SUR LES DISPOSITIONS DU MONDE PRIMITIF SOUS LE RAPPORT DU CLIMAT
Les déterminations les plus récentes des plantes du monde primitif, et les nouveaux efforts que l’on a faits pour découvrir leurs analogues dans les zones les plus chaudes, rendent nécessaire une recherche plus exacte des rapports et circonstances sous lesquelles la végétation primitive que nous avons découverte dans les diverses formations de la croûte du globe, qui renferment des plantes fossiles, s’est développée et a été changée en houille dans le sein de la terre.
La plüpart des géognostes accordent au monde primitif une température plus élevée, éminemment favorable à la végétation. Ils admettent aussi que le bassin des eaux était beaucoup plus étendu et conséquemment plus haut, mais qu’une révolution subite a fait tomber le niveau des mers, et occasionné ainsi un changement tres-rapide dans la température.
Cependant on n’a pas appliqué avec assez de précision cette hypothèse, d'ailleurs assez généralement admise, à la formation des terreins qui renferment des plantes fossiles.
Mais avant de nous engager dans un développement de cette nature, nous dirons quelques mots d’un ouvrage de M. Nau, de l’Académie royale de Munich, sur le changement de température des climats septentrionaux de notre globe, et sur la cause qui l’a produit. 2”)
L'auteur admet, ainsi que plusieurs autres géognostes, un niveau des mers plus élevé, au sein desquelles quelques groupes d’îles se montraient ga et la. La chaleur intérieure du globe, première cause efficiente de la végétation primitive de ces contrées, avait déjà diminué, mais non au point que les-glaces des mers du nord, et les glaciers des hautes alpes pussent exister comme aujourd'hui.
Le vaste miroir des eaux, en absorbant plus de lumiere, laissait libre une plus grande quantité de calorique qui se portait dès lors sur les terres fermes. Les îles étaient les portions de terre qui dominaient les mers, comme un plateau plus ou moins élevé au-dessus d'elles. On ne voyait, proprement parlant, point de montagnes, car les vallées étaient oceupées par les eaux, L’atmosphere et ce qu'on appèle le temps étaient égaux sur la mer comme sur la terre, et la température par-tout également chaude.
Mais lorsque les mers eurent brisé leurs digues et que leurs eaux se retirerent, alors un climat plus froid düt s'établir de toutes parts dans nos contrées. Sous ce climat nouveau les animaux et les plantes dont nous trouvons aujourd’hui les débris épars dans leurs tombeaux, ne purent plus prospérer, ils se réfugièrent dans les zones méridionales. Un petit nombre supporta le changement du climat et resta fidèle à sa première patrie.
Nous n'avons rien à dire contre ce premier aperçu; il n'en est pas ainsi de ce qui suit:
„Les eaux, les vents et les oiseaux ont transporté au loin les végétaux, et les ont transplantés au-delà des mers.“
„Mais même sans cette cause puissante de l'influence du climat, les animaux et les plantes abandonnent leur ancien séjour, et en cherchent un nouveau. Des familles entières des plantes, particulièrement celles qui croissent socialement, quittent après un temps plus ou moins long leur sol natal, le plus souvent elles sont chassées par d'autres. Leur retraite tient à la nature des divers rapports. Telle ou telle famille de plantes épuise à la longue le sol qui la nourrit, sans que pour; cela il ait perdu de la faculté d’en nourrir d'autres; ces dernieres se multiplient alors, et finissent par enlever aux premières les derniers sucs qui les nourrissaient et que l'atmosphère seule pouvait encore à peine leur fournir. C’est ainsi que de nouvelles colonies de végétaux amenent la ruine de ceux qui les avaient précédés... C’est ainsi que les forêts primitives ont péri, et que d’autres ont pris leur place.“
L'auteur, ainsi que nous l’avons fait observer au sujet de Breislak, applique au monde primitif des idées qui appartiennent exclusivement à notre monde actuel habité et cultivé ; mais cela n’est point admissible.
Le sol primitif que le pied d’aucun voyageur n'a Jamais foule, loin d’être affaibli, est encore amélioré par la végétation. En effet, la chüte des arbres et des arbrisseaux, celle des feuilles et des tiges des plantes gs pourrissent sur place, augmentent chaque année la couche de l’humus.
Que l’on examine un bois de hêtres dans les contrées moins peuplées de la Bukowina, on sera étonné de l'épaisseur de l’humus. Quelle plante nouvelle pourrait essayer de chasser ces anciens habitants du pays auquel ils ont donné le nom, si l’homme ne la précède, la hache a la main, pour lui en ouvrir l’entrée ?
