CE QU’EST L’INFECTION. - DEUX POINTS PRINCIPAUX
TRAUMATISME MICROBIEN. - INTOXICATION
Théorie du traumatisme microbien portant 1° ou sur la cellule nerveuse elle-même; 2® ou sur l’appareil vasculaire. Extension de la théorie de l’artérite infectieuse de Marie et Lemoine.
Résolu à aborder le problème de front, demandonsnous ce qu’est une maladie infectieuse dans ses effets immédiats ou médiats. En remontant aussi haut on est plus sûr de rencontrer la vérité.
Il suffit à notre époque de prononcer le mot infection pour qu’une multitude de phénomènes, étroitement unis les uns aux autres, s’engendrant ou se détruisant mutuellement, apparaissent à la pensée : en même temps que toutes ces conséquences prochaines ou lointaines se mon trent dans une succession implacable, c’est toujours l’agent infectieux qui domine tous ces faits.
L’infection est caractérisée par la pénétration et le développement dans l’organisme vivant, d’un contage animé aussi, et dont les exigences vitales sont en opposition avec celles du premier : il va donc y avoir lutte, et
la lutte, c’est la maladie infectieuse. Est-ce à dire que cette lutte va se terminer par la destruction de l’un des combattants? Au cas où l’organisme humain serait victorieux, la victoire sera-t-elle complète? Les choses vont-elles rentrer dans l’ordre, purement et simplement? C’est possible, mais c’est très rare; il reste toujours, après de pareils combats, une adultération de l’organisme, adultération qu’il va nous falloir préciser.
Or, comment agit le microbe? De cinq façons, explique M. le professeur Bouchard dans sa première leçon sur les auto-intoxications.
1° D’une manière mécanique, c’est-à-dire en obstruant les vaisseaux, fait démontré pour le charbon, la septicémée de Charrin : mais les microbes qui habitent le sang sont rares.
2° D’une manière traumatique, par exemple, en érodant les cellules (néphrites infectieuses).
3° Par les lésions qu’il détermine (emphysème oedème, hémorragie); ce n’est pas résoudre la question.
4°Par soustraction aux cellules de l’organisme, de sa substance utile qu’il emploie pour nutrition propre.
5° Par élaboration de substances toxiques.
En somme, deux idées se détachent bien en relief de cet exposé de causes d’adultération organique : en première ligne, c’est le traumatisme microbien, en seconde ligne, c’est l’intoxication produite soit par les déchets du microbe, soit par ceux de la cellule organique elle-même dont la nutrition est pervertie, grâce à ce voisinage dangereux.
Voyons maintenant si, à l’aide de ces indications, nous
pourrons expliquer rationnellement les faits que nous visons.
Certains auteurs attribuent, nous ne disons point les névroses, mais certaines maladies du système nerveux consécutives aux maladies infectieuses, à une lésion produite par un traumatisme microbien, portant sur la cellule nerveuse elle-même. Belous parle du transport des microbes à travers les vaisseaux et les lymphatiques jusqu’aux centres nerveux, rappelant à ce propos l’expression de M. Pierret, qui qualifie les microbes « bohémiens de la pathologie. » Carre conclut dans le même sens et admet la présence de microbes dans les centres nerveux.
Mais comment se fait cette action purement mécanique? Mutisme absolu des auteurs, qui ne semblent guère d’ailleurs tenir d’une façon ferme à leur explication du moins en ce qui concerne les troubles dynamiques : tout ce qu’ils peuvent dire de plus précis, c’est que leé organismes pathogènes ont une action élective sur le système nerveux, ce que personne ne contestera. Et s’il en est ainsi au cours même de la maladie, ce qui est possible et même probable, pareil processus doit-il se continuer après la disparition des phénomènes aigus ? Le microbe évidemment a disparu de la scène morbide, dans ces troubles nerveux à développement graduel et dont la filiation avec la maladie initiale s’établit très clairement néanmoins par ce fait même.
Mais, nous répondra-t-on, une fois le microbe disparu, son influence ne cesse pas de se faire sentir sur ce système nerveux qu’il a si fort perturbé,il y a quelques semaines; en traumatisant pendant la maladie le système nerveux, il y a creusé une encoche dont la profondeur deviendra sans cesse plus considérable, les désordres nerveux, qui
n’étaient qu’ébauchés au cours de la scarlatine de jadis, vont se développer de jour en jour, ils vont se localiser et prendre une apparence de maladie nerveuse, à symptomatologie le plus souvent complexe.
A proprement parler, cette explication ne saurait s’étendre aux faits que nous avons spécialement en vue dans cette étude : il s’agit là de maladies organiques, semblet-il mais, dès le début, nous nous sommes expliqué sur les> défiances bien légitimes qu’inspirent à l’égard du substratum anatomique de ces maladies, plusieurs autopsies négatives : aussi nous ne croyons point rompre le cadre dans lequel nous nous sommes enfermé, en faisant rentrer par exemple, les scléroses en plaques décrites par P. Marie, dans notre champ d’investigations; c’est d’ailleurs l’opinion émise par M. le professeur Jaccoud dans ses cliniques médicales.
A l’idée d’un traumatisme microbien direct, nous opposerons ce fait déjà signalé par nous, que les troubles nerveux post-infectieux n’ont souvent aucun rapport avec les troubles de même nature qui ont été observés au cours de la maladie elle-même.
