X. DE LA MORALE QUANT A LA SCIENCE
On admet généralement que l'homme a pu arriver a la science par ses propres forces , par le
simple usage de ses l'acultés. Dans ce sujet, il c assez singulier, de trouver la majorité des tU logiens catholiques (1) d'accord avec les phi! sophes et même avec les philosophes matéii listes. Or, quelques réflexions suffisent pour < montrer la fausseté de cette croyance , et ce démonstration est tellement facile qu'on s'exj que avec peine l'infatuation où Ton est à i égard. En effet , il suffit de tenir compte des i servations que nous avons exposées dans le ] ragraphe ^, p. 115. Nous allons rcproduirece analysé sous une nouvelle forme ; car nous ci gnons moins les répétitions que l'obscurité.
Pour que l'homme remarque les phénomèi du monde extérieur, il faut qu'il y fasse attentic et il n'est pas nécessaire seulement d'une atU tion passagère ; il en faut une très longue , ti persistante , toujours dirigée sur le même suji autrement il n'apercevra qu'une totalité (|ui lui présentera rien de distinct ; il sera comi l'aveugle né, auquel une opération rend brusqi ment la vue ; celui-ci , quoiqu'il connaisse d< tous les objets , quoi({u'on lui ait parlé de ce leurs, quoiqu'il sache se conduire par le touch< néanmoins ne voit rien de distinct ; il ne p< çoit iKis même l'espace et les distances, il ne i
(I) Voyez: les réflexions précedemmenl citées de sa Thoroac.
DU CKITERfUM UNIVERSEL. 131
connaît aucune chose ; hors une sensation conùsede lumière, il ne voit rien ; ou bien il sera conune le sourd et muet de naissance , auquel une opération rend l'ouïe , il n'entendra qu'un irait fort et confus. En outre , comme tous ses sens seront frappés à la fois , la confusion en sera 0US grande ; et nous ne devons pas lui supposer, comme à l'aveugle et au sourd dont nous parlions tout à l'heure , le secoui's d'une expérience acquise antérieurement , celui des conseils et de renseignement d'une personne complaisante et instruite. Non , il faut , dans l'hypothèse , trouver à expliquer la connaissance de l'homme par l'usage de ses seules forces. Or, au milieu de cette confusion , qu'est-ce qui le déterminera d'abord à être attentif, puis à être attentif à une seule chose, et enfin à persister pendant plusieurs jours dans son attention vers le même objet? On nous répondra que ce sont les instincts. Voyons donc ce que les instincts peuvent produire. Disons d'abord que sans les sollicitations de ceux-ci nous ne comprendrions pas comment l'homme cesserait de dormir ; ainsi Tenfant , dans les premiers jours , n'est éveillé que par le sentiment de la faim. Admettons donc , pour un moment , (pe les instincts éveillent l'homme et détermi- ' lient son attention vers l'objet nécessaire a leur satisfaction. Tout en acceptant momentanément cette hypothèse , n'oublions pas cependant que
riiomine est de tous les animaux celui qui a le ^• moins d'instincts spontanés en quelque sorte ; fl "^ n'est pas , ainsi qu'eux , tellement organisé , qw «ï^ tous les mouvemens nécessaires pour satisfaire ^ un appétit qui vient à naître, soient préétaMs'» en lui , et préparés de telle sorte qu'ils y répon- • dent automatiquement. L'homme ne préseole i guère qu'un seul automatisme correspondant à • un instinct , c'est celui des mouvemens nécessaires pour téter. Mais passons sur cette difficulté qui n'est pas cependant légère et qui , àdé- 1 faut d'autres objections , serait assez puissante» en recevant quelques développemens , pour renverser le système que nous combattons ; passons et continuons de supposer que les instincts suffisent pour éveiller l'homme et déterminer son attention dans la direction nécessaire à la satisp faction. Mais le nombre des instincts qui s'adressent aux choses du monde extérieur est borné ; on les connaît tous , ce sont : la faim , la soif, l'appétit vénérien , etc. ; ils conduiraient l'homme ii ce qui pourrait apaiser leurs instantes sollicitations. Or, quelle connaissance en résulterait-il? Certes bien peu de chose , si c'était quelque chose. Et qu'aurait l'homme besoin de savoir plus qu'aller à celte satisfaction? Certes rien de plus. Introduisons ce{>endant toutes les circonstances les plus favorables à l'accroisse» ment de la connaissance : supposons que , dans
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certains cas , en courant à cette satisfaction Tindividu éprouve un certain obstacle qui soit pour lui une cause de douleur. Sans doute après Tavoir éprouvé plusieurs fois , il le reconnaîtra ; et toutes les fois qu'il le verra, l'association des sensations réveillant en lui le sentiment de la douleur, il pourra s'abstenir. Mais qu'en résul* tera-t-il de plus en savoir ? Très peu de choses en vérité ; et cependant voilà tout ce que peut apprmdre à l'homme le jeu des instincts : quelques Êdts isolés , quelques sensations sans lien entre dles. D n'y a rien de commun entre cela et la science , qui consiste dans une prévoyance établie sur la connaissance au moins d j l'ordre de SDccession des phénomènes. L'homme animal le prévoirait rien; il serait, comme la bête, tout entier au moment présent, toujours absorbé dans la sensation actuelle, ne sachant rien de l'avenir, ignorant même qu'il doit mourir. Or, un des premiers enseignemens donnés à l'homme fat , selon la Genèse , la connaissance de sa desti- , née mortelle.
