‹ Essai d'un traité complet de philosophieChapitre 13 sur 51 · XIII. — RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIO · texte numérisé non relu

XIII. — RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIO

On nous a objecté que l'autorité était supé* rieure à la morale , parce qu'elle en était le ini* nistre , parce qu'elle l'avait sanctionnée , parce qu'enfm cette autorité la conservait, l'enseignait et rintoq)rétait. Par cette autorité on entendait, soit l'Ëglise seulement , soit l'Église représentée par son clergé , soit l'Ëglise représentée par y»

conciles et ses papes. On a ajouté que , si Ton admettait la morale comme critérium y c'était admettre en même temps qu'un individu quelconque pouvait juger l'Église, le clergé, les conciles ou le pape , etc. On ajoute enfin dans cette objection que ce qui rend l'autorité des divers pouvoirs dont nous venons de parler infaillible , c'est que le Saint-Esprit réside en eux. Voici d'abord notre réponse directe : L'Église îxiste en vertu de quelque chose ; or, ce quelque ;hose est ce que nous appelons la morale. Elle a 3té instituée sur la parole et par la parole de lésus-Cbrist. Or, Jésus-Christ était avant de parler, et sa parole humaine elle-même , par cela seul qu'elle était enseignement ou commandement , est antérieure à Tobéissance qui Ta suivie. Jésus-Christ a non seulement institué le but par la parole , mais il a institué le pouvoir qui , par une filiation non interrompue, est arrivé jusqu'à nous. Le clergé enfin a été institué pour quelque chose. Or ce quelque chose , étant son but et son principe , son commencement et sa fin , est nécessairement antérieur à lui.

L'Église n'a point sanctionné la parole de Jésus-Christ, elle a été créée et elle existe par cette parole. Si l'on appelle cela une sanction, nous le voulons bien ; mais le mot est , au plus haut degré, impropre à désigner ce fait; car alors il faudrait dire que l'homme , parce qu'il existe

seulement par la volonté de Dieu , sanctionne It ' volonté de Dieu.

L'Église , sans doute , conserve , enseigne et interprète la morale, c'est-à-dire qu'elle perpétue son existence. Faut-il dire que Thomme, parce qu'il se perpétue par la génération maté* i rielle, a créé l'existence qu'il transmet? A moins que l'on ne prouve que conserver, enseigner, in- nie terpréter sont la même chose que créer, avec «t ces mots l'on ne démontrera rien en faveur de k l'objection. '|i

Il est très vrai qu'un individu peut se servir da t critérium à l'égard de toutes les existences pos* ) sibles ; et il s'en servira très légitimement toutes ! les fois qu'il se conformera aux préceptes et aux <> règles contenus dans ce critérium , quant à la : manière dont on doit en faire usage , c'est-à-dire . avec humilité , défiance de lui-même , oubli com** : plet de sa personne, avec une charité en- . tière, etc. , etc.; c'est parce que nos ancêtres ■ ont fait usage de ce critérium qu'ils ont fondé l'Ëglise ; c'est parce que ce critérium existe entre l'incrédule et le croyant que le fidèle peut convertir l'infidèle; c'est parce que ce critérium existe que l'on peut juger tous les débats qui s'élèvent parmi les chrétiens ; c'est parce qu'il existe qu'il y a un autre argument entre eux, que oui et non ; c'est parce qu'il existe , enfin , que l'Église ne peut jamais se tromper ; car elle prononce

HtJ CmiTEEIUM UfCIVEaSEL. 159

sur chaque chose par le principe même hors dufoel elle ne serait pas : il se trouve ainsi que toutes fois qu'elle fait usage de son critérium elle se conserve , et que toutes les fois qu'elle fait acte de conservation, elle déclare de nouveau son critérium , c'est-à-dire sa condition d'existence.

