‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 93 sur 107 · CE · texte numérisé non relu

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sa responsabilité personnelle, à quelque parti qu'il s’arrêtât. Quant aux archiprêtres, comprenant que si Hérode se prononçait contre Jésus, Pilate ne pourrait guère se dispenser de faire de même, ils se hâtèrent de l’accompagner chez le tétrarque, afin de l’accuser auprès de lui avec véhémence. (Luc, XXIIT, 6-12.) L’audience, ainsi interrompue, ne fut reprise que sur une convocation expresse du gouverneur, quias sembla les archiprêtres, les magistrats et le peuple pour les informer qu’'Hérode ne paraissant pas avoir trouvé plus que lui que Jésus méritât la mort, il le relâcherait, après l’avoir fait châtier, ce qui était leur donner une espèce de satisfaction. (Luc, XXI, 15 16.) Mais ils se récrièrent, et comme Pilate leur devait relâcher un prisonnier à la Pâque, ils lui demandèrent de le faire aussi cette fois (Marc, XV, 8); et pour exprimer que nul autre n’était aussi coupable que Jésus à leurs yeux, ils s’écrièrent tous ensemble: « Fais mourir celui-ci, et nous relâche Barabbas! » (Luc, XXII, 17, 18.) Quelque mauvaises que fussent leurs dispositions, Pilate crut qu’il pourrait peut-être profiter de l’usage qu'ils invoquaient pour sauver Jésus (1); en tout cas, il pouvait penser qu’il les offetserait moins en le graciant, ce qui était admettre 8 culpabilité, qu’en se refusant purement et simplemen! à l’exécution d’une sentence rendue par le sanhédris. (4) L'histoire ne nous apprend rien sur l’origine de cet usagt Les Romains évitaient avec soin de froisser les peuples vainets dans leur religion et dans leurs mœurs. S'ils ont trouvé cetle Οἵ"

tume établie en prenant possession de la Judée, ils n'auront 4 garde de la supprimer.

XXVIL, 15. Κατὰ δὲ ἑορτὴν XXVII, 45. Or le gouverneur εἰώθει ὃ ἡγεμὼν ἀπολύειν Eva avait coutume, à la fête, de relàτῷ ὄχλῳ δέσμιον, ὃν ἤθελον. cher un prisonnier au peuple,

celui qu'ils voulaient.

16. Εἶχον δὲ τότε δέσμιον 16. Et ils en avaient alors un ἐπίσημον, λεγόμενον Βαραδόᾶν. fameux, nommé Barabbas.

17. Συνηγμένων οὖν αὐτῶν 47. Comme doncils étaient réuεἶπεν αὐτοῖς ὃ Πιλάτος" Τίνα nis, Pilate leur dit : Lequel vouθέλετε ἀπολύσω ὑμῖν: Βαραδ- lez-vous que je vous relâche, ἐᾶν; À Ἰησοῦν, τὸν λεγόμενον Barabbas, ou Jésus, qu’on ap-

Χριστόν; pelle Christ ?

18. Ἤιδει γάρ, ὅτι διὰ φθόνον 48. Car il savait qu'ils l'avaient παρέδωχαν αὖτον. livré par envie.

Pilate n’ignorait pas que les émotions du peuple changent aisément. Il pouvait penser aussi que les clameurs auxquelles celui-ci s’abandonnait en ce moment-là feraient place au désir de ne rien demander que de juste, lorsqu'il serait appelé à exercer ce droit: de grâce qui lui était accordé une fois l'an. L'option qui lui était laissée par le gouverneur devait avoir pour résultat, s’il ne se prononçait pas pour Jésus, la mise en liberté d’un insigne malfaiteur, tout à fait indigne d'intérêt, puisqu'il avait été arrêté pour un meurtre. (Luc, XXIIE, 19.) Les Juifs ne pouvant souhaiter sérieusement qu’on leur relächôt les grands criminels, il y avait toute chance à ce qu'ils renonçassent à préférer Barabbas, et c’est pour cela sans doute que Pilate n’avait pas craint de leur offrir cette alternative. Il savait d'ailleurs que les archiprêtres lu] avaient livré Jésus par envie (Marc, XV, 10), craignant que son ascendant ne ruinât leur autorité. sur le peuple, qui le regardait comme un prophète. (XXI, 46.) Il était donc très-possible que le peuple,