Dans les forêts vierges il n’existe point de ces terreins épuisés, comme dans le voisinage des villes ou des villages où pour les besoins d’une économie mal calculée on ratisse les chaumes et traverse ainsi la marche de la nature. Ces vieilles forêts, si elles ne sont pas renversées par des ouragans, ce qui ne peut arriver que rarement dans des bois aussi serrés
et affermis en outre de tous côtés par des lianes innombrables, ces vieilles Tores dis-je, ne ne
35) Ueber die Umünderung des wärmeren Klima’s im Norden unserer Erde und
dessen Ursache, von Nau, Akademiker in München. In der Denksckriften der k. Akademie für 1822.
périssent Jamais a la fois, mais seulement partiellement, parce qu’elles consistent en arbres, arbrisseaux et plantes de divers âges et de différente durée. Les nouvelles pousses sont déjà la pour remplacer les pertes souffertes, et avant que les anciennes leur aient fait jour.
I! ne saurait non plus être question, dans de pareilles contrées, de plantations opérées par les vents ou les oiseaux. Des forêts de Mangliers ou d'arbres de ce genre qui aiment les contrées humides ou inondées, peuvent mourir et être remplacées par d’autres espèces, si le sol qu'ils occupaient se desseche après la retraite des eaux.
Les forêts de chène de la Germanie ne se sont retirées que devant la hache des hommes. Bien plus notre Festuca ovina, si connue dans nos paturages comme un bon fourage pour les moutons, ne se laisse déposséder par aucun étranger, et verdit constamment aux mêmes places. De même les Saxifrages que l’on trouve généralement en plus ou moins grand nombre dans le voisinage de la région des neiges, et cela sous presque toutes les zones, dans des rapports climatiques semblables, savent également tres-bien conserver leur poste. |
A plus forte raison cela n’a pas pu être le cas à l’époque à laquelle on assigne les émigrations des végétaux au-delà des mers, et cela dans des espaces que le meilleur voilier parviendrait à peine à traverser en trois mois de temps.
Revenons maintenant à l'époque où le niveau des eaux était de 1500 pieds plus élevé qu'aujourd'hui, et choisissant par exemple la Bohème pour objet de nos comparaisons, nous essayerons de nous tracer une image de l’état de ce pays à l’époque indiquée.
La chaîne de monts primitifs qui environne la Bohème de tous côtés, s'élève à une hauteur qui varie de 3,000 à 5,000 pieds. Cette chaîne se rattache d’un côté avec les montagnes du Baierischer Wald (qui, remontant la Danube depuis Passau jusque dans le Haut- Palatinat, forment un des côtés du Bohmer- Wald), de l'autre elle se lie à l'Ochsenkopf du pays de Bareuth, plus loin avec l’Erzgebirg, et en outre avec les montagnes de la Silésie, de la Moravie et de la haute Autriche. Au-delà existaient de grands lacs qui couvraient l’ancienne Bavière et la Saxe, de sorte qu'il y avait à-peu-près 500 m. DJ de terre ferme contre 2,000 m. DJ d'eau. Dans ce calcul sont même compris la chaîne des montagnes moyennes de l’intérieur (die Mittelgebirge) qui formait un vaste groupe d'iles, et toutes les sommités qui dépassaient le niveau des eaux admis (de 1500 pieds) et formaient des îles détachées.
Les vallées profondes qui séparent aujourd’hui les rameaux des chaînes principales n'auront vraisemblablement pas eu primitivement la même profondeur, mais elles auront été creusces postérieurement et par dégrés par le courant des eaux.
I y avait donc une surface suffisante d'îles et de terres hautes, pour produire une grande quantité de végétaux. La température, au jugement de la plüpart des naturalistes, était beaucoup plus élevée; de là une plus grande évaporation et conséquemment une humidité suffisante dans l'atmosphère, qui jointe au calorique, a dü à la fois favoriser singulièrement la végétation, et en même temps provoquer la désagrégation des roches.
