X • — DE LÀ PEOPOSITION SELON NOUS
Afin de rendre plus facile l'intelligence de ce que nous allons dire sur ce sujet , nous croyons utile de reproduire ici quelques uns des résultats généraux de la critique que nous avons faite dans les paragraphes précédons , c'est-à-dire de rappeler quelques unes des conclusions principales que nous avons posées nous-méme en opposition aux assertions que nous attaquions.
53S LOGIQUB. fÀETIS CAITIQVB.
Nous avons dit , et je crois prouvé , que Hdée devait être définie Vaffirmation (fun rapport en vertu (Tune connaissance préexistante. Mous avons reconnu qu'il y avait deux espèces de raïqports établis dans l'acte qui constitue Tidée : 1^ un rapport de classification et de nomenclature» ai vertu duquel étaient établies les relations spiri-^ tuelles d'un acte particulier avec la loi générale des actes , et 2** un rapport d'unification entre des phénomènes cérébraux divers et multiples , en vertu duquel ces phénomène&étaient déclarés représenter ou constituer une unité. De là il faut conclure que l'on doit entendre par idée tout ce que Lyon , Port-Royal , etc. , comprennent par jugement. Ainsi , en nous servant du langage de l'ancienne philosophie » nous dirions que l'idée est un jugement tant qu'elle reste renfermée en nous , et que lorsqu'elle est exprimée par la pa« rôle elle est une proposition. Mais comme nous suivons, pour la signification des mots» plutôt l'usage universel que le sens qu'ont essayé de leur attacher quelques systèmes de philosophie , nous conservons le mot idée à désigner l'acte aifirmatif d'un rapport. Quant au mot jugement, nous ne nous en servirons pas, nous le renvoyons à la métaphysique particulière ; selon nous il doit être banni de la logique, parce qu'il force nécessairement a faire intervenir les considérations ontologiques avant que le moment en soit venu.
Bi LA raorasiTioff. 3S$
Nous ^oploieroDS le mot proposition pour désigner la formule générale des rapports entre les affirmations que nous présente le langage.
Le langage est le moy^i de transmission spi* ritudle entre les hommes , le moyen de communiquer aux autres toutes nos affirmations , tous nos actes, toutes nos connaissances spirituelles. B se compose de sons qui sont les. signes matériels de nos opérations spirituelles. Par le langage, les opérations de l'esprit reçoivent des agnes sensibles ; elles ont été en quelque sorte matérialisées par la parole ; de telle sorte qu'après avoir été produites , elles peuvent être conservées et fixées par l'écriture. Les choses étant ainsi , il en résulte que , si nous ne pouvons étudier Tesprit qui est la cause , nous pouvons parfaitement étudier le phénomène qui est l'effet matérialisé par la parole et l'écriture. Nous sonunes ici placés au même point que dans toutes les autres sciences naturelles; la cause nous échappe , mais nous pouvons en deviner les propriétés par les phénomènes qu'elle produit ; nous pouvons enfin chercher la loi de génération et de rappor(sque manifestent ces phénomènes , soit dans la manière dont ils se passent et se succèdent , soit dans la manière dont ils sont engendrés. Le langage nous offre même, pour ce genre d'ctudes, un avantage dont sont privées les sciences naturelles ; il est plus fixe dans ses for-
534 LOGIQUE. PARTIE CAITIQCE.
mes , moins mobile , plus saisissable que les objets dont ces dernières s'occupent; il est vrai aussi , par contre » que les formes parlées sont bien autrement multipliées , et sont soumises à une cause de changement qui n'existe pas dans les faits de Tordre physique , c'est à dire au libre arbitre, et à la volonté progressive. Quoi qu'il en soit , c'est le langage considéré comme représentatif des opérations spirituelles que nous avons pris pour sujet de nos réflexions.
Ëtant établi que les mots sont les signes des rapports affirmés par l'esprit , on remarque au premier coup d'œil qu'un discours n'est que ja représentation des actes de l'esprit ; il en est là, de même que lorsqu'on lit la vie d'un homme ; on voit que vivre c'est agir, et que toute vie n'est qu'une succession d'actes.