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a MATTHIEU, XXVH, 15-18.

par un nouveau revirement d'opinion, se séparät des archiprêtres, ce qui aurait fourni à Pilate le moyen de le délivrer.

Il fit battre Jésus de verges (Jean, XIX, 1), ne voulant pas qu'il restât sans châtiment, pour avoir, comme ils l’affirmaient, troublé le pays par ses discours. Quant à la prétention qu'ils lui attribuaient de songer, sans partisans ni soldats, à se faire roi dans le sens politique du mot, le gouverneur la trouvait si insensée, qu'il ne fallait, selon lui, si elle existait, la punir que par le ridicule. Hérode en avait jugé ainsi, et c’est pour cela qu'avant de renvoyer Jésus à Pilate, il l’avait revêtu d’un vêtement éclatant. (Luc, ΧΧΠῚ, 11.) Les soldats qui le gardaient, imitant cet exemple, non contents de le vêtir d'une robe de pourpre, lui mirent sur la tête une couronne d'épines, et en même temps qu’ils lui donnaient des soufflets, ils lui disaient : « Roi des Juifs, nous te « saluons. » Pilate espéra-t-il désarmer le peuple par la vue de ces moqueries ? Toujours est-il qu’il amens Jésus dehors en cet état, leur disant : « Voit « l’homme! » et leur répétant « qu’il ne trouvai « aucun crime en lui. » (Jean, XIX, 5, 6.) Les ar chiprêtres et les sergents n’en criaient pas moins : « Crucifie-le! crucifie-le ! » Pilate leur répondit qu'i no le pouvait faire, ne trouvant en lui aucun crime pour lequel il füt de son devoir de gouverneur de le punir de mort. S'ils ont d’autres raisons à faire valoir contre lui que celles qu'ils ont alléguées, non plus des raisons de lèse-majesté, qu’il a reconnues mal

MATTHIEU, XXVII, 15-18. 405 fondées, mais des raisons tenant à leur religion, lesquelles ne sont pas de sa compétence, qu'ils le disent, et qu'ils le prennent alors et le crucifient : ce n’est pas lui, ce seront eux qui, comme Juifs, en auront la responsabilité. À ces mots ils pensèrent que le plus sûr moyen pour arriver à leurs fins était d’entrer dans cette voie, et ils lui firent pour la première fois cette déclaration : « Nous avons une loi, et selon « notre loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils « de Dieu. » (Jean, XIX, 7.) C'était se reporter aux termes mêmes de la décision prise par le sanhédrin (XXVI, 63-66), au lieu de continuer à jouer sur les mots.

Pilate, qui ne s'attendait, paraît-il, à rien de pareil, fut effrayé de la tournure nouvelle qu’ils donnaient à l’affaire. Elle perdait son caractère politique ; mais en échappant à la législation qui régissait l’Empire, elle n’en devenait que plus délicate : la détermination qu’il était appelé à prendre devait dépendre, en effet, non plus du texte précis des lois romaines, mais des motifs qu'il pouvait y avoir pour lui detenir compte des croyances de ce peuple et de l’autoriser, comme gouverneur, à faire, quelque excessif que cela püt lui paraître à lui-même, ce que les Juifs auraient fait, en vertu de leur antique loi nationale, s'ils n’avaient pas été assujettis aux Romains. Or ils viennent de le dire, suivant cette loi-là, pour s’être fait Fils de Dieu, Jésus devait mourir.

L’anxiété de Pilate était grande. Saint Matthieu rapporte un incident qui dut l’accroître encore.

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