PSEUDO-MALADIES ORGANIQUES
Nous ne voulons point prendre parti dans le débat qui s’engage entre les auteurs, partisans du caractère purement dynamique de ces troubles et ceux qui acceptent leur matérialité. Contentons-nous de nous retrancher derrière l’autorité de M. le professeur Jaccoud qui montre combien les observations de P. Marie, sont peu confirmatives d’une lésion organique : dans la partie pathogénique, nous reparlerons d’ailleurs de ce sujet; pour le moment nous avons besoin d’un titre pour grouper certaines manifestations nerveuses post-infectieuses, et ’ nous trouvons excellent celui de troubles pseudo-organiques : aussi l’employons-nous pour la commodité de l’exposé des faits, sans accepter la responsabilité d’y croire.
Observation XIX
Pseudo-sclérose en plaques, d'origine variolique. — (Boinet, Progrès médical ,• 1891. n° 30.)
Marie D..., trente-deux ans, ne donne que des renseignements insignifiants sur ses antécédents héréditaires ou personnels. Elle a perdu trois enfants en bas âge. Elle était fortement'anémiée par un accouchement et un allaitement datant de deux mois, lorsqu’elle fut atteinte d’une variole bénigne.
Paralysie. —Au début de cette éruption normale, survient, malgré le peu d’élévation de la température, 38,5, une paralysie incomplète du voile du palais. A cette époque, paralysie de la vessie et du rectum, qui persiste pendant une quinzaine de jours.
Troubles cérébraux. — Au commencement de la suppuration fièvre assez vive, avec un délire plus accusé pendant la nuit. La malade est incapable de répondre aux questions; elle ne reconnaît plus son mari, elle marmotte des paroles incompréhensibles, elle veut se lever. A ces troubles cérébraux qui ne durent que deux jours, succèdent des troubles de la parole qui devient traînante, lente, pâteuse, saccadée, embarrassée. La malade bredouille des phrases qu'elle prononce d’un seul jet, sans arrêt et sans omission de mots. Voix nasonnée.
Troubles psychiques. — Plus tard, obtusion intellectuelle, amnésie.
Tremblements. — 10 juin ; après la fin de ce délire,pendant la dessication, cette malade est prise brusquement d’un tremblement des membres supérieurs et de la tête, qui ne se produit qu’à Uoccasion de mouvements volontaires et qui cesse au repos. Si la malade veut saisir un verre et le porter à sa bouche, les membres supérieurs exécutent des mouvements irréguliers, incoordonnés, en zigzag, semblables à ceux de la sclérose en plaques.
Nystagmus. — Membres inférieurs parésiés, le tremblement apparaît dans la convalescence au moment où la malade veut faire quelques pas, etc.
Au bout d’un an, grande amélioration, mais le tremblement n’avait pas encore disparu, il empêchait la malade de se livrer à un travail manuel. L’articulation des mots n’est pas plus nette, sensibilité intacte ; réflexe pharyngien conservé. On ne note ni trouble visuel, ni zones hystérogènes.
Observation XX
Pseudo-paralysie agitante à la suite de scarlatine compliquée d'albuminurie. (Communiquée par M.le professeur Teissier). — Résumée.
Mademoiselle X.; antécédents héréditaires nettement arthritiques.
Bonne santé habituelle avant sa scarlatine. Cette maladie s’accompagne d’une assez notable quantité d’albumine dans les urines.
1886. — A la suite de cette scarlatine, la malade sentit ses forces s’atfaiblir de plus en plus ; des névralgies multiples, des arthralgies se montrèrent en différents points. En même temps sensation de chaleur exagérée, sialorrhée, leucomurie diurne, amaigrissement considérable. — Tremblement rythmé des doigts, il semble que la malade tienne une plume à écrire dans la main. — A ce moment, on constate une notable quantité d’albumine dans les urines.
Sous l’influence du traitement (phosphure de zinc, eau de Bussang,alcalins) ces troubles disparaissent graduellement; un an après leur éclosion, on constate une amélioration générale, et l’absence d’albumine dans les urines.