Mais ce premier coup d'œil , en même temps qu'il nous fait reconnaître que le discours se compose d'une succession d'actes spirituels, nous fait apercevoir aussi que ces actes offrent entre eux certains rapports bien marqués qui constituent ce qu'on nomme des phrases. On voit que chacune de ces phrases constitue elle-même une nouvelle et plus complexe espèce d'actes ; mais qui le plus souvent n'a un sens complet que pnr ses rapports avec d'autres phrases. Ainsi est-il encore dans la vie d'un homme ; elle n'est qu'une succession d'actes qui offrent entre eux certains
DB LA PHonosmoir. S 55
rapports. Od ne peut le plus souvent connaître la valeur de chacun d'eux qu'en en étudiant la succession ; aussi est-il , jusqu'à un certain point , vrai de dire, que la vie d'un homme n'a un sens positif et assuré que lorsqu'elle est terminée.
Par cette voie, on arrive a examiner la phrase elle-même , ou la succession d'aiBrmations la moins composée ; et l'on aperçoit que chacune de ces affirmations partielles dont elle se compose, ne se ressemble pas , et indique un rapport d'une nature particulière. On trouve là les différences désignées par les noms de verbe, de substantif, d'adjectif, d'adverbe, etc.
Si l'on étudie attentivement cette phrase , on ne larde pas à reconnaître qu'elle est en petit un exemplaire du discours tout entier, qu'elle manifeste le même système , le même genre de rapports qui est inscrit dans celui-ci. En effet, si l'on examine un certain nombre de phrases, on voit qu'il est un grand nombre de ces dernières qui tiennent lieu d'un discours tout entier, ou qu'un tel discours peut être contenu dans une seule phrase. Enfin, si l'on étudie les propriétés manifestées dans la phrase (nous le ferons tout à l'heure), on reconnaît que ces dernières ne diffèrent pas de celles qui se montrent dans le discours. Il en est encore ici comme dans la vie de l'homme, où quelques actions partielles démon-
trent presque aussi bien les facultés géuérales de cet homme que sa vie tout entière.
Ces préliminaires établis , nous allons passer à rétude de la phrase elle-même. Mous l'appellerons proposition. Nous ne reviendrons pas d'ailleurs sur ce que nous avons dit des noms et du verbe. Les pages où nous en avons parlé , sont trop voisines de celles-d pour que le lecteur ait oublié nos définitions.
De même qu'il y a deux espèces de discours , le narratif et le démonstratif, il y a deux espèces de propositions. Le discours narratif est celui ou l'homme qui parle ou qui écrit , s'oublie lui-même ou plutôt se met à la place de celui ou de ceux dont il va raconter les actes, et alors dit comme s'il 2^issait. C'est lui qui agit sous un autre nom, dans des circonstances, vis-à-vis des obstacles où ceux dont il est question étaient placés. Son histoire alors est une expression, une figuration parfaite des actes opérés; c'est la représentation réelle de la mémoire qu'ont laissée ces faits. Vous ne voyez plus dans ce style , l'homme qui raconte et aifirme, mais le fait lui-même tel qu'il a été. — Le discours dialectique est tout différent ; ici on ne cesse de voir l'interlocuteur, il est toujours présent ; lui seul apparaît comme affirmant : toutes les affirmations qui sortent de sa bouche , sauf celles qui se rapportent à lui , sont prises comme passives. Le but des deux dis-
BB Lk PBOPOSITIOir. S 37
Goui's n'est pas d'ailleurs le même : dans Vun on se propose de présenter une yérité comme elle a été, comme elle s'est passée ; dans l'autre on a en vue un adversaire et une discussion. — Les deux espèces de propositions qui répondent à ces deux espèces de discours , donnent lieu à des remarques pareilles , ainsi que nous Talions voir.
