DEUXIEME SECTION
MÉTHODE d'invention.
de Maistre considérait Tinvention comme d'une grâce spéciale de Dieu. Les philos incrédules expliquent ce fait d'une maplus mystérieuse encore , et surtout plus re: ils disent qu'elle est Tefletdu génie* rra donc paraître extraordinaire de voir 3rer, dans un traité de logique , une place position de l'art d'inventer. Cependant, pensons que l'on s'exerce et que l'on apà inventer. Mais l'occasion de le faire en lie sujet que ce soit , sauf dans les arts , ne d pas de notre seule volonté. Il faut , pour des circonstances scientifiques particu- II est des époques où l'état de la science . qu'il y a lieu à une découverte ; il en est •es où il n'y a autre chose à faire qu'à précet état. Mais , que l'on soit dans l'une ou e de ces époques , il est également utile que tbode dont nous nous occupons soit en- ^ et connue : dans les unes , afin que le
i6k LOftIQUB. VAUTIB BOGMATIQUE.
travail désiré soit plus tôt opéré ; dans les autres , ^ afin que Ton sache vers quelle préparation on i. doit diriger ses efforts. Ajoutons d'ailleurs que , ^ dans tous les temps , il existe, sur l'immense ter- ; raiu de la science , des lacunes grandes ou pe- : tites qui demandent à être comblées.
L'humanité a fait un grand nombre d'inventions. C'est à ce genre d'œuvre qu'elle doit tout . ce qu'elle possède en dehors de ce qui lui a été révélé ; mais nous ne sachons pas que quelque part on ait décrit le procédé qu'elle a suivi à c^ effet (1). U est vrai qu'il n'était point facile dek reconnaître; car l'invention est très rarement l'œuvre d'un seul homme ; elle est ordinairement le résultat des efforts de plusieurs hommes et de plusieurs siècles. Un seul commence , mais plo- . sieurs achèvent. Pour apercevoir comment l'œuvre est opérée , U faut étudier l'histoire d'une science , la suivre d'époques en époques , c'est-àdire de l'une des révolutions qui en marquent lei progrès à une autre. Alors l'on remarque que chaque révolution commence par l'émissîitt d'une idée nouvelle , et continue par un travail qui a pour fin de développer et d'appliquer cette idée. Ainsi , Deàcartes émit l'idée qu'il n'j avait dans le monde créé rien de plus que de h
(1) Turgot est le premier qui en ait fait mention. \iJ(j^ ses discours en Sorbonne et son plan d'histoire universele.
MÉTHODE D*IlfVENT10N. 165
matière et du mouvement , et Ton poursuit encore Tapplication de cette idée ; ainsi Boerhaave émit l'idée que Féconomie animale était constituée par un rapport mécanique entre les solides et les liquides , et Ton poursuit encore Tapplicalion de cette idée. Cependant , si quelqu'un se livrait à la recherche que nous indiquons, il doit être prévenu que , le nombre des travailleurs étant très considérable dans la science, et chaque point de cette science étant en état de prêter de Tapparence à la fois à plusieurs idées différentes, il lui arrivera de trouver, dans le même temps , des intelligences occupées à chercher diverses applications. Ainsi aujourd'hui , en géologie , les uns poursuivent la doctrine de Buffon sur Tincandescence primitive du globe , et les autres celle des inondations successives. Il n'est point difficile au reste de se tirer de cette apparente confusion ; pour cela il suffit de suivre chaque espèce de recherche , de remonter d'analogies en analogies , de conséquence en conséquence , jusqu'au point de départ. De cette manière on peut toujours saisir la ligne continue qui unit les efforts contemporains à l'effort initial.
Nous allons tâcher de décrire le procédé que nous révèle l'examen historique de l'activité scientifique. Nous n'espérons pas cependant réussir à en faire une exposition complète , mais les généralités seront exactes ; et ici , comme II. Il
16G LOGXQUB. PARTIE DOGMATIQUE.
lorsqu'il s'agissait de la méthode morale , nous ^ nous bornerons à cette seule description , lais- .g sant à rintelligence de chacun à en approprier l'application aux cas particuliers. i
La méthode d'invention consiste en deux opé- rations qui , bien que différentes, sont cependant indispensables l'une à l'autre; elle consiste à émettre une hypothèse et à vériûer cette hypothèse.
§ XIV. — DE l'hypothèse.