Peut-on dire que le processus nerveux, dans le cours de la maladie, s’est montré avec une intensité maxima, sous l’influence du microbe et que les troubles actuels ne sont qu’un reliquat “d’une lésion qui se répare ? Il est facile de voir combien cette supposition est peu adéquate aux faits observés : la clinique ne montre pas plus cette dégradation dans les effets, que cette progression graduelle dont nous parlions il y a un instant.
Une variante de l’explication précédente, mais une variante précisée, si nous pouvons nous exprimer ainsi,
est celle de Lemoine et Marie : c’est celle qu’ils proposent pour la sclérose en plaques d’abord, pour l’épilepsie ensuite, la premièr e de ces maladies, n’est pas une névrose cependant, mais dans les cliniques que nous rappelions plus haut, M. le professeur Jaccoud montre 'combien les prétendues lésions supposées par Marie sont illusoires, insistant sur ce fait que de toutes les observations recueillies par celui-ci, une seule renferme une autopsie bien confirmative de sclérose en plaques, c’est celle d’Ebstein. C’est donc sans scrupule que nous accaparons cette théorie pour l’explication des faits qui sont l’objet de notre travail.
L’historique de la question est bien établi pour la sclérose en plaques, l’épilepsie dans les articles de Marie et de Lemoine. On y voit qu’avant eux, certains auteurs avaient entrevu le processus nettement vasculaire des lésions ; c’est ainsi que Popoff 1 décrivait dans la fièvre thyphoïde une accumulation de cellules lymphatiques dans les espaces périvasculaires : celles-ci pourraient pénétrer dans les cellules nerveuses et donner lieu à différents phénomènes d’irritation inflammatoire. On y relate les expériences de Blaschko 2 qui, inoculant un lapin avec du. pus d’arthrite puerpérale a provoqué dans l’écorce du cerveau et du cervelet une quantité considérable d’embolies capillaires, constituées uniquement par des bactéries enfoncées dans une matière molle demi-liquide, analogue à celle qui forme des nuages dans les liquides en putréfaction. Les expériences de Heschl sont confirmatives de celles de Blaschko.
1 Popoff, Virchov’s Archiv LXIII, 421.
Blachko, Virchov’s Archiv. LXXXIII, 3. 470. •
Quant à Hugo Ribbert^il pense qu’une substance irritante entraînée par le courant sanguin est restée accrochée à la paroi vasculaire et a déterminé là d’une part, l’inflammation périvasculaire, d’autre part, le dépôt des globules blancs du sang.., et comme dernier aboutissant les plaques de sclérose. De son côté M. Rosenthal a démontré que dans la série des maladies infectieuses, l’endothélium des capillaires.est tuméfié par places, atteint de dégénérescence graisseuse et pigmentaire; dans l’écorce, ces altérations vont en augmentant de la périphérie vers la profondeur.
Une fois la maladie terminée, ce processus vasculaire peut soit progresser, soit demeurer stationnaire, soit enfin rétrograder : la possibilité pour l’artérite de rétrograder est en effet absolument conforme aux recherches expérimentales et cliniques.
Cette théorie invoque un processus vasculaire qui dans beaucoup de cas n’est point démontré : ainsi dans les névroses, par exemple, l’artérite n’est point de règle.
Pour la sclérose en plaques maladie, le raisonnement de Marie est, il est vrai, d’une logique parfaite, mais il 11 e se soutientguèrerelativementà la scléroseenplaques névrose.
11 est vrai qu’on peut supposer la lésion vasculaire, alors qu’elle n’apparaît pas, à l’aide des moyens d’investigations habituels; natura non facit saltus : avant la lésion organique, s’affichant dans toute sa brutalité, il y a une lésion dynamique, un trouble de nutrition cellulaire ; ce n’est point encore une plaque de sclérose, mais c’est un ensemble de modifications qui ne tarderont guère à la
1 Hugo Imbert, Virchov'ÿ Archiv, XC, 243.
créer. Aussi le pronostic de ces pseudo-scléroses ne saurait être bénin ; s’il n’est point fatalement et immédiatement sérieux, il faut convenir qu’en raison de la marche progressive de la maladie, il doit être très réservé : nous disons réservé, parce qu’àlors nous rentrons dans le cadre des maladies organiques ordinaires, et nous n’avons point ici à établir la gravité de celles-ci.
Ainsi comprise, et à l’aide de l’extension que nous lui faisons subir, l’explication de Marie, pourrait rendre compte aussi bien des névroses que des maladies reposant sur un substratum anatomique nerveux : et cependant, serait-ce prendre en considération les lésions multiples d’une maladie infectieuse que de faire découler tous les désordres nerveux consécutifs à celle-ci, d’un processus unique, celui de l’artérite, mais de l’artérite à siège nettement localisé sur l’axe cérébro-spinal. Ce n’est pas seulement dans le système nerveux qu’il se produit des artérites. C’est dans l’organisme tout entier, P. Marie le reconnait, mais il ne cherche pas la part que chaque organe peut avoir dans la production des troubles nerveux : la localisation de l’artérite sur le système nerveux lui suffit pour expliquer tout : à notre avis, c’est négliger une grande partie de la question. En effet, il y a une subordination étroite de tous lès instants, entre les divers organes : établir d’abord les lésions que la maladie infectieuse a déterminées sur chaque organe en particulier, et rechercher quelles conséquences ces lésions peuvent avoir sur le jeu du système nerveux, c’est de cette façon que nous aurions voulu aborder le problème : le peu de temps dont nous disposons, joint à notre inexpérience, nous permet seulement une tentative d’explication consciencieuse.