CATEGORIES
La première est celle de substance. La seconde est celle de quantité , qui s'appelle discrète quand les parties sont séparées comme les nombres ; continue, quand elles sont unies , et alors elle est ou successive, comme le temps et le mouvement, ou permanente , comme l'espace, retendue, etc. La troisième catégorie est celle de la qualité dont Âristote fait quatre espèces : la première comprend les habitudes ; la seconde les facultés naturelles; la troisième les qualités sensibles, comme la durée , la chaleur, la couleur, etc. ; la quatrième la forme et la figure. Vient ensuite la catégorie de Yaction ; puis Vagir, en soi , comme penser, marcher, ou hors de soi , comme battre, éclairer. La sixième catégorie est le pâtir. La septième où, c'est-à-dire, toutes les questions de lieu .La huitième quand, ou les questions de temps. La neuvième la situation. La dixième Y avenir.
Aristote ne cherche pas à donner la raison de ce nombre de catégories ; c'est pour lui comme un fait , et c'est aussi une preuve qu'il n'en est point l'inventeur. Il ne se propose pas non plus , comme ou l'a cru dans ces derniers temps , d'indiquer les aspects divers que l'on devait étudier dans un sujet , pour en faire un examen complet;
Boëce, au contraire, soutient que dans cet ouvrage, Aristote traite , non point des choses , ni des genres, mais seulement des mots signifiant des genres de choses. (BoéMus^ Ub. i, in categ. Arist.)
il n'a en vue que la dialectique , comme on peut s'en assurer par la lecture même de son. travail. Nous allons nous arrêter quelques momens sur ce sujet ; nous y trouverons une occasion nouvelle de montrer quel était le système de la dialectique chez les anciens , et quelle en était l'origine, et par suite de poursuivre cette critique des méthodes grecques que nous avons entreprise dans cet ouvrage.
Dans son traité des catégories , Âristote commence par établir qu'il existe entre les choses qui sont dites, une division , celle des mots simples f comme homme et courir, et des mots conjoints, comme cet homme court. Il établit ensuite qu'il y a une division pareille entre les choses , celle du «ti/el et de Vattribut; puis il passe à la division des mots simples , eorum qui simpliciter dicuntur ; ce sont les catégories : lorsqu'il a exposé celles-ci , il passe à ce qu'on appelait les conséquences des catégories, c'est-à-dire à la description des diverses espèces de contraires, de priorité , de simul et de genres de mouvement. D a eu évidemment pour but , dans cet ouvrage, d'exposer les élémens de renonciation ou de la proposition. En effet, dans le traité qui est placé à la suite , dans la collection de ses œuvres , se trouve celui qui a pour titre : de V Interprétation ; là , il fait en quelque sorte , à l'égard des propositions , ce qu'il a fait à l'égard des mots simples ;
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il les divise en genres et en espèces* ^41 les classe et les compare ; enfin » viennent les analytiipies^ c'est-à-dire le traité sur le syllogisme. Ces divers écrits peuvent être considérés comme un seul ouvrage appliqué à l'analyse du raisonnement, où l'auteur s'élève des élémens les plus simples a la formule la plus composée ; et l'on voit alors que dans nos traités classiques de philosophie nous avons, à beaucoup d'égards , imité cette méthode.
Pour comprendre les motifs de cette méthode, il faut se placer dans la doctrine des idées qui régnait chez les anciens , et à laquelle Âristote lui-même ne put échapper. Par là , nous trouverons l'explication de la marche suivie par le Stagyrite ; nous serons au point de vue d'où il partit lui-même pour formuler les divers degrés de sa dialectique.
I^ système entier de la dialectique des anciens reposait sur ce principe premier, qu'il y avait dans les idées , comme dans les mots et dans les choses , des espèces dont le nombre et la qualité étaient fixes , ou , pour nous servir d'un Ismgage moderne plus intelligible , sur ce principe qu'il y avait dans les idées , dans les mots , dans les choses , des genres qui contenaient en eux des espèces , et les espèces des individus. 11 y avait , par exemple , des idées générales , comme sub^ stance , comme juste , d'où sortaient toutes les variétés possibles dans les idées de substance ou
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de juste. Ainsi , pour trouver la vérité , il snflisait de reconnaître à quel genre ou quelle idée générale on devait rapporter une espèce ou une idée particulière. Pour la prouver, il suffisait de trouver le moyen de rallier une espèce au genre dont elle dépendait ; on parvenait à cela par le syllogisme et rinduction. La dialectique entière reposait donc sur un système de classification : à cet égard , Aristote et Platon se ressemblent*
On trouve une preuve de plus que cette conception présidait à la marche dialectique d'Aristote, dans le traité de Porphyre sur le genre, Fespèce , la différence , le propre et l'accident , que les interprètes d' Aristote faisaient toujours lire avant les catégories , et copiaient en tète de celles-ci.