L'hypothèse (1) n'est rien , ne signifie rien , si . elle n'est faite dans l'intention d'une vérification, et si elle n'est vérifiée. Ce mot est pris, en général , en mauvaise part , parce qu'on a l'habitude de séparer l'idée qu'il représente, de celle de vérification qui doit être considérée conmie y étant corrélative. L'hypothèse ne serait qu'un pur jeu , d'imagination si elle n'était produite en vue de l'opération qui la suit et la complète. Il en est de même au reste de la vérification ; que signifierait ce mot séparé de celui qui précède ? Ri«i, absolument rien. Ainsi oublions le mauvais usage que l'on a fait de ces termes , et souvenons-nous constamment qu'ils sont les signes
(i) Hypothèse, supposition; de vro, sous, et Ti9i:ui, je place.
MÉTHODE d'iRVEKTION* 167
d'nne senle et même opération dont ils représentent les deux temps ou les deux modes différens.
U y a lieu à hypothèse toutes les fois qu'il y a ane contradiction , une lacune , un point scientifique à développer, en un mot toutes les fois qu'un problème est posé. La contradiction existe lorsque plusieurs faits ou plusieurs systèmes de faits d'égale valeur se rencontrent sur un point donné et se trouvent en opposition. Ainsi , par exemple , quelques faits prouvent que les lésions du cervelet entraînent la perturbation ou la perte des fonctions génitales, et réciproquement ; Gall s'en est servi pour confirmer l'opinion que le cervelet était l'organe de l'amour physique. Hais d'autres faits prouvent que les lésions de ce cervelet entraînent soit la perturbation , soit la perte des mouvemens de locomotion ; d'autres prouvent que ces lésions développent une sensibilité anormale dans la peau , etc. , etc. Voilà des faits contradictoires. Autre exemple : certaines observations prouvent que la chaleur interne du globe augmente d'un degré par environ cinquante mètres; mais d'autres observations bites avec le même soin et par les mêmes procédés démontrent le contraire , c'est-à-dire que la chaleur à une profondeur déterminée est de beaucoup moindre qu'elle ne devrait être , si la loi était telle qu'on Ta supposée ; on a vu la
même source d'eau chaude changer de tempéra* ■. ture , etc. Voilà encore des faits contradictoires, j Or, que nous apprennent-ils? Ils nous montrent que nous ne possédons point la véritable théorie de ces faits ; nous ignorons quelles sont les fonc- , tions du cervelet , et nous ne savons pas davan- . tage quelle est l'origine de la chaleur du globe. 11 faut remarquer, en ce lieu , que les cootradic^
tions du genre de celles que nous venons de remarquer, seraient invisibles si les faits qui forment la base de l'une d'entre elles , n'avaient pas été pris comme moyens de vérificalion d'une théorie. Autrpment , tous ces faits auraient vainement frappé nos yeux ; probablement on ne les eût pas recueillis, et surtout on n'en aurait fait aucun usage. Ainsi une contradiction témoigne dans la science non seulement qu'il y a lieu à une hypothèse , mais encore qu'une ce^ taine théorie est fausse et doit être remplacée par une autre. 11 suit de là, comme conséquence, la possibilité d'en appeler à un moyen de vériBcation plus général que cette opposition des faits les uns aux autres ; car dès l'instant que Ton est arrivé à douter d'une théorie sur un point , on peut la soupçonner sur tous les autres , et dès l'inslant aussi où l'on a atteint une théorie il est possible d'établir un contact entre elle et le criierium moral afin de tout juger. Cette opération est parfaitement applicable à la doctrine de Gall
MÉTHODE D'l5VEIfT10N. ÎÇO"
et à celle du feu central , et elle prononce , en effet , que ces doctrines sont fausses.
Il y a lacune toutes les fois que des successions phénoménales de même nature ne sont point unies entre elles , toutes les fois que Ton possède un phénomène sans en connaître le lien avec les' autres ; et souvent enfin la contradiction ne résulte que d'une lacune non apparente. Ainsi il y a lacunes en météorologie , parce que les faits ne sont pas liés ; si ces lacunes n'existaient pas on pourrait prévoir, dans cet ordre de phénomènes , aussi bien qu'en astronomie ; il y a lacunes en physiologie et en médecine : par exemple , le choléra est un phénomène isolé dont on ne connaît point les rapports. Enfin les sciences naturelles nous présentent en commençant une , contradiction qui accuse une lacune ; chacune d'elles débute par une négation à l'égard de toutes les autres , négation où l'on dit non pas ce qu'elle est , mais ce qu'elle n'est pas.