Nous venons de raisonner comme les matérialistes; maintenant, afin d'épuiser l'hypothèse, nous allons prendre le sens spiritualiste ; nous allons donner une âme a ce corps , mais une âme qui sera une simple force de spontanéité , pure de tout enseignement , h l'état de table rase , selon une expression usitée. Quelle influence 11. 9
iSft LOGIQUB. PARTIE DOGUATIQUE.
peut-on attribuer à cette âme? Elle tiendra peuW être Thomme plus long-temps éveillé que ne l'eussent fait les seuls instincts; elle lui fera ov^ vrir tous ses sens à la confusion qui les frappera; et qui passera devant eux. Mais pourra-t-elle devenir attentive à quelque chose en particulier» et observer avec suite et persistance ? Pourquoi le ferait-elle? On n'en voit point le motif, et c'est, ce nous semble , une raison plus que suffisante pour admettre qu'elle ne le ferait pas. Ajoutons que l'attention est un travail , une douleur, une fatigue ; quelle raison l'homme aurait-il de sop* porter ces états pénibles? En vérité il n'y en aurait pas. L'âme serait nécessairement moins puissante que l'instinct ; car celui-ci fait éprouver de vives sollicitations ; et quant h l'autre, quelles sollicitations pourrait-elle ressentir en elle, puisqu'elle n'aurait en elle rien de plus qu'ellemême? 11 serait donc arrivé que l'homme, même doué d'une âme , n*eût manifesté aufcune faculté au delà de celles que lui eussent donné ses instincts.
Cette incapacité de rien faire où l'âme se trouverait si elle était absolument table rcLse a été reconnue par beaucoup de philosophes. On a pensé résoudre la ditficulté en lui attribuant en quelque sorte des instincts spirituels. On lui a donné les idées innées; Ivant a supposé qu'elle avait des lois à priori , antérieures à toute
vu CBITEEIUH U5IVËR8IL. 125
lîon. M. Cousin a suivi Kanl, en apportant cependant à son système cette modification , que les notions pures résultaient de Texpérience.
Nous ne reviendrons pas sur les objections que nous avons déjà faites à la certitude de ces doctrines; nous nous bornerons à les attaquer sous le seul point de vue dont il s'agit dans ce paragraphe, en soutenant que quand même Texistence de notions innées de ce genre serait certaine , Fétat de Fâme décrit plus haut n'en per- SBterait pas moins ; car nous prétendons , qu'à moins de démontrer ce qui est impossible , à savoir que la morale est elle-même innée , on ne parviendra pas à prouver que l'homme puisse arriver à la connaissance par ses propres forces. En effet , pour que l'âme prenne empire sur le corps et gouverne l'organisme , il faut qu'elle agisse. Pour qu'elle agisse , il lui faut une notion qui soit de nature à la placer, vis-à-vis des choses appartenant soit à la chair, soit au monde extérieur, dans des rapports où elle doive agir. Or, ces idées ou notions innées dont on veut la douer, sont toutes des notions passives et inertes ; elles constituent en quelque sorte un cadre de classification et rien de plus ; elles ne sont point telles qu'elles la déterminent nécessairement à entreprendre sur les instincts et sur le monde extérieur ; elles la laisseraient donc immobile. Les propriétés de la morale sont tout différentes;
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celle-ci commande , ainsi que nous Tavons redit bien des fois , tantôt de faire , tantôt de s'abstenir ; elle prescrit une pratique , et par suite une activité incessante dans toutes les directions et à Toccasion de toutes choses.
