AUTO-INTOXICATION PAR INSUFFISANCE URINAIRE
Trois circonstances : 1° Durant la maladie, néphrite certaine. — 2° Durant la maladie, légère albuminurie sans néphrite. — 3° Durant la maladie, ni néphrite, ni albuminurie. Examen des cas où les urines sont hypertoxiques et interprétation.
Essai d’appliquer cette théorie aux névroses en général, et aux maladies organiques du système nerveux. Rapports de l’athritisme et du nervosisme.
La lésion du foie peut-elle provoquer à elle seule l’éclosion d’une névrose. Probablement, mais si cette adultération est légère d’une part, si les émonctoires fonctionnent bien d’autre part, nul doute qu’il y aura pour le malade de grandes .chances d’échapper à semblables complications.
Les émonctoires sont-ils touchés dans une maladie infectieuse ? C’est un fait universellement admis, et surtout bien démontré pour le rein. Or, ce dernier peut être atteint par deux procédés aboutissant au même résultat : degré plus ou moins considérable d’insuffisance urinaire, car l’existence de néphrites partielles ne saurait être contestée : un certain nombre de glomérules ont été soustraits à l’action du processus infectieux ; le rein dès lors élimi -
nera moins bien sans être insuffisant, au sens rigoureux du mot.
Le premier procédé, le plus banal est celui del’artérite.
« Si l’on jette un coup d’oeil sur les maladies infectieuses, on voit que la lésion la plus constante, la plus fondamentale est celle des artères et des capillaires sanguins. Dans tous les tissus, dans tous les appareils de l’organisme, les maladies infectieuses se manifestent par des altérations vasculaires et périvasculaires, qui forment pour ainsi dire le trait d’union entre toutes ces localisations (Siredey). Les vaisseaux du rein ne sont pas épargnés et leur lésion jouera un rôle dans l’insuffisance rénale. »
Le second procédé, mis en relief par M. Bouchard, est celui de l’élimination des microbes par le rein ; tout un groupe de néphrites a été constitué, le groupe des néphrites infectieuses. Aujourd’hui que ce fait est bien acquis à la science, inutile d’insister sur sa justification.
Grâce à ces deux procédés, il est facile de comprendre la fréquence des lésions du rein au cours des maladies infectieuses et de s’expliquer cette phrase de Landouzy : « Les complications rénales sont aux maladies infectieuses ce qu’est l’endocardite au rhumatisme. »
Est-ce à dire qu’il y ait toujours néphrite au cours d’une maladie infectieuse, et que la question se pose ainsi : Gomment expliquer les troubles nerveux consécutifs aux néphrites infectieuses ? ou bien n’y a-t-il de troubles nerveux qu’en cas de néphrites ?
Il nous faut, pour la commodité de la discussion considérer trois cas :
A. Dans le cours de la maladie infectieuse, il y a eu néphrite bien certaine.
B. Il n’y a eu qu’une légère albuminurie soit au début, soit à la fin de la maladie, albuminurie sans caractère bien déterminé ne s’accompagnant pas des signes ordi naires de la néphrite.
G. Enfin il n’y a pas eu d’albumine, pas de signes de néphrite dans le cours de la maladie.
La même explication : intoxication par suite d’insuffisance rénale, est-elle recevable dans ces trois circonstances? Y a-t-il des cas où des raisons suffisantes, nous poussant à considérer comme nul le rôle pathogénique du rein? s’il en est ainsi, nous rejetterons cette théorie, comme ne pouvant s’appliquer à tous les faits. Mais la suite de notre raisonnement, fait d’analogies palpables, montrera, nous l’espérons, qu’en aucune circonstance, il n’est permis d’éliminer le rein, bien plus, qu’avant toute autre cause, il est légitime et obligatoire de chercher à expliquer ies désordres nerveux post-infectieux par une anto-intoxication, même quand le rôle du rein ne frapperait pas immédiatement i’esprit, et très souvent, cette étiologie rénale nous paraîtra prédominante, parfois aussi elle sera reléguée au second plan, mais toujours et partout il faudra en tenir compte.