Noos voici parvenus à la dernière phrase de Tobjection citée plus haut : à savoir, que l'autorité est infaillible parce que le Saint-Esprit est 5n elle. Que la morale révélée soit ou ne soit pas le critérium universel , ce principe n'est nullement menacé ; mais ce qu'il s'agit de savoir, c'est si , comme l'ont prétendu les auteurs de l'objection , le dogme de la présence du Saint- Esprit dans l'autorité emporte, pour conséquence , cet autre dogme , que l'autorité a droit de changer la lettre de la morale révélée, et d'imposer une telle décision comme obligatoire. Or, nous affirmons que cela n'est pas vrai , et nous ajoutons que jamais aucun pouvoir n'a élevé une telle prétention dans l'Église. 11 faudrait , en effet , oublier les plus simples des articles de foi, ceux que l'on répète tous les jours , pour penser même qu'une telle prétention soit possible. En effet , d'où procède le Saint-Esprit? Du Père et du Fils, répond le Crerfo. Comment arrive-t-on au Père ? Par le Fils , dit l'Évangile. Ainsi , c'est donc par la parole du Fils

160 LOGIQUK. rAKTIR DOGMATIQUE. ^*

qu'on s'élève au Père , et puis enfin au Samt*& i^L prit. On ne peut donc communiquer en quelqM j^I sorte avec la troisième personne de la Trinité as que par la connaissance de la seconde. !^

Nous demandons pardon à nos lecteurs, pour ^| ces quelques mots de théologie. Il n'était ni dans % notre intention, ni dans nos désirs d'agiter le .^i moindre des problèmes d'une science si difficile et :j^ placée si loin de nos études personnelles ; mais a^ on nous y a forcé ; et , sans doute , il y a milk ^| argumens meilleurs que le nôtre, mais que notre ^^ ignorance ne nous permet pas de citer.

L'objection, il nous semble, est maintenant ; mise a néant ; mais nous ne nous conteuteroof ;. pas de l'avoir ruinée ; nous croyons utile demoih *^ trer quelle en est la source. Elle vient de deux doctrines modernes que l'Église a censurées.

L'une des sources est la doctrine de l'abbé ; Bautain , de Strasbourg. Elle établissait qu'il n'y avait d'autre moyen d'arriver à la foi que par la foi elle-même, ou par l'autorité. Or, disent les évéques , c cette proposition que , dans aucun cas, la raison ne doit précéder la foi, est absurde; de plus, elle est souverainement injurieuse à la vraie religion , qu'elle réduirait à un pur fanatisme (1). >

La seconde source de l'objection est la doc-

(I) Démonstration du Catholicisme , par l'abbé Caroo,

vu CEITBAIUM UfCITEaSBL. 161

ine de M. de La Mennais comprise d'une cer- UDe manière. On a converti, en effet, l'autorité u sens conmiun en une autorité définie , en elle de l'Église. Et en admettant, comme cause, rincipe et explication de cette autorité , la préence du Saint-Esprit , c'est-à-dire une cause dé- Inie , on s'est placé sur la voie par laquelle on conclut au panthéisme. Si nos lecteurs conserraient quelques doutes à l'égard de cette derrière conséquence , nous les prions de vouloir Hen étudier le budhisme , et ils nous compren- Iront.

Autre objection. — On nous a opposé qu'il était impossible que l'ontologie ne fût pas antérieure à la morale dans l'esprit de l'homme, parce que, disait-on , les notions scientifiques de temps et d'espace préexistaient nécessairement à toutes celles de relation. Nous répondrons que nous ne voyons pas d'abord la nécessité de cette préexistence , et que nous concevons très bien qu'un enfant ressente l'appel de ses appétits, et y obéisse, sans qu'il ait préalablement aucune connaissance abstraite du genre de celle que l'on nous oppose. En outre , nous ajouterons que la prescription morale comprend en elle-même la révélation de ces notions, en chacun des pré-

t. n, préf., p. 13. Censura plurium Galliae episcoporum

162 LOGIQUE. PARTIE DOGHITIQUC.

ceptes dont elle est composée , en tant que ces notions sont nécessaires à raccomplissement du précepte même. Nous affirmons ici un fait que chacun est libre de vérifier en ouvrant le premier code moral qui lui tombera sous la main.

MÉTHODE n'iNVErfTIOlTr. 165

Page 1