L'argument que nous venons de présenter contre la valeur des idées et des notions innées dans la question qui nous occupe, cet argument est, en bonne foi , irréfutable. Si quelqu'un conserve des doutes à cet égard , qu'il veuille bien mettre notre assertion à l'essai en parcourant les détails. Par exemple, quelle action produirait ridée innée de Dieu , si elle n'était pas accompagnée du commandement d'un certain nombre de préceptes pratiques? évidemment, aucune. Quelle action produirait l'idée de causalité ou de rapport de cause à effet , si elle était dépourvue du commandement d'une certaine pratique, soit relativement aux causes , soit relativemait aux effets? évidemment, aucune. Il en serait ainsi des notions d'espace , de temps , d'unité , d'infini , etc. Ce sont là des facultés passives , et non des motifs d'action.
Ainsi , quelle que soit l'hypothèse dans laquelle on se place, on ne trouve point comment l'homme pourrait , par ses propres forces , arriver à la science. 11 reste maintenant à chercher conuneut la morale est le premier élément de la science. Nous examinerons ensuite comment, du point
àe yue scientifique même , elle en est la certitade.
Pour résoudre la première question , il n*est pas nécessaire de plus que de se rappeler la rigoureuse acception du mot science. La science est pour l'humanité ce que le raisonnement est pour l'individu. Et qu'est-ce que le raisonnement pour l'individu ? le travail intermédiaire par lequel l'homme passe de la considération du but à l'application ou à la réalisation de celui-ci , c'est le travail par lequel l'homme cherche à prévoir les effets de ses actes , ou approprie à Favance ses actes à la fin qu'il veut obtenir. L'expérience individuelle , s'il pouvait en exister une qui le fût complètement , résulterait de la somme des raisonnemens faits par chacun. La science est destinée exactement à la même fonction, mais dans des proportions plus étendues et conformes à la puissance et à la durée de l'humanité, qui l'a produite et à laquelle elle doit servir. La science est la collection de tous les raisonnemens individuels accrus selon une progression qui est , jusqu'à un certain point , en raison même de la force qu'ils se sont prêtés successî- Tement les uns aux autres, et de plus généralisés de telle sorte qu'ils soient arrivés à former un corps de doctrine. La science est le résultat des expériences faites par l'humanité , le moyen d'approprier nos actes à la fin que nous nous.
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proposons d'obtenir. Aussi la science doit être définie : Tart de prévoir. En effet , elle commence y elle est au premier degré lorsque nous connaissons l'ordre de succession des phénomènes. Ce savoir suffît pour nous mettre à même , soit d'approprier nos actes aux phénomènes qu'ib doivent rencontrer , soit de faire tourner cette succession phénoménale au profit de notre but» soit enfin de l'interrompre. Le dernier degré , le plus haut point de la science consiste dans la possession delà loi de génération des phénomènes. Alors y la prévoyance acquiert le plus d'extensicHi possible ; car elle s'étend non seulement aux ph^ nomèncs déjà observés , mais encore elle devine ceux qu'on n'a jamais vus.
Quand même la science serait, au point de départ, autre chose qu'un raisonnement, c'est-à-dire qu'un travail intermédiaire entre le but que l'on se propose ou que l'on cherche et l'application , le seul fait qu'elle doive être appelée , pour être rigoureusement définie, l'art de prévoir , ce seul fait est assez pour en démontrer la fonction. En effet , pourquoi prévoir , si ce n'est en vue d'un but qu'on se propose d'atteindre? A quoi sert la prévoyance , si l'on n'a point une pensée d'avenir? D'où serait même venue l'idée d'en acquérir jamais, si la connaissance du but , la volonté de l'attehidre et la crainle de le manquer , n'en euft* dent fait apercevoir la nécessité? Il faut donc cob-
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clore que le but est le principe initial et généra* leur de la science.