Sur ces roches ainsi désagrégées , il se forma une terre végétale, et une végétation semblable à celle qui avait existé auparavant sur les hautes montagnes, se développa et s'établit peu à peu. Comme rien ne troublait cette végétation, et que les plantes à l’abri de la dent meurtrière des bestiaux, pouvaient livrer à la terre leurs dépouilles, la couche d’humus düt Sıaccroitre promptement, et la végétation devenir plus riche. Mais tout ce que les vents el les orages enlevaient et entraînaient de cette végétation dut nécessairement être emporté dans les lacs voisins où ces débris, promenés par les vents et les flots, ont dü se dissoudre et se décomposer par dégrés et enfin s’enfoncer dans diverses profondeurs. La houle qui agissait le long des côtes et des îles les plus élevées aura mind les rives en divers endroits. Des éruptions volcaniques et les tremblements de terre qui les accompagnent ordinairement, St manifesterent; alors des côtes entières chargées de leur végétation se précipitent dans les lacs et tombent au fond des eaux, partie dans une position verticale, partie renversées et confusément éparses. |
Les surfaces dépouillées de leur végétation, pendant le long espace nécessaire pour qu'une nouvelle verdure püt les recouvrir, ont été lavées par les eaux, écorchées par les
vents, et leurs débris également entraînés dans les eaux. C’est ainsi que se sont formés des sédiments dont les couches intermédiaires sont mêlées avec les dépôts des substances végétales : c'est ainsi que se forma le toit des houilles avec les impressions des arbres dont les fibres avaient été entièrement dissoutes, mais dont l’écorce plus difficile à décomposer, s'était conservée.
Cette période a dü se prolonger jusqu'a l'époque où le Danube, au Sud-Ouest du Böhmer- Wald, et l'Elbe vers la chaîne montagneuse du nord de la Saxe (à Aussig) brisèrent les digues qui les tenaient enchaines.
Lorsque le niveau de ces deux fleuves eut baissé seulement de 500 pieds, la figure de ces contrées subit une métamorphose complète. A la place d’un lac unique et immense, ıl s’en forma plusieurs. En Bavière, les lacs de l’Inn, de l'Isère, de l’Ammer: en Bohème, ceux de l'Eger, de la Moldau, de l’Adler. Les îles en se rattachant les unes aux autres commencèrent à former un continent qui peu à peu en s’éloignant des côtes devint un vaste intérieur de terre ferme (Binnenland). Les rapports de l'atmosphère furent modifiés: à la place de la première végétation primitive, plus simple et plus uniforme, parut une autre végctation plus riche et plus variée. Les torrents qui roulaient du haut des monts, ayant un cours plus long, avaient aussi plus de force et de puissance, et les lacs dans lesquels ils tombaient ne suffisaient plus pour les absorber.
Ils s’affranchirent donc des entraves qui les avaient d’abord retenues, et se réunirent aux fleuves principaux. Déjà la retraite des grandes eaux dont nous avons parlé , leur avait frayé le chemin. |
Dans cette période, la houille argileuse se forma des débris de la nouvelle végétation. C’est cette houille qui a son gisement dans la vallée de la rivière de l’Eger, la plus profonde de la Bohème, vers son ancien confluent avec V’Elbe.
Vraisemblablement les eaux de l’Eger se dirigeaient par la vallée de Toeplitz vers VEIbe qui pouvait bien être à 300 pieds au-dessous de la formation de la houille du porphyre.
Lorsqu’enfin toutes les rivières de la Bohème se furent réunies avec l’Elbe, ou avec le Danube, et que ces deux derniers fleuves eurent atteint leur niveau, la Bohème, la Saxe et la Baviere devinrent des terres parfaitement desséchées.
La des couches de terre glaise et de galets d’une immense profondeur, ici une enveloppe de marne arénacée, ou de calcaire de Plünen avec des impressions de plantes de notre monde actuel, avec des fleurs et même des étamines conservées avec une étonnante perfection, lesquelles appartiennent à des genres encore vivants dans ces contrées, en outre de nombreuses pétrifications de testacées, répandues sur. une grande partie de la surface du pays, sont des témoins irrécusables de la derniere période des inondations.
L'exemple des deux pays que nous venons de citer, pourrait être fourni plus ou moins complètement dans tous les autres; et de même on voit dans chaque pays, (il s'entend qu'il n’est question ici des limites politiques, mais de celles que la nature s’est tracées à ellemême dans l'ordre de ces formations), on voit, disons-nous, dans chaque pays, soit une espèce de houille, soit une autre. Nous ne rechercherons pas, si pendant la durée de cette période l’eau salée s’est répandue sur les contrées que l’eau douce avait antérieurement recouvertes, et a déposé des testacés marins, au-dessus des testacés d’eau douce. C’est ce qui est arrivé dans les environs de Paris, mais dans nos houilleres on ne rencontre aucun testacé.
Mais nous rechercherons avec plus de précision quelles espèces de plantes ont existé dans les circonstances dont nous avons hypothétiquement admis l'existence.