Proposition narraiive ou du premier degré.
Mous définissons cette proposition, c une relation établie entre une activité et un but à l'aide de l'action qui émane de l'activité. » Voyons, en effet, les exemples.
Lorsque nous disons , je construis une maison , je est l'activité qui commande le verbe, construis est l'action^ c'est-à-dire le verbe, signe de l'activité qui est à l'œuvre , maison représente le but et l'acte (1).
(i ) Nous empruntons au dictionnaire de Trévoux la signification de ces différens termes. — Aciivité, c'est, selon Trévoux, la puissance d'agir, la faculté active. — Action^ c'est le mouvement qu'un corps ou une puissance produit réellement, ou qu'il tend à produire dans une autre, ilcitan, est encore l'effort que fait un corps ou une puissance contre un autre corps ou une autre puissance, quelquefois l'effet même qui résulte de cet effort. — Le mot action a plus de rapports à la puissance qui agit, et celui d'acte en a davantage à l'effet produit ; ce qui rend l'un propre à devenir l'attribut de l'autre.
On peut mettre au lieu de ce je toute autre espèce de nom aflfirmatif de l'activité , on peut y mettre même des substantifs indicatifs seulement d'une passivité , sans que le rôle du mot à cette place soit changé. Dès qu'il commande un verbe signifiant une action, par la seule force de ce verbe, auquel il est lié par la position, le substantif devient une activité. Ainsi, quand l'on dît cette tour b* élève jusqu'aux nues , on parle mal français , on fait une faute contre la logique , puisque l'on doue de la propriété d'agir, un corps inerte et sans volonté ; mais il n'est pas moins vrai que ce corps , par l'union qui lui est donnée avec un verbe représentatif de l'action , est converti en un corps doué du pouvoir d'être actif.
Dans les propositions du genre de celles que nous examinons, le verbe est en réalité le centre de la phrase. Il y représente, en effet, le terme qui , dans toute espèce de choses, lie l'activité à un but , c'est-à dire, l'action à une fin ; car toujours et partout l'action participe et de celui qui la produit et du résultat pour lequel elle est faite. Il est impossible qu'il en soit autrement. Or, c'est le verbe qui représente l'action dans le discours ; il est donc le point culminant, le générateur principal du sens des autres affirmations qui y sont jointes. Il est si vrai que tel est le rôle du verbe, que dans la langue latine, il est beaucoup
ra LA PE0P08ITI09. ^^9
de cas où le sujet ne faisait qu'un seul et même mot avec lui ; ainsi , on disait œdifico domum, au lieu de je construis une maison. Bien plus, il est des circonstances où le sujet et le régime réunis ne faisaient qu'un avec lui , comme lorsqu'on disait evado, au lieu de je m^enfuis ou je enfuis moi, c'est-à-dire mon corps ; evalesco, au lieu de je prends des forces on je me rétablis ; evallefacio, je faisévacuer; bellor,je fais la guerre, etc., etc. Si l'on voulait compléter la liste des verbes de ce genre . qui réunissent en eux sujet et régime , il faudrait citer tous les verbes pronominaux , déponens ou neutres. Ainsi , il existe de nombreux exemples de mots qui à eux seuls constituent la proposition tout entière, et ces mots sont des verbes. Ajouterons-nous que dans la langue primitive, il paraît qu'il n'y eut pas d'autres mots , ou d'autres formes de proposition que les verbes ; ajouterons-nous que le progrès dans le langage est marqué par le perfectionnement , dans l'analyse des parties du discours , et par la multiplication des signes destinés à exprimer les résultats de cette analyse? Ce sont là de beaux sujets d'étude, de grands moyens de démonstration ! Mais cette question nous entraînerait trop loin, et nous devons la laisser à celui de nos amis qui nous a promis une grammaire générale. En ce lieu , il nous suffit de montrer les traces que quelques langues ont conservées de ce premier état ;
360 LOGIQUE. VA^ETn CBITIQVI.
il nous Bij^t d'indiquer que la perfection de la langue française consiste dans une analyse qui a précisé chaque chose, et qui » dans les cas particuliers, a séparé du verbe le sujet et le régime.
