‹ Essai d'un exposé géognostico-botanique de la flore du monde primitifChapitre 28 sur 189 · PLANTES DU MONDE PRIMITIF, ET LEURS ANALOGUES · texte numérisé non relu

PLANTES DU MONDE PRIMITIF, ET LEURS ANALOGUES

Dans le courant de cette année, on a consacré une attention toute particulière aux impressions des plantes. On est presque parvenu à saisir, relativement à leur determination, la seulé inarche systématique qui puisse conduire a un but certain. Et les doutes mêmes qu'on ne peut se dispenser d'élever sur quélques unes de ces déterminations, ne doivent servir qu'à nöus rapprocher encore d'avantage de la verite.

M. le professeur Rhode, de Breslau, a été le premier qui a proposé une classification des impressions entr’elles, d’après les caractères qui, antécédemment, avaient été remarqués par Steinhauér. ??)

Suivant son opinion, le léger enduit de charbon dont beaucoup d’impressions sont recouvertes, n’est aûtre chose que la peau mêmé des feuilles carbonisées.

Ces sortes d’impressions nous offrent, selon ce naturaliste, les plantes sous leur véritable forme et constituent dès lors, dans son système, la première classe.

Les plantes où l’on remarqüe sur cette peau carbonisee une cavité, formée par une pression extérieure, forment la seconde classe.

Les plantes, dans l’intérieur desquelles le charbon, en s’en séparant, a formé sur les fibres, qui sônt au-dessous, des druses et des élévations, forment la troisième classe. Et enfin celles où la pellicule exterieure carbonisée s’est détachée de l’intérieur de la plante et est restée attachée à limpression en creux qui Venvironne, et qui conservent en outre sur leur surface, les petites élévations de là classe précédente, constituent la quatrième classe.

Quelqu'ütile et methödique que soit cette classification , il est cependant nécessaire de faire observer, qu'il existe un tres-grand nombre d’impressions, en relief et en creux, tresdistinctes, quoiqu’elles soient entièrement dépourvues de la sus-dite pellicule carbonisée, par exemple, nös planches XIV et XV ou les plantes figurées ne sont pas moins distinctes, malgré l'absence de la pellicule, et ñe méritent dès lors pas moins d'être rangées dans les premiere et séconde classes, que celles qui en sont pourvues.

De plus, nöus ne pôouvôns admettre tout-a-fait, sans restriction, que le charbon ne soit rien que la pellicule carbonisée de la plante, car la ou cette pellicüle est devenue houille brillante ou résineuse, la nature du bois, par l'intervention de l’acide sulfurique, a été entièrement détruite au moment de la formation de la houille: peut-être même que la forme s’est aussi perdue en partie. Au moins dans beaucoup d’impressions où la pellicule charbonneuse avait plus de 2 lignes d'épaisseur, à peine avons-nous pü reconnaître une trace distincte de cette forme qui, lorsque l’enduit chärbonneux a été enlévé avec précaution, se montre comme une impression en relief. La fig. À de la planche 3 du second cahier de l’auteur cité, nous en fournit une preuve manifeste. La pellicule charbônneuse existante du côté droit n'offre aucun véstige de la forme de l'écorce qu’elle recouvre; elle devrait même avoir passé par-dessus les prétendues fleürs sessiles de la tige, ce que cependant on ne peut pas très-bien supposer de la pellicule de la plante.

Nous croyons dônc que toute impression en relief bien conservée, qu'elle soit ronde ou aplatie, doit être regardée comme une impression de première classe, puisqu'elle repré-

27) Beiträge zur Pflanzenkunde der Forwelt von F. G. Rhode. Breslau ı83}. 1f8 und 2tes Heft.

sente la tige dont elle est provenue; qu'au contraire chaque impression concave doit être rangée dans la seconde classe, qu'il y ait une pellicule de charbon ou non.

Dans son second cahier l'auteur soutient qu'il ya une ou HAINE familles de plantes qui, entre le noyau et la pellicule des écailles, sont pourvues d’une écorce qui leur est propre, laquelle, lorsque la plante fossile se brise ou éclate, reste tantôt attachée à l’écaille, et tantôt au noyau, et-forme ainsi deux espèces tout-à-fait nouvelles.

