‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 94 sur 107 · IV · texte numérisé non relu

IV

XXVIE, 19. Καϑημένου δὲ XXVIE, 49. Et pendant qi αὐτοῦ ἐπὶ τοῦ βήματος ἀπέστειλε était assis au tribunal, sa femme πρὸς αὐτὸν ἣ γυνὴ αὐτοῦ λέ- lui envoya dire : Qu'il n’y aït γουσα Μηδέν σοι rat τῷ διχαίῳ rien entre toi et ce juste; car ἐχείνῳ πολλὰ γὰρ ἔπαθον of j'ai beaucoup souffert aujourμέρον χατ᾽ ὄναρ δι᾽ αὐτόν. d'hüi en songe à son sujet.

Jérusalem, depuis six jours, s’occupait exclusivement de Jésus, de l’accueil qu’on lui avait fait à son arrivée, de l’autorité avec laquelle 1] avait chassé du temple ceux qui le profanaient, de l’enseignement qu’il y avait donné, des piéges que lui avaient tendus ses adversaires, et de la manière dont il avait, devant le peuple, démasqué leur hypocrisie. Comment n’arrait-on pas parlé dans le palais de Pilate, venu à la fête pour avoir l'œil sur les Juifs, de ce qui agitait k ville entière? Des soldats romains avaient d’ailleurs été mis la veille à la disposition du sanhédrin pour prendre part à l'arrestation du Seigneur : cela ne ᾿ pouvait pas s'être fait à l'insu du gouverneur, etc fut probablement, le soir précédent, le dernier sujet ὦ d’entretien dans sa famille. La femme de Pilate avai été frappée, paraît-il, de la grandeur morale de ὦ nouveau prophète; et voilà qu’elle apprend qu'on doit, la nuit même, se saisir de lui : de là le rêve qu | trouble son sommeil. Son inquiétude redouble quand on l’informe, à son réveil, que Jésus a été conduit dès le matin au prétoire. Plus tard on vient lui dre que Pilate est assis sur son tribunal; elle devine qu'il y est monté pour faire connaître la décision qu'il: prise, et dans son angoisse, elle lui envoie un mes sage pour l’instruire du songe qu'elle a eu, et le

MATTHIEU, XXVII, 19. 407 supplier, au nom du tourment qu’elle éprouve, de ne rien faire contre ce juste qu’elle admire. |

Au reste, la tournure nouvelle que l'affaire venait de prendre obligeait le gouverneur à l’examiner par ce nouveau côté avant de se prononcer. Il rentre au prétoire avec Jésus, et le soumettant à un second interrogatoire : « D’où es-tu ? » lui demande-t-il, faisant allusion à l’accusation portée contre lui, de s'être donné pour Fils de Dieu ; mais il n’obtient de lui aucune réponse. Jésus aurait pu lui dire, comme aux Juifs, qu’il était « descendu du ciel » (Jean, VI, 38); mais quel sens un païen, étranger aux espérances de ce peuple, aurait-il pu attacher à de telles paroles? Pilate se montra offensé de son silence, et pour l’obliger à parler, il lui dit : « Tu ne me dis rien ? Ne sais- « tu pas que j'ai le pouvoir de te faire crucifier, et le « pouvoir de te délivrer ? » Sans répondre pour cela davantage à la première question que le gouverneur lui avait adressée, Jésus répond à la seconde, parce qu'il peut, en le faisant, lui donner une salutaire leçon : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, lui dit- «il, sil ne t’avait été donné d’en haut; c’est pour- « quoi celui qui m’a livré à toi est coupable d’un « péché plus grand. » Cela signifiart : Caïphe sait bien « qu’il n’est point de puissance qui ne vienne « de Dieu, » et que « le ministre de Dieu » ne doit punir que celui qui fait mal. (Romains, XII, 1, 4.) [l'est donc doublement coupable, lui qui sait aussi que je suis innocent, de m'avoir livré à tor et de te demander de me faire mourir. Ét toi, Pilate, n’use

de ton pouvoir sur moi que comme l'ayant reçu d’en haut, et comme devant en rendre compte à Celui de qui tu le tiens! Avertissement solennel, qui retentit dans la conscience de Pilate, déjà préparé à y être attentif par l’avertissement qu'il avait reçu de sa femme : « À cause de cela, » dit saint Jean, c’està-dire à cause de cette réponse de Jésus (1), «il « désirait le délivrer. » (Jean, XIX, 9-12.)

Mais, pendant ce temps-là, que faisaient, en dehors du prétoire, les membres du sanhédrin ? Saint Matthieu va nous le dire :

XXVII, 20. Οἱ δὲ ἀρχιερεῖς XXVIL, 20. Or les archiprètres χαὶ οἱ πρεσξύτεροι ἔπεισαν τοὺς et les anciens persuadèrent à h ὄχλους, ἵνα αἰτήσωνται τὸν Ba- multitude de demander Barabbas pabéäv, τὸν δὲ Ἰησοῦν ἀπολέ- et de faire périr Jésus. σωσιν.

Ils se mélèrent sans doute à la foule après que

Pilate fut descendu de son tribunal, s’employant

personnellement à agir sur le peuple, qui, malgré les cris poussés, pouvait encore être incertain, et l’excitant à demander ce qu'ils voulaient eux-mêmes.

(Marc, XV, 11.) Sous celte pression, la multitude renouvela ses imprécations, mettant Pilate lui-même en cause, tellement que, pendant qu'il était dans le prétoire, il les entendait crier : « Si tu délivres cet « homme, tu n’es pas ami de César; car quiconque « se fait roi se déclare contre César. » (Jean, XIX, 12, 13.) Tandis que le sanhédrin avait fini par se

(4) Ex τούτου, à cause de cela. On traduit ordinairement, à tort selon moi, depuis ce moment.