On a, de cette manière, régularisé le système de la proposition , mais on ne l'a point changé en principe; et toutes les fois aussi que le verbe dans une phrase exprime l'action , le sujet comme le régime en sont des dépendances; le premier est rendu actif, le second est passive.
Tous les verbes que les grammairiens appellent actifs ou transitifs, c'est-à-dire, selon leur définition, tous ceux qui font connaître que le sujet fait une action dont le régime est le terme ( J }, tous ces verbes engendrent des propositions du premier degré, sauf dans ceux de leurs modes où ils reçoivent l'adjonction du verbe être ; car toutes les fois que ce dernier intervient , il indique que l'activité ou le sujet est momentanément passive ; ainsi , lorsqu'on dit Pierre aime Paul , Pierre , le sujet , est pris comme activité ; tandis que dans Pierre est aimé de Paul , Pierre est pris comme une passivité.
(i) On sait que dans le langage des grammairiens on appelle sujet le nom qui commande le verbe , et régime le mot qui est commandé par le verbe et dont l'état est indiqué en latin par un changement dans la terminaison. Dans notre langage , nous dirions que le sujet est Tactivité et le régime la forme passive du but.
tfi UL novosiTidr. StI
LlntenreDtion du verbe auxiliaire oMîr» dans eertaiiis modes des verbes firançais, n'a nullement le même effet. Bien au contraire, il renferme la personnalité active du sujet ; il en fait un être doué de mémoire. Ce verbe avoir est une des plus belles conquêtes de la langue française dans Fart et la puissance de l'expression. En effet, ce verbe est le signe de la possession spirituelle : ainsi , quand on dit j'ai résisté aux séductions du mal , au lieu de dire je résistai à ces séductions , on accuse plus que le fait d'une pareille victoire autrefois remportée, on exprime que c'est un mérite acquis et que l'on possède spirituellement, car on ne peut posséder autrement le passé. Loin donc que la présence de l'auxiliaire dont nous parlons, change l'état de la proposition narrative , il le précise , et , dans beaucoup de cas , il le produit.
Les verbes que les grammairiens nomment intransitifs, impersonnels, pronominaux, re/lechis on réciproques, mériteraient un examen particulier. Ce serait un travail plein d'intérêt ; car s'il en est qui changent la proposition à formes narratives, en proposition du deuxième degré, ou en une pure et simple affirmation , il en est d'autres qui laissent à la proposition la valeur du premier degré. Mais ce serait un travail qui nous détournerait trop long-temps du but que nous poursuivons ici. Nous devons, en ce lieu, nous borner aux généralités, donner la règle , et
349 LOCIQUS. PXtLT^M CmiTIQUK.
nous confiei*» pour le reôte, à la biôiiyeîlkDqe intelligente que récrivaiu est en droit d'attendre de sou lecteur, et qui , de la part de celui-^ei , e^t un devoir toutes les fpia qu'il se fait juge.
Maintenant que nous avons prouvé que la proposition du premier degré existe, et que nous l'avons démonljrée à l'aide de l'étude du langage» il nous reste à en déduire les conclusions logiques. A cette fin, nous n'emploierons psvs^ d'autre méthode que celle par définition. Il résiidiera, nous le croyons, de cette cpurte explication , et une concepticm plus vaste de la proposition , et un préliminaire très utile avant d'entre dans la question même des méthodes».