Mais ce but pourrait-il être autre que la morale? Nous posons cette question , non parce que nous pensons que la réponse soit douteuse pour nos lecteurs , mais afin de nous donner une occasion que nous ne retrouverions peut-être pas , pour nous expliquer sur le sens du mot but. Cette expression suppose toujours nécessairement que la morale existe. En effet , le but n'est pas quelque chose de matériel ; c'est au contraire quelque chose d'immatériel et d'invisible , qui n'est jamais qu'en espérance , en croyance ou en désir ; du moment où il est réalisé , et qu'il est en quelque sorte transformé en matière , il n'existe .plus. Le but est donc toujours une règle de conduite. Or , c'est par cela même qu'il appartient toujours à la morale. 11 peut y avoir deux espèces de buts entre lesquels l'homme est libre de choisir, le but individuel ou égoïste, et le but social ou dévoué. Mais l'un et l'autre ne sont que parce que la morale existe. En effet c'est celle-ci qui définît le but individuel ou égoïste, aussi bien que le but social ou dévoué. L'un et l'autre sont des règles de conduite qui n'auraient ni existence , ni nom , sans la loi qui les définit ; car l'égoïste ne fait que nier ce que la société affirme , et dans ce cas la négation prouve l'affirmation. Nous ne nous occuperons point au reste de re-»
lAO LOGIQUB. PARTIS UOGMATIQVB.
chercher la valeur réciproque de ces deux buts , 2 ce serait sortir du sujet que nous poursuivons.
Les argumens que nous venons de présenter 0 sont de nature à écarler les objections quant à It : puissance scientifique de la morale ; mais ils m font point comprendre cette puissance. Pour .* cela il faut montrer comment elle agit et procède ; et c'est aussi ce que nous nous proposons de Aiire par la citation de quelques exemples , lorsque nous aurons recomm comment du point de vue scientifique pur , la morale est une cerli» tude, et par suile la première des sciences, celle sur laquelle reposent toutes les autres.
Lorsque de la considération de l'ensemble , universel on descend à celle des parties , on est . frapné d'une vérité , qui , dans Tétat actuel de nos ^ connaissances , n'est pas seulement un fait é?i- i dent, mais le fait principal et supérieur : c'est que ^ toutes les existences qui composent l'univers, ^ sont * fonctions les unes à l'égard des autres en mémo temps qu'à l'égard de l'ensemble , de telle , sorte que si une seule d'entre elles cessait d'être , • le monde tout entier serait changé. On comprend qu'elles sont toutes également essentielles depuis la plus grande jusqu'à la plus petite. Supi)Oser le contraire serait chose absurde; car l'existence supposée sans fonction , serait nécessairement contradictoire au mouvement universel , et dans re cas elle serait anéantie à l'instant. Rien en effet
DU CRITEAIUM UKIYB&SBL. 141
n'eiiste dans ce inonde à moins de se mouvoir on d'être mu ; or ce qui est mu ne peut l'être que conformément aux lois du mouvement général , etpar conséquent ne peut qu'être soumis à la direction de l'ensemble. Ce qui se meut pourrait être, sans doute , en contradiction pendant une seconde avec le mouvement universel ; mais ce ne serait que pour disparaître aussitôt.
De cette considération sur l'harmonie universdle , on est obligé de conclure que l'humanité , qui forme Tune des existences importantes qui y sont contenues, que l'humanité est l'une des fonctions de l'ensemble. Or, qu'est-ce que l'humanité? c'est l'unité des hommes se succédant de génération en génération dans la croyance, la volonté et la pratique d'un même but. Et qu'est-ce que ce but toujours le même dans lequel et par lequel il y a humanité ? Est-ce autre chose que la loi qui règle les rapports des hommes entre eux , et «avec ce qui n'est pas eux ? Or , si cette loi qu'ils ont si constamment pratiquée , par laquelle ils se sont consei-vés en société , eût été fausse , il faudrait admettre que leur conduite a été en opposition avec la loi universelle , et qu'une telle contradic-» tion a pu durer sans que l'humanité fût anéantie on le monde autre qu'il n'est ; ce qui est absurde ! Ainsi , de ce que l'humanité est une fonction de l'univers , de ce que la condition essentielle de son e:dstence est la morale , il faut en conclure
1A2 LOGIQUE. PARTIB DOGMATIQUE. ^
que la morale est une loi de l'univers. Bien plii% £ c'est la seule science qui nous ait été enseignét ^^ directement, que nous connaissions complétd^î xnent, et la plus démontrée par des milliei»' d'années d'une pratique constante.
Il nous resterait, non pas pour confirmer cette i irréfutable conclusion , mais pour la mettre en i contact avec la science proprement dite , il nooi , resterait à montrer comment la morale emporta i avec elle l'affirmation d'un grand nombre de principes qui constituent en définitive les â^ mens fondamentaux de toutes les recherches et de toutes les constructions scientifiques. Ma» pour produire cette exposition , il faudrait entrer dans des détails qui formeraient à eux seuls ia matière d'un ouvrage considérable. Nousnoos bornerons donc ici à quelques généralités.
