MÉTHODE
Nous avons , dans les paragraphes précédons , cherché à démontrer, autant qu'il était en notre pouvoir, que la morale était notre moyen de certitude universelle. Pour cela, il nous a fallu prouver qu'elle satisfaisait à toutes les conditions d'un critérium de ce genre ; et nous avons été II. 10
obligésde parcourir une suite de questioiis ton» tes plus ou moins éloignées du genre d'applka* tion auquel nous nous proposions en défioitÎYe de conclure. 11 faut maintenant que nous now . occupions d'atteindre des problèmes plus usueb; , il faut que nous arrivions à la science actuelle» et que nous abordions la logique que Ton peut pratiquer de notre temps. Nous terminerons donc nos considérations sur la morale , en traitant des i moyens de la transformer en méthode sd^iiti* fique.
J^es questions qui sont le sujet de Tactiviti i logique , dans notre temps , sont de deux espè- i^ ces : les unes se rapportent à la science sociale, ^^ les autres aux sciences naturelles. On doit ran- ^ ger dans la première catégorie , non seulement • tous les problèmes relatifs à l'organisation polid- ^; que des sociétés » à l'économie politique , a Thy- , giène publique , à l'histoire ; mais tous ceux qui ^ se rapportent à la religi(Hi , à la philosophie , à ^ la métaphysique , etc. Dans la seconde catégorie» il faut ranger la géologie , Tanatomie comparée, j Fembryogéuie , l'astronomie, la physique, la . physiologie , etc. , etc. t
Or, pour juger la légitimité ou la vérité de . tout problème, ou de toute solution appart^ . nant à Tune ou l'autre de ces catégories , le procédé est fondamentalement le même. 11 s*agit seulement d*en induire la pratique et de pronon*
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i&c sur cette pratique avec run des préceptes soraux qui s'y rapportent.
Cette opération est plus ou moins difficile selon a question que l'on examine. En général , dans es questions de science sociale , le rapport est acile à établir , parce qu'il est presque imméliat. n n'en est point de même dans celles de iâence naturelle.
Toutes les fois donc que le rapport d'un prolème ou d'une solution avec la pratique , et par lite avec la morale , ne peut être établi imméiatement , il faut du problème ou de la solution emonter à la théorie spéciale qui les a engen* TA , ou à laquelle l'un ou l'autre se rapportent, ette opération étant faite , il faut chercher si la tiéorie spéciale à laquelle on est parvenu conuit à quelque pratique ou en touche quelqu'une. >i cela se trouvait ainsi , on pourrait de suite apiliquer le critérium moral , et juger en même emps soit la question particulière , soit la théorie dont elle émane , ou à laquelle elle se rap- ^rte. Mais , s'il en était autrement , c'est-à-dire à cette théorie était éloignée de toute pratique , il £iudrait s'élever jusqu'à l'origine de cette théorie elle-même , c'esl-à-dire à quelque autre théorie plus élevée encore, et, celle-ci étant possédée, ea induire la pratique , afin de juger soit ellemême , soit le fait en question.
Un problème ou une solution de détail peu-
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vent toucher une théorie de deux manières , soit pour la confirmer, soit pour la nier. Or, dans l'un et l'autre cas , ce qui jugera la légitimité du détail , c'est qu'il confirmera ou niera quelque chose de contraire ou de conforme à la morale. Le travail dont nous donnons l'esquisse n'aura pas seulement l'avantage de conduire à une cet* titude définitive sur une question donnée ; il aura en outre celui d'en montrer l'importance. En effet y toute question scientifique qui ne conclut pas » ou n'est pas de nature à conclure à une pratique quelconque , ou à la démonstration d'une chose importante en pratique , est une question sans intérêt , une question que l'on ferait bien d'abandonner. Le genre de travail dont il s'agit aurait , en outre , l'utilité de faire remonter tous les degrés de l'échelle des déductions par lesquelles d'une généralité on est descendu à des choses particulières » et de vérifier la légitimité logique de chacun des échelons parcourus.
Que l'on ne pense pas, au reste, que ce mour^ ment d'ascension d'un problème particulier au problème général , d'une solution de détail à la formule principale , soit une opération qui prête à l'arbitraire , et par là donne chance à l'erreur! Non , outre que le lien, qui , dans la science» unit une question à une autre , est chose très visible et très positive , il y a un moyen de vériûcatioo qui en aucun cas ne dépend de nous; et œ
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moyeu est Thistoire de la science elle-même. En effet , celle-ci nous montre comment le problème général a engendré les problèmes particuliers , et nous le montre d'une manière tellement évidente qu'il est impossible de s'y tromper. Remarquons d'ailleurs que le raisonnement par lequel on va du principe que Ton veut vérifler, à la conséquence par laquelle on touchera le crite'^ rium vérificateur, remarquons que ce raisonnement a toujours une valeur proportionnelle à la vérité du principe lui-même ou de la science ^e-méme dont on veut connaître la valeur ; car ^ ce principe , cette science ont été trouvés à l'aide de méthodes, de vues, en un mot, d'un esprit déterminé. Or, l'esprit qui établira les intermédiaires nécessaires à la vériflcation, ne différera pas de celui qui a construit la théorie.