Nous croyons devoir nous interrompre un moment pour définir des mots qui pourraient être obscurs pour certaines classes de lecteurs ; nous venons de nous apercevoir à l'instant que l'expression succession phénoménale pouvait jeter quelque confusion dans des explications que nous nous appliquons à rendre claires pour tout le monde. Il existe deux espèces de succession phénoménale : la première est celle où chaque
170 LOGIQUE. PAATIB DOGMATIQUE.
phénomène apparaît à son tour dans un ordre constant , tellement qu'il est toujours précédé de tel phénomène déterminé et suivi de tel autre ; la seconde est celle où chaque phénomène apparat comme Teffet de celui qui le précède , et la cause de celui qui le suit. La physiologie et la médecine ne sont en grande partie composées que de la connaissance de successions de la première espèce ; ce que Ton appelle , par exemple , connaître la marche d'une maladie, d'une fièvre intermittente ou de toute autre, ce n'est que connaître une succession phénoménale. L'astronomie au contraire est en grande partie composée par la connaissance de successions phénoménales de la seconde espèce. Il est presque inutile de faire remarquer que les différences que nous venons de signaler répondent à des degrés divers d'avancement de la science ; la première constitue le pas qu'il faut franchir avant d'atteindre à la seconde (1). Mais rentrons dans notre sujet.
11 y a encore lieu à hypothèse toutes les fois qu'il nous est donné un principe , ou une idée , ou un simple fait, soit susceptible de devenir des buts d'activité , soit de nature à arrêter, embar-
(1) Nous insistons en outre encore une fois sur ce mol phéîiomèue; c'est un des mieux appropriés à cette doctrine positive <|ui veut abandonner complètement la recherche des natures et des causes intimes essentielles ; comme nous Tavon» déjà dit» il signifie textuellement apparence.
METHODE d'irTBNTIOIC. 17 1
rasser on aider cette activité. Ainsi , en économie politique, la fraternité est un principe susceptible de devenir but; ainsi , en météorologie, la pluie est un fait de nature en même temps à empêcher, à gêner ou à aider notre activité. 11 serait nécessaire qu'elle fût le sujet d'un système de i^voyance , etc.
P^ rénumération de ces lieux de l'hypothèse, l'on voit que ceUe-ci , en aucun cas , n'est chose arbitraire , de pure imagination , ou de hasard. Toujours les occasions en sont données ; en sorte que Ton peut dire qu'en tout temps où l'on observe l'activité scientiûque , l'on trouve toujours les savans occupés , soit à préparer une hypo* thèse , soit à en chercher ou à en vérifier une.
11 suit de là que pour être à même de faire une hypothèse légitime, il ne suffit pas d'en avoir le caprice ; il faut au contraire parfaitement connaître l'état de la science à laquelle on la destine , c'est-à-dire savoir aussi bien que possible et le passé et le présent de cette science ; de manière d'abord à pouvoir se rendre complètement compte de la difficulté ou du problème qui existe et d'en bien voir les limites , et ensuite de manière à pouvoir se dire la raison de cette difficulté , condition qui exige la connaissance préalable des faits déjà acquis , celle de la théorie qui les a produits et celle enfin de la méthode avec laquelle on a développé la théorie.
17S LOGIQUE. PABTIB DOGMATIQUE.
Une question bien posée est, dit- on, bientôt •: résolue ; mais c'est là une des parties les plus .^ épineuses du travail préliminaire par lequel ^ on prépare rhyi)othèse définitive. Pour poser ; une question , il faut non seulement savoir beaucoup , avoir beaucoup de patience , une énergique volonté , une grande netteté de vues ; il faut , encore plus : il faut faire œuvre d'invention. Poser une question , c'est déjà faire une hypothèse , et le plus souvent l'on n'arrive pas à saisir le véritable point de la question du premier coup , mais seulement après plusieurs essais. Les procédés par lesquels on opère ces essais ne diffèrent point de ceux par lesquels on trouve les hypothèses. Aussi on devra considérer ce que nous allons dire sur la manière de parvenir à une hypothèse en général , comme applicable aux deux cas, c'est-à-dire autant à la fin qui consiste à poser une queslion qu'à celle de proposer une solution.