Nous avons, ainsi que beaucoup de naturalistes, admis une température plus élevée, mais nous ne voudrions pas assigner à cette température, après la formation des montagnes secondaires, une température plus haute que cela n’était nécessaire pour produire des palmiers, dont quelques uns, comme encore aujourd'hui Ceroxilon andicola, habitent de hautes régions où la température est plus basse.
Avec un océan trois fois plus grand que le continent nous avons aussi dü admettre une plus grande humidité; et en effet, avec une étendue immense de côtes, des îles sans
U r ” . Ces . A nombre, des contrees marccageuses et sujeltes aux inondations, cela ne pouvait pas être autrement.
Des lors la végétation a dü principalement consister en Graminces, en Arondinacées, en plantes qui aiment une atmosphère humide. Il faut en excepter les sommités des montagnes qui auront nécessairement nourri une flore différente ; mais il ne nous est pas bien démentré que nous puissions saisir dans le monde actuel, si différent sous tant de rapports, des points de comparaison avec les périodes antérieures. L'état actuel du globe terrestre ne nous offre en effet presque aucun moyen précis de calculer ce qui a été par ce qui est.
Les formes des plantes pourvues des caractères propres à les spécifier, sont vraisemblablement déterminées par les rapports du mélange de leurs parties constitutives, ainsi que par la combinaison de la lumière avec le calorique. |
Si donc, comme cela est tres- vraisemblable, il a dû exister alors d’autres rapports dans le mélange de leurs molécules et dans la combinaison du calorique et de la lumière nous ne devons pas être surpris de rencontrer parmi les plantes fossiles des genres nouveaux et des espêces inconnues, tout comme aujourd’hui sur la Cordilliere des Andes, à côté des Saxifrages, des Cerastium, des Gentiana, qui ne sont que des espèces différentes de celles de nos Alpes européennes, on trouve des genres tout-à-fait nouveaux qui nous avaient été inconnus jusqu alors.
La présence des Cactus, des Euphorbes, des Ficoides et en general des plantes grasses, sur un sol que l’on doit supposer humide comme l'atmosphère qui l’environne, nous a particulièrement surpris. Nous avons communique nos doutes à ce sujet à M. l’académicien de Martius, peu après son retour des contrées où les formes du monde primitif paraissent s'être encore conservées. Sa réponse contient un tableau si animé de ces contrées, que nous ne pouvons résister au plaisir de la communiquer ici.
„Les Cactus forment souvent dans les environs de Caraccas, de Cumana, de Fernambouc, Pianchis, dans l’intérieur de Bahia, et si je ne me trompe, dans une grande partie du pays des Patagons, de petites forêts impénétrables qui surprennent autant l’européen par la singularité de leurs formes qu'ils effrayent par les rudoutables aiguillens dont ils sont armés, et par le voisinage des serpents à sonnettes, auxquelles elles servent de demeure. Avec ces formes si frappantes nous voyons croître dans les pays intérieurs de la terre ferme (Binnenländern) des Cactus, plusieurs espèces de Yucca, d’Agave et de Bromelia.“
„La seule Euphorbe arborescente que j'aie trouvée dans le Brésil, (arbuste jusqu'alors inconnu) que les habitants du pays disent être phosphorescente, croît abendamment avec le Cactus hexagonus et pentagonus, dans les forêts situées au bord de Rio St. Francisco. Le sol de ces forêts est sec, et pendant l'hiver elles perdent leurs feuillage.‘
,J'ai rencontré fréquemment mêlé avec le Cactus tuna une espèce du genre Pedilanthus, dans les environs de Para et sur l'île de Marajo.“
Ainsi nous pouvons aujourd'hui observer dans ces contrées une certaine affinité, une tendance commune vers des formes semblables, comme l'indice d’une organisation pareille et d'un mode d’existence uniforme.“
„Mais ce qui me parait surtout remarquable, c’est que dans le district des diamants, au Brésil, j'ai retrouvé presque toutes les formes à moi connues de la Flore du monde primitif, reproduites et représentées par des végétaux vivants. Parmi les Cactus on trouve là une espèce de Melo-cactus qui couvre en abondance les rochers et qui est ordinairement entouré et comme couronné d'une quantité de jolies fougères.“
„Les tiges grotesques au branchage dichoteme de plusieurs espèces de Felosia et la race plus petite des Barbacenia, forment en certains endroits, notamment a Morro de Gra-. vie, pres Villa-rica, une forêt clair-semee. Leurs troncs souvent d’un pied. d'épaisseur impriment au paysage un caractère extrêmement frappant. Il n’y a que les formes de mon genre de Lychnophora qui, pour la plupart, sont de petits arbres à branchage fourchu ou en forme de balai, dont les traits soient aussi extraordinaires et donnent à la physionomie de ces contrées un caractère aussi exclusif et aussi particulier. En gravissant le mont Itambe dans le district des diamants, j'ai enfin trouvé une plante du genre Calamus arborescente, de 5 à 8 pieds de haut, formant des buissons épais et très - étendus.“
Ce récit fait naître en nous une double remarque. La première que dans un espace qui n’est pas tres-etendu, on voit paraître vivants les types des formes qui ont péri; la
seconde que dans cette même région qui recèle le carbone pure et cristallisé nous retrouvons vivantes précisément les mêmes formes de végétaux, aux genres et aux ordres analogues desquelles nous attribuons principalement la formation de la houille noire végétale.