A. Prenons d’abord le cas où il y a eu néphrite certaine : certaines maladies infectieuses s’accompagnent fréquemment de cette lésion rénale : telles la fièvre typhoïde, la scarlatine, la grippe ; d’autres, comme la variole, la présenteront parfois. Dans les premières, la néphrite fait partie du syndrome morbide, dans les secondes, elle est une complication. Or, l’observation clinique nous montre d’une façon frappante, la fréquence des troubles nerveux, après les premières, la rareté
relative de ces mêmes troubles après les autres. Les observations de M. le professeur Teissier, relatives à la grippe, nous fournissent des preuves absolument convaincantes : nous en avons publié les plus typiques.
La littérature médicale d’ailleurs abonde en observation de ce genre : partout, à l’étranger comme en France, les auteurs, en nous révélant le complexus si varié de la dernière épidémie de grippe, nous montrent la fréquence de l’albuminurie au cours de la maladie, ainsi que des désordres psychiques consécutifs. Certains n’insistent point sur ce rapport, mais leurs observations le relatent constamment. Quoi de surprenant qu’il en soit ainsi? La nature infectieuse de la grippe est soupçonnée depuis longtemps : la diplobactérie trouvée dans les urines et le sang des grippés, par MM. Teissier et Roux,. est vraisemblablement un agent spécifique.
La grippe doit donc être rangée à côté de la fièvre typhoïde,: c’est une maladie infectieuse, spécifique. Aussi elle s’accompagne des symptômes qui caractérisent le groupe auquel elle appartient : l’albuminurie est de règle, et suivant l’importance qu’elle revêt, tant par sa quantité que par sa persistance, les troubles nerveux consécutifs seront intenses ou peu marqués. Pour la fièvre typhoïde et la scarlatine, étudiées depuis si longtemps, il en est évidemment de même; bien que le micro-organisme pathogène de la scarlatine ne soit' pas encore isolé, nul ne révoquera en doute le caractère éminemment infectieux de cette pirexie.
La variole, avons-nous dit,.s’accompagne aussi, moins fréquemment de néphrite.,M., Alb. Robin, dans ses études sur l’Urologie de la variole, a bien montré l’aspect de la
lésion, rénale ; d’après lui, c’est une néphrite congestive et hémorragique à la fois qui se rencontre chez 25 sur 100 des sujets varioliques.
Ce côté de la question n’est donc pas bien nouveau, car il se borne à montrer la corrélation étroite entre les phénomènes nerveux et les néphrites. Et cependant, si nous dépouillons la littérature médicale, nous ne trouvons guère de névroses développées sous l’influence p’une néphrite. Ce sont plutôt des psychoses que les auteurs ont vues se développant à la suite de lésions rénales : M. F. Raymond a décrit des débris survenant dans la néphrite chronique et simulant la folie : M. Dieulafoy a décrit la folie brightique; plus récemment, V. Hôsslin, fait le tableau des maladies psychiques dans la néphrite chronique i .
Pour M. le professeur Teissier et pour nous, outre ces psychoses, nous avons vu d’autres troubles mieux déterminés apparaître dans le cours de ces néphrites fort infectieuses, et ce sont souvent de la neurasthénie ou parfois de l’hystérie, ou encore de l’hystéro-neurasthénie.
Gomment s’expliquent les phénomènes nerveux? Par de l’urémie : les poisons fabriqués dans l’organisme ne sont point éliminés, grâce à la lésion de l’émonctoire rénal : il s’ensuit une insuffisance urinaire plus ou moins intense; les auteurs ont été conduits tout naturellement à cette explication, en étudiant les formes de l’urémie ordi naire : nul ne méconnaît la part que prend le système nerveux dans la production des phénomènes qui la caractérisent, et nul ne conteste la grande influence qu’exercent
i V. Hosslin, Maladies psychiques dans la néphrite chronique (Centralblatt klin. méd., 1890, p. 293).
sur ce système les poisons fabriqués incessamment dan$ l’organisme. C’est l’opinion à laquelle se range M. le D r Petit (thèse de Lyon, 1881) : celui-ci, en compulsant les observations de dothiénenthérie dans lesquelles on voit beaucoup d’albumine trouve que tous les médecins ont noté dans ces cas que les phénomènes nerveux étaient plus intenses; M. le professeur Peter, dans ses leçons cliniques, l’avait d’ailleurs fait remarquer.