Il ne faut pas oublier qu^ la {nropo^tion dont il s'agit, est le signe matérialisé de l'un des modes les plus ordinaires de l'esprit de l'homme. Dana ce cas , il parle comme il agit ; lorsqu'il raconte comment quelqu'un a fait certaine chose , il re* produit dans sa narration tous les modes par les» quels cette certaine chose peut être et fut en effet opérée. On peut donc dire, que la propositioa du premier degré nous représente ce que c'est que l'homme en acticm» et c'est de ce point de vue qu'il fout l'étudier*
Selon la {Mroposition , toute action pose une activité et un but ; et comme , par le verbe , elle établit une corrélation d'activité à passivité entre le sujet ou l'activité , et le régime ou k fia pree-
Ht LA PlOMMltlcm. Zii
posée , elle démontre qoe , dersut Te^it , activité signifie la capacité de coocevdli' un imt , et de se mouvoir e& vue des fins qu'il assigne.
Nous montrerons plus bas , dans notre ontolo* ffe , que lluMmue ne peut connaître les (nropriétés du principe actif ou de l'esprit dont la pré-* sence le sort de la dasse des ammaui , le rend soacqptible d'être spontané , et en un mot le fait facHume, que lorsqu'il les a manifestées extérieurement à lui en en Élisant des signes. Or, c'est ici le lieu de nous servir de cette considération. Nous ne pouvons apercevoir ce qui est une existence réelle dans ou devant l'esi^'it , que par la qualité dont cet e^rit revêt les mots , qualité qui nous est rendue évidente par le lieu n^me ou U les place dans le discours , les rapports de dépendance qu'il donne à chacun , etc. Ainsi , quand, dans la proposition, il met une action déterminée comme rapport entre une activité et une passivité , il manifeste quel est son état intime en ce moment ; il nous montre que l'activité n'est conçue par lui que coinme un être susc^tiUe d^avoir et de pratiquer un but. S'il en était autrement , il n'y aurait qu'un seul verbe' qm exprimerait uniquement le fait d'agir ; mais la multiplicité , la parlicularisatioit des verbes à ' telle ou teDe espèce d*acte » nous prouve que , constamment , il y a sous^ntendue la relation entre tme activité ayant tel but , et un tel pro^
Zhh LOGIQim. PABT» CEITigUI.
duit commandé par ce but , relation établie par mie action particulière , qui s'appelle de tel nom parce qu'elle émane de tel but , et conclut à telle nature de produits*
Nous allons traduire ce raisonnement par des signes sensibles, car, bien qu'il nous paraisse non seulement très concluant , mais fort clair, nous craignons qu'il soit obscur ou difficilement intelligible pour les personnes qui ne sont pas habituées aux difficultés du langage philosophique. Nous allons en donner une sorte de formule algébrique , car le raisonnement possède aussi une algèbre ; on a employé ce moyen en logique, quelques siècles avant qu'il fût apjdiqué aux mathématiques.
Soit donc A l'activité ou le sujet , soit Y l'ac* tion ou le verbe, soit P la passivité ouïe régime, soit B le but. Ëh bien ! dans une proposition narrative jamais ni A , ni Y , ni P , ne sont employés seuls ; s'il en était aiusi , la proposition ne voudrait jamais dire autre chose que ceci : l'Activité est Yerbe vis-à-vis la Passivité. Au contraire B est joint à toutes les lettres qui composent la phrase ; ainsi une proposition algébriquement ren- (hie nous présentera ces termes : AB=BY=PB ; ou , en d'autres termes , la concepticm but est ce qui spécialise le sujet , le verbe et le régime. Ainsi le sujet s'appellera Pierre , ou général , ou soldat , ou ouvrier ; le verbe s'appellera aimer»
i>B hk PEO^osmoir. 8&5
OU commander, ou tuer, ou façomier ; le régime sera ou Paul , ou bataille , ou ennemi , ou bois , ou fer» etc. , et de cette manière le but prédomine sur tous les termes de la phrase.
Maintenant qu'il est établi comment le but est le principe qui caractérise les significations dont la combinaisonforme la prc^)Odition, nous allons raisonner de ce point de vue , et yoir comment de là on peut déydbpper la proposition du premier degré.
