‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 96 sur 107 · ENSEVELISSEMENT · texte numérisé non relu

ENSEVELISSEMENT

XXVII, 27. Alors les soldats du gouverneur, ayant amené Jésus au prétoire, rassemblèrent près de lui toute la cohorte.

28. Puis, lui ayant Ôté ses vêtements, ils le revêtirent d’un manteau d’écarlate :

29. Et ayant tressé une couronne avec des épines, ils Ja posèrent sur sa tête: ils mirent aussi un roseau dans sa main droite, et fléchissant le genou devant lui, ils se moquaient, lui disant : Salut, roi des Juifs.

30. Ensuite ils crachèrent contre lui, et ayant pris le roseau, ils lui en frappaient la tête.

31. Et après s'être moqués de lui, ils Jul Ôtèrent le manteau et lui remirent ses habits, et ils l’'emmenèrent pour le crucifier.

(4) La chlamyde (χλαμός) était une casaque ou un manteau de soldat, principalement en usage dans la cavalerie. 1] était rouge pour les simples soldats, et d’un rouge plus vif pour les chefs. Ces couleurs pouvaient faire penser à la pourpre (Marc, XV, 47), portée par les empereurs romains, et chez d’autres peuples par les rois. « Il est vraisemblable, dit Calvin, qu’on n'a pas revêtu Christ « de quelque robe de grand prix, dont nous recueillons qu'elle « n’était pas de pourpre, mais en avait seulement quelque sem- « blance. » (Commentaires sur le N. T. Tome ler, page 702.)

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Les soldats qui firent rentrer Jésus au prétoire, après que Pilate eut ordonné qu'il serait crucifié, étaient ceux qui entouraient le tribunal du gouverneur. [15 faisaient probablement partie de l’escorte avec laquelle il s'était rendu de Césarée à Jérusalem, et dont le concours pouvait être utile pour maintenir l’ordre dans da ville pendant les fêtes.

Jésus ne portait plus alors le manteau de pourpre dont ceux qui le gardaient l’avaient affublé, à l’imitstion d'Hérode. (Jean, XIX, 2-5.) Pilate le lui avait sans doute fait ôter à la suite du second entretien particulier qu'il eut avec lui. (Jean, XIX, 9-11.) Mais les soldats avaient pris goût à cette ignoble plaï santerie; de retour dans la cour du prétoire (Marc, XV, 16), ils appellent leurs camarades, appartenant à la même cohorte qu'eux, afin qu’ils puissent s'en amuser et y prendre pari. Cette fois, rien n’y manque, ni le manteau royal, ni le sceptre représenté par le roseau, ni la couronne, ni les soldats assemblés tout exprès pour rendre les honneurs militaires à ce prétendu roi (1). Chez Caïphe, on l’avait bafoué après sa condamnation, comme étant un faux prophète; chez Pilate, on le raille sur sa royauté d'emprunt, et puis, quand on est las de la mascarade, passant des moqueries aux outrages et à la violence, ainsi qu’on l'avait fait chez le souverain sacrificateur, on le couvre de crachats et on le frappe.

Mais ce divertissement devait finir ; car l'heure de

(4) « ... quasi ad regem, ut magis irriderént. » (MaLpbonar, Comm. in IV Evangelistas, col. 703.)

MATTRIEU, XXVH, 21-31; 32-58.

ἰδ crucifixion approchait.

C’étaient les soldats qui,

chez les Romains, exécutaient ceux qui étaient condamnés à mort (1). Ils se hâtent donc de faire re-

prendre au Seigneur les

habits dont ils l'avaient

dépouillé, et ils partent avec lui pour le lieu du

supplice.

XXVII, 32. Ἐξερχόμενοι δὲ εὗρον ἄνθρωπον Κυρηναῖον, bvéματι Σίμωνα - τοῦτον ἠγγάρευσχν, ἵνα ἄρῃ τὸν σταυρὸν αὐτοῦ.

94. Καὶ ἐλθόντες εἰς τόπον cyépevoy Γολγοθᾶ, ὅ ἐστι λεγόμενος χρανίου τόπος (2),

XXVII, 32. Or, en sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, appelé Simon, qu'ils requirent pour porter sa croix.

33. Et étant arrivés à l’endroit nommé Golgotha, nom qui veut dire Place du crâne,

34. Is lui donnèrent à boire du vinaigre mêlé avec du fiel; et l'ayant goûté, il ne voulut pas en boire.

35. Et quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, en jetant le sort, afin qu’eût lieu pleinement ce qui ἃ été dit par le prophète : « Ïls ont « partagé mes vêtements entre « eux, et ils ont jeté le sort sur « ma robe. »

(4) « Et vincula et carcerem et supplicia administrabit, nec sua-

« rum ultor injuriarum? » (TerTuLLIANUS, De Corona, cap. XI.) — Pendant le siége de Jérusalem, les soldats romains crucifièrent une multitude de Juifs, leur faisant souffrir toutes sortes Ü’outrages pendant le supplice de la croix. Voir FL. Jos., Bell. Jud., lib. V,c. xr, 9 1.