La morale , par le seul fait qu'elle commande i aux hommes de s'abstenir et de faire , leur en- ] seigne qu'ils sont libres , qu'ils ont des instincts < auxquels ils peuvent résister ou obéir ; que lenr . conduite a cet égard aura un résultat extérieur i • eux-mêmes ; que par conséquent il y a un milien dans lequel ils agissent , et qui agit sur eux ; en leur commandant de faire certaines choses, elle leur enseigne que les objets de ces actions non seulement existent , mais encore sont disposés d'une certaine manière ; en leur parlant de travail et de peine , elle leur apprend qu'ils auront
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« résistances à vaincre ; en leur promettant des compenses , elle leur dit qu'ils pourront les iûcre ; en les plaçant ainsi entre un précepte li leur ordonne d'agir et une résistance qui ppose à eux, elle leur enseigne la succesité, et leur commande de prévoir. Parce l'elle leur dit Si vous faites cela , il vous arrira, etc., elle leur enseigne la différence du •ésent , au futur ; elle leur apprend encore à évoir , etc. , etc. 11 faudrait prendre mainteiQt les termes même d'une des morales rêvées pour sortir de ces inductions générales ; si MIS le faisions , si nous prenions, par exemple, ême le peu qui nous reste de ce qui fut dit à lam, nous trouverions qu'un enseignement ientifique bien plus explicite que celui que nous nous de voir y est contenu , et qu'il y a ma- ^reà une ontologie assez considérable. Mais )us nous fions sur la complaisance de nos lecors pour nous dispenser de ce facile bien que BS long travail. Nous leur rappellerons seuleent que , dans le cas où ils se livreraient a ce inre de recherches , il ne faut pas oublier que
science des premiers temps n'était pas ce l'elle est aujourd'hui ; elle a eu de faibles comencemens , et à son début elle ne consista que ms quelques principes sur lesquels l'activité imaine avait reçu commandement d'agir.
Nous allons , au reste , donner les quelques
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exemples que nous avons promis sur le mode " d'action scientifique. Nous les prenons dans une'' époque plus avancée que celle dont il vient d'être question , et dans la branche de science qui ert ^ considérée comme la plus avancée , dans Fastro» ' nomie.
Il y eut une époque où la morale prescrivait ^ aux hommes l'expiation. De lii il fut déduit que ^ les hommes étaient des êtres déchus , et que le '' monde avait été créé pour être le lieu de cette expiation. De la , Ton conclut que la terre habi» ^ tée par les hommes était le point principal di système universel , et que tous les astres avaient ' été créés pour elle ; en un mot , on finit par éta- ^ blir que la terre était le centre du monde et que ** le soleil tournait autour. Telle fut la doctrine ^^ qui des Indes passa en Egypte, et fut reçue ensuite ' dans tout l'ancien monde. Cependant, l'enseî- "^ gneinent chrélion changea la situation morale i des hommes sur la terre. Celle-ci ne fut plus ' considérée comme la partie la plus importante î de l'univers, mais comme le domaine donné à i l'homme pour y passer un instant et y mériter. '^ L'homme ne se considéra plus comme antérieur » à la ci'éalion et en formant le but , mais comme le dernier né de la création. Il chercha donc à reproduire en astronomie le système de la création , et il apporla dans cette recherche deux points de vue nouveaux , celui de la perfection
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des œuvres du Créaleur , et celui de Finfériorité et de rhumilité du rang et du domaine humain, n satisfit cette dernière idée en supposant que la terre n'était qu'une planète, et à ce titre tournait autour d'un centre, qui était le soleil ; il satisfit à la première idée en cherchant quel était le principe de mouvement le plus parfait ; ce fut là le travail de Kepler, D'ailleurs cette préoccupation de la perfection des œuvres de Dieu est devenue Fun des principes les plus importans des sciences ; naturelles , sous le nom de principe de la moinété action : car , disent les naturalistes , la nature procède toujours par les lois les plus simples. Ces deux exemples montrent suffisamment , nous le pensons , comment la morale touche et détermine la science. Nous pourrions multiplier les preuves de ce genre ; nous pourrions montrer que la doctrine des attractions et des répulsions , qui joue un si grand rôle en physique et en chimie, que celle de l'âme et de l'organisme , etc., ne sont que des traductions ou des commentaires d'enseignemens moraux ; mais ce serait accroître inutilement ce paragraphe et nous exposer à de nouvelles répétitions; nous en avons déjà trop fait.