Nous ne prétendons pas ici enseigner l'art d'inventer ; car, nous ne saurions iroi) le répéter, il dépend de plusieurs facultés que renseignement ne peut donner. La première condition j)0ur inventer est une foi ferme et assurée ; la SLroiiîle est une certaine puissance de volonté qu'il n'est [)0ssible à [k rsoinio <le connnuni(|uer à une autre. Toutes les autres conditions , toutes celles que nous avons énumérées tout à l'heure.
MÉTHODE B^IirVEKTIOlC. 173
peuvent être acquises par le travail ; encore estil nécessaire, pour qu'elles soient possédées complètement et au degré convenable , que les deux qualités spirituelles précitées ne nous aient pas fait défaut. S*il est impossible d'apprendre à inventer, il ne Test pas de montrer comment les hypothèses se font. Cette étude sans doute ne pourra servir à personne lorsqu'il s'agira des questions supérieures , mais peut-être n'en serat-il pas de même dans ces problèmes d'un ordre moins élevé qui se rencontrent vulgairement dans la pratique des sciences. Aussi , à telle fin que de raison , nous allons tacher d'établir les conditions et les motifs de l'hypothèse.
L'hypothèse peut être définie une affirmation ou une série d'affirmations faites dans le but d'une pratique ou d'une vérification.
Le point de départ de l'hypothèse , ou la première affirmation qui y donne origine , consiste toujours à poser comme vrai quelque chose que Ton croit ou que l'on désire.
Ce point de départ est , ou une connaissance morale révélée , ou une conséquence scientifiqae dont on se croit certain.
L'on développe ce point de départ , ou , en d'autres termes, l'on en engendre les conséquences qui doivent constituer l'hypothèse formée de deux manières : à priori , en quelque sorte sans précédens , par un procédé que nous allons dé-
174 UNSIQVE. PAKTII DOGMATIQUI.
crire , et par lequel on trouve ce que Ton igno- rirait complètement auparavant ; ou par comjtt* >. raison en quelque sorte , c'est-à-dire en appli- :s quant ce que Ton sait à ce que Ton pensait r. ignorer. Le premier mode, que nous appellerons i,^ génésiaqne ou par définition , est celui par le- i quel ont été ofiérées les grandes découvertes ; la i^ second est celui par lef]uel on peut résoudre Uê r^ problèmes d'ordre inférieur, et combler ces la* \ cunes secondaires qui sont si communes sur le t|, terrain de la science. ^
% XY. — DESCRIPTION DU MODE GÉNÉSIAQUE OU VàM )^
DÉFIMTI07i(l). =
Ce procîédé consiste à faire produire à Faffir^ ^ mation [)rimilive ou qui sert de [loint de départ, . tout ce qu'elle contient , tout ce qu'elle suppose, . toutes les conséquences qui en émanent , en d^ vel(>[>[>ant chaque afiinnation secondaire qui en rcîssort [)ar une définition autrement complète | que la définition [)hilosopliique , c'est-à-dire conduite de initio ad finem , jus(ju'à épuisement dn suj<.*t. A l'é^^ard d'un fait , ou d'une afiinnation é^pjivalant à un fait , soit que cette affirmation ou c:e fait soi(;nt primitifs , ou qu'ils se présentent dans la succession décrite dans la phrase préoé-
(1 j On pourrait encore l'appeler mode par êupposition.
MÉTHODE l>*I9TEIITIO]!r. 171»
lenle , le procédé dont il s'agit consiste encore à «[^poser à ce fait tous les ordres de rapports soit »mme cause , soit comme effet , soit comme miGordance , de manière à trouver tous les posibles et à écarter toutes les impossibilités.
LetraYail qu'exige l'emploi de ce mode par léfinition est fort compliqué. Nous ne cherchetms donc point à en donner une description plus létaillée. Nous ne pourrions d'ailleurs y parvelir qu'en précisant les circonstances de l'opéation ; et comme ce genre d'opérations offre les différences en rapport avec la nature du njet auquel on l'applique , il arriverait que noxe précision aurait pour r^ultat d'établir des règles qui pourraient convenir parfaitement à ]iidques cas , mais ne s'adapter nullement aux exigences de certains autres. 11 suffit que l'on sache que j dans un travail semblable , l'on doit se servir de toutes les connaissances morales , logiques, ontologiques que l'on possède ; c'est par le but que Ton se propose , et les exigences qui se révèlent dans la durée du travail , que l'on doit être conduit dans Temploi et l'arrangement des divers moyens secondaires nécessaires pour l'adiever.