L'être actif est susceptible de prendre divers modes; 9 en possède en puissance autant que son but en contient , car ce dernier caractérise et ^cialise tout » soit comme étant bien , soit comme étant mal. Lors donc que le mot indicatif de l'activité r ^elui qui devra jouer dans la phrase le rôle de sujet, lorsque ce mot ne suffit pas pour désigner la relation avec le but , on le i«nforce d'un adjectif, autrement oh le laisse seul.
L'action a toujours un mode puisqu'elle émane d'un but ; l'activité y est présente^ bien qu'elle ne soit pas l'activité tout entière et bien moins que celle-ci; car l'actionatoujours lieu dans un temps, au lieu que l'iictivité n'a pas de temps. Le verbe estl'expression laphis^multanée possible de toutes ces conditions de l'action ; et si, malgré toute cette puissance, par lui seul , il ne représente pas encore assez la ^écialité du but en vertu du-
M6 LOGIQCS. PARTIE C&ITigUE.
quel on YemfUne, oa le Fenforce d'oo adverbe. . I4 loi qui règle la yie des bcuume^ est tdAe il8i'aprè$i«iie aoiiw il raste un résultat. Qr, c'Mt ce résultat que le régime est dïestmé à exprciaer. Néo€{^renieat les résultats sont coMfonnes aux actîoDs ; à cause de celth.oik les exprimé dans la laugMe par des mots partioulîers. Le. dnésaltat est le plus souvent qu^e^ue ctiose de matérid et de passif ou pris pour tel , car l'âetion am point de vue de notre activité est nécessairentent revêtue des con4itM)iis de la matière, et n'ewte que parce qu'elle ipodifie h matière ; Tcibjet de Ï2oètMa sera do^c toujours pris comme une chose passive ou inerte, c'estrà-Klipe modifiée. Le but iiadi* que une multitttdede résultats possibles; lebutcst en quelque sorte le système sj^iritud des réalisations à produire au milieu du monde des passivités matérieUep ; en conséquence chacun dâs résultats possibles es^ iodiqué par un mot substantif parti*
culier.
Aiosi^ en définitive, Tétiide de bt proportion du premier degré , nous montre que l'esprit ne conçoit point , sid)stantiçUeme&t On essentielle* ment parlant, d'activité sans but ; que le veite siguiiie ime actipn quii.énjbanie d'tfn but», «t le né» gime un effet comn)90dé par un but» Il iÎMit en&i; conclure de tout ce qui {H^écède que la loi de gé« nération des mots peut être définie, un rapport établi entre l'activité tttebutàl'aided'une actioa.
D8 LA PEOVOâlTfOK. 3&7
8i la syntaxe de la proposition > que ïious ve^ nous 4e proposer^ était adoptée par les grani'fli»ri6m , il est {probable qtffl en ^^ulterait à la IdAgae ^paelqMB modifications dans les fbi^ntes do langage. On ne peut en effet métci'e en doute, qne Vaneiâqftne tiiéotûe de la proportion ifait eiercé une influence ^â:' la langue , et n'en ait , jnâqu'à im certain point, arrêté lé •développé^ ment. On peut diM qile si le ihmtàb -, par exem* ple , a reçu et conserva les formes que noua y a^ons reconnues, ce fnt contrairement à la règle, et parce qull ne fut pas créé seulement par des philosophes. Encore la nécessité d'employer une phraséologie qui permit toujours de oontértir une proposition narrative ou figurative quelconque , en une autre propositîoB telle qoe cette que nous aUons déctire dains le p^agraphe suivant , cette nécessite a dû altérer en quelque chose lés formednaéoie ^[tiii^préaentent aujourd'hui, de la manière la plus pore, l'activité dan$ le langage. Pour comprendre quelle a pu être l'influence de la règle ancienne , il suffit de lire quelques vers de nos poètes classiques , Racioe^ Boîtean , etc. , on y reoonnaitra les traces évidentes de la théorie de la proposition » idors généralement enseir gnée. Nous pensons donc que si cette théorie n'a pas été sans eflet , il est probable qu'une nouvelle thé(»ie ne sera pas non ptas satis influence , et qu'en ramenant le langage à la fonction qui lui
2&S LOGTQOB. VARTIS C&ITIQUX.
