces détails donnés par saint Jean, parce que les Juifs, pour lesquels il a écrit son Évangile, n’avaient pas besoin d’être éclairés sur l’idée que Jésus se faisait de sa royauté et de son royaume; ils ne pouvaient plus se tromper à cet égard, tout son ministère ayant été consacré à combattre leur attente d’un roi temporel sous le nom de Christ. Si la nation s’est détournée de Jui et l’a rejelé, c’est qu’elle a reconnu que sou but n’était Pas de rétablir le royaume d'Israël ; et cependant ils
prétendent que c’est là ce qu'il veut faire. Leur aceusation est donc une pure calomnie ; leur châtiment sera d’avoir, en rejetant Jésus, rejeté le vrai Messie. Après lui, il n’en viendra pas d'autre. Tout ce qui a suivre est destiné à faire ressortir leur acharnement à demander la mort de celui qui leur avait été donné pour être leur salut.
Pilate, à la suite de son entretien avec Jésus, était retourné auprès des Juifs, et leur avait dit : « Je ne «trouve aucun crime en lui. » (Jean, XVIII, 38; Luc, XXIIE, 4.) Sur quoi 118 insistèrent plus fortement encore, alléguant de nouveaux faits à sa charge et disant : « Il agite le peuple, enseignant par toute « la Judée, ayant commencé depuis la Galilée jus « qu'ici. » (Luc, XXIIL, 5.)
XX VIT, 12. Καὶ ἐν τῷ χατῃ- XXVII, 42. Et lorsqu'il fat acγορεῖσθαι αὐτὸν ὑπὸ τῶν ἀρχιε- cusé par les archiprètres et les ρέων καὶ τῶν πρεσδυτέρων οὐδὲν anciens, il ne répondit rien. ἀκεκρίνατο.
13. Τότε λέγει αὐτῷ ὃ Πιλά- 43. Alors Pilate lui dit - N’eτος. Οὐχ ἀχούεις, πόσα σου tends-tu pas combien de choses καταμαρτυροῦσι ; ils déposent contre toi ?
14. Καὶ οὐκ ἀπεχρίθη αὐτῷ 16. Et il ne répondit absoe πρὸς οὐδὲ ἕν ῥῆμα, ὥστε θαυ- ment sur rien, ce qui étensait μάζειν τὸν ἡγεμόνα λίαν. fort le gouverneur.
Pilate, voyant que Îles Juifs, sans tenir compte de son opinion sur l'innocence de Jésus, continuaient à le représenter comme un grand coupable, ne voulut pas se contenter de l’interrogatoire qu'il lui avait fait subir en particulier. Il le fit sortir du prétoire, et il invita les membres du sanhédrin à répéter, lei
MATTHIBU, XAVII, 12-14. 46 présent, leurs accusations, afin qu'il y pût répondre. Mais Jésus, après les avoir entendus, garda le silence, et quoique Pilate le pressât de parler pour sa défense, il persista à se taire. À quoi lui eùt pu servir de se justifier devant des hommes qui savaient parfaitement que leurs inculpations étaient fausses, et qui n'en étaient pas moins résolus à tout faire pour ebtenir de Pilate qu’il le fit mourir ? À leurs précédents griefs ils ont ajouté celui-ci, que d’abord en Galilée, puis en Judée, et maintenant à Jérusalem, il agite le peuple par son enseignement. Or, eet enseignement, nous l’avons entendu : bien loin de faire appel aux passions populaires, Jésus s’est toujours appliqué à les calmer. À moins de s’aveugler volontairement, on ne pouvait eomprendre d’un royaume de la terre ce qu'il a dit de son royaume. En outre, afin de ne donner lieu à aucune méprise, il a défendu à ses disciples de dire à personne qu'il est le Christ (XVI, 20), jusqu’au jour où il le dira ouvertement lui-même (Jean, X, 24, 25), parce que l'heure où il devait aller à son Père étant proche (Jean, XVI, 16, 28), il était nécessaire qu’on sût que par sa venue les promesses faites à Israël étaient réalisées.
Quand Pilate entendit parler de la Galilée, il demanda si Jésus était Galiléen, et ayant appris. qu'il était de la juridiction d’Hérode, qui s'était rendu à Jérusalem pour la fête, il imagina de le renvoyer devant lui avant de rien décider. Comme Jésus avait surtout exercé son ministère en Galilée et qu'Hérode lait Juif, Pilate espérait, en le consultant, diminuer