Nous devons confesser avec sincérité, qu’il nous est impossible de nous faire une idée bien claire de cette structure; d’après l'inspection de la planche, nous serions plutôt disposés à admettre la présence de plusieurs impressions superposées les unes aux autres. En effet, nous avons eu souvent l'occasion de reconnaître dans un même exemplaire jusqu'à cinq couches et plus, de deux à trois lignes d'épaisseur, qui quelquefois se brisent sı inégalement, que plusieurs débris de plantes différentes semblent faire un tout homogene.

M. Rhode partage les impressions en deux especes distinctes: les tiges rondes ou elliptiques, et les impressions plates qu’il nomme impressions de feuilles, parce qu'il les prend pour des tiges de Cactus.

L'auteur parait faire peu d'attention à la remarque qu’on lui a faite que, jusqu'à present, on n'a encore jamais trouvé ensemble deux articulations qui se suivent. Cette remarque nous parait cependant ne pas être sans quelque importance; car même en admettant que les exemplaires conservés dans les collections ont précisément été brisés à la jointure, ce qui cependant ne saurait être tellement absolu qu'il ne se presentät quelques exceptions, puisque ce n’est jamais l'impression même, mais toujours l'argile schisteuse qui la renferme, qui indique cette articulation; — on devrait au moins, sur les lieux mêmes, la où le toit n'a point encore été entamé, rencontrer quelquefois une semblable articulation. Or, jusqu’à présent, nous n'avons encore rien appris (ni vu) de semblable.

Les Cactus ont-ils appartenu à la première végétation ? C’est une question à laquelle nous répondrons, en exposant nos idées sur les analogues des plantes fossiles.

Les remarques de l’auteur sur les premiers développements de la végétation et sur la lutte des molécules qui tendent à se dégager des liens de la cristallisation, sont d’une grande perspicacité.

Les planches lithographiées sont exécutées avec beaucoup de soin.

Presqu au même moment où le second cahier de M. Rhode a paru, M. Nau, academicien de Munich, fit lithographier quelques impressions tirees de la houillere de St. Ingbert, et une tige de fougere-arbre, que M. le Chevalier de Martius, son collegue a l’Academie, avait rapportée du Bresil?8;) et en Novembre 1821, ce dernier lut à une session de la Société Botanique de Ratisbonne, une dissertation sur les analogues des plantes fossiles, qui croissent entre les tropiques. Cette dissertation a déja paru dans les Mémoires de la Société de Ratisbonne.,??) |

Cet ouvrage qui est du plus haut intérêt pour la connaissance de la Flore primitive mérite une attention toute particulière. Nous regardons, en conséquence, comme un devoir, d'exposer en détail notre opinion sur ce travail.

L'auteur remarque qu'au premier aspect des fougeres-arbres, les plantes fossiles se sont aussitôt présentées a son esprit; il croit aussi que plusieurs des plantes que nous avons décrites sous le nom de Lepidodendron, appartiennent à cette famille. 11 donne une descripton exacte de la structure des tiges des fougères - arbres, et il fait l'observation qu'elles n’ont point d’ecailles, mais de simples insertions de feuilles, auxquelles, d’apres la forme qu'elles

présentent dans les insertions, nous avons donné le nom d’Ecailles.

28) Pflanzenabdruck und Versteinerungen aus dem Kohlenwerke zu St. Ingbert. In den Denkschriften der königlichen Akademie in München für das Jahr 1822.

20) De plantis nonnullis antediluvianis, ope specierum inter tropicos viventium illustrandis. Auctore D. Car. de Martius. In den Denkschriften der k. botan. Gesellschaft in Regensburg 1822.

M. de Martius nomme ces impressions Filicites. Il cite les suivantes: Filicites qua. drangulatus, Synon. Palmacites quadrangulatus Schlotheim Petraef. p. 395. T. 18. F. u et Polypodium corcovadense Raddı, Nau T. 3.

Nous ; rtageons entièrement l’opinion de Vauteur, que, dans la houille de porphyre, on trouve des impressions de fougeres-arbres. Il suffit de jeter un coup d’oeil rapide sur la première figure de Plumier — quelque peu conforme à lexemplaire que soit le dessin de l'écorce — pour être frappé de sa ressemblance avec un Lepidodendron.

Mais nous ne sommes pas encore tout-a-fait convaincus que les deux synonymes indiqués se conviennent.

La tige de Polypodium corcovadense, conservée dans la collection Brésilienne de Munich, a des insertions de feuilles tres-concaves; ce qui, dans la fig. publiée par Nau, n’est pas assez nettement indique.