Quant aux causes de l’urémie, elles sont nombreuses et ont donné lieu à des discussions closes aujourd’hui, grâce aux démonstrations expérimentales faites par M. le professeur Bouchard.
Nous admettons aujourd’hui que l’urémie est produite parla rétention de tous les poisons fabriqués dans les tissus et normalement éliminés par le rein : aussi bien les théories qui incriminent un poison unique contiennent toutes une part de vérité; celle de M. Bouchard qui impute les accidents urémiques non à un seul principe, mais à tous, est seule capable d’expliquer la diversité des phénomènes observés.
Reste à se demander comment agit le poison. Ici nous touchons à un problème à peu près insoluble ; les expériences sur les anima.ux ont bien prouvé que tel poison était narcotisant, tel autre convulsivant,mais quant à déterminer quelle était l’influence de tel principe sur la production d’un état nerveux, comme une névrose par exemple, on ne peut le faire qu’à l’aide d’hypothèses bien mal équilibrées.
Suivant Cuffer (thèse de Paris, 1878), il y aurait dans la néphrite une diminution notable des globules du sang : ces organites seraient en même temps moins avides d’oxy-
gène et par conséquent rempliraient moins bien leurs fonctions. Suivant d’autres, Johnson par exemple, les désordres nerveux dus à l’empoisonnement urémique doivent être rapportés tantôt à l’influence vicieuse du sang sur le tissu nerveux, tantôt à une interruption partielle de l’apport sanguin dans une région du système nerveux : l’amaurose albuminurique serait expliquée par une anémie brusque de la rétine.
Quoi qu’il en soit, retenons cette conclusion importante : les troubles nerveux psychoses ou névroses, consécutifs aux maladies infectieuses, dans le cours desquelles on a nettement constaté le développement d’une néphrite, sont dus à une dyscranië produite par la rétention des poisons normaux, non éliminés par le rein.
B. A côté de ces faits, admis à peu près universellement, il en est d’autres moins significatifs : il n’y a pas eu néphrite au sens propre du mot dans le cours de la maladie infectieuse, mais on a constaté une légère albuminurie, soit au commencement, soit à la fin de cette maladie. Cette albuminurie est-elle symptomatique d’une néphrite, c’est-à-dire d’une lésion rénale? y a-t-il eu néphrite, même si cette albumine était non rétractile, si en un mot elle était constituée uniquement par de la globuline. M. Dieulafoy, qui semble si peu tenir compte des albuminuries physiologiques et même dyscrasiques n’hésite pas à dire que cette albumino du début ou de la fin des maladies infectieuses est l’indice d’une néphrite, légère si l’on veut, mais d’une néphrite.
Si nous partagions l’avis de M. Dieulafoy, notre tâche serait simplifiée, et les phénomènes que nous avons ran-
gés dans notre second groupe, s’expliqueraient comme ceux du premier.
Mais, sous l’influence des leçons de l’hiver dernier, que notre excellent maître, M. le professeur Teissier, a si bien su nous assimiler, nous ne saurions souscrire à l’opinion du professeur de Paris. Pour nous il existe diverses variétés d’albumine qui ont une signification différente : en outre il y a des albuminuries physiologiques, dyscrasiques, nerveuses, et nous ne répugnons point à voir dans cette albumine légère des fièvres une albumine avec intégrité de l’appareil rénal.
Admettons donc qu’il s’agit là d’une albumine dyscrasique ; et voyons si l’idée d’une intoxication par insuffisance urinaire peut se concilier avec cette supposition.
