DU SYLLOGI8UE. SG
Les lieux de la grammaire sont l'étymologie et les paronymes.
Les lieux de la logique sont 1 * les termes universels , c'esl-à-dîre le genre , Fespèce , la différence, le propre , Taccident ; 2* enfln la .définition et la division. On doit, dans l'usage de ces lieux, se souvenir des règles suivantes : 1* ce qui s'affirme ou se nie du genre, s*affirme ou se nie de l'espèce ; 2"* en détruisant le genre, on détruit aussi l'espèce; 3* en détruisant toutes les espèces, on détruit aussi le genre ; 4» si Ton peut affirmer ou nier de quelque chose la différence totale, on en peut affirmer ou nier l'espèce ; 5"* si Ton peut affirmer ou nier de quelque chose la propriété, on en peut affirmer ou nier l'espèce ; 6* enfin , on affirme ou on nie le défini de ce dont on affirme ou nie la définition. Quant à la définition , il ne faut pas oublier qu'il y a la définition du nom et la définition de la chose. Quant à la division , elle consiste à diviser un tout eu ses parties , soit que ce tout soit un objet matériel , soit que ce tout soit une idée. Cette seconde espèce de division existe lorsqu'on divise le genre par ses espèces ; lorsqu'on divise le genre par ses différences; lorsqu'on divise un sujet commun par les accidens opposés dont il est susceptible ; enfin lorsqu'on divise un accident ou attribut en ses divers sujets. Pour que la division soit bonne , il faut qu'dle soit entière ;
368 LOGIQCB. PA.ETIB CRITIQUE.
et que les divers membres qui en résultent soient opposés comme pair et impair.
Les lieux de la métaphysique sont certains termes généraux convenant à tous les êtres, comme les causes , les effets, le tout , les parties, les termes opposés. Une cause , dit Técole , est ce qui produit un effet ou ce pourquoi une chose est. 11 y a quatre espèces de causes : la cause finale , qui est ou principale , ou accessoire ; la cause efficiente , qui est ou suflBsante , ou totale , ou partielle , ou propre , ou accidentelle , ou prochaine , ou éloignée , ou productive , ou conservante , ou univoque , ou équivoque , ou principale , ou universelle , ou particulière , ou naturelle , ou intellectuelle , ou nécessaire , ou libre , ou physique, ou exemplaire; la cause matérielle , c'est ce dont les choses sont formées ; enfin la cause formelle , c'est ce qui rend une chose telle qu'elle est , et la distingue d'une autre. Par la connaissance de cette forme on doit expliquer les propriétés.
Après avoir parlé des causes , Nicolle dit quelques mots des termes opposés. Il y en a quatre espèces : les relatifs , comme père , fils ; les contraires, conune froid, chaud; les privatifs, comme la vie, la mort ; enfin les contradictoires, qui consistent dans un terme , et dans la simple négation que contient ce terme , comme voir, ne voir pas.
&U 8TLLOOISKB. 369
La connaissance de ces lieux n'était déjà plus au temps de Port-Royal qu'un objet de curiosité. Nous la donnons aussi comme telle , et afin que nos lecteurs , en rencontrant ces mots dans un ouvrage ancien , en connaissent le sens et l'origine.
Nous terminerons ici notre exposition du syllogisme ; elle eût été beaucoup plus courte , si nous nous étions borné à ce qu'il y a de vraiment utile ; mais nous avons cru devoir y comprendre même ce qui pouvait mettre sur la voie d'un genre d'érudition qui était de nature à intéresser quelques personnes. Quant à celles qui ouvriront ce livre uniquement pour y puiser des moyens de raisonnement , il leur suffira de lire la description , que nous donnons au commencement, de la manière de dresser un syllogisme parfait, et de bien se pénétrer de la règle empruntée à PortRoyal. Tout le reste leur sera inutile. En effet , presque tous les syllogismes imparfaits peuvent , selon nous , être rapportés à d'autres modes de raisonnement. 11 sera très facile à chacun , en les examinant , et sans qu'il soit besoin d'entrer ici dans aucun détail , de reconnaître que le disjonctif, Fenthyméme, l'induction, l'exemple , le sorite , l'épichérème , peuvent être rayés du nombre des syllogismes. On a fait en cette circonstance ce que nous avons observé déjà en traitant de la proposition , on a changé
la disposition des termes ; on a modifié ou on a arrangé les propositions ; en un mot , on a forcé le langage afin de faire rentrer le raisonnement sous le joug d'une certaine forme.