Sur l’impression citée de M. Schlotheim, dont nous possédons un petit fragment, ces insertions sont tout-a-fait unies, et sur chaque plus grande losange, ıl y en a une autre plus petite d’écorce charbonneuse qui, cependant, doit signifier quelque chose.

On dira, peut-être, que la tige aplatie par la pression, a par la réaction des parties intérieures comblé la concavité de l'impression. Mais alors, comment expliquer d’où sont provenus ces petits rhombes de pellicule carbonisée que l’on remarque sur la planche de Schlotheim, et qui, au surplus, ne sont pas à beaucoup près aussi réguliers que cette gravure les représante ?

L'organisation intérieure des tiges de fougere, telle qu’elle a été figurée par Martius T. 1. Fig. 1 et 2. et par Nau Fig. 3. est tellement frappante que l’on devrait croire, que dans les plantes fossiles ıl en serait resté quelque trace visible, sur-tout dans les tiges que l'on trouve dans une position verticale; mais nous n’avons jamais pu en saisir les moindres indices.

Les troncs figures dans l’ouvrage de l’auteur PI. I. Figures 1 et 3. ont toutes des insertions de feuilles très-distantes les unes des autres, d’une forme assez irrégulière, et d’une structure tres-inegale, et cependant, tous les Lepidodendron qu'il a rangés parmi ses Filicites, tels que L. obovatum, punctatum et aculeatum, ainsi que les Filicites squamosus, incisus et curvatus Schlotheim, ont des insertions très-rapprochées et tout - à - fait régulières: parmi toutes les Filicites nommées, notre Lepidodendron rimosum s'approche le plus de la forme des fougères connues jusqu’à présent. |

La définition du Filicites trilobatus doit être changée, puisque la forme trifoliée que le dessinateur a donnée à l'intérieur de l’écaille provient de ce que dans un petit nombre des insertions il est resté par hasard quelques particules d’écorce carbonisée.

Toutes les écailles qui, dépouillées de l'écorce carbonisée, ont conservé la forme qui leur est propre, ressemblent à un pique de nos cartes à jouer et sans aucune écaille médiaire: c’est ce dont l'inspection attentive des collections d’impressions fossiles de l’Académie royale à Munich nous a convaincus.

L'auteur ne fait pas d'observations particulièrement importantes sur les palmiers, et son opinion est, que les Calamites strices appartiennent à une famille éteinte.

En revanche, il établit une famille nouvelle sous le nom de Yuccites. Voici comment il la caractérise: |

Caudex arboreus, simplex, vel superne ramosus, ramis crassitie caudicem subaequantibus, squamatus, squamis planis vel dorso gibbis, margine crenatis erosisve, sursum imbricatis indeque inferne non distinctis, cicatricibus destitutis.

D’apres cette définition notre Lepidodendron laricinum, qui cependant n'est pas cité, devrait être un Yuccites.

On ne peut contester que les écailles concurrentes ont une grande ressemblance avec les extrémités des feuilles qui chez les Yucca restent attachées à la tige, lorsque les feuilles mêmes sont tombées. Cependant il est essentiel de faire observer, que cette partie sub-amplexicaule de la feuille ne survit que de quelques mois à la feuille même, et tombe ensuite aussi en laissant voir alors la tige comme recouverte d’anneaux irréguliers. C’est ce que l'on peut observer tous les jours dans nos serres, sur la tige des Yucca gloriosa, filamentosa, el draconis.

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Ainsi, en poursuivant ses recherches dans toute la longueur de cet arbre fossile, 1 faudrait qu'après les écailles on trouvât les anneaux dont nous venons de parler.

Notre Lepidodendron laricinum était couché transversalement sur la galerie (über den Stollen), nous l'avons déblayé dans la longueur d’une toise, mais son écorce s’est montrée constamment recouverte d'écailles et sans aucune trace d’anneaux: ainsi il est à propos de suspendre tout jugement jusqu’apres des observations plus exactes.

L'auteur admet aussi le genre des Cactus. Néanmoins, il range dans cette famille des plantes qui différent complètement de celles que Rhode a décrites sous cette dénomination. Voici le caractère du genre:

Truncus arboreus simplex, vel longitudinaliter sulcatus, sulcis rectis aut repandis, tuberculis sibi perpendiculariter impositis, polygonis vertice impressis, vel laevigatus (non sulcatus) tuberculis sparsis reticulatisve.