B serait difficile de préciser davantage la méthode propre à convertir la morale en critérium scientifique. 11 serait même peut-être imprudent de le faire. Les questions auxquelles le procédé est applicable et auxquelles il doit être approprié, sont si nombreuses et si variées que nous courrions grand risque , en voulant dresser des règles pour les divers cas particuliers , d'en omettre beaucoup d'importans , et par suite de diminuer la généralité du moyen que nous proposons. 11 est cependant quelques règles que l'on peut énoncer sans nuire à la liberté dans l'usage »
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liberté que nous croyons Tune des conditions di bon emploi de la méthode. Telles sont les suivantes :
On i)eut souvent déduire des problèmes ou des solutions . directement de la morale , ou bien (m possède des problèmes et des solutions qui en sont assurément déiluits. Cela arrive surtout dans les choses de Tordre social. Dans ce cas, ou ces; problèmes et ces solutions deviennent un bat i proposé à l'activité scientifique . ou ils sont on y^ moyen de constituer un criicrium dans les qne^ •)!) tions que Ton amènerait difficilement en contact -^ comparatif et immédiat avec un précepte moral. ^^ Ce mode est facile à comprendre , car il coosisie ^^ uniquement à prcKréiler d'en haut, ou à priori, de r^ la morale ixiur descendre à la rencontre d'une ^ question que Ton a élevée en remontant du fait .^ particulier que Ton veut juger.
Tout problème ou toute question qui ne peat «^ par aucun côté être conduite jusqu'à donner une ^ conclusion pratique , doit être considéré comme stérile , et doit être abandonné. Or, il y a deux espt'ces de pratique : celle que nous appellerons ^ pratique d action et celle que nous nomnierooi pratique de démonstration. La {tratique d'aclioi est celle qui se rapporte au\ théories : aiusi , b oonnaîssance des phénomènes astronomiques, |ih3^sîques , etc. , se rapporte à une pratique
^lioD ; tandis que celle des phénomène
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hryc^niques , géologiques , etc. » se rapporte k Qoe pratique de démonstration.
On doit rejeter tout problème ou toute solution qui aurait pour but d'expliquer les phénonràes , c'est-à-dire d'en donner la cause intime et ess^itielle ; car, outre qu'une recherche de cet ordre doit, ainsi que l'expérience l'a mille lois montré , toujours échouer, cette recherche est directement contraire à la morale. Celle-ci, m effet , nous commande la pratique , et l'étude les causes nous en éloigne toujours et ne s'y rap- KM*te jamais. Ainsi, par exemple, il importe peu , ît c'est chose oiseuse de savoir pourquoi les phénomènes astronomiques sont ce qu'ils sont ; ce fu'il importe est de savoir comment ils se passent , et selon quelle loi ils sont produits. Cette sagesse et , disons plus , cette moralité i appli«^ quée aux sciences naturelles , a produit ce que l'on nomme aujourd'hui la science positive. Le positivisme de certaines connaissances résulte tout entier de l'observation de cette règle , c'està-dire de ce que Thomme s'est placé dans sa véritable position scientifique , celle de savoir ce qu'il lui est donné de connaître , de savoir seulemeat les choses nécessaires à l'accomplissement du but qui lui est proposé.
De ces considérations on doit conclure , quant aux sciences qui se rapportent à une pratique d'action, que le travail scientifique, soit qu'il
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s'agisse d'une branche tout entière de nos coOf ' naissances , soit qu'il s*agisse d'une spécialité r ou même d'un fait particulier, consiste d'abord à rechercher l'ordre dans lequel se succèdent \e$ phénomènes, puis ensuite la loi selon laquelle a ils se succèdent et s'engendrent. En effet , que i faut*il dans l'intérêt de la pratique , c'est-à-dire ^jj dans l'intérêt de la morale ? 11 faut savcnr tantôt ^ interrompre une succession phénoménale , tan- .^V tôt nous en servir, tantôt la faire naître , tantôt vr l'éyiter. Or, nous sommes à peu près en position ^ ou de l'interrompre , ou de la tourner à notre pro- c^ fit, ou de la produire , ou de l'éviter, lorsque nom «^ connaissons l'ordre dans lequel les phénomènes ^ se succèdent. Nous sommes plus a même encore -a de faire toutes ces choses lorsque nous connais- ^^ sons la loi qui préside à leur production. Le ^ secret de la science positive est dans l'observa- tion de ces règles.