Et tout d’abord qu’on nous permettre une digression, nécessaire pour expliquer ce qui va suivre. Depuis le'jour où Claude Bernard en piquant le quatrième ventricule d’un animal, lui fit pisser de l’albumine, il est rationnel d’admettre que nombre d’albuminuries cliniques relèvent de ce mécanisme ; excitation du bulbe en un point déterminé. C’est ainsi que nous nous sommes expliqué le fait de cette malade atteinte d’ataxie locomotrice, et qui, après une séance de pendaison, çissa de l’albumine: comme nous le démontra M. Teissier, il y avait eu probablement tiraillement du bulbe, et albuminurie nerveuee.
Il semble donc que le rein ne puisse être incriminé en pareille circonstance : peut-être, mais voici quel est notre raisonnement : c’est un fait universellement admis que l’albuminurie, d’une façon générale, exige pour sa production le concours du rein : il n’y a pas de lésions de cet organe, d’accord : mais ne s’agirait-il point d’un trouble
physiologique ? on peut bien excité le bulbe d’un animal à qui on a enlevé le foie, il ne pissera point de sucre. En tout cas, nous devons rechercher tout d’abord si l’albumine se produit ici en dehors de ses conditions ordinaires, c’est-à-dire en dehors du rein, et pour admettre un autre mécanisme, il faut d’abord s’assurer que le mécanisme banal, ordinaire, ne saurait se concevoir.
Or, nous ne croyons point qu’il soit permis d’éliminer ce dernier d’une façon aussi complète, et voici comment nous comprendrions, le mode de production des albumineries dites nerveuses, dites dyscrasiques.
Sous l’influence du système nerveux excité; ne pourrait-il pas se produire un spasme vasculaire général, mais qui aurait aussi pour centre d’action un organe important comme le rein: donc spasme des vaisseaux du rein, ralentissement du courant sanguin, peut-être augmentation de pression vasculaire : il n’en faut pas davantage pour créer l’albuminurie, car personne ne met en doute l’importance de la loi de Gbarcot d= P-V. — Ajoutez à cela que sous l’influence du spasme vasculaire rénal, l’épuration se fait mal : des substances qui devraient être éliminées ne le sont pas : il y a donc constitution d’une dyscrasie, et voilà comment nous serions tenté d’expliquer le mécanisme de ces albuminuries dyscrasiques. Un cycle perpétuel s’établit entre le système nerveux et les émonctoires : tous deux réagissent l’un sur l’autre, aboutissant à ce résultat : dyscrasie, par accumulation de substances toxiques.
Il devient dès lors facile de s’expliquer les troubles nerveux consécutifs à une maladie infectieuse, au cours de laquelle il a été observé cette légère albuminerie, qualifiée à bon droit de dyscrasique : il y a encore là de
l’insuffisance urinaire, à un moindre degré que dans les phénomènes du premier groupe, mais réelle néanmoins.
En effet, comme lefait très bien remarquer le D r Gaucher dans sa thèse d’agrégation, un point reste obscur dans l’histoire de la néphrite: c’est de savoir à quel moment commence ce que l’on veut appeler l’inflammation. Quand le rein ne jouit pas de son intégrité fonctionnelle, l’élection de Pépithelium pour les divers principes solides que doit renfermer l’urine se trouve modifiée. La maladie infectieuse ne porte pas son action sur le rein d’une manière intensive, toujours la même: à côté de la glomérulonéphrite de Klebs, dans la scarlatine, il y a place pour des lésions plus légères, pour des troubles fonctionnels encore moins accusés. L’arrivée du microbe dans le rein d’une part, la détermination vasculaire de la maladie infectieuse elle-même d’autre part, ne pourraient-ils pas mettre le rein dans les conditions où le mettent les expériences de MM. Lépine et Aubert (Société de Biologie, 1886), c’est-à-dire dans les conditions d’une ischémie temporaire? Gomme l’ont démontré ces expérimentations, il y a dans ce cas diminution de quantité et de densité dans les principes solides secrétés par le rein ischémie : il y a même de l’albumine. Dans tous les cas, l’insuffisance urinaire se conçoit parfaitement : mais nous ne saurions dire si, à elle seule, elle est capable d’expliquer tous les phé nomènes que nous avons en vue.