MATTHIEU, XXVII, 20; 21-23. 409 décider à s’appuyer sur la loi religieuse pour réclamer la mort de Jésus, voilà donc le peuple qui continue à la demander au nom de Ja loi politique, en sorte que Pilate se trouvait saisi à la fois de ces deux plaintes. Comme « il avait envie de délivrer « Jésus » (Luc, XXII, 20), il résolut d'essayer de nouveau d'amener les Juifs à user de leur droit de grâce en sa faveur, ce qui l’aurait dispensé d’intervenir dans l'affaire. Il se hâta donc, pour couper court à Jeurs cris, de ressortir du prétoire avec Jésus et de remonter sur son tribunal. « C’était, dit « saint Jean, la Préparation de la Pâque, et environ la « sixième heure (1), » à peu près midi. Voulant leur montrer que son intention était de maintenir la cause en l’état où le sanhédrin l’avait d’abord introduite, il leur dit : « Voilà votre roi. » Mais ils ne veulent rien entendre : ils crient : « Ote-le ! ôte-le! crucifie- «le! » Et lorsque Pilate leur dit : « Crucifierai-je « votre roi? » les archiprêtres, joignant leurs voix à celles du peuple, lui répondent : « Nous n'avons « point d’autre roi que César. » (Jean, XIX, 13-15.) Tout cela n’était que tumulte ; il fallait procéder régulièrement.

XXVII, 21. ᾿Αποχριθεὶς δὲ XXVII, M4. Et le gouverneur, ὃ ἡγεμὼν εἶπεν αὐτοῖς: Τίνα prenant la parole, leur dit : Leθέλετε ἀπὸ τῶν δύο ἀπολύσω quel des deux voulez-vous que ὑμῖν; Οἱ δὲ εἶπον" Βαραδδᾶν. [6 vous relâche P Et ils dirent :

Barabbas.

(4) Ἦν δὲ παρασχευὴ τοῦ πάσχα, ὥρα δὲ ὡσεὶ ἔχτη. (Jean, XIX, 44.)

470 MATTHIEU, XXVH, 21-28.

22. Λέγει αὐτοῖς ὁ Πιλάτος: 29. Pilate leur dit : Que ferai- Τί οὖν ποιήσω Ἰησοῦν, τὸν Àe- je donc de Jésus, qu'on appelle γόμενον Χριστόν: Λέγουσιν αὐτῷ Christ P Ils lui dirent tous : Qu'i πἄντες “ Σταυρωθήτω. soit cracigé !

23. Ὁ δὲ ἡγεμὼν ἔφη" Τί 43. Puis le gouverneur leur dit: γὰρ καχὸν ἐποίησεν; Οἱ xe- Quel mal a-t-il donc fait P Mais ρισσῶς ἔχραζον λέγοντες" Ztau- ils crialent encore plus font : pubitu. Qu'il suit crucifié !

Ceux qui se trouvaient là y étant venus à la suite d’une invitation de Pilate (Luc, XXIIE, 13), formaient une assemblée représentant le peuple. Leur réponse à la question qu’il leur adressait : « Lequel des deux « voulez-vous que je vous relâche? » devait donc équivaloir à un vote populaire et, d’après la coutume, en avoir l'effet. Le peuple, par leurs voix, s’étant prononcé pour Barabbas, la mise en liberté de Barabbas était assurée; mais rien n’était décidé encore relativement à Jésus, et l'embarras du gouverneur, qui désirait le sauver, était grand. Il leur demande 66 qu’ils veulent qu’il fasse de celui qu’ils nomment Christ ou « le Roi des Juifs. » (Marc, XV, 12.) Peutêtre pensait-il froisser ainsi l’orgueil national de quelques-uns d’entre eux, qui pouvaient répugner à la pensée d'abandonner Jésus à la vindicte du gouverneur romain, et les diviser par ce moyen. N'y ayant pas réussi, il s’adresse aux sentiments de jus- ὁ tice dont il serait étrange que dans une réunion s nombreuse persaane ne fût animé : « Quel mak at-il « donc fait? » leur dit-il pour la troisième fois. « Je a n'ai rien trouvé en lui qui soit digne de mort; a ainsi, l’ayant fait châtier, je le relâcherai. » (Lue,

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XXII, 22.) Mais c’est en vain. À tout cela ils n’ont qu'une seule réponse : « Qu'il soit crucifié ! qu’il soit « crucifié ! » Leurs cris redoublent, et les archiprétres s'unissent à eux pour le demander avec instance (Luc, XXIIT, 23), sans que, dans toute cette foule, un seul Israélite, disciple ou non, ait osé, en prenant la défense de Jésus, ou en intercédant pour lui, venir

en aide à Pilate.

XXVII, 24. Ἰδὼν δὲ ὁ Πιλάτος, ὅτι οὐδὲν ὠφελεῖ, ἀλλὰ μᾶλλον θόρυδος γίνεται, λαδὼν ὕδωρ ἀπενίψατο τὰς χεῖρας ἀπέγαντι τοῦ ὄχλου λέγων" ᾿Αθῶός εἶμι ἀπὸ τοῦ αἵματος τοῦ δικαίου τούτου - ὑμεῖς ὄψεσθε.

26. Τότε ἀπέλυσεν αὐτοῖς τὸν Βαραδδᾶν, τὸν δὲ Ἰησοῦν φραγελλώσας παρέδωχεν, ἵνα σταυpubs.

XXVII, 24. Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte allait croissant, prit de l'eau et se lava les mains devant le peuple, en disant : Je suis innocent du sang de ce juste.

C'est vous que tela concerne.

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