La citation de quelques exemples fera comprendre en quoi consiste le mode dont nous lious occupons d'une manière plus approximative que des explications prolongées. Car, nous le
176 UMUQUB. PAmni DOOMATIQirB.
répétons, dans les cas pareils à ceux-ci, où k^ direction de l'œuvre dépend autant de la natam ^ du sujet que de rintelligence de riuvestigateur/'' les exemples valent mieux que les descriptions. * ' Ceux-ci d'ailleurs seront en ce lieu d'autant plv^^ utiles qu'ils serviront à montrer que notre expch -^ sitiou n'est point un tableau imaginaire , mais fat narration de la manière dont l'invention se fui ^^ et dont elle s'est faite. Voyons donc les exemples.
Premier exemple. — Nous le prenons dans fat ' doctrine des Brahmines. Kous allons montrer comment d'un précepte de morale on a pu faire sortir tout une théologie, tout une astnHMH mie, etc. Avant de commencer, nous croyons, devoir prévenir que , si l'argumentation que uoos \ allons présenter est entièrement de nous et tout à-fait supposée, il est probable cependant, et rhistoire semble montrer que les choses se sont en réalité passées ainsi que nous allons le dire.
La loi commandait aux Brahmines d'expier; elle leur ordonnait un grand nombre de sacriCces d'expialion. Les hommes étaient donc coupables aux yeux de Dieu. Ils étaient coupables ennais^ sant. Ils avaient donc commis le péché dont ib étaient souillés , dans le lieu où ils séjournaient avant de venir au monde. Dans quel lieu élaientils avant de naître ? Dans le ciel , auprès de Brahma. Quelle faute pouvaient commettre des ôtres vivant dans le ciel? Nulle faute de l'ordre
MfoiODE d'inventiou. 177
terrestre ! Maïs ils pouvaient commettre un péîhe' spirituel. Quel était ce péché ? Celui d'orjueil , celui d'amour de soi-même ! Quel en était e résultat? C'est qu'ils croyaient que Dieu ne les imait plus et qu'ils ne s'aimaient plus les uns les lUtres. Ils étaient donc isolés , tourmentés , malleureux , coupables enfin? Comment pouvaient- Is se prouver qu'ils s'aimaient encore les uns les uitres? comment pouvaient-ils se racheter auprès de Dieu et d'eux-mêmes? En expiant , en souffrant volontairement. Le pouvaient-ils dans le ciel ? Non, ils n'en avaient aucun moyen. Aussi la bonté de Dieu leur accorda un lieu d'expiation. Voilà la base du système théologique trouvée. Construisez sur cette base de longues légendes poétiques , et vous aurez les poèmes indous primitifs. Voyons maintenant comment on conçoit que les Brahmines aient pu trouver leur système astronomique.
Dieu a créé le monde pour servir de lieu aux œuvres d'expiation des hommes. Le lieu direct de cette expiation est la terre. Tout le reste du monde a donc été créé pour la terre , le soleil et la lune pour l'éclairer , les autres astres pour servir de cortège à la lune et au soleil , etc. Ainsi la terre est au centre, et les astres sont autour, etc. Nous ne pousserons pas plus loin cette suite de déductions. Si nos lecteurs veulent les suivre, ils acquerront la preuve que toutes les généralités
178 LOGIQUE. FA&TIB DOGMilTIQUB.
de la science des Brahmines ont pu être acquiM;^ de cette manière. ^
Second exemple. — Nous entrons danslascienn > chrétienne, et nous allons d'abord chercherai voir conunent on a pu arriver à concevoir que le ^ monde était séparé de Dieu , qu'il était une nuh i chine , créer enfin la distinction entre la thédo* ^ gie ou science de Dieu , et la physique ou scienoe , de la nature. Nous prévenons encore que le ni- ] sonnement que nous allons présenter» est une: supposition de notre part.
On lit, dans la Genèse, que Dieu créa ki monde en six jours , et qu'il se reposa le septième, : Donc Dieu a mis dans le monde tout ce qui était : nécessaire pour le conserver tel que nous le : voyons. 11 avait fait du monde quelque chose d'existant par des forces qui lui étaient propres. Quelles étaient , quelles sont ces forces ? On Ut encore dans le Livre saint que Dieu l'a donné pour domauie à l'homme, ({u'il lui a dit d'en user comme de sa propriété , et ({u'en lui recommandaut de respecter ses semblables , il ne lui a rieo dit du monde. Donc le monde n'est point de la même nature que l'homme , les forces qui le guident ne ressemblent iH)int à celles qui guident l'homme. Ces forces ont été appelées forces brutes ou naturelles. 11 a été dit que l'homme avait j été créé à l'image de Dieu ; mais cela n'a pas élé dit du monde. Donc les forces qui gouvernent k
HÎBTHODE d'utTENTION. 179
monde n'ont ni liberté , ni volonté, ni mémoire, ni intelligence , etc. Donc dans les forces il y a deux natures , la spirituelle et la brute. Le monde est une machine (conception de Descartes).