appartient , celle d'être la libre expression des QpératicMBS actives de l'homme , die finira par produire dans ce langage des medifications qu'il ne novs est pas donné maintenant de prévoir. Or, serait-ce un mal que le français éprouvât dans l'avenir un changement tel , que les livres d'aujourd'hui devinssent aussi di£Biciles à lire que le sont » par ex@mple , les ouvrages écrits il y a trois ou quatre siècles? Non, sans doute, car il ne résulterait de la rien de plus que le complet oubli de tout ce que notre temps a produit de mauvais. Les chef&Kl'œuvre seuls resteraient.
ProposiUùn dialectique ou du^ second degré'.
Nous n'avons que peu de mots à dure de cette seconde espèce de proposition. Elle est caracté^ risée par la présence du verbe être. Celui-ci est essentiellement le signe actif de l'affirmation, et il n'introduit d'autre activité dans la phrase que celle même de celui, qui. affirme. Comme on ne peut affirmer une existence quelconque, et à plus forte raison un état ou un attribut, que du point de vue d'un critérium , il en résulte que la proposition oùle terme est joue le r61e principal , présente toujours le camctère d'un, jugement ; qu'elle est sujette à l'acceptation ou à là négation ; qu'elle est contestable en un mot. Aussi, ne «QiomeB^aous pas étonné que desJbommes habi-
taés surtout à rargum^ottation , l'aient considérée comme étant la fonnide générale du langage. H0V& ayons exposé les règles de cette proposition dans notre citation de Port-Royai, page 314 ; nous y renvoyons nos lecteurs. Nous ne croyons pas nécessaire d'y rien ajouter.
§ XI. — DU RAISONlVfillENT.
La Philosophie classique, Lyon comme Port-, Royal, à l'exemple d'Aristote , fait consister le raisonnement uniquement dans l'emploi de deux moyens, le syllogisme et l'induction. Tout ce qui n'est point l'un ou l'autre, est rangé parmi les méthodes , c'est-à-dire , parmi les procédés spéciaux applicables à des cas particuliers. Le syllogisme et l'induction sont seuls considérés comme les modes universels et constans du raisonne-. menL
Il est très vrai que dans un grand nombre de circonstances, en étudiant un discours démonstratif quelconque, on y retrouve, si ce ne sont les figures exactes, au moins les traces caractéristiques des moyens logiques que nous venons de uommei:, de telle swte, qu'en changeant les formes de l'exposition, en exprimant toutes les parties de la démonstration qui sont passées sous silence, mais supposées dites, en modifiant enfin l'ordre des propositions, on trouverait le moyen
950 LOGIQUE. VAETtB CRITIQUE.
de eamreitir ce discoure ea une succession de syllogpemes ou d'inductions , arrangée de telle sorte , que cette fioccessioa entière né f%t elle-même qu'un grand syllogisme ou une grande induction.
liais tl Ven faut de beaucoup qu'il en soit toujours ainsi. A cet égard, nous nous adressons au bon sens de nos lecteurs ; le fait de définir, d'exclure, de nier, d'affirmer, d'exposer ou de raconter, ne sont-ils jamais, en aucun cas, des modes du raisonnemeM? Quesepropose-t-on en raisonnant? On ne veut pas constamment discuter et fNTouver. On veut souvent découviîr des choses nouvelles. Or, nous montrerons qiie l'induction et le syllogiune employés seuls, sont absolument impropres à cet usage. N'est-il pas beaucoup de cas où il suffit d'exposer et de raconter pour conquérir l'assentiment et pour prouver? Ainsi, Fespèce de démonstration qui est considérée comme la plus probante dans les sciences naturelles, à l'égard des principes, est précisément celle qui consiste à poser le principe, et à en raconter le» effets et les conséquences. Dira-t-on qu'alors on ne raisonne pas? Mais si ce n'est pas la raisonner, que feit-on donc? Il est certain au moins que Ton prouve, que Ton enseigne, et que Ton démontre de cette manière.