Nous ne voulons point abandonner notre second groupe de troubles nerveux, sans citer à l’appui de notre thèse 1 opinion de M. Albert Robin. Ce dernier estime que toutes les albuminuries même transitoires de la variole, quelle que soit leur abondance, doivent être considérées
comme des néphrites ou des tentatives de néphrite, tentatives plus ou moins énergiques.
Nous croyons avoir réussi à concilier la théorie des albuminuries dyscrasiques avec la théorie de l’intoxication urinaire et voici comment nous résumerions la discussion au point de vue spécial des faits qui nous occupent : les troubles nerveux consécutifs aux maladies infectieuses sont le résultat d’une dyscrasie à la production de laquelle contribue un léger degré d’artérite rénale, une légère « tentative » de néphrite infectieuse : nous ne sommes donc pas si éloignés de l’opinion de M. Dieulafoy que nous le semblions au début de cette discussion.
G. Quant au troisième groupe de faits, il est plus difficile de les expliquer à la façon des précédents. Ici la scarlatine ou la fièvre typhoïde ont évolué régulièrement et l’urine examinée soigneusement tous les jours n’a révélé L’existence d’aucune trace d’albumine; puis deux ou trois mois après, quelquefois plus longtemps, des troubles nerveux ont subitement éclaté. Disons tout d’abord que les faits de ce genre sont des plus rares, une fièvre typhoïde évoluant sans albuminerie, au moins légère, est exceptionnelle.
En admettant qu’ils existent, il est possible d’y voir encore des manifestations d’un degré minime d’insuffisance urinaire ; en effet, une gradation s’observe entre les faits du premier groupe et ceux du troisième. A une néphrite infectieuse correspondent des troubles nerveux intenses, à une tentative de néphrite, à une albuminerie dynamique correspondent des troubles moins accentués, et à une maladie infectieuse sans albuminurie d’aucune espèce correspondent des troubles encore plus minimes.
En présence de cette gradation dans les phénomènes observés, nous sommes tenté dé donner à ces trois groupes de faits la même explication ; en pOuSsànt jiisqu’à ces extrêmes limites le raisonnement que nous faisions plus haut, ne serait-il pas permis d’insinuer qu’on pouffait encore dans ces circonstances invoquer la tentative extrêmement légère d’une néphrite infectieuse qui ne sé serait traduite ni par de l’albumine, ni par aucun âutre signe ordinaire de néphrite : nous n’osonS forcer à ce point les Unàlogies, mais ce qttë nous pouvons dife: c’est qu’un léger degré d’artérite ne s’accompagne pas forcément d’albumine, mais peut très bien mettre lë rein dahs un état d’ischémie particulier capable de produire Une dyscrasie, partant un ensemble de troubles nerveux plüs oii hioins intenses.
Mais nous nous hâtons d’ajouter cë que nous avons d’ailleurs répété au cours de ce travail, en raisën du développement que nous aceordons à la théorie de l’insuffisance rénale, il semblerait qtie nous éliminerions les autres facteurs pathologiqüee, il n’en est riën, mais nous tenions à insister sur lë rôle dU rein, que presque tous les auteurs ont négligé.
A l’appui de notre théorie-nous apportons des observations, les recherches sur la tonicité des Urines de nos malades montrent combien souvent le coefficient urotonique est abaissé, il était donc permis dès lors de penser qu il y avait rétention de poison dans le sang, Si nous avions les moyens dévaluer la tonicité du sang, nos doutes seraient vite dissipés, c est donc un desideratum, que nous serions heureux de voir combler 1 .
1 Voir les observations VI, VII, XV ét XVI.
Mais dans un certain nombre d’observations*, les urines sont hypertoniques, est-ce upe objection sérieuse à notre thèse? No,psl’ayons cru tout d’abord, mais bientôt l’examen attentif des, faits nous a démontré quel parti nous pouvions en tirer; bien loin d’être en opposition avec • notre théorie, de l’insuffisance rénale, ces faits viennent la, corroborer en lui, donnant une précision que nous posions espérer.
