PLAN ET LIMITATION DU SUJET
Après une maladie infectieuse, il est fréquent d’observer des troubles nerveux affectant toutes les modalités : tantôt c’est une apparence ou une réalité d’une maladie à substratum anatomique, ataxie locomotrice, sclérose en plaques, tantôt une paralysie plus ou moins limitée, tantôt une névrose bien caractérisée, tantôt enfin une simple déséquilibration impossible à classer, et faite de troubles légers, fuyant un temps, revenant bientôt pour disparaître à nouveau, laissant dans l’esprit une certaine hébétude ou une exaltation de certaines qualités aux dépens de certaines autres.
Faire l’étude d’un si grand nombre de troubles serait une tâche trop au-dessus de nos moyens : aussi, nous bornerons-nous à viser particulièrement ces lésions dyna-
miques, constituant la neurasthénie, l’hystérie, l'hystéroneurasthénie, et la foule de ces maladies pseudo -organiques, telles que pseudo-tabes, pseudo-sclérose en plaques, pseudo-paralysie générale.
D’ailleurs les lésions matérielles déterminées par les maladies infectieuses sur le système nerveux ont été étudiées d’une façon complète dans une thèse de Lyon, faite sous l’inspiration de M. le professeur Pierret (thèse de Belous, 1888), et nous aurions puisé largement à cette source, si les affections qui y sont traitées rentraient dans notre sujet.
Rechercher si un lien unit l’affection présente, la né vrose, à la maladie passée, quelle est la nature de ce lien, si celle-là a été créée de toutes pièces par celle-ci, tel sera le but de notre travail.
Les difficultés ont été de deux sortes : en premier lieu, il n’est pas commun de voir des maladies aiguës contagieuses, comme scarlatine, rougeole, variole, dans les services hospitaliers ordinaires ; en second lieu, il est très rare d’être mis au courant des suites de ces maladies. Si cet avantage nous a été fourni quelquefois, nous le devons à la sollicitude de notre excellent chef de service qui, nous ne saurions trop le répéter, se préoccupait sans cesse de nous faire assister à tous les actes du drame morbide, dont un seul le plus bruyant, se déroule aux yeux des élèves, dans les lits de l’hôpital.
Mais parmi ces névroses liées aux maladies infectieuses
nous faisons encore une sélection importante : ce seront celles survenant soit pendant la convalescence, soit plutôt longtemps après, que nous aurons spécialement en vue.
Voici le plan auquel nous nous nous sommes arrêté :
La première partie sera la partie clinique, c’est-à-dire la partie dans laquelle prendront place nos observations.
Le premier chapitre aura pour objet la Neurasthénie.
Le second chapitre étudiera l’Hystérie et l’Hystéro- Neur asthénie.
Le troisième et dernier chapitre étudiera les pseudoscléroses en plaques, pseudo-tabes,' pseudo-paralysies générales. Des commentaires peu nombreux accompagnent ces observations, car nous n’avons point la prétention d’en faire une étude clinique détaillée.
La seconde partie sera la partie pathogénique, laquelle nous avons essayé d’approfondir : nous la diviserons en quatre chapitres. Après l’examen des diverses théories proposées, nous verrons si elles s’excluentTune l’autre, et s’il ne vaut pas mieux montrer la part de vérité que renferme chacune d’elles, que vouloir les sacrifier toutes à une seule.
Une dernière remarque est nécessaire : pourquoi n’avons-nous pas envisagé la chorée, la chorée vraie non hystérique, l’épilepsie, la paralysie agitante : ces affections ne sont-elles pas des névroses? elles ne le sont plus. M. le professeur Pierret a montré qu’il y avait, dans la chorée des lésions anatomiques, et il a assimilé la chorée
humaine à la chorée canine (thèse de Faucherand) : il a reconnu la fréquence de cette maladie après les fièvres infectieuses, et il a montré que le microbe d’une de ces maladies, suivant qu’il se localise dans le système moteur ou dans le système des cornes antérieures, donne lieu soit à des phénomènes choréiques, soit à de l’atrophie musculaire (thèse de Belous). L’épilepsie est de moins en moins une névrose. Quant à la paralysie agitante, M. le professeur Teissier en a établi nettement les lésions, qui, à vrai dire, ne sont pas les mêmes dans tous les cas, mais existent toujours. Les cas se rapprochant de pareilles affections que nous avons décrits se rapportent soit à des phénomènes choréiformes, que nous rangeons dans l’hystérie en vertu d’analogies plus ou moins sérieuses, soit à une pseudo-paralysie agitante, c’est-à-dire à un ensemble de phénomènes rappelant le syndrome de Parteinson, mais s’en distinguant par sa fugacité d’une part, son peu d’intensité d’autre part.