Troisième exemple. — Nous allons voir comment la morale chrétienne engendra une doctrine générale sur le système astronomique toute différente de celle que nous avons vue dans le premier exemple.
L'honmie fut créé le sixième jour. Ainsi il n'est point partie principale du monde; on ne peut pas dire que le monde ait été créé pour lui. L'homme a reçu Tordre d'agir d'une certaine manière. Ainsi l'homme est une fonction du monde en tant qu'il accompUt la loi qu'il a reçue. On doit appliquer au domaine de l'homme, la terre, les considérations sur sa position relativement à l'univers. Ainsi, il faut croire que l'univers n'a point été créé comme une condition de l'existence de la terre ; mais, au contraire , que la terre n'est qu'une fonction intégrante de l'univers. 11 n'est donc point nécessaire d'admettre que la terre est le centre du monde ; et si l'on considère la faiblesse et l'infimité de Vhomme , il est difficile de croire que son séjour soit le point central , et par suite le plus important du monde entier.
Quatrième exemple. — Ici , nous allons commencer à exposer les faits réels , en reproduisant
les points principaux de la marche inventive poursuivie par les auteurs de quelques unes des plus grandes découvertes modernes.
Tout le monde sait que Copernic est le premier auteur du système astronomique moderne. 11 ouvrit la route à Kepler , à Galilée , à Descartes, à Newton. Ce fut lui qui , en opposition avec la science universellement reçue depuis des siècles, affirma le premier que la terre tournait autour du soleil , et non le soleil autour de la terre.
11 partit de l'idée exposée dans notre troisième exen*ple, savoir, qu'il était indiflérent d'admettre soit que le soleil fût central , soit que ce fût la terre , et que la seule pensée qui dût nous guider dans la décision de cette question était celle de la perfection des œuvres de Dieu , et eu même temps celle de la simplicité des moyens.
Le monde est sphérique, dit-il, parce que la sphère est de toutes les ligures la plus parfaite. De là il conclut non seulement que tous les astres, toutes les planètes sont sphériqucs, mais encore que tous leurs mouvemens sont circulaires. Les mouvemens inégaux, ajoute-t-il plus bas, sont assiijétis à certaines périodc^s , ce qui serait impossible s'ils n'étaient circulaires. Le cercle seul peut ramener co (jui est arrivé déjà. Puis, après avoir affirmé (|ue la terre est une planète et que le soleil est le centre du système, il conclut par raffirmation qui servira de texte à la vérification.
METHODE d'ikVFICTIOW. 181
savoir , que les orbes augmentent en grandeur quand les révolutions sont plus longues ; et de là il passe à établir que l'ordre des sphères, à commen* cerpar le haut, est tel que les fixes tournent autour de tout notre système planétaire ; que la terre , à son tour , décrit un cercle autour du soleil , etc.
Cinquième exemple. Nous le choisissons dans l'histoire de la vie scientifique du plus grand des astronomes, Kepler (1).
Un sentiment profondément religieux domine l'œuvre entière de Keppler(2).Je n'en citerai pour preuves ni ces prières admirables qui commencent ou qui terminent quelques uns de ses plus beaux travaux , ni ces exclamations de sincère dévotion qui échappent parfois à sa joie naïve , alors qu'il contemple les immenses résultat? i '^e ses propres découvertes : j'en veux une preuve plus incontestable encore et plus concluante : la pensée même et la méthode qui l'ont guidé dans toutes les recherches de cette vie si merveilleusement laborieuse.
Or, cette pensée sera manifeste pour quiconque voudra lire , avec une attention même
(1) Nous devons la notice suivante sur les travaux de Kepler à Taniitlé de H. le docteur Beifield-Lefèvre.
(2) Dans les anagrammes , grecques ou latines , que Keppler nous a données de son nom , il n^emploie d'ordinaire qu'un seul p ; mais la dédicace de son grand ouvrage de Phynque céleste est signée Johannes Kepplerus.