‹ Essai d'un système général de musiqueChapitre 13 sur 25 · VI. — PLAIN-CHANT OCCIDENTAL · texte numérisé non relu

VI. — PLAIN-CHANT OCCIDENTAL

Les documents, ne manquant pas ici, permettent, cette fois, une étude précise et détaillée.

Remarquons-le tout d’abord, ce serait une grossière erreur de dire hâtivement d’une manière générale : chaque ton authentique et son plagal ayant la môme finale, le l tx et le 2 e Ions correspondent à la gamme 2 , le 3 e et le 4* à la gamme 3, le 5 e et le 6 e à la gamme \ le 7 e et le 8 e à la gamme 5.

Les choses ne sont pas si simples, et nous allons trouver à appliquer ce que nous avons dit plus haut dans certains partis pris, par exemple l’emploi d'une dominante mélodique qui n’est nullement la quinte de la finale et de certaines modulations et demi-modulations; car, il ne faut pas s’y tromper, beaucoup de pièces du plain-chant sont, pour nous, de véritables cantilènes modulantes.

(Dans cet exemple et les suivants, nous appelons F la finale et D la dominante mélodique).

En principe, les pièces qui ont le si appartiennent à la gamme ré 2 , celles qui ont le si b à la gamme ré 6, et celles qui comportent à la fois le si t| et le si b sont modulantes de l’une à l’autre tonalité, à moins qu’on ne préfère, assez logiquement, considérer le bémol comme une simple altération. Car il est à peu près sans exemple que le si b ne se résolve pas en descendant et presque toujours conjointement : nous ne connaissons comme faisant exception que le Rorate (salut de l'Avent), pièce d’époque récente. Nous verrons au contraire que, dans les et 6 e tons , le mouvement ascendant du si b est fréquent.

Ce que nous venons de dire s’applique aussi en général au 2 « ton, différent du uniquement par l’ambitus et par la dominante mélodique, qui est fa médiante, au lieu de coïncider avec la dominante tonale située à l’extrémité aiguë de l’ambitus, celleci gardant du reste son influence latente sur la tonalité. On y a seulement la sensation plus lréquente de modulation en fa. Il faut aussi remarquer que le si grave est systématiquement éliminé dans le 2' Ion et que le si aigu, très peu usité, est toujours bémol. D après M. Gevaert, les très rares morceaux où le si se rencontre bécarre et toujours au grave sont d’une pureté douteuse.

Maintenant, la seule caractéristique absolue pour la dénomination des tons du plain-chant étant la finale, il arrivera exceptionnellement que certaines pièces ne pourraient réellement, par l’esprit de leur succession mélodique, être rangées dans la gamme 2 et nous donneront la sensation d’une cantilène finissant sur » n

degré) ; pour le 2 e ton (transposé), l’hymne Te Joseph celebrent (sensation du ton d’uf 1 se terminait en la 6 par demi-modulation).

Ce ton n’a de rapport avec notre gamme 3 que dans sa terminaison, avan' laquelle le si ne joue presque jamais, dans le cours de la mélodie, le rôle de dominante tonale. Quant à la dominante mélodique , c’est presque toujours ut , qui a le caractère à peu v

près constant de tonique, le sol très fréquent étant alors dominante tonale. Le mi finale, extrémité grave de l’ambitus, peut être considéré comme relativement rare.

Or il arrive ceci, qu’une cantilène ayant donné la sensation du ton d 'ut i, se termine par une brusque demi-modulation, le mi finale changeant soudain son caractère de médiante en celui d’une véritable tonique. C’est du moins ainsi qu’on l’interprète dans la manière usuelle d’accompagner à l’orgue, qui nous paraît, du reste, conforme à un bon sentiment esthétique. Ce parti pris inattendu donne aux pièces de ce ton une saveur très particulière due sans doute, en grande partie, à la relation de quinte diminuée entre le fa qui précède souvent la finale et Jes/fc} contenu dans l’accord parfait de mi. Mais ce sont en réalité des pièces modulantes, et la modulation ne s'y renferme même pas entre les gammes de même famille; car, chose étrange, le si b accidentel y est fréquent, toujours descendant d’un et parfois deux degrés.

La formule générale de ce ton serait : ut i se terminant par mi 3 avec modulation fréquente en fa L certaines pièces commençant même dans ce ton.

Ce ton dans sa forme régulière, quand il n’est pas surabondant, ce qui est fréquent, paraît le plus court de tous, le si grave étant absolument inusité. La théorie qui donne au la le rôle de tonique réelle et de dominante mélodique, la terminaison se faisant sur mi dominante tonale, ce qui assimilerait ce ton au Dorien (avec division arithmétique), est loin d’être toujours conforme aux faits. En réalité, aucun mode n’a une tonalité plus variable et incertaine, plus modulante. Le mi, situé au milieu de l’ambitus, est beaucoup plus fréquent que dans le 3 e ton , sans pourtant jouer invariablement le rôle de dominante tonale. Le si b s’y présente souvent, comme dans le 3 •; il se résout toujours aussi en descendant conjointement, ou rarement de deux degrés. Parfois on a la sensation du ton d’ut l se terminant sur la médiante ( Creator aime siderum ), souvent encore la sensation du ton de ré 2 (avec si ^ ) ou de ré 6 (avec si b), ou des deux tonalités dans les pièces comportant à la fois si ^ et si b, avec terminaison sur le 2* degré: quelquefois aussi, l’analyse fait ressortir le ton fa i, avec terminaison sur le 7 e degré.

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Les 5 e et 6 e tons présentent tous les deux, en général, la tonalité de fa franche et bien déterminée; ils ne diffèrent que par l’ambitus et si, dans le 6 e , le la est dominante mélodique , l’uf, moins employé, comme note extrême, n’en garde pas moins son rôle de dominante tonale. Mais il faut remarquer que les pièces de ces deux tons comportent tantôt le si t| , tantôt le si t>, tantôt le mélange, dans la même pièce, du si tj et du si t>.

Les 5° et 6 • tons peuvent donc, sauf de rares sensations de modulation, être

considérés comme appartenant aux gammes 4 ou L ou à un mélange de ces deux gammes. Le si b ne pourrait du reste, comme dans les tons précédents, être regardé comme une simple altération ; car il a assez souvent un mouvement ascendant.

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