(2) Saint Matthieu, écrivant pour les Juifs, désigne d’abord cet endroit par sou nom hébreu, et en donne ensuite la signification en grec. Saint Jean, qui a d’autres lecteurs en vue, suit la marche inverse : « Jésus vint, dit-il, au Heu nommé Place du Crâne, qui « s'appelle en hébreu Go!gotha. » (Jean, XIX, 49.)

αο SUR αἰ - NAS CES QT USER ES ὠ

36. Καὶ χαθήμενοι éthpouy 36. Et s'étant assis, ils le garαὐτὸν ἐχεῖ. daient là.

37. Kat ἐπέθηχαν ἐκάνω τῆς 31. Ils mirent aussi au-dessss κεφαλῆς αὐτοῦ τὴν αἰτίαν αὐτοῦ de sa iête cette inscription, marγεγραμμένην" Οὗτός ἐστιν Ἰη- quant l'accusation portée contre σοῦς ὃ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων. lui : Celui-ci est Jésus, le roi des

Juifs.

38. Τότε σταυροῦνται σὺν αὐτῷ 38. Deux brigands furent aussi δύο λῃσταί, εἷς x δεξιῶν χαὶ crucifiés avec lui, l'un à 9 els ἐξ εὐωνύμων. droite, et l'autre à sa gauche.

Les soldats qui emmenaient Jésus étaient commandés par un centenier. (XXVIE, 54.) C’est donc à son initiative, et non à leur caprice, qu'il faut attrbuer le soulagement qui lui fut accordé, au moment où l’on sortait de la ville. Les condamnés devaient porter eux-mêmes l'instrument de leur supplice (1), et Jésus n’en fut pas dispensé. (Jean, XIX, 17.) Mai il fallait bien venir en aide à ceux pour qui le fardeau était trop lourd. Un homme de Cyrène, nommé Simon, bien connu, paraît-il, dans le cercle des apétres, qui revenait des champs, fut en conséquence mis en réquisition, en dehors de la porte de Jérusalem, pour assister Jésus (Marc, XV, 21 ; Luc, XXII, 236), soit en soutenant sa croix par derrière, soit en l’en dé chargeant tout à fait pendant une portion du chemin.

Ce dut être encore par l’ordre du centenier, que, conformément à l’usage des Juifs, on présenta au Seigneur, quand on fut arrivé à Golgotha, lieu de l'exécution, une mixtion destinée à étourdir ou à et

: (4) Telle était la coutume chez les Romains, suivant Plutarque : Exaotos τῶν χαχούργων ἐχφέρει τὸν αὑτοῦ σταυρὸν. (De sers numinis vindic{a.)

MATTHIEU, XXVII, 32-38. 481 gourdir les condamnés. Jésus, y ayant porté les lèvres, reconnut ce que c’était et n’en voulut pas boire, afin de demeurer en pleine possession de lui-même (1).

Les soldats chargés de le crucifier l’attachèrent ensuite à la croit. Ils étaient quatre, paraît-il. (Jean, XIX, 23.) C’est à eux que la dépouille des suppliciés devait appartenir (2). Ils se partagèrent ses habits en les jetant au sort, pour savoir ce que chacun d’eux en aurait. (Marc, XV, 24.) Quant à sa robe, elle ne fut pas comprise dans les quatre parts qu’ils avaient faites. On la tira au sort séparément, « afin qu’eût lieu « pleinement, dit saint Jean, ce qui est écrit : Ils ont « partagé mes vêtements entre eux, et ils ont jeté le « sort sur ma robe. » (Jean, XIX, 24.)

Cette citation, empruntée au Psaume XXII, ne se

(4) « Il paraît par le Traité du Sanhédrin, dans le Talmud, « que l’on donnait du vin mixtionné à ceux que l'on allait faire « mourir, pour leur troubler la tête, afin qu'ils ne sentissent pas « si vivement l’ignominie et les douleurs du supplice. » (J. Le CLerc, Le N.T., traduit sur l'original grec, avec des remarques. Sur Marc, XV, 23.) — La mixtion présentée à Jésus était, suivant Matthieu, un mélange de vinaigre et de [6]. Le Codex Stnaïéicus et d’autres manuscrits ont οἶνον, vin, au lieu de ὄξος, vinaigre, ce qui s'accorde avec Marc, XV, 23. — « Le mot χολή, qui « signifie proprement du δεῖ, marque aussi en général tout ce « qui est amer, d'où vient que les Septante s’en sont servis pour a traduire un mot hébreu qui signifie de l’absinthe : Proverbes, a V,4; Lamentations, IIE, 48. » (J. Le CLenc, Zbid. Sur Matthieu, XX VIH, 34.) — La myrrhe, dont Marc parie à l’endroit cité, était une gomme très-amère. Matthieu, en n’ayant égard qu'à son amertume, a pu se servir du mot χολή pour la désigner, comme les Septante ont employé, par la même raison, ce mot pour désigner l'absinthe.

(2) Digesta, lib. XLVIIE, tit. xx. De bonis damnatorun, ᾧ 6, Pannicularia.

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