Observation XXI
Erysipèle delà face. — Phénomènes nerveux consécutifs . — Parésie généralisée plus marquée aux membres inférieurs. — Crises d’éclampsie. — Néphrite infectieuse probable. (Recueillie dans le service de M. Teissier).
Anne P., trente-sept ans, ménagère, entrée le 5 octobre 1889 à la salle des troisième femmes, service de M. Teissier.
Antécédents héréditaires. Père bien portant, mère généralement bien portante, mais qui vers l'âge de trente-six ans, eut une affection qui la tint trois mois au lit, et fut caractérisée par une impotence complète et un œdème considérable des quatre membres.
Antécédents personnels. Bonne santé dans la jeunesse jusqu’à l’âge de dix-huit ans; premières règles à quatorze ans ; menstruation toujours régulière, mais douloureuse depuis l’âge de vingt ans. Neuf grossesses dont deux interrompues, l’une au bout de six mois et demi (deuxième grossesse), l’autre au bout de trois mois) (dernière grossesse il y a quatre ans) : péritonite à la suite de cette grossesse et séjour de trois mois dans nos salles. A l’âge de vingt-huit ans. à la suite de privations de toutes sortes, la malade nourrissant un de ses enfants, alors âgé de huit mois, eut une métrorrhagie abondante qui l’anémia beaucoup et la contraint à rester trois mois à l’hôpital. Cette métrorrhagie ayant reparu, elle alla dans le service de M. Laroyenne, qui l’opéra d’un polype fibreux: depuis lors, sa santé fut satisfaisante, à part quelques souffrances spontanées dans la région abdominale gauche, souffrances survenant à l’occasion de fatigues ou de contrariétés.
Le 26 du mois dernier, apparition d’un érysipèle de la face.
Elle arrive dans le service complètement apyrétique et guérie en apparence de son érysipèle, mais l’affection a laissé les reliquats suivants : ballonnement et sensibilité extrême de l'abdomen.
nausées, inappétence, impotence fonctionnelle très accusée des membres inférieurs qui en outre sont raides et froids. Douleurs spontanées, augmentées par la pression en arrière au niveau de la colonne cervicale et de la moitié de la colonne dorsale; douleurs enfin dans les masses charnues situées en arrière des épaules.
A l’examen on constate une parésie très nette des membres supérieurs et inférieurs, de l’anesthésie sous ses diverses formes; dans ces mêmes points, de l’exagération des réflexes rotuliens et plantaires, de la tendance à la trépidation épileptoïde.
Rien aux poumons, rien au coeur: fonctions digestives intactes; constipation cependant.
13 octobre. — La malade a eu trois attaques éclamptiques cette nuit : la vue a beaucoup baissé.
28 octobre. — Albumine dans les urines. Pression artérielle égale à 14.
Analyse complète des urines :
Quantité. . . . 800 centimètres cubes.
Urée. .... 7 grammes par litre.
Chlorures. . . . 5 grammes —
Phosphates. . . i gr ,65 —
Albumine. . . . l gr ,20 —
Traitement : jambon, lait, oeufs, naphtol.
18 novembre. — Urines 50 centigrammes par litre d’albumine. Phosphates, 2 gr ,36, pression entre 14 et 15.
25 novembre. — Bruit de galop.
2 décembre. — Quantité d’urine. . . 1600 grammes.
Urée. ...... 12 gr ,50.
Albumine.pas de traces.
Sous 1 influence de la sole, l’albumine reparaît dans les urines. 25 janvier. La malade est remise au régime commun ; au début elle souffre de crises gastriques qui disparaissent rapidement.
Depuis le mois de novembre 1890, c’est-à-dire un mois après sa
rentrée à l’hôpital, la malade a vu les troubles dont elle souffrait, diminuer de plus en plus : le 25 janvier, elle ne conserve plus que des douleurs à l’épigastre et dans les lombes : pas de traces d’albumine.
18 février. — La malade va très bien et sort de l’hôpital.
17 août 1890. — Nous revoyons la malade qui est en très bon état, rien dans les urines.