Pour juger le système de classification dont il s'agit , il faut se rappeler quelle était la doctrine primordiale d'où était émanée la croyance qu'il y avait des genres dans les idées , ou des idées archétypes» pour revenir au langage académique. Nous nous sommes déjà expliqué sur cette doctrine , lorsque nous avons parlé de l'origine indienne de la philosophie grecque. On en reconnaît d'une manière évidente la présence dans la philosophie de Platon. On aperçoit également dans ses dialogues ou dans ses inductions , que le but proposé est toujours de dégager le genre ou l'idée archétype de la multiplicilé des cas
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particuliers. Quant à Aristote , quelque matérialiste qu'il soit , il est dominé encore par la même doctrine , comme le remarque Ritter (1) ; sa dialectique en est une conclusion : et , dans sa théorie sur les idées , que nous avons exposée précédemment , nous avons vu qu'il reconnaît une âme raisonnable dont l'énergie est de telle nature qu'elle dégage les idées générales des idées particulières.
Du point de vue que nous venons d'indiquer, on comprend les catégories de mots , les règles relatives à la répugnance ou à la convenance entre les idées , les catégories de propositions , et enfin le syllogisme, dans lequel on prouve la convenance de l'attribut au sujet , par la convenance qu'il présente avec le genre auquel appartient le sujet, etc.
Sans doute , en laissant de côté l'origine du système , et ne considérant que le résultat logique, il y a quelque chose de vrai dans ce système, c'est qu'il existe, en effet, des idées générales qui contiennent des idées particulières ; mais aussi il y a un vice grave , c'est de supposer que les idées sont fixes quant au nombre et quant au sens , que les idées peuvent être impunément isolées les unes des autres , qu'elles existent par ellesmêmes , et non par le rapport qu'elles expri-
(\) Hist. de la Phil., l. UI. Log. dTArîslote.
Mt LOGIQUB. VA&TIS ORITIQUI.
ment, qu'il ne peut enfin en être créé de nouvelles.
Plusieurs auteurs ont réduit les catégories à deux , celle de la substance, et celle de l'accident ; d'autres les ont réduites à six, comme l'indiquent ces vers latins :
Mens , mensura , qoies , motus , positura , figura ^ Sunt , cum materiâ , conctamm exordia renim.
n est facile de s'apercevoir que cette dernière formule a été faite dans un tout autre esprit que celui remarqué dans Aristote. Nous pourrions sans peine accroître les citations de cette espèce, mais le système des catégories n'est plus , depuis longtemps, qu'un objet de curiosité.
Cependant , il a été remplacé dans les sciences naturelles par quelque chose d'analogue. On enseigne, au début de chaque spécialité, un système spécial de questions dont la solution est nécessaire pour la connaissance du sujet. Ces espèces de catégories varient selon la branche de science que l'on examine ; elles varient même selon les doctrines où l'on se place pour étudier les parties diverses de cette science. 11 serait inutile d'entrer ici dans aucun détail sur ce moyen de méthode dont les principes doivent être , en effet, appropriés à la nature des questions dont on va s'occuper : il nous suffira d'en donner un exemple.
CATÉCWRIKS. A9d
Ainsi , en médecine , on enseigne que dans Fétude ou la description d'une affection quelconque, on doit énumérer : 1^ les causes , que Ton divise en prédisposantes, en déterminantes, en prochaines , en éloignées ; 2' les symptômes ; 5^ les complications ; 4^ le diagnostic ; 5^ le prognostic, etc. Bien plus , chacune de ces questions générales , élevées à Toccasion de chaque cas particulier, sert de titre commun à plusieurs problèmes secondaires et à plusieurs préceptes qui se rapportent à la solution souvent assez compliquée de ceux-ci. Ce qui est enseigné en médecine , à cet égard , existe plus ou moins bien formulé dans toutes les autres branches des sciences naturelles. Ainsi , Ton a abandonné les catégories anciennes, mais on les a remplacées par un système de catégories , ou de questions spéciales qui satisfait à la nécessité logique indiquée par chaque espèce de sujet.
En général, quel que soit le sujet que Ton aborde dans un intérêt , soit d'étude , soit d'exposition , il est utile de formuler à l'avance la catégorie des questions et des axiomes que l'on juge nécessaires, possibles ou probables. C'est le moyen de s'épargner beaucoup de temps, de mettre une grande clarté dans ses recherches , et d'arriver le plus sûrement à un résultat. Il est difficile , il est même impossible de donner des règles à cet égard, car l'espèce des questions , comme celle
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des axiomes que l'on doit avoir présens à Fesprît pendant la durée du travail » varie en raison des sujets que Ton met à l'œuvre. Cependant nous allons donner, à cet égard , quelques préceptes généraux dont nous nous servons nous-méme, et dont nous avons conseillé l'usage à quelques amis, qui nous ont dit en retirer quelque avantage.
En tout sujet, il faut se demander d'abord quel est le but que l'on se propose d'atteindre, et le formuler nettement ; puis ce but étant posé clairement , il faut le définir d'une manière com-^ plète , c'est-à-dire , de telle sorte que l'on sache parfaitement tout ce qu'il contient , commande ou suppose. La formule générale du but et chacun des points de la définition devra servir d'indication pour le travail qui suivra ; il en donnera les limites , la marche et la direction.
Ce n'est pas tout cependant; il faut de plus reconnaître quelles sont les relations du sujet que l'on va étudier, et des matériaux dont on se sert, avec les sujets ou les objets voisins et en quelque sorte latéraux* En un mot , il faut poser comme axiomes ou comme questions toutes les solutions ou toutes les questions ontologiques qui s'y rapportent , et les avoir toujours présentes à l'esprit. De cette manière , il est très probable que l'on ne commettra aucune erreur par rapport à rétat donné de la science*
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