Sans vouloir hasarder de tirer de cette circonstance (peut-être uniquement fortuite) de lanalogie des formes végétales, des conséquences applicables à certaines époques où notre terre s’est trouvée en quelque sorte excitee à produire, par telle ou telle modification, le principe carbonifere, je crois cependant pouvoir hardiment en conclure, que les Cactus, les Yuccites, des Graminées et des fougères arborescentes ont vécu en grandes masses ou même formé de vastes forêts, dans la période caractérisée par la formation de la houille noire.
Et pourquoi d’ailleurs ces formes du monde primitif n’auraient-elles pas eu leurs
Oo
géants, comme nous voyons que la famille des paresseux l’a eu dans le Mégathérion, celle des porcs dans le Mammouth ? |
Le Dracaena d'Orotava, ne serait-il peut être pas le plus ancien document de la végétation sur notre globe? — un congenere de ces plantes primitives que nous croyons re- Connaître dans les houilleres de la Bohème? à
Pourquoi ne permettrions -nous pas à notre imagination de comprendre dans les limites de la formation des houilles, les immenses Cactus avec leurs troncs rameux et leurs vastes branches, des Agave ou des Yucca gigantesques ? Les impressions de fougères, larges de plus d'un mêtre, que l’on a trouvées dans les carrières de St. Ingbert, ne nous fournissent - elles Pas une preuve incontestable des proportions énormes des fougères antédiluviennes? Dira-t-on qu'a ces époques où les forces créatrices étaient dans toute leur vigueur, la terre n’ait pu produire cette prodigieuse végétation, lorsqu’aujourd’hui même, nous avons sous les yeux les troncs monstrueux d’une espèce de Pourretia non décrite? Elle croît dans les forêts de Rio de St. Francisco, son tronc en forme de tonneau, s'élève Jusqu'à 80 pieds de hauteur, et étend ses rameaux à plus de 50 pieds de rayon. Les tiges de la Jubaea, plusieurs espèces d’Iriartees, les colossales Adansonia, ne fournissent - elles pas la preuve vivante que la terre possede encore actuellement une faculté créatrice qui parait presqu'imaginaire? A plus forte raison pouvons nous présumer que dans cette période où toutes les forces productives étaient dans leur première vigueur, le gigantesque, le monstrueux même, seront sortis bien plus facilement qu'aujourd'hui du sein des éléments créateurs.
Le prince de Neuwied dans son voyage au Brésil nous apprend que ce pays produit encore d'immenses espèces de Cactus, et il nous fournit des notions sur la nature de végétation. 3*)
leur
„La où existait la Catinga?5), dit ce voyageur, nous admirions des tiges colossales de Cactus tetragones ou pentagones. Un entr’autres s'élevait à 60 pieds de hauteur, audessus de tous les autres arbres de la forêt, et avait plus de deux pieds de diamètre; plusieurs
P x u à . . AN ° autres espèces de ce genre singulier s’elevent à une grande hauteur, dans les forêts de la
zone torride, entr’autres le Cactus brasiliensis tres-commun dans ces contrees.“
»La forêt de Barra da Vereda (ainsi que toutes les forêts de ces régions . A ? . . . vote r doit plus être rangée parmi les forêts primitives; c’est un véritable Catinga, premier genre.“
élevées) ne seulement du
34) Reise nach Brasilien von dem Prinzen Maximilian von Neuwied. 2er Band. m. 131 und 108:
55) Catinga est une graminée traçante (Stenotaphron americanum Schrank)
e quelques arbustes, proviennent à s'y faire Jour. Tous les petits bois de ce genre portent le nom de Catinga dans ces contrées,