C’est ici que l’auteur a placé notre Lepidodendron alveolare et trigonum (Palmacites oculatus Schlotheim), notre Rhytidolepis auquel cela ne parait gueres convenir, et plusieurs nouvelles espèces.

Nous avons été les premiers à pressentir que nos Alveolaria pourraient bien être différentes des Lepidodendron; mais dans un premier essai de classification, nous n’avons pas cru devoir tracer des limites trop précises, et il est peut-être encore trop tôt de le faire aujourd’hui: mais quand l'auteur dans sa définition de notre Lepidodendron alveolare dit: Tuberculis hexagonis, ob angulos superiores contractos subovatis, nous devons lui faire observer que la où les loges, qu'il appèle les tubercules, étaient hexagones, elles sont aussi restées hexagones dans les impressions, comme il aurait pu s’en convaincre par la figure qu'en a donnée Knorr T. IL T. X. a. Fig. 1, que nous avons citée à l'article de notre Lepidodendron hexagonum.

. En général dans toutes les impressions de Cactus, ainsi que dans celles de plantes grasses, il ne faut pas s'attendre à trouver autre chose qu'une empreinte consistant en une mince enveloppe ou peau carbonisée. C’est le résultat de la forte compression qu’ont éprouvée toutes les plantes fossiles qui ont été trouvées dans une position horizontale. Lorsque toute l'humidité a été exprimée de ces végétaux par l'énorme pression dont nous venons de parler, il ne reste plus que quelques fibres enfermées dans la peau ou l'écorce de la plante qui alors s’aplatit complètement par suite de cette même pression; c’est ce que nous voyons tous les Jours, même dans les exemplaires de Cactus de nos herbiers.

L'auteur range parmi les Euphorbites notre genre de Syringodendron, et donne à ce genre le .caractere suivant:

Caulis seu truncus arboreus rectus, simplex vel ramosus, sulcis rectilineis insculptus, Jaciebus in medio cicatricibus oblongis, emarginatis, vel saepe bifurcis, longitudinaliter dispositis, notatus. |

L'auteur ne sait s’il doit ranger notre Rhytidolepis parmi les Cactites ou 'les Euphorbites. Mais plus haut le Palmacites oculatus (Schlotheim) qui, bien décidément, n’est qu'un exemplaire de notre Rhytidolepis, est cité comme synonyme du Cactites distans.

Notre Yariolaria ficoides reste parmi les Ficoïdes.

Lepidodendron dichotomum est rangé dans une nouvelle famille syngénésiste de la création de l’auteur. Il l’appèle Lychnophora.

N définit ainsi le caractère du genre de cette plante fossile:

Truncus superne dichotomo-ramosus, ramis attenuatis, totus opere tessellato vestitus, tessellis dorsa foliiferis, folia versus summitatem congesta, stricta, subacerosa.

Cette définition convient effectivement à notre plante, si toutefois on veut bien s’en contenter; nous espérons cependant que des observations ultérieures et assidues nous feront découvrir d’autres caractères qui permettent d'établir un jugement plus précis à cet égard.

Notre Lepidodendron laricinum, avec de véritables écailles, se trouve également placé ici.

Nous ne nous arrêterons point à la description purement botanique du genre Lychnophora. L'auteur fournit dix espèces de ce genre, et donne les figures dont aucune ne convient bien exactement à nos plantes fossiles.

Nous passerons a une dissertation sur les plantes fossiles, laquelle n’est pas d'un moindre intérêt, et diffère sous divers rapports de celle dont nous venons de parler.

Brongniart qui a déterminé systématiquement les impressions de plantes que l’on trouve dans les environs de Paris, et dont Cuvier fait mention dans son bel ouvrage des Ossements fossiles, est l’auteur de cette dissertation. Il l’a fait insérer dans les Mémoires du Musée, et l’a aussi fait imprimer séparément. 3°)

Apres une introduction historique dans laquelle l’auteur rend une complète justice } ceux qui l’ont précédé dans cette carrière, il s'attache à faire sentir, combien la détermination exacte des plantes fossiles et l'indication précise de leurs gîtes est importante pour Ja Geologie, puisque de leur identité avec des plantes connues dépend la fixation de l’époque des formations contemporaines.

Voici la classification systématique de l’auteur :

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