La Philosophie de Lyon dît que le raisonnem^t esC le travail intérieur de l'esprit , et elle appuie argumentation le raisonnement exposé
im AAi80irirEMiirr« 351
pat la pamle. Cette distînctioii ne tiom parait poîat exacte. Ea effet, le plus âam^e^t, qawaâ on raîaûQne dans les sctenoes naturelles ou polki- ^uea, an discute « on compare , on exclut ou on admet des faits, on Us coordonne sek» une cértmmedafisiftcation, dans une certaine Tue.Or, il est prouvé que le procédé d*enseig«eme»t ou de démonstration le plus arantageut, e^t orêStatàfé' ment de répeter detaat les auditeurs les opérsttlons par lesqudles(maobtenu soMnéme une <;erlaina coordînaiion. En un npot ^ raisonna et démontirer, ce n'est pas tonjoiirs argumenter, eomm^ arguinenier, ce v^est pas toujours vaLkaAner ou démontrer; c'est le plus souvent , au contraire, sedéfendre. . '
Toute ta difficulté de cette question ^t dans la définition nutole de l'opération qui constitue le riûsomiefnwt. Celle qui est admise et actuelle* ment ^iseignée n'est faite que dans un seule vue; toujours dans la supposition déjà combattue que ks Idées ont en quelque sorte une existence profste^wmt des essences, oa^ pour parler la langue aristotâScieimt > des espèces soit concordantes, soit répognantetk les imes Tis*'à-vis des autres. £xamins)iis, en efi^t, ta définition de Lyon;
Loesque , ait Lyon , les idées* que nous exami*^ nous sont tellement claires, q^, du premier GOHqp d'cefl , on peut eîi apercevoir la ^ncordance on la disconkmce , alors on les joint on on les sé^
25S LOOiQVB. PiOlTIB camQVB.
pare facilepmt par Teffet de ceftte seule perception* Mais, lorsqu'il n'en est point ainsi , lorsque la simple intuitionne suffit pa^pour nous rendre manifestes soit la concordance, sôit la repu* gnance,. alors il est nécessaire de recourir à une troisième idée plus connue, plus évidente ; on compare les premières idées avec cette troisiômev et Ton conclut qu'elles sont con^tenantes entre elles , si elles le sont avec la troisième. -^ De là Lyon conclut que le raisonnement doit être défini : c un acte de l'esprit par lequel on déduit un jugement de plusieurs autres ^ ac/ti$ mentis sim^ plex quo unum judicium jUuribus aliis infbrtur. »
Cette définition ne^ paraîtra d'accord avec les prémisses, que si l'on se place dans les définitions du jugement et de la proposition données par cette philosophie. En effet , selon elle> cas actes, comme le raiscomement même r n'ont jamais d'autre fin que d'affirmer la convenànee ou la répugnance d'un attribut à un sujet. Si , au contraire , pour juger la définition dont il s'agit , on se plaçait dans notre manière de considérer la prc^^tion, on trouverait qu'elle^ signifie toute autre chose , et nous n'aurions aucun motif pour la rejeter ; elle serait cependant, ce nous semble , toujours obscure. Aussi nous parait-il nécessaire d'en formuler une nouvelle.
Raisonner, selon.nous , c'est disposer des matériaux dans un but : mais , à nos yeux , l'argu-
va SYLLOGISME. 368
nmitatioii n'est pas la même chose que le raisomiement. Argumenter, c'est démontrer que les détails du raisonnement sont concordans ou discordans, soit entre eux, soit avec le point de départ , soit avec le but.
Lyon , Port*Royal , et presque tous les logiciens, ont déduit le syllogisme des considérations que nous avons exposées plus haut. Nous allons les suivre sur ce terrain. Dans un premier paragraphe, nous exposerons la théorie du syllogisme ; dans un second , nous en exposerons la critique.