Il n’y a qu’à examiner l’état du malade au point de vue nervçux dans le .moment même où ses uriues sont hypertoxiques, pour s’assurer qu’il jouit d’une véritable trêve, au moment de la convalescence des fièvres, disparition ou amoindrissement considérable des, phénomènes nerveux ; si la décharge ne se produit pas, il y aura maintien et recrudescence de ces, mêmes phénomènes.
En prenant un cas de moyenne intensité, c’est-à-dire un cas où, il n’y a e% qu’une atteinte peu profonde du rein, on est autorisé à supposer que cet organe est dans un état incessant d’équilibre, et les. phénomènes nerveux s’expliqueront parfaitement par deTuyéniie intermittente; c’est l’analogue de ce qui se passe pour le foie (th. deRaphy) : sous l’influence d’une cause insignifiante, saisonnière ou, a s utre, les malades, souffrent d’insuffisance hépatique, elle aus.si intermittente. La variabilité de l’albuminç dans lqs mévrçses., son caractère intermittent, permettent de çon,sidérer comme probable, çef équilibre rénal; les reçherch,es. de, tonicité, urinaire, renouvelées, fréquemment chez lu même malade, trancheront la, question.
En somme, il faudra établir pour les autres névroses ce qui est vrai pour l’épilepsie, maladie dans laquelle les
2 Voir les observations XI et XVII.
urines sont hypotoxiques avant la crise, hypertoxique après, au moment de la décharge.
En résumé, nous admettons que lés troubles nerveux consécutifs aux maladies infectueuses relèvent d’une pathogénie, complexe, mais capable de se réduire à une seule* cause bien évidente; trouble de la nutrition résultant d’une dyscrasie. Or cette dernière est produite le plus généralement par une auto-intoxication, laquelle résulte d’une altération des émonctoires.
Le résultat auquel nous arrivons ne doit pas nous sur prendre, et nous saisissons l’occasion de jeter un coup d’œil sur la pathogénie des névroses en général, c’est-à dire non précédées d’une maladie infectieuse, capable de leur donner naissance par le mécanisme indiqué.
Beaucoup d’auteurs ont rapproché les symptômes des névroses des phénomènes urémiques. M. le professeur Brouardel, au Congrès de Paris (1889), signalait les troubles hystériques dont étaient atteints certains prisonniers, et il diasit que, d’après des recherches portant sur les urines de ces individus, il y avait vraisemblablement chez eux un trouble de la nutrition provenant d’une véritable intoxication.
Une raison qui viendrait militer en faveur de cette théorie serait la fréquence des températures basses au cours des névroses, au cours des maladies mentales; mais nous touchons à une question à peu près inconnue. Aussi mieux vaut ne point se prévaloir d’un appoint si fragile (voir cependant certaines de nos observations) 1 .
D’autre part, il est fréquent d’observer de l’albuminu-
Voir observation VIII.
rie chez les malades atteints de différentes affections nerveuses; le D r Rabenau 2 a analysé l’urine de trente-six aliénés paralytiques et a trouvé une albuminurie persistante chez vingt de ces malades. Il croit que cette albuminurie dépend directement de l’affection cérébrale, bien que sur ces vingt malades il en ait déjà autopsié dix et que six fois il ait trouvé des lésions rénales certaines : mais il n’a jamais pu constater de cylindres dans les urines albumineuses, et jamais durant la vie ces malades n’ont présenté de symptômes d’affection rénale. M. Koëppen a montré de même la fréquence de l’albuminurie chez les aliénés (juin 1888, Congrès des Neurologistes de l’Allemagne du Sud-Ouest) ; enfin M. F. Raymond a également insisté sur ces points.
Enfin, il a été reconnu récemment que l’urine des déments était hypotoxique (voir communication de MM. Weil et R. Dubois, au Congrès de Médecine légale de Lyon, 1891) : mais, hâtons-nous de le dire, des recherches semblables demandent à être poussées plus loin, et il serait désirable qu’on examinât au point de vue de la toxicité les urines des hystériques et des neurasthéniques.
Si l’on joint à toutes ces raisons ce fait indéniable que des infections multiples nous assiègent sans cesse, que beaucoup passent inaperçues, qu’un certain nombre touchent les émonctoires d’une façon sérieuse, il sera facile de comprendre que dans un grand nombre de cas les dys crasies, cause de névropathies variées, reconnaissent pour origine une intoxication précédée elle-même d’une infec-
2 Vorlâufige Missfeilimg (Arch . f. Prychiat. IV, Band, Haft) par le D r Rabenau.
tion. MM. Marie et G. Lemoine ont insisté sur ce point, relativement à la sclérose, en plaques et à l’épilepsie ; pour eux, ces maladies ne sont pour ainsi dire jamais idiopathiques ; ces auteurs vont très loin dans cette voip, puisqu’ils réduisent la prédisposition au reliquat d’ui^e infection intra-utérine, non déterminée.
Si cette idée d’intoxication semble dominer la pathogénie des névroses, nous donnerait-elle la clef des maladies du système nerveux à substratum anatomique? Maintes fois au cours de ce travail nous avons signalé les rapports qu’affectent les névroses avec les maladies du système nerveux proprement dites : nous avons dit que, à côté de la sclérose* en plaques maladie, il y avait la sclérose en plaques névrose. Nous trouvons d’ailleurs ces idées clairement exprimées par R. Massalongo 1 . « Il existe une analogie certaine entre les maladies organiques et les névroses qui plaide en faveur d’une, semblable localisation... Les altérations ont le même, siège, mais .elles sont dynamiques dans le second cas. D’ailleurs, M. le professeur Charcot n’est pas éloigné d’admettre cette matérialité des névroses.
Alors, quoi d’étonnant que celles-ci aient unepathogénie souvent semblable à celle qui explique les maladies organiques ! Dans une séance de la Société médico-psychologique de Paris (30 juin 1890) M. Charpentier examinant la pathogénie de la paralysie générale par intoxication : formule ainsi ses conclusions : 1° A côté de la paralysie générale par congestion profonde, des folies congestives
1 Materialismo nelle neurmi [(Riforma medica, 1891, p. 508 et n» 119, p. 51.7) .
se îëhnmani par paralysie generale, il y a lieu de grouper sous le nom de paralysie générale par intoxication les pseudo-pâralÿsles générales déjà admises et à y joindre les paralysies générales dues à la goutte, au diabète, à l’artfiritisme. 2° Dans îàtnëbrië de là paralysie générale par intoxication, l’ordre de succession des lésions est renverse : nous subordonnons la congestion à là prolifération interstitielle et celle-ci à l’intoxication primordiale de la cellule cérébrale. »
On voit de quelle extension est susceptible cette théorie de l’intoxication : elle est à la base de toutes les manifestations nerveuses, soit névroses, soit maladies orga niques.
Suffit-elle pour créer de toutes pièces la maladie que nous visons ? Nous ne le croyons pas ; pour éclater, les troubles nerveux ont besoin de cette prédisposition héréditaire, de cette diathèse qu’une maladie infectieuse réveille soudain. Parmi les diathèses, celle qu’on incrimine par dessus tout est, à bon droit, la diathèse arthritique. Arthritisme et nervosisme se mêlent, susceptibles de s’engendrer l’un l’autre. Or, qu’est-ce que l’arthritisme sinon cette forme particulière de trouble de la nutrition que nous avons étudiée sous le nom d’intoxication ?
Deux degrés sont susceptibles d’être distingués dans l’intoxication : à son degré le moins élevé, elle produit un simple trouble fonctionnel, une simple modification dans l’irritabilité des cellules, de là naissent les psychoses et les névroses. A un degré plus élevé, l’intoxication produit des lésions, des parois vasculaires, des cellules nerveuses : s’étend-elle à l’organisme tout entier, on a l’endartérite généralisée, effet de la diathèse arthritique
(Lancereaux), ou bien des altérations visibles et tangibles du système nerveux.
G’est par là que nous voulions terminer cette étude pathogénique, en faisant remarquer combien clairement s’établit la parenté des deux familles arthritique et névropathique, grâce aux phénomènes de l’intoxication, laquelle est dominée dans beaucoup de cas, par cette